Dans le rétro : octobre 1987

Note
4.7 / 5 (3 notes)
Date
Catégorie
Souvenir/anecdote
Lectures
Lu 1.085 fois
Auteur(s)
Par kitl
Commentaires
1 comm.
1987_08_01_Frederic_Christen.jpg
Frederic Christen

Indignation, supporters et Vendée au menu du dixième mois de l’année 1987.

Résumé de l’épisode précédent : bel été au Racing, solide leader de son groupe de deuxième division. La méthode Kasperczak semble fonctionner. Mais c’est presque comme si on s’ennuyait…

C’est vrai, on se demande ce qui pourrait contrarier l’accession du Racing Club de Strasbourg en Division 1, en tout cas des challengers potentiels tels Rennes, Nancy et Caen ont déjà mordu la poussière face aux Alsaciens. Pour le premier rendez-vous d’octobre, la modeste formation de Saint-Dizier débarque à la Meinau avec le statut de victime expiatoire. C’était sans compter sur la nouvelle discipline insufflée par le technicien bragard, Robert Buigues, arrivé quelques jours auparavant. Strasbourg se prend donc les pieds dans le tapis, tenu en échec 0-0 par une formation qualifiée « d’ultra-défensive » par la presse régionale. Qui ne se prive pas de rapporter le bon mot du soir : « le béton-Buigues », attribué à un spectateur voisin de la tribune de presse.

Au lendemain de ce match oubliable, les dirigeants strasbourgeois ayant toujours du mal à digérer l’arbitrage à la fois permissif et méprisant de M. Jannot, la controverse se déplace sur un autre terrain. Le pauvre Abdallah Liegeon, déjà cible des sifflets meinauviens contre Nancy en septembre, aurait été victime de propos racistes de la part du juge de touche, en fin de match. Daniel Hechter souhaite que l’affaire bénéficie de la portée la plus large possible, et imagine même saisir les tribunaux. Nous apprendrons plus tard que la scène doit beaucoup au contexte politique du moment (rappelez-vous du « détail »).
En effet, voici les deux versions de l’échange. Selon Doudou Liegeon : « Tais-toi ! Si tu continues comme ça, je voterai Le Pen ». Selon l’assesseur : « Ne vous énervez pas comme ça, cela n’en vaut pas la peine ». Aux dernières nouvelles, le litige fut prestement enterré.

Dans les coulisses du déplacement à Guingamp, on apprend que le RCS envisageait une tournée en Argentine durant la (longue) trêve hivernale, à la plus grande joie de Juan Simon. Hélas pour le libero, Jean-Pierre Dogliani s’orienterait plutôt vers le Maroc. Au stade Yves-Jaguin, Strasbourg concède un second nul consécutif (1-1), Lemonnier ayant répondu à Furic. Passe décisive de Liegeon.

Dans le reste de l’actualité, la fermeture de la brasserie de Mutzig fait grand bruit en Alsace. Elle traduit la perte de « souveraineté » régionale en matière brassicole, la décision venant du groupe Heineken, pas forcément au courant du côté mythique de cette ancienne marque. Il est vrai que l’unité ne produisait plus que des fûts pour cafés et restaurants et Mützig (avec tréma) avait cessé depuis longtemps de faire de la publicité murale. Pour couronner le tout, l’usine de Schiltigheim perdra également des emplois.
On apprend l’hospitalisation en urgence de Jacques Anquetil à Colmar, puis son rapatriement périlleux en Normandie. