Un pas de travers à Troyes

Note
0.0 / 5 (0 note)
Date
Catégorie
Après-match
Lectures
Lu 1.138 fois
Auteur(s)
Par sa3ntiago
Commentaires
5 comm.

Un match, deux mi-temps très différentes et trois points qui vont pour Troyes qui nous a battu quatre buts à zéros. Le score fait mal, mais ce n'était pas qu'une histoire de chiffres dans l'Aube où nous avons manqué de chibre et d'un chef en deuxième mi-temps.

Avisée qui, comme Strasbourg, après un petit voyage,
C’te équipe-là se prenant trop de fois des buts à foison,
S’en retourne sans aucun point de plus à la maison
Mais apprendra de cette défaite et reviendra avec la rage

Joe-Hakim du Balaie la Défaite, Les regrets, VII

Il y a des odyssées plus tristes que celles que nous vivons actuellement. Thierry le rusé, tel un Ulysse voulant enseigner à ses naïfs novices venus de National quelques bons ressorts de l’école du vice, a sans doute perdu un match, hier, contre l’avisé Garcia, qui a su transformer à la mi-temps son équipe traqueuse et traquée, en une machine à en mettre quatre.
Mais, comme dit (on a toujours déjà tout dit en Alsace), l’échec d’un match n’est pas la fin de la partie. Contrairement au récit d’Homère qui fait les Achéens victorieux de leurs adversaires, Strasbourg a perdu sa guerre de Troyes, hier soir. Plutôt que de crier “Gotfer tôôôô mère !” et brûler nos idoles d’hier, rappelons que si on a ici échoué, il restera d’autres bons coups à chouer dans le long cheminement d’un championnat qui en est à ses deux tiers. En attendant, comment cela s’est-il passé ?

Compositions de l’équipe de Strasbourg


Cela commence tout d’abord par une équipe où manque le battant Gonçalves, une nouvelle fois blessé avant le match, qui doit laisser sa place à l’inattendu - car très terne depuis quelques semaines – Nogueira, et les suspensions de deux autres joueurs de caractère : le joueur du mois de janvier, Bahoken et le vif N’Dour remplacé par un Dos Santos appliqué mais trop limité dans son jeu pour apporter un plus à l’équipe.

Equipe


Equipe


Thierry Laurey a ainsi pu aligner un 11 de départ correct sans avoir d’éléments intéressants sur le banc en cas de blessures, de fatigue ou de nécessité tactique. Cela dit, Jean-Louis Garcia, doit lui aussi composer avec les absents et son équipe sait que perdre contre Strasbourg serait, sinon compromettre totalement tout espoir, se mettre un gros bâton dans les roues pour la montée dans l’Olympe de la L1.

Des Troyens un rien trouillards en première mi-temps


La première demi-confrontation commence à l’avantage des Troyens qui semblent avoir décidé à attaquer vite et fort pour ne pas trop gamberger. Cela se matérialise par un tir dans la surface, mais excentré, vers le but d’Oukidja dans les premières minutes. Néanmoins Strasbourg est là, qui répond au défi physique, presse avec agressivité et répond à la 12ème par action : lancé par Guillaume, Boutaïb ne voit malheureusement pas le très bon appel de Liénard devant la surface.
Dès le quart de jeu, l’impulsion initiale des Troyens s’effrite et ce sont les Blancs (comprendre les Bleus) qui prennent le jeu en pied avec leur « métronome » Boutaïb, en faux-neuf, qui mène le jeu avec Liénard et Guillaume autour de lui. Mais les velléités initiales de Troyes ne sont pas éteintes car Oukidja doit sortir sous la menace d’un attaquant adverse. Cependant c’est bien Strasbourg qui semble trouver que l’herbe est plus verte dans le demi-terrain l’autre équipe et s’y installe. Un peu par défaut, car Troyes paraît les laisser venir pour distendre les lignes de leurs adversaires.
Jeu dangereux car à la 19ème c’est Guillaume, lancé par Nogueira, qui part au but et se fait arrêter illégalement juste devant la surface de réparation par le défenseur central, Herelle (n°13) qui est sanctionné d’un carton jaune-orangé. Malheureusement le coup franc de Liénard, quoique bien tiré n’arrive pas à battre la vigilance du portier, Samassa.
Cette alerte inverse la tendance dans les esprits et Strasbourg prend désormais l’ascendant. Et va vers l’avant. A la 21ème c’est Boutaïb qui est signalé hors jeu, après avoir été bien lancé de loin par Nogueira. Même Marester monte bien. A la 24ème, Guillaume pénètre dans la surface et adresse un bon centre parallèle au but qui parcoure tous les six mètres sans être frappés par un pied bienvenu. Quatre minutes plus tard, sur un bon pressing, la balle est récupérée dans le camp de Troyes, et Liénard lancé sur l’aile droite par Nogueira la lui remet rapidement dans une bonne position, mais la talonnade est trop faible pour battre le gardien.

