Un club à vendre (1/2)

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Par jeanclaude
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Les mises en garde à vue récentes de Patrick Proisy et Claude Le Roy ont fait resurgir une période douloureuse au Racing, celle de la présidence Mac Cormack. Retrouvez aujourd'hui et demain l'épisode de l'arrivée de Patrick Proisy au Racing.

Il faut remonter à l'ère Hechter, président du Racing de 1986 à 1990, pour comprendre les motivations qui ont conduit la municipalité strasbourgeoise à se désengager du Racing, ainsi que les quelques raisons qui ont fait que le groupe américain IMG-Mac Cormack a été choisi.

A la fin des années 80 le club strasbourgeois appartient à la Ville de Strasbourg qui en a confié la gestion à Daniel Hechter. Puisque le club a alors un statut associatif, la mairie doit régulièrement injecter de l'argent pour maintenir le navire à flot. Et la municipalité de Marcel Rudloff, alors maire de Strasbourg, dépense sans compter, la gestion du club manque cruellement de transparence.

En 1989, suite aux élections municipales, la ville change de main, Catherine Trautmann est nommée maire de la capitale européenne. Rapidement, un audit des finances du club est commandé: le bilan est catastrophique, le club a accumulé un passif de près de 90 millions de francs. Hechter quitte le club en janvier 1990 et pour éviter la disparition du Racing, la mairie doit une nouvelle fois éponger les dettes.

Un changement de statut est aussi décidé pour permettre à des actionnaires privés d'entrer dans le capital du club. Une SAEMS (Société Anonyme d'Economie Mixte Sportive) au capital de 5 millions de francs est créée en juillet 1990. La ville de Strasbourg dispose de 49% des actions, l'actionnaire privé principal étant Eurodirect Marketing par l'intermédiaire de Pierre Rapin (21,12 %). On y retrouve d'autres noms bien connus au Racing comme Emile Stahl, René Maechler (vice-président lors du titre de 1979) ou André Bord au travers du RCS Omnisport. Le premier président de cette SEM (Société d'Economie Mixte) est l'industriel alsacien Jacky Kientz. Pour des problèmes personnels avec la justice, il démissionne en 1992, lui succède l'ancien arrière droit strasbourgeois, Jean Wendling. De 1990 à 1996 la ville de Strasbourg investira encore près de 140 millions de francs pour alimenter le budget du club.


L'arrivée de Roland Weller

Le 19 avril 1994 Jean Wendling jette l'éponge, lassé de ses relations difficiles avec l'entraîneur Gilbert Gress. Peu avant Mme Trautmann, avertie, avait contacté Roland Weller pour lui proposer la présidence du Racing. Le fondateur de l'Alsacienne de Restauration a déjà un pied dans le monde du football amateur puisqu'il est président depuis 1980 du SC Schiltigheim où il applique déjà ses méthodes de management: la rigueur, le travail et l'ambition mesurée. L'homme dirige ses affaires d'une main de fer, toutes les décisions passent pas lui.

Sa réaction à la proposition de Trautmann est immédiate: "Jamais ! Surtout pas le Racing !". Il connaît bien la tâche difficile qu'incombe au président du Racing, et surtout il se méfie de tous ceux qui gravitent autour du club. Finalement il impose ses conditions à Trautmann, comme pouvoir faire le ménage dans l'entourage du club: Trautmann n'en attendait pas moins de lui ! Suite à un entretien entre Gress et lui, deux hommes au fort ego, il décide d'accepter le poste. Sa première mesure sera de se séparer de Gress, la deuxième consistera à remettre de l'ordre dans la SEM.


Des changements dans le football français

Le 8 août 1994 passe une loi, dite Loi Pasqua (*), qui doit modifier le paysage du football français: elle prévoit la réduction des subventions publiques accordées aux clubs de football professionnels jusqu'à leur interdiction au 1er janvier 2000. Le décret d'application de cette loi est prononcé le 26 janvier 1996.
A Strasbourg, les choses sont claires: la Ville, qui est partie prenante à hauteur de 49% du Racing, va devoir céder ses parts à des actionnaires privés. Cette loi est aussi l'occasion rêvée pour la mairie de se débarrasser d'un boulet au poids financier pachydermique (près de 230 millions de francs injectés en 6 ans), alors que de lourds investissements ont été consentis pour la réalisation du tram. Le refus d'accueillir la Coupe du Monde 1998 nécessitant la rénovation de la Meinau était un avant goût de la priorité accordée au club strasbourgeois.

Au printemps 1996, la Ville lance un appel implicite à une reprise du club, les investisseurs ne se bousculent pas. A l'automne 1996, elle confie à un cabinet d'avocats parisien le soin de démarcher les candidats potentiels. Le 17 septembre 1996, la nouvelle, par l'intermédiaire de l'adjoint aux sports Robert Herrmann, est officielle: un passage en SAOS (Société Anonyme à Objet Sportif), ce qui correspondrait à une privatisation du club, est envisagé. La méthode du choix du repreneur est assez nouvelle puisque le club ne sera pas vendu au plus offrant mais au meilleur dossier.

Plusieurs personnes vont jouer un rôle primordial dans ce changement de statut. La Ville de Strasbourg, représentée par le maire C. Trautmann et son ajoint R. Herrmann, l'avocat mandaté pour mener les discussions, Maitre Guénaire, les candidats R. Weller, P. Rapin, Patrick Proisy et son groupe Mac Cormack. Par la suite, A. Bord, en tant que président de l'Omnisport, aura son mot à dire.


L'audition des candidats

Au début de l'année 1997, Maître Guénaire dévoile les trois candidats potentiels: il s'agit de Roland Weller, président actuel du Racing, Pierre Rapin, déjà actionnaire de la SEM, et la filiale française du groupe américain IMG-Mac Cormack représentée par son directeur général P. Proisy. Les candidats sont auditionnés le 28 janvier à l'Hôtel de Ville.

Le dossier Roland Weller:
R. Weller a plusieurs cordes à son arc. Tout d'abord il est le président actuel du club, mandaté directement par C. Trautmann. Son bilan tant sportif que financier plaide en sa faveur. Sous sa présidence, le Racing a perdu la finale de la coupe de France (1995) et a disputé deux campagnes européennes. Avant la désignation du repreneur, le Racing vient juste de se qualifier pour la finale de la coupe de la Ligue, est toujours en course en coupe de France et dispute les premiers rôles en championnat (classé 4e en février). Au niveau des finances, le club est sain et devrait dégager des bénéfices à l'issue de la l'exercice 96-97, de quoi être cité en exemple par la Ligue de football. Lui qui veut prendre exemple sur le modèle auxerrois et poursuivre dans la continuité de son travail depuis 1994 s'autoproclame représentant de l'identité régionale. Il est allègrement soutenu par le public strasbourgeois, mais aussi des personnes influentes du club, comme A. Bord et Me Wilterberger, président du conseil de surveillance.

Weller estime pouvoir assurer un budget annuel de 110 à 150 MF par an (soit environ le budget de la saison 96-97) mais il doit néanmoins trouver des appuis extérieurs de poids pour l'épauler financièrement: c'est chose faîte lorsqu'il persuade J-C Darmon (et sa société de sponsoring sportif) et Adidas de lui assurer leur soutien, alors que deux entreprises d'envergure nationale, Penauille (nettoyage industriel) et Crit-Interim deviendraient sponsors du club. En dernière minute, il obtient l'engagement d'ISL Marketing France, l'agence de publicité de la Coupe du Monde 1998 et pourtant grand rival du groupe Darmon, de garantir un investissement de plusieurs millions de francs sur 5 ans.

Le dossier Saatchi & Saatchi et Pierre Rapin:
Ce projet est mené par deux actionnaires de la SEM, Pierre Rapin (PDG d'Eurodirect Marketing) et Egon Gindorf (PDG d'Exacta, maison-mère d'Eurodirect Marketing), soutenus par l'agence de publicité Saatchi & Saatchi et Pierre Schoen (PDG de Gebo, lui aussi actionnaire de la SEM).

