Benjamin Corgnet, le nouveau chef d'orchestre

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Par nitro
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Devenu professionnel après être resté longtemps amateur, Benjamin Corgnet est un joueur pétri de talent lorsque son corps le laisse s'exprimer. Laissé libre par Saint-Etienne après quelques saisons compliquées, il s'est engagé pour trois ans avec le Racing, qui tient peut-être son nouveau maestro.

Benjamin Corgnet fait partie des joueurs doués qui sont passés à côté des centres de formation. Cependant, il n'est pas, comme Mathieu Valbuena, Antoine Griezmann ou Franck Ribery, un joueur qu'on a refusé. Au contraire, c'est lui qui a dit non. Alors qu'il avait la possibilité de rejoindre le centre de formation de l'Olympique lyonnais à l'âge de 10 ans, ses parents ont préféré qu'il privilégie ses études, déclinant ainsi l'offre des Gones. Il fait ses classes dans un autre olympique, moins prestigieux, celui de Saint-Genis-Laval, ce qui l'amène ensuite à rejoindre l'US Millery-Vourles à l'âge de 18 ans, alors que le club évolue en DH. Il y restera quatre saisons sans jamais vraiment penser devenir footballeur professionnel. Il dit lui même avoir la vie d'un jeune normal entre études, soirées et match de foot entre amis le week-end. Mais Benjamin Corgnet a du talent, beaucoup de talent, et c'est lorsqu'il arrive à Chasselay en 2009, à l'âge de 22 ans que tout va s'accélérer pour lui. En CFA 2, il commence à attirer l’œil de certains recruteurs qui sont charmés par sa qualité technique et sa vision du jeu. Ainsi, à peine six mois après son arrivée dans le club rhodanien, il se fait remarquer par Ghislain Anselmini, un recruteur de la région: « dès qu'il avait le ballon, il se passait toujours quelque chose. Je me rends compte qu'il a un potentiel énorme et qu'il n'a rien à faire en CFA 2. » Au détour d'une rencontre hasardeuse avec Patrice Carteron, alors entraîneur de Dijon, l'ancien joueur reconverti dans la découverte de jeunes pépites arrive à décrocher un essai de trois jours. En un seul entraînement, Patrice Carteron est bluffé et au soir du premier jour d'essai, il appel Anselmini pour lui dresser les louanges d'un Corgnet qui, selon ses propres mots, « a explosé tout le monde à l'entraînement. » Il n'en faut pas plus pour que le club lui pose une proposition de contrat de deux ans sur la table. Dès lors, on peut raisonnablement penser que l'heure de connaître le monde professionnel a sonné pour Benjamin Corgnet. A ceci près qu'il n'est pas un joueur lambda qui serait prêt à tout sacrifier pour signer un contrat professionnel, loin de la. Pour lui, l'important, c'est de se faire plaisir entre pote sur le gazon, de réussir ses études et d'assurer son avenir. Alors que beaucoup sont séduit par ses talents de footballeur, il semble paradoxalement être le seul à ne pas avoir conscience du potentiel qu'il a entre les pieds et surtout, l'homme a ses priorités. Il décline l'offre de Dijon tout en signant un pré-contrat avec le club bourguignon afin de passer son BTS d'opticien, qu'il obtiendra tout en offrant la montée en CFA à Chasselay. L'été approche et Benjamin Corgnet n'échappera cette fois plus à son destin et signe un contrat de deux ans à Dijon le 1er juillet 2010.

Tout s'enchaîne alors très vite pour le Lorrain de naissance, qui supporte le FC Metz (chacun ses défauts...). A l'instar de ses performances dans les divisions amateurs, il ne faudra que quelques mois au néo-Bourguignon pour se faire bien voir. Rapidement titulaire indiscutable, il enchaîne les bonnes prestations et se voit offrir une prolongation de contrat au mois d'octobre 2010... soit trois mois après avoir signé son premier contrat pro. Il faut dire qu'il est le maître à jouer d'une équipe de Dijon qui enchaîne les bonnes prestations et qui se met tranquillement en route pour la L1. Avec 32 match joués, dont la grande majorité en tant que titulaire, il terminera la saison avec un but marqué et quatre passes décisives. Ces performances lui vaudront d'être nominé aux trophées UNFP du meilleur joueur de L2 lors de cette saison 2010-2011, tout en étant dans l'équipe type du championnat. Arrivé en Ligue 1, le challenge est de taille pour cet enfant du football amateur qui compte bien poursuivre sur sa lancée. Enfin conscient de ses capacités, il explose et se révèle aux yeux de la France en surnageant dans une équipe pourtant très faible. Bien qu'il ait inscrit huit buts accompagné de deux passes décisives et qu'il soit l'une des révélations de cette saison, il ne pourra pas empêcher la relégation de Dijon. Mais après avoir goûté à la Ligue 1, le natif de Thionville s'y sent bien et veut y rester. Patient comme à son habitude, les semaines passent et il débute la nouvelle saison en Ligue 2 en inscrivant trois buts lors des trois premiers match. Ce n'est que lors de la dernière journée du mercato que sa situation va se décanter pour mettre le cap sur l'ouest de la France. Christian Gourcuff vient le chercher pour le ramener à Lorient, où tout le monde pense qu'il va continuer de grandir. Lui même ne s'en cache pas, et il a choisi le club merlu principalement pour cet aspect: « Lorient est une des équipes qui a le plus beau jeu en France. Avec un entraîneur qui a donné leur chance à énormément de joueurs, qui les fait progresser [...] je sais que j’ai encore énormément de choses à apprendre et je suis convaincu que Lorient est le meilleur club pour me faire progresser rapidement. » Car si le nouveau Racingman a des qualités techniques au dessus de la moyenne, le fait de ne pas avoir fait de centre de formation l'handicape sur d'autres aspects. Il sait qu'il a besoin de progresser tactiquement et rejoint donc la Bretagne afin de poursuivre son apprentissage. Acheté pour une somme de 6 millions d'euros, les attentes sont très grandes autour de lui, Lorient n'ayant pas l'habitude d'investir autant d'argent sur un joueur. Les sollicitations médiatiques affluent et certains, dont son ancien entraîneur à Dijon et quelques professionnels de l'enflammade express' commencent à parler de l'équipe de France. Une prédiction trop prématurée pour un joueur ayant fait une bonne saison en Ligue 1 et qui aura du mal à confirmer les saisons suivantes.

Si il ne regrette pas son passage en Bretagne, il est considéré comme un flop et ne fera pas long feu dans l'ouest de l'hexagone. En effet, avec 25 matchs joués, il n'est jamais pleinement rentré dans le système de Christian Gourcuff. Le 4/4/2 à plat de ce dernier ne correspond pas vraiment aux qualités de Corgnet, qui a du mal à s'exprimer. Gourcuff-père n'est pas pleinement satisfait du rendement du joueur, et indique à ses dirigeants qu'il ne s'opposerait pas à une offre où toutes les parties s'y retrouveraient. Bingo pour Saint Etienne qui le convainc rapidement de revenir dans sa région d'adoption avec un projet séduisant pour compléter la liste des bons arguments. S'apprêtant à découvrir l'Europe et rejoignant une équipe qui souhaite s'imposer sur le long terme dans le haut du classement français, la progression continue pour Corgnet en dépit d'un passage à Lorient peu réussi. Arrivé dans le Forez, ses premiers matchs sont compliqués et pour cause, Christophe Galtier le fait jouer en position d'ailier droit, ce qui ne lui convient pas du tout. Après ces essais peu concluants, il est de retour à son poste de prédilection en étant replacé numéro 10. Il réalise à nouveau de bonnes performances bien que le style de jeu plus défensif prôné par son coach lui corresponde moins. Il achève la saison avec un total honnête de sept buts et une passe décisive en 28 matchs. C'est la saison suivante que les galères vont commencer avec des problèmes musculaires qui interviennent au début de la saison 2014/2015. Il joue moins et commence à perdre sa place dans le 11 stéphanois, une situation qui continue dans la même trajectoire lors de la saison suivante. Les blessures et les mauvais matchs s'enchaînent ce qui l'amène à disparaître peu à peu du groupe des Verts. Par intermittence, il a toujours quelques coups d'éclats mais ces derniers sont trop rares pour le faire revenir dans la course aux titulaires. Au début de la saison 2016/2017, Christophe Galtier lui fait comprendre qu'il ne compte pas sur lui, mais Benjamin Corgnet n'en tient pas vraiment compte. Disposant d'une situation confortable dans le Forez, il préfère rester et se battre pour gagner sa place, sans succès. Avec une dizaine de matchs au compteur, dont seulement trois titularisations, il ira même faire un tour par l'équipe réserve en CFA 2. Son acharnement a tout de même fini par payer puisqu'il est revenu dans le groupe en fin de saison pour y jouer quelques matchs. N'ayant jamais fait de vagues par rapport à sa situation, il a attendu patiemment que les mois passent avant de retrouver un nouveau challenge du côté de la Meinau. Une offre qui sonne comme le contrat de la dernière chance pour ce joueur au talent incontestable, mais qui a souffert d'un physique fragile l'empêchant de faire une bonne saison complète depuis maintenant trois ans.

L'homme et le joueur



Quand on s'intéresse à la personnalité et au caractère de Corgnet, il n'est pas très étonnant de voir que Thierry Laurey se soit penché sur son cas. Si on lit diverses interviews de l'ancien Stéphanois, on comprend rapidement que deux choses sont importantes à ses yeux. La première d'entre elles est de prendre du plaisir. Depuis ses débuts en amateur, il a toujours eu cette idée en tête, les potes et le kiff d'abord. S'il est aussi humble et plein d'humilité, c'est que le néo trentenaire sait d'où il vient. Le fait d'avoir été éloigné de la sphère footballistique et de tous ses défauts pendant son adolescence l'a forgé. Il a connu divers petits boulot, a travaillé sur des chantiers à 16 ans avant d'être homme à tout faire dans une clinique. Cette apprentissage de la vie lui a posé la tête sur les épaules et même dans ses moments de galère à Saint-Etienne, il reste conscient de la chance qu'il a : « quand je vois mes parents, mes frères et sœurs, mes potes, qui travaillent, qui triment pour ramener un peu d'argent à la fin du mois, j'ai de la chance d'être là où je suis. Si j'avais boudé, je me serais fait reprendre de volée par mon père. » La deuxième obsession de Corgnet est le travail. A son arrivée à Dijon, il avait été surpris de voir des joueurs aguerris rester après l'entraînement pour prolonger les séances. Le professionnalisme demande un certain investissement, ce qu'il a parfaitement intégré. Même lorsque sa situation était plus compliquée à Saint-Etienne, il n'a jamais bronché et à continué à travailler pour revenir dans l'équipe. S'il admet avoir eu un peu de rancœur lorsqu'on ne lui donnait pas sa chance, il a continué à bosser pour rapidement oublier les désaccords qu'il a pu avoir avec Christophe Galtier.

Le poste auquel Benjamin Corgnet est le plus à l'aise est le poste de numéro 10. Que ce soit à Saint-Etienne ou à Dijon, c'est dans cette position qu'il s'exprimera le mieux et qu'il réalisera ses performances références. Cependant de ses propres mots il « aime jouer un rôle au-dessus de la sentinelle, dans un milieu à trois. » Préférant jouer derrière l'attaquant, il ne rechigne donc pas à descendre d'un cran pour occuper un poste de relayeur dans un schéma en 4/3/3 avec une pointe basse. Car s'il est efficace dans un rôle de numéro 8, il est préférable de lui ajouter une sentinelle capable de récupérer des ballons et de jouer un peu plus bas pour assurer la transition entre le milieu et la défense. Sa conduite de balle et son côté véloce ballon au pied lui permette de bien remonter le ballon, mais il est plus limité en ce qui concerne la récupération et le travail défensif. Si ses statistiques ne sont pas si énormes que ça, surtout au niveau des passes décisives (il a un record de quatre passe déc' en une saison), ça n'est pas pour autant qu'il n'a pas d'impact sur le jeu. Ses qualités amènent même Olivier Dumas, son entraîneur à Millery-Vourles, à oser une comparaison audacieuse: « il avait déjà une vitesse d’exécution extraordinaire et une capacité à la différence sur les cinq premiers mètres qui me fait penser à Kaka. » La comparaison est complètement démesurée et nous sommes loin de tenir un joueur d'un talent égal à celui du Brésilien mais les qualités sont elles bien présentes. Sa vision du jeu et sa vitesse d'exécution lui servent à créer des décalages qui peuvent faire très mal à une défense. S'il n'est pas souvent présent à la dernière passe, c'est souvent lui qui initie le déséquilibre dans les défenses adverses. C'est d'ailleurs parce qu'il est à l'avant dernière passe qu'il se trouve parfois à la conclusion. Il n'hésite pas à poursuivre les actions jusqu'au bout et à traîner dans la surface pour être à la réception d'un centre ou pour reprendre un ballon repousser par le gardien. De plus, il dispose d'une frappe plutôt honnête dès lors qu'il se trouve aux abords de la surface de réparation. Si il est amené à être mis dans de bonnes dispositions, et avec un corps qui le laisserait enfin tranquille, il ne fait aucun doute que Benjamin Corgnet peut devenir le maître à jouer du Racing. Lors de son bizutage à Lorient, il avait entonné le refrain de célèbre chanson de Téléphone "Cendrillon". Il ne reste plus qu'à espérer qu'il écrive une autre "jolie petite histoire" sous le maillot bleu.

Les citations sont issues d'Eurosport, Sport 24, Le Parisien, L'Equipe et 20 Minutes.

nitro

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