Si la domination territoriale est plutôt à la faveur des visiteurs, Troyes est tout de même chez elle et la fin de la première mi-temps s’équilibre, quoique sans grands éclats. A la 31ème, un coup franc sur la gauche de la surface, faisant suite à une faute de Nogueira, est bien écarté par une tête de Seka et la passe de Guillaume pour Liénard sur la contre-attaque ne donne rien. A la 38ème, on inverse, la frappe de loin de Darbion, non-cadrée, fait suite à un corner tiré par Liénard de l’autre côté du terrain. Les débats s’équilibrent dans un match qui pourra basculer d’un côté comme de l’autre sur des petits pas grand-chose comme un très mauvais dégagement au pied d’Oukidja qui “atterrit”, sans avoir vraiment décollé, sur un pied troyen et aurait pu être dangereux mieux négocié par le récipiendaire du cadeau. Les cinq dernières minutes avant la pause sont équilibrées, avec un beau centre pour Troyes de Traoré qui ne peut trouver Tinhan (41ème), et un tir de loin d’Aholou, cadré et détourné par Samassa à la 43ème. Troyes perd Thiago Xavier, remplacé par N’Diaye et comme un signe annonciateur de la deuxième mi-temps, Strasbourg commence à perdre ses nerfs, à l’image de cette action qui oblige Grimm à tacler par derrière, dans un inutile et violent geste où notre 6 s’en sort très bien et sans même un jaune… peut-être pour équilibrer la légère clémence accordée au défenseur Troyen à la 19ème.

