Deux Lavallois de bon aloi

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Par kitl
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© marco

De sa sympathique odyssée en D1 de 1976 à 1989, on a retenu du Stade lavallois son parcours européen de 1983, ses sponsors laitiers ou la longévité de Michel Le Milinaire. Le tableau serait incomplet si on omettait le centre de formation mayennais, dont deux fleurons ont porté les couleurs du Racing : Jacky Paillard et Jean-Luc Dogon.

Milieu de terrain défensif, prototype du « porteur d’eau », Jacky Paillard conservera éternellement son nom au fronton du panthéon strasbourgeois, à l’instar de Pierre Sbaiz ou de Jean-Christophe Devaux, autres joueurs de devoir qui surent se fabriquer un destin d’un coup franc victorieux en finale de Coupe.
Pour Paillard, deux coups de pattes – plus exactement un plat du pied gauche et une tête plongeante – distillés un soir de mai 1992 contre Rennes rehausseront singulièrement deux saisons et demi exemplaires, à l’image de sa carrière de bon joueur de Division 1.

Accueilli fraîchement du fait de son passé girondin, alors que la rivalité entre Strasbourg et Bordeaux atteint son apogée dans les tribunes, Jean-Luc Dogon fera de son côté partie de l’équipe vainqueur de la Coupe de la Ligue 1997 et poussera encore un bout de chemin en Coupe d’Europe, avant de partir en catimini pour Rennes. Ce passage loin d’être mémorable ne rend pas moins intéressant le personnage, membre méconnu de « la génération perdue » du football français.
Ces deux joueurs ont donc pour point commun d’avoir effectué leurs premiers pas chez les professionnels au Stade lavallois, en 1982 pour Paillard et trois ans plus tard pour Dogon.

Chanson Paillard



Natif de la préfecture de la Mayenne, Jacky Paillard intègre le groupe lavallois en cours de saison 1982-83, que les Tangos achèveront en cinquième position, comme l’année précédente. Il participera succinctement au fameux match retour contre le Dynamo Kiev, remporté 1-0 sur un but de José Souto. Le départ de Souto pour Strasbourg ouvrira les portes du onze à Paillard, associé durant deux saisons à Thierry Goudet, un autre élément de la classe 1962 un peu plus précoce et encore plus petit. Précurseur des Xavi et Iniesta, l’entrejeu lavallois a fière allure et le club continue d’assurer sans coup férir sa place en première division.

L’avenir s’annonce radieux, puisque Laval s’est offert les conditions de son développement en investissant massivement dans la formation. Quelques mois après ses exploits européens, les juniors remportent la Gambardella 1984 face au Montpellier de Laurent Blanc, auteur d’un but refusé injustement et qui manqua son tir au but. On y retrouve Bertrand Reuzeau, Loïc Lambert, Thierry Leroux, tous recrutés entre la Bretagne et le Maine. Mais l’élément le plus prometteur, déjà surclassé, est sans conteste Jean-Luc Dogon, originaire de Carentan dans la Manche. Perché sur de longues jambes – encore allongées par la taille des shorts de l’époque –, le buste droit, facile techniquement, le jeune Dogon a beaucoup d’allure. Il s’appuie sur une polyvalence appréciable dont il aura cependant beaucoup de mal à se défaire au long de sa carrière : il passe l’essentiel de sa formation en milieu défensif, voire relayeur, mais peut également évoluer à tous les postes de la défense.

Dogon effectue une apparition en D1 en 1984-85 contre le RC Paris (1-0) alors qu’il est encore mineur. Il gagnera ses galons de titulaire dès la saison 1986-87, instant charnière pour un football français entrant de plain-pied dans le football business. Des clubs modestes tels Laval éprouvent des difficultés grandissantes à subsister, se voyant dans l’obligation de vendre leurs meilleurs éléments chaque été : ainsi à l’été 1986, Thierry Goudet et Michel Sorin ont rejoint l’ambitieux Brest Armorique, tandis que Loïc Pérard a succombé aux sirènes de Jean-Luc Lagardère. Jean-Luc Dogon empruntera le même chemin en 1988, Laval s’étant mis d’accord avec le Matra Racing, alors que les autres puissances de l’époque, l’OM et Bordeaux, courtisaient ardemment le joueur. Ce dernier obtient un contrat de cinq ans, comme Guérin et Ginola, autres recrues prometteuses enregistrées par René Hauss, et fait figure de successeur désigné de Maxime Bossis au poste de libéro.
Jacky Paillard a pour sa part atterri à Toulouse l’année précédente, club animé par la doublette Passi-Marcico, où il fait la paire au milieu de terrain avec Pascal Despeyroux, autre étoile montante du football hexagonal.

La régularité et la fiabilité de Paillard le conduisent à intégrer l’Equipe de France Olympiques, cornaquée par Gaby Braun et Roger Lemerre, en vue des JO de Séoul. Rappelons que les joueurs professionnels sont admis depuis 1984, à condition qu’ils n’aient jamais participé à aucune rencontre internationale en compétition officielle. Cette équipe composée de valeurs sûres de D1 (Olmeta, Cartier, Laurey, Kombouaré, Pardo, Mège, Buscher…) trustant les premières positions au classement des étoiles France Football échouera dans sa mission et ces maillots bleus quelque peu hybrides resteront les derniers de la carrière de Jacky Paillard. Il pourra néanmoins se targuer d’avoir fait partie de l’antichambre de l’Equipe de France, peu de temps avant qu’une sélection A’ ne vienne prendre le relais des Olympiques.

Dogon, prophète en son pays ?



Grand espoir, on l’a vu, Jean-Luc Dogon fait naturellement partie de la campagne de l’Euro Espoirs courant sur plusieurs mois et achevée en apothéose à l’automne 1988 à Besançon. Avec Alain Roche, c’est même l’un des rares 1967. Hélas pour lui, ces débuts rectilignes seront gâchés par les déboires du Matra Racing, englué en queue de tableau et bientôt abandonné à son triste sort par son propriétaire. A mille lieues du marchepied espéré vers la sélection nationale et la Coupe d’Europe. Comme la majeure partie des Matraciens, à l’exception notable de Pascal Olmeta, Alim Ben Mabrouk et David Ginola, Jean-Luc Dogon est libéré à l’issue de la saison 1988-89, vécue essentiellement en charnière centrale aux côtés de Bossis, même si René Hauss le replacera parfois milieu.

Claude Bez flaire le bon coup et le rapatrie en Gironde. Ses deux premières saisons sont délicates : il joue quasiment tous les matchs de la première, mais essentiellement comme premier remplaçant, étant barré par Jean-Philippe Durand et Bernard Pardo. Sous les ordres de Gérard Gili, la deuxième est même pire, puisque Dogon passe la fin de saison dans les tribunes et Bordeaux est torpillé en D2 par les instances. Le Manchot semble manifestement peu doué pour choisir ses clubs.

Alain Afflelou, nouveau patron bordelais, le convainc de rester. Il faut dire que Dogon a quasiment disparu des écrans radars ces dernières saisons et n’est pas à une saison de D2 près. L’ancien Lavallois a toutefois fixé une condition, révélatrice d’une ambition toujours intacte : il souhaite se fixer au poste de latéral droit. La raison ? Il estime que la concurrence en sélection est moins fournie à ce poste qu’à d’autres.

Son intuition est plutôt bonne. Vêtus de l’atroce mais cultissime maillot Panzani grenat, les Girondins retrouvent la première division au bout d’une saison, au contraire de Nice et Brest, les deux autres clubs rétrogradés administrativement. Rolland Courbis leur permet même de retrouver un rang conforme à leur histoire récente, à proximité des places européennes. Il n’en faut pas plus pour convaincre Gérard Houllier d’inviter Dogon à Clairefontaine. Le sélectionneur est confronté à la grave blessure de Jocelyn Angloma et n’a pas été convaincu par les solutions Sassus ou Durand au poste d’arrière droit (mais qu’attend-il pour prendre Cobos ?).
Jean-Luc Dogon voit s’ouvrir un boulevard devant lui, à quelques mois de la World Cup 94. Il fête sa première cape le 28 juillet 1993 contre la Russie, qui plus est à Caen. Convoqué le mois suivant pour un déplacement décisif en Suède, il doit renoncer la mort dans l’âme alors qu’une place de titulaire lui tendait les bras. Le numéro 2 échoit à Marcel Desailly, loin d’être un spécialiste du poste mais dont l’impact physique fait frémir de l’autre côté des Alpes et fait oublier l'absence de Basile Boli.