Pierre Rapin prône la stabilité, au niveau budgétaire et sportif. Même s'il mène les débats, il ne souhaite pas prendre la présidence: celle-ci reviendrait à Jean Wendling, le prédécesseur de Weller, et surtout caution morale de Rapin. De plus Wendling est très apprécié par C. Trautmann.
Au moment de l'audience à la mairie, Gindorf fait allusion à un argument choc: il avoue qu'Arsène Wenger serait partant pour rejoindre le capital du club. Mais l'espoir suscité par l'arrivée de Wenger est de courte durée, il s'avère qu'il ne s'agissait que d'une rumeur avancée trop hâtivement par Gindorf: Wenger ne participera pas à l'aventure. Le duo Rapin-Gindorf y perd beaucoup en crédibilité et est lâché par P. Schoen et J. Wendling. Dès lors, le dossier Rapin n'est plus un candidat sérieux. En bout de course, Rapin a convaincu Eurest, société de restauration collective, de s'investir dans son projet. Un pied de nez à Weller, patron de l'Alsacienne de Restauration, mais surtout un coup d'épée dans l'eau...


Le dossier IMG-Mac Cormack:
Partick Proisy porte la candidature de la filiale française d'IMG-Mac Cormack qui pèse quelques 11 milliards de francs. Cette agence américaine de management sportif qui a connu le succès dans plusieurs sports (golf, tennis, patinage...) mais aussi le monde artistique, souhaite s'implanter dans le football européen. Après avoir échoué dans la reprise de l'OM, Proisy jette son dévolu sur la capitaine européenne: l'objectif annoncé, faire du Racing un grand club européen.

Avec l'annonce de ce géant, les rumeurs vont bon train: on parle d'un budget doublé passant à 250 ou 300 MF. Pour y parvenir, Proisy a derrière lui l'assurance d'un investissement de la maison-mère. En fait, Mac Cormack devrait investir 150 MF sur 5 ans. Outre le poids des millions, Proisy est apparu comme un fédérateur, alors que les querelles alsaco-alsaciennes minent le club depuis 15 ans: il désire travailler avec des Alsaciens, respecter l'identité régionale du club et rester dans la continuité de Weller. Il va même jusqu'à proposer à se dernier de se rallier à lui en cas de victoire.

Par ailleurs, Proisy promet monts et merveilles et joue la surenchère en proposant un projet qui dépasse le cadre du football: l'implantation d'IMG servirait au domaine artistique en promouvant des spectacles et Strasbourg, grâce à ces activités culturelles, y gagnerait en renommée. Sur le plan sportif il estime pouvoir aider le rubgy ou le basket à Strasbourg.


Une semaine avant la décision

En contrepartie, la Ville de Strasbourg s'engage à assurer 51% des actions au repreneur. Comme elle n'en possède que 49%, elle devra persuader les actionnaires minoritaires de vendre leurs parts. De plus, la loi impose que le club support d'une SAOS, celui qui représente légalement le club (c'est le RCS Omnisport qui a l'agrément auprès de la FFF) dispose d'une minorité de blocage de 33,34%: l'omnisport n'a que 6% des actions et aucun moyen pour en acheter davantage. Tels seront les défis à relever par la Ville après la désignation du repreneur. Il s'avèrera que le dossier de reprise a été très mal monté par la municipalité...

Le 11 février, R. Herrmann annonce que les dossiers de candidatures sont bouclés, la course aux sponsors doit prendre fin. Le repreneur sera désigné le 20 février.
Au même moment, le public clame son hostilité envers Proisy: "Proisy à Paris, le Racing aux Alsaciens" peut-on lire dans le kop. Le 18 février, les joueurs strasbourgeois apportent leur aide à Weller puisque le Racing se qualifie pour la finale de la coupe de la Ligue.

A la veille de la désignation, il ne reste que deux candidats potentiels, Weller et Mac Cormack, le dossier Rapin ayant pris du plomb dans l'aile depuis quelques semaines. Dans le camp Weller, personne n'est crédule et on ne croit pas aux effets d'annonce de Proisy. Deleau, le vice-président de Weller, déclare: « Strasbourg n'a pas le potentiel pour rivaliser avec les vingt plus grands clubs européens. Celui qui prétend le contraire se trompe ou trompe les autres. »

Reste donc le duel Weller-Proisy ou comme le conclut ce même Christian Deleau: « C'est l'Alsace qui joue contre le reste du monde. »


(*) La loi Pasqua a été remise en question par la loi Buffet votée fin 1999 qui autorise à nouveau le financement des clubs par des subventions publiques.

Sources:
Les 4 vérités de Roland Weller
L'Alsace

jeanclaude

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