Une deuxième mi-temps quatrastrophique


A la rentrée de joueurs, un nouveau match commence. Jean-Louis Garcia a un peu remanié son équipe en plaçant Herelle, sous la menace de son carton, sur l’aile, mais ses joueurs semblent surtout avoir récupéré le courage qu’ils avaient un peu oublié d’enfiler en première mi-temps.
Et ça se voit dès l’entame puisque, à la 46ème, Oukidja doit effectuer une super sortie dans les pieds d’un attaquant troyen pour l’empêche de tirer, et sauve ainsi son équipe. Troyes semble aussi avoir retrouvé sa vitesse ce qui se concrétise par un débordement d’Aholou, obligé de stopper illégalement son vis-à-vis et de jaune pour s’être fait déborder. Puis le match bascule. A la 49ème, l’équipe strasbourgeoise bousculée commet une faute dans son camp, suffisamment près pour donner une occasion de but. Que Johan Martial saisit en envoyant le ballon de Nivet de la tête visiter le but strasbourgeois. 1-0.
Dès lors, autant l’action de la 19ème semblait avoir transi les Troyens, autant le but assomme Strasbourg, qui se met à bredouiller son football, à multiplier les mauvaises passes, incapable de se sortir du guêpier sans tenter de simuler des fautes (Liénard) et manifestant son impuissance en tirant de loin Guillaume. Du coup, Troyes se refait une santé mentale et pousse. A la 55ème, dans un remake quasi-parfait de leur but sept minutes plus tôt, c’est Darbion qui donne permet à Martial d’acter la bonne entente du ballon et le but gardé par Oukidja en leur offrant des retrouvailles. 2-0.
Certes, notre équipe a déjà été dominé 2-0 dans un match couperet, en Coupe de France, mais si elle avait réussi à se sortir cette Épinal du pied, Troyes est d’une autre trempe. Le Nogueira qui sifflait la révolte contre Valenciennes lorsque nous n'étions plus menés que 2-3 avec deux joueurs exclus, a laissé la place à son ombre, sur le terrain, et les Bahoken ou Gonçalves qui pourraient secouer les leurs, ne sont pas là. Thierry Laurey tente de changer quelque chose à cette équipe qui perd pied et s’enlise dans la résignation peu à peu, manquant de leader pour réagir. L’entrée de Blayac à la place du toujours terne Nogueira ne changera rien. Comme celle de Gragnic ou de N’Doye qui ne peuvent que se mettre au diapason de la défaite.
Le souriant Boutaïb, fait la grimace et prend un jaune pour une faute sur Herelle à la 59ème, qu’on pensait handicapé par sa faute et renverse plutôt la tendance à l’image de son équipe. Sentant son adversaire sans âme et incapable de se rebeller, qui continue de perdre les duels qu’elle gagnait naguère et de rater les ballons qui allaient de soi, les Troyens veulent enfoncer le clou face à des Strasbourgeois qui n’y croient déjà plus et veulent juste minimiser la crucifixion. Heureusement l’arbitre ne tombe pas dans le piège lorsque Niane s’écroule devant la surface suite à toute petite faute de Salmier (61ème). Mais on retrouve notre défenseur, à l’image de toute l’équipe, qui rate une passe simple à la 64ème.
Le coup de grâce arrive à la 70ème, lorsqu’au terme d’une combinaison toute en vitesse, les défenseurs centraux sont cloués et que l’équipe boit la coupe jusqu’à la lie pendant qu’Oukidja doit une nouvelle fois séparer son but et le ballon, qui parlent désormais de se fiancer. 3-0.
On frôle même la démonstration, lorsqu’une minute plus tard un tir puissant d’un Troyen termine près de sonner l’hallali des nôtres aux abois.
Le final est à sens unique. Des enfants qui n’étaient sans doute pas nés en 1998, crient « et un, et deux et trois zéro » dans les tribunes, alors qu’on entend encore les chants des supporters Bleus époumoner « de l’Europe en CFA »… et entre ces deux extrêmes, le bourbier de la L2 où les crampons des onze déjà vaincus avant le coup de sifflet final, sont lourds en ces dernières minutes.
Comme un résumé de la partie à lui tout seul, à la 81ème, Jean-Eudes Aholou, qu’on avait quitté en fin de première mi-temps cadrant un beau tir de loin, mais sans marquer, prend un deuxième carton sur une action de contre, où un Troyen seul contre quatre joueurs, et sans avoir tout à fait de soutien, donc sans être vraiment dangereux, arrive à faire commettre la faut de de trop grâce à sa vivacité.
Ce qui était impossible à onze contre ONZE, devient épouvantable à dix, et tous les Strasbourgeois attendent résignés que se termine leur calvaire. Pourtant, dans les arrêts de jeu, le fringant Ben Saada, entré depuis quelques minutes, donne le coup de grâce au moral des Blancs d’un soir, en leur infligeant les fourches caudines d’une quatrième romance entre ballon et but, qui annoncent leur mariage « pour tous » à cette occasion. Il fallait bien une belle histoire au bout de cette mi-temps cauchemardesque où il a manqué tant de sang-froid pour faire tourner correctement la tête que de testostérone pour faire avancer les pieds, à notre équipe. Du coup, comme une petite erreur d’orientation d’un degré peut conduire celui qui s’est trompé au début à une différence énorme de distance là où il devait arriver, quelques kilomètres plus loin, les Troyens frileux ressortent grands vainqueurs de cet affrontement où ils étaient entrés sur la pointe des pieds. Et nous qui pensions gravir une marche encore en écartant un prétendant au podium, leur laissons la place pour redescendre dans le Marais de la bagarre des poursuivants (où sera célébrée la fête du ballon et du filet, évidemment).

