Dorn to be wild

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Souvenir/anecdote
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Par louky
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5 comm.

Nous sommes le 25 mars 2000. Ce soir-là, Marseille se présente dans une Meinau incandescente, et le Racing vient à bout d'une équipe phocéenne en crise. Récit souvenir d'une soirée extraordinaire, qui a jeté deux légendes en pleine lumière : Franck Dumas et Régis Dorn.

Un chiffre : 35 065. Non, ce n'est pas la taille retenue par la Ville de Strasbourg pour la future enceinte de la Meinau rénovée et agrandie, mais bien le nombre de spectateurs massés dans la Meinau, en cette soirée du samedi 25 mars 2000. En face du Racing, c'est le grand OM et son armada de stars (Abardonado, Pouget, Blondeau, Bakayoko...) À noter également dans les rangs phocéens la présence d'un petit jeune à fort potentiel, un certain Robert Pirès, seul véritable inconnu de la bande, vainqueur d'une modeste coupe du monde.

Bref, même si l'OM ne tourne pas fort en cet exercice 1999-2000, en proie à des crises intestines qui ravagent le peu de confiance qu'ont déjà les joueurs, on parle quand même du seul club français vainqueur de la "coupe aux grandes oreilles". En 2000, l'OM, c'est encore quelque chose.

À l'époque, l'auteur de ces lignes a huit ans. A l'époque, pas de BeIn Sports, de site de streaming ou de @deadwing, et encore moins de venue au stade (la campagne environnante n'était pas encore desservie par le Réseau 67) : voir le Racing à la télé ou en vrai, c'est un événement. Voilà pour le contexte.

Le mur bleu ? Des gens qui bouchent les entrées, faute de place


Parce que du match, à vrai dire, le petit gars n'a pas vu grand chose. Avec la colonie des poussins du FC Willgotheim et ceux de l'US Saessolsheim qui ont fait le déplacement en autocar, il se retrouve coincé devant les portes de la tribune Sud, où une foule énorme se masse pour essayer de dégoter une place (il n'y avait pas encore de sièges à ce moment-là). Le contraste est alors d'autant plus saisissant pour le petit supporter que tous les autres spectateurs lui rendent au moins un bon mètre. Le mur bleu, à l'époque, c'était ça : des gens qui bouchent les artères du stade, faute de place.

Une demi-heure après le coup d'envoi, le voilà enfin assis en tribune sur un des mythiques blocs de béton, à côté d'un supporter de l'OM visiblement courroucé par la partie des Olympiens. Dans les rangs ciel et blanc, le petit bonhomme connaît déjà le nom de quelques joueurs qu'il a lu dans la DNA : Beye, Luyindula, Ehret, Debès... et se réjouit de voir sur le terrain le Pastore (ou le Passeporté) de l'époque : Diego Hector Garay, impressionnant deux mois plus tôt à Monaco à l'occasion d'un des rares matchs télévisés du Racing, en l'occurrence la victoire 3-2 sur le Rocher en coupe de la Ligue.

Franck Dumas et "black-out"



Ce soir-là, ce qui se passe sur le terrain importe finalement assez peu. Déjà, les tribunes de la Meinau sont un spectacle en soi. Le plus marquant ce soir-là ? Le nombre de drapeaux représentant des pays (Algérie pour sûr, Sénégal ou Mali avec moins de certitudes, probablement celui du Maroc aussi) agités aux quatre coins du stade. À huit ans, aucun jugement de valeur, si ce n'est que le rendu est magnifique et donne encore plus de couleurs à une enceinte bondée et fervente.



Des quatre buts inscrits ce soir-là, lui resteront finalement les deux buts marseillais (à partir de 6'07) : celui de Bakayoko, évitable et consécutif à une faute de main de Debès, et celui de Franck Dumas, auteur d'un magnifique CSC d'une tête lobée qui laisse Porato, le gardien marseillais, figé sur ses appuis. Celui d'Ehret n'existe pas dans son cerveau. Le but de Dorn reste quant à lui une énigme dans l'esprit d'une jeune fan : il se souvient de la bourde de Dumas, qui échappe le ballon au profit de l'Alsacien. Mais comme pour ce dernier, qui avouait avoir eu "un black-out" après avoir mis la balle au fond (dans une vidéo publiée sur racingstub.com), le reste est extrêmement vague dans l'esprit du jeune supporter, qui se souvient avoir exulté au milieu des tribunes complètement hystérisées par la victoire qui se dessine... et c'est tout.

Ferveur et euphorie



Et c'est déjà pas mal. Car cette rencontre, aussi floue qu'épique, a laissé chez notre jeune supporter l'impression que la Meinau était un endroit à part, où il fait bon vivre, rire, chanter, pleurer, râler (mais pas siffler, svp). Un endroit où le Racing peut renverser un champion d'Europe dans une ferveur et une euphorie incroyables. Un endroit où Franck Dumas marquait déjà contre son camp, lui qui a été condamné récemment pour fraude fiscale. Bref, la soirée a forgé chez lui et à jamais une passion viscérale pour le Racing, au même titre qu'un Strasbourg-Rennes pour d'autres. Une rencontre qu'il verra lui aussi quelques années plus tard enregistré sur une VHS, chez son grand-père. Qui lui dira simplement : "Si tu aimes vraiment le Racing, il faut que tu voies ça..."

louky

Commentaires (5)

Flux RSS 5 messages · 963 lectures · Premier message par Spoutnik · Dernier message par echouafni

  • Fort joli résumé où la mémoire des faits et celle des émotions rejoignent les propres miennes, nécessairement plus anciennes, dans les années 60. Ainsi, hors la première jolie fille qu'on aura tenu dans ses draps, il existe un prodigieux précèdent à sa toute première fois, lorsque le Racingstub vous aura pris dans ses bras. Qui a dit que ce n'était pas une histoire d'amour ?
  • Bravo pour l'article et... pour le titre ! :D
    On devrait faire une série "Ma première à la Meinau"
    Pour moi, c'est le Racing-Elsborg de 1978 (+)
  • Très belle évocation d'un match dont je partage le souvenir flou (c'était mon troisième à la Meinau). Merci d'avoir trouvé cette vidéo pépite ! On remarque d'une saison à l'autre le dépeuplement de l'OM, qui passa de Blanc, Maurice, Ravanelli (ce maillot doré...) aux vedettes que tu mentionnes.
  • Un de mes meilleurs souvenirs à la Meinau, avec une ambiance électrique renforcée par le côté "plus que remplie" du stade ce soir là.
  • 11d9c1634cba6c7424003985d22d31c7.jpg
    Modifié par echouafni ·
    echouafni
    Bel article.

    Le souvenir le plus marquant qui me reste, est que c'était la première fois que je voyais des supporters du Kop venir dans les autres tribunes (les tribunes assises classiques), pour venir y tenir le rôle d'un genre de kapo (inciter à applaudir, etc.). Le kop avait du envoyer des personnes de manière individuelle dans différentes tribunes, ou au moins celle en ouest où j'étais et qui n'était pas encore le mur bleu. Je ne sais plus si la personne avait ou non un tambour. Je suppose que cette organisation a grandement contribué à l'ambiance électrique de ce match.

    Sinon, taper Marseille, quel pied... Rien ne m'insupporte plus que de voir des gens de l'Est de la France porter des maillot de Marseille. Bon maintenant ces mêmes personnes portent le maillot du PSG...

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