Dogon est à nouveau appelé pour France-Bulgarie. Alors qu’il devait prendre place sur le banc des remplaçants, il ressent une douleur au mollet et déclare forfait, ce qui pousse le sélectionneur à rattraper par le colback l’homme qu’il accusera plus tard d’avoir commis « un crime contre la cohésion du groupe », prévu pour être dix-septième homme ce soir-là. Sermonné non pas pour avoir balancé ce centre hasardeux, mais bien pour ses déclarations intempestives d’avant-match qui auraient dû lui coûter une place dans le groupe, David Ginola n’aurait jamais enfilé ses crampons si Jean-Luc Dogon avait pu tenir son rang…

La carrière internationale de notre homme s’arrête là, son compteur restant bloqué à une seule sélection. Fort de son appréciable polyvalence et de ses états de service bordelais, Dogon aurait certainement brigué un strapontin pour les Etats-Unis. Mais à la différence de Blanc, Sauzée ou Papin, qu’il s’emploiera à convaincre de reporter le maillot bleu frappé du coq, Aimé Jacquet préféra ignorer ce modeste soutier de la fin de l’ère Houllier. A-t-on voulu lui faire payer sa « franchise » médicale de novembre 1993 ?

Strasbourg, nous voici



Après trois saisons au TFC, Jacky Paillard rejoint Rennes, fraîchement promu qui souhaite s’appuyer sur une forte colonie lavalloise pour se maintenir. Il y retrouve Goudet, Sorin et l’inoubliable Jean-Marc Miton. La saison est pénible et le Stade Rennais ne doit sa survie qu’aux trois rétrogradations de l’été 1991. Devant ce micmac estival, Paillard tente de prendre les devants et négocie un contrat avec le PSG. Finalement l’affaire capote au dernier moment : trois milieux défensifs – Laurent Fournier, Bruno Germain et Bernard Pardo – débarquent dans la capitale en provenance de l’OM, en échange de Jocelyn Angloma. Paillard se retrouve sans club, car Rennes n’a pas goûté la manœuvre. Gilbert Gress flaire la bonne affaire et se voit accorder une rallonge pour l’engager. On connaît la suite…

Régulièrement associé à Yvan Pouliquen au cours de la centaine de matchs qu’il accomplira sous le maillot du RCS, Jacky Paillard fera globalement consensus auprès de l’exigeant public alsacien. Jean-Luc Dogon devra lui subir les foudres de supporters chauffés à blanc par le mano a mano de 1991-92 qui étaient loin d’imaginer que le successeur de Frank Leboeuf allait débarquer de la Gironde honnie.
Devenu libéro de Bordeaux à la suite de Didier Sénac, Dogon venait de participer activement au marathon qui mena les Girondins de l’Intertoto à la finale de la Coupe UEFA, le tout en jouant le maintien en championnat. Nanti d’un contrat de quatre ans, il n’en accomplit que deux à Strasbourg, la faute en revenant autant à l’accueil hostile d’une partie du public qu’à des relations délicates avec Jacky Duguépéroux, sans oublier des douleurs récurrentes au tendon d’Achille.

Au Parc des Princes le 12 avril 1997, Dogon dispute la finale de Coupe de la Ligue contre son ancien club. Il cède sa place en prolongation à Yannick Rott. La saison suivante, il sort du placard à l’occasion de la double confrontation face à l’Inter Milan. Expulsé en fin de match à Giuseppe-Meazza, quelques minutes après le troisième but signé Simeone, pour un tacle rugueux sur Ronaldo, Jean-Luc Dogon réalise ici l’un de ses rares faits d’armes au Racing. Il est ensuite expédié à Rennes (encore eux !) où il multiplie les pépins physiques. Son corps supporte encore une ultime saison à Créteil, présidé par Afflelou, avant de dire stop à 34 ans. Revenu en Aquitaine, le sémillant Dogon s’est occupé de différentes catégories de jeunes des Girondins de Bordeaux dont il entraîne aujourd’hui les U19.
De son côté, Paillard a terminé sa carrière à Toulouse, où sa reconversion hasardeuse dans la restauration a défrayé la chronique. Après plusieurs mois de galère, il a repris pied dans le football dans l'encadrement technique à un niveau amateur.

Pour aller plus loin :

  • Série d’entretiens très riches accordés par Dogon au SO bordelais en 2007. On y parle notamment politique…
  • Série de portraits consacrés aux gloires du Stade lavallois.

kitl

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