Nous pleurons la descente d’un podium sur lequel nous n’espérions jamais monter pour observer la L2, il y a quelques temps. Tout chemin est fait de courses et d’arrêt, le tout étant de repartir vite, d’apprendre de la défaite et de vite la faire oublier. Allez, ce n’est pas le crépuscule ni des idoles ni des promesses dans l’Aube, séchons déjà les larmes et « aux aaaaarmes ! ». Orléans pointe bientôt le bout de son nez à la Meinau et, comme on leur a offert un match à l’aller avec de grosses bourdes défensives, soyons sûrs que la défense aura à se faire pardonner et qu’on leur reprendra cette victoire !

sa3ntiago

Commentaires (5)

Flux RSS 5 messages · 915 lectures · Premier message par il-vecchio · Dernier message par seppelle

  • Une introduction de toute beauté parodiant Hugo et ayant recours au "chibre", mot tombé en désuétude avec un discret rappel à l'Appel. Une seconde mi-temps aux accents lyriques.
    Mais toujours pas d'explications.
    Les Troyens revinrent ils en seconde période munis du stalinien ordre 227 ou nos Bleus étaient ils déjà carbonisés ce qui augure mal du reste de ce mois de février à la cadence stakhanoviste?
    Comme TL n'a pas su davantage donner d'explication ce matin dans les DNA on ne t'en tiendra pas rigueur. Mais que diable, un peu de rigueur en défense!!!!
  • Un article contenant le mot "chibre" ne peut être que réussi !
  • sa3ntiago.png
    Modifié par sa3ntiago ·
    sa3ntiago • 37 ans
    @il-vecchio : Vu que je suis poussé dans mes tranchées, voici en exclusivité alsacienne, la vraie raison.
    Il y a un fait troublant que les media à la solde du Système se sont empressés de faire oublier et que je rappelle désormais au péril de ma vie : les joueurs de Strasbourg sont arrivés trois minutes en retard sur le terrain, pour la deuxième mi-temps. On s'autorise à penser dans la pénombre des alcôves que fréquentent les milieux autorisés à penser, qu'ils ont fait un mini-Knysna auquel Thierry Laurey n'a pas cédé. Peut-être que Blayac a proposé de s'auto-crocheter à nouveau le pied dans la surface, alors que Laurey préférait la jouer à la régulière via le retour du 4-4-2 losange sorti de derrière les fagots. Dès lors, ils ont décidé de le lâcher, et ça il ne pouvait le dire en conférence de presse ni dans les interviews. Quelle crise profonde couve dans l'OM de l'Es… du Grand-Est ? #latheorieducomplotpourtous!

    @rachmaninov : ce qui m'amène à penser que, pour éviter ce genre de déconvenue chez nous, plutôt que d'installer des systèmes chauffants à 12 000 € n'empêchant pas les matchs d'être rejoués, Super Keller ferait mieux d'installer la chibre optique à la Meinau, afin que des joueurs encore trop tendres ne perdent pas tout leur moyen dès qu'ils ont un coup de mou et n'ont pas (ou plus, cf. Nogueira) de leader sur le terrain, les aidant à garder la tête froide et durcir leur… jeu.
  • Un article faisant référence à l'Illiade ne peut être que réussit.
  • De la belle ouvrage

Commenter