Alsace versus Vosges : le retour...

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Avant-match
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Par echouafni, domarchivsas
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Le Racing Club de Strasbourg rencontre le Stade athlétique spinalien (SAS) en 32ème de finale de la Coupe de France. C’est l’occasion pour Miroslav, un Vosgien fin connaisseur de ces deux clubs, de présenter historiquement, ce qui lie le Racing et le SAS, mais aussi d'exposer, subjectivement, ce qui le lie, lui, à ces deux clubs.

« Nos opinions divergent, et dix verges, c’est énorme ! » (Pierre Desproges)

Komment ? Koi ? K’est-ce ? (L’orthographe est ici volontairement re-travaillée pour permettre une meilleure compréhension par mes lecteurs germanophones…). Le Stub confierait à un Vosgien le soin de faire la présentation du prochain match de Coupe de France ? Dingue ça ! Révolutionnaire même ! Fichtre ! Diantre ! Comme ki dirait, une main tendue au-delà de nos différences, voire au-delà de nos divergences... Ainsi, une des frontières culturelles et linguistiques les plus étanches de l’hexagone serait en passe de s’ouvrir ! Bon, du calme, du calme... juste le temps d’un match de foot, ça suffira ; mais quand même, la symbolique est forte !

Franchissons donc ensemble la route des crêtes, la vallée de Munster et le tunnel de Sainte-Marie… comme je le fis moi-même, il y a trente ans, à l’heure de poursuivre dans la belle capitale alsacienne, des études d’histoire (diplôme d’histoire que j’eus d'ailleurs bien du mal à décrocher). Je pris donc le train en gare d’Épinal, un jour de juillet 1988, histoire d’aller découvrir cette grande ville avant la rentrée universitaire, laissant derrière moi des parents inquiets, « mon » SAS-Football en D3… mais aussi et surtout des potes qui partaient tous (en totalité) étudier à Nancy.

Moi, j’avais choisi Strasbourg : pourquoi ? Tout d’abord, pour la part de mystère qui nimbe cette grande métropole aux confins du Royaume de France, pour cette culture aux accents puissants, ces rideaux vichy aux fenêtres des auberges, ces géraniums, ces colombages, ces cigognes, sa choucroute, etc. Ouais, enfin, soit dit entre nous : c'était surtout pour suivre une petite brune très souple originaire de Matzenheim. Grâce soit rendue à cette charmante demoiselle, à cette délicieuse créature, de m’avoir « ouvert sa porte » (hum, hum…), enfin surtout une porte… celle sur l’Alsace et sur Strasbourg. Fascination, éblouissement et béatitude, je n’imaginais pas, alors, que j’allais y rester dix ans : les dix plus belles années de ma vie. Très vite, une fois la Cathédrale visitée, mes pas me guidèrent vers le stade de la Meinau, l’autre cathédrale de la ville (précision importante pour ceux qui n'apprécient pas la marche à pied : on n’y allait pas encore en tram, mais en bus. Mais le Vosgien est un marcheur infatigable).

Mon premier match ? Un Racing-Sochaux, en juillet 1988, premier match de D1 pour une Xième remontée, et d’emblée, une branlée : victoire des Doubiens 3 à 0. Daniel Hechter avait seulement réussi à imposer sa griffe vestimentaire avec une nouvelle tunique « rétro » bleu ciel, aux manches longues et blanches, sur un short blanc très ample ; mais pour la qualité de jeu, il allait falloir attendre un peu. Il y avait bien Fabrice Mège comme recrue au milieu, Peter Reichert et sa crinière blonde sur le front de l’attaque, ou encore le vétéran Léonard Specht associé à Francis Gillot en défense... ; mais pour le reste, avec les Flucklinger, Andrieux, Ferri, Péron ou Planque, on sentait beaucoup de bonne volonté, mais guère plus. Heureusement, quelque temps plus tard, la comète Pita allait embraser la Meinau. Ah ! Pita ! Comme le disait Daniel Hechter : « Le seul joueur à avoir fait se lever tout le stade Maracana depuis Pelé... ». Était-ce vrai ? On ne le saura jamais. Et cela d’autant moins qu’avant d’arriver à Strasbourg, le malheureux Pita était devenu unijambiste ; et ça, pour le coup, Daniel Hechter l’ignorait.

Tous ces préambules pour vous dire que je venais de mettre, pour la première fois, les pieds à la Meinau. Et aussi que j’allais y retourner méthodiquement pour voir presque tous les matchs pendant les dix ans qui suivirent. Rien que ça mes amis ! Quart de virage Ouest ! Pas mal pour un vosgien, non ? J'ai donc vu, de mes yeux vu : Djorkaeff, Monczuk, Hasek, Keller, Keshi, Leboeuf, Mostovoï, le match de barrage contre Rennes, la coupe d’Europe, Zitelli, Nouma, Baticle (en capitaine courage), Djetou (et ses gros cuissots), ce feignant Gravelaine (qui se trainaît sur son aile gauche), ou encore l'inconnu Corminboeuf (qui arrêtait tout dans son but le temps d’une saison).

