Dans le rétro : été 1987

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Par kitl
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Le Racing version Hechter effectue sa première rentrée, sous des auspices alliant tradition et innovation. L’intersaison est en effet rythmée par un stage de préparation des plus conventionnels et la métamorphose des symboles du club…

A la manière d’un nouveau gouvernement dont on attend la présentation du premier budget pour en noter les orientations, il convient de juger l’intersaison 1987-1988 comme la première véritablement pilotée par Daniel Hechter, secondé à Strasbourg par Jean-Pierre Dogliani. On l’a vu, les décisions prises au cours de l’ultime saison le furent souvent en réaction aux choix jugés hasardeux de la précédente équipe dirigeante. Cette fois, le couturier, seul maître à Bord, a pu instiller sa griffe en matière de recrutement et de choix budgétaires. Il en profita pour ajouter une composante esthétique matérialisant l’idée de nouveau départ pour un Racing Club de Strasbourg sclérosé, huit ans seulement après le titre de 1979.

Pour incarner cette nouvelle donne, quoi de mieux que le rappel d’un glorieux ancien, en la personne de Léonard Specht. Libéré par Bordeaux, le stoppeur de 33 ans s’engage pour deux saisons avec une reconversion à la clé. Le futur capitaine manquera d’ailleurs la majorité de la préparation, retenu à Vichy pour le stage des entraîneurs.

Deux milieux de type numéro 8 signent également début juin. Frédéric Christen arrive de Monaco où Lucien Muller l’utilisa souvent comme faux ailier-droit. Plus expérimenté, Stéphane Plancque se donnera une entorse au genou dès le premier entraînement. Verdict : six mois d’indisponibilité et un peu de répit pour les jeunes Niesser et Andrieux, qui appréhendaient forcément la concurrence de l’ex-Losciste.

Avec les recrues déjà enregistrées au printemps – Lemonnier, Didaux et Liegeon –, Henryk Kasperczak dispose d’un effectif au complet pour le stage d’avant-saison organisé à la fin du mois de juin à proximité de la Petite-Pierre. Séjournant à Imstahl, les Bleus s’entraînent à Dossenheim-sur-Zinsel, à raison de trois séances quotidiennes (7h, 10h et 17h). Trois matchs amicaux sont programmés.

Dans les bureaux aussi, l’intersaison bat son plein. On annonce la saturation du standard mis en place pour s’abonner. Le président Hechter effectue une conférence de presse de rentrée le lendemain de la reprise de l’entraînement. Le club annonce 31 millions de francs de budget, englouti à hauteur de 21 MF par la masse salariale. Côté recettes, les subventions se taillent la part du lion, avec 18 millions apportés par la ville et un peu moins de 2 millions pour la région et le département, qu’Hechter s’était fait fort de mettre dans la boucle. Le nouvel homme fort du RCS avait également fait miroiter une forte hausse des recettes de sponsoring, le budget prévoit 8,2 millions, à comparer avec le montant des subventions. Enfin, la billetterie devrait contribuer à hauteur de 3 MF.

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Quelques centimes, une cabine téléphonique et le tour est joué !

Une fois évacuées ces considérations fort ennuyeuses d’intendance, Daniel Hechter peut aborder un aspect beaucoup plus stimulant de son projet. Il s’agit en effet de la présentation du nouveau maillot bleu ciel à manches blanches, de style rétro, les shorts étant singulièrement rallongés. Le clin d’œil au Racing Club de Paris – autorisé cet été à porter l’appellation de Matra Racing – est évident, à la manière des rénovateurs du FC Neudorf après la Première Guerre mondiale.
A ces couleurs vintage s’ajoute un nouveau sigle « européen », de facture assez basique, reprenant la bannière aux douze étoiles. Les plus observateurs avaient repéré ce logo dès son apparition subreptice sur la réclame de la campagne d’abonnement…
Pour finir, Hechter annonce la construction de loges en balcon de la tribune Sud, destinées à choyer toujours plus de partenaires.

L’actualité alsacienne, française et internationale ne brille pas par sa variété : Roland-Garros, brouille au sommet du gouvernement et grève de la CTS. Il faut atteindre la rubrique faits divers pour sortir du train-train habituel. On y apprend que Paul Giegel, ancien sparring-partner de Daniel Hechter au moment de sa prise de contrôle du Racing, tombé en disgrâce au printemps, avait tué son ex-épouse dans le Roussillon. D’autres déboires conjugaux conduiront Pierrette Le Pen à poser en tenue de soubrette pour le numéro de juillet 1987 de Playboy.

Le 12 juin, Ronald Reagan visite Berlin et interpelle son homologue soviétique (« Mister Gorbatchev, tear down this wall ! »). Berlin où s’élancera le Tour de France pour trois étapes, courues intégralement dans la partie occidentale de la ville. Les coureurs rallieront le Bade-Wurtemberg avant de franchir la frontière par le pont de Gambsheim quelques jours plus tard. Une Citroën CX des Dernières Nouvelles d’Alsace couvrira la course, Jean-Pierre Meyer laissant orphelins les amateurs d’indiscrétions sur le Racing durant ces trois semaines.

Entretemps s’est tenu un événement peu banal, couvert en détail par Claude Keiflin pour les DNA : les retrouvailles de la diaspora des pieds-noirs à Nice le 28 juin, pour marquer les 25 ans du départ des Français d’Algérie. Le Front national y joue sur du velours, Jacques Chirac et son ministre des Rapatriés André Santini côtoient Jacques Soustelle et l’ancien général putschiste Edmond Jouhaud, amnistié en 1982 à l’initiative du gouvernement Mauroy. A dix mois de l’élection présidentielle, le vote pied-noir est plus que jamais convoité, et Raymond Barre, pas le bienvenu à Nice, semble devoir tirer un trait sur cet électorat : on ne lui pardonnera pas d’avoir joint son vote à celui des communistes pour refuser d’amnistier les putschistes de 1961.

Loin de ces considérations politiques, le Racing s’impose le même jour sur la plus petite des marges contre une coriace sélection régionale à Bouxwiller. Kasperczak aligne un 4-3-3 classique, qui pourra cette saison se muer en 4-4-2 plus défensif, en fonction du positionnement de Cyriaque Didaux sur le flanc gauche.
Equipe

Pour les 80 ans du FC Bischwiller, Strasbourg dispose du FC Metz (1-0) mais perd Denis Schaer, bientôt opéré de la cheville. A noter que les Mosellans rentraient à peine d’une tournée en… Corée du Sud.

La préparation s’achève à la Meinau sur un match de gala face à l’AS Monaco. Seules 3000 personnes assistent à un spectacle de qualité (2-2), pour les retours des fils prodigues Arsène Wenger (sur le banc) et Rémy Vogel (remplaçant).

La saison est véritablement lancée dès l’entame contre Valenciennes : victoire 3-0, doublé de Didaux et but de Reichert. Outre ce succès sportif, la soirée est également marquée par un hommage appuyé rendu à Oscar Heisserer, à l’occasion de ses 73 ans.
« J’apprécie d’autant plus le geste des dirigeants qu’à Strasbourg, on n’était pas coutumier du fait » glissera, taquin, le plus grand footballeur alsacien de l’histoire dans les coulisses de la Meinau. Belle opération de communication pour Daniel Hechter, pas peu fier de ses maillots et de ce flashback vers les glorieuses années 1930 du RC Strasbourg… Prochaine étape de l’opération reconquête le 1er août, pour un derby explosif contre Mulhouse. La location marche fort, des sources bien informées annoncent une affluence supérieure aux 30 000…

kitl

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