Et le SAS – « mon » SAS – dans tout ça ? Eh bien, disons que je lui fus, en conscience, résolument et obstinément… infidèle ! Ébloui que j’étais par votre grande et belle ville, par son stade et par son équipe. Le « Grand Racing » coulait dans mes veines ; et pour des raisons biologiques d’incompatibilité des groupes sanguins, je ne pouvais pas y faire couler un autre sang. Oh bien sûr, je suivais toujours les résultats du SAS, et il m’arrivait même de voir quelques matchs au hasard des déplacements du club vosgien dans la capitale alsacienne, contre les Vauban, FCSK06, Neudorf, AS Strasbourg ou bien la réserve du Racing… Je suivais aussi les autres matchs des « boutons d’or » par l’intermédiaire d’articles de La Liberté de l’Est, que m’envoyaient patiemment, et par voie postale, mes chers parents. Ou encore, grâce à cette merveille de technologie qu’était le Minitel ! Bref, tout ceci un peu comme on suivrait les évolutions d’une maîtresse lointaine.

Figurez-vous qu’à cette époque, malgré mes infidélités, le SAS réussit par s’ouvrir à nouveau les portes du monde professionnel ! Les plus anciens stubistes doivent bien avoir de vagues souvenirs de transfuges dans le sens Racing-Épinal, non ? Allez, un petit effort, que diable ! Cyriaque Didaux joua bien au Racing, puis au SAS. Sans oublier Alphonse Rolland, Patrice Vicq, Frédéric Christen, Vincent Cobos, Pascal Blamart et Bruno Paterno ! Une dernière petite devinette, pour les plus anciens stubistes, pour les dinosaures du site, mes « frères d’armes » (je parle ici aux ventrus et aux cheveux grisonnants) : savez-vous qu’au panthéon du football spinalien, figure un joueur yougoslave, passé par le Racing l’espace d’une saison, international et capitaine de la grande équipe d’Hajduk Split, avec qui il fut demi-finaliste de la Coupe des coupes en 1973 ? Paix à son âme car le grand homme est décédé cette année, j’ai nommé monsieur Ivan Hlevnjak ! Un fabuleux numéro 10, un joueur que les supporters du SAS ne peuvent oublier, puisqu’aujourd’hui encore, le bouche à oreille de ses exploits franchit toutes les générations. Voilà pour le passé, voilà pour l'histoire.

Et puisque le hasard nous a mis l’un face à l’autre, encore une fois – et à n’en pas douter, une fois de trop pour le Racing (!) –, je crois qu’il était de bon ton de confier enfin à un vosgien, amoureux du Racing, le soin de présenter ce match. Merci du cadeau amis de racingstub, et n’oubliez pas un point important : figurez-vous que chaque vosgien – je dis bien chaque vosgien – porte en lui au moins une étincelle pour l’Alsace... au moins un bout d’enthousiasme, un fragment d’admiration, un quartier d’amour, voire une sincère fascination pour Strasbourg, et pour sa région. Souvent cet amour de l’Alsace nous est mal payé en retour, il faut bien le dire, et pourtant, il perdure et perdurera encore.

Vive Le SAS et vive le Racing,
Vive les Vosges sur tous ses versants.
Bon match à tous et que le meilleur gagne.

echouafni, domarchivsas

Commentaires (5)

Flux RSS 5 messages · 1.308 lectures · Premier message par domarchivsas · Dernier message par kitl

  • Grand bravo et merci à Miloslav l'auteur ,à echouafni la tête pensante du projet et à athor
  • Miroslav??? Ah ouais! Un Vosgien Miroslav? Et son nom à ce Miroslav?
    Lekü je crois. Oui, ce doit être ça.

    Maintenant, en cherchant bien il est possible que le papa de ce Miroslav soit venu au début des années 60 gagner sa croûte dans les Vosges, après s'être évadé d'une prison yougoslave. Dans sa fuite il rencontra Mirjiana et ensemble parvinrent dans un sombre vallée vosgienne. Mirijana trouva un emploi dans une filature, tandis que Miroslav, repris de justice et grande gueule ne trouva rien d'autre qu'un haut-fer pour subsister, complétant ses revenus en trichant aux dés.
  • Du coup ca c est Fini comment avec la fille de matzenheim ?
    Tu ne vas plus a la Meinau?
    J habite Aussie dans les Vosges une partie de l Annee si tu veux faire un convoiturage pour le stade de la Meinau fais moi signe ;)
  • Pour la petite brune...le mieux c'est demander à Il Vecchio:)Aujourd'hui, c'est sa femme!
  • Sympathique témoignage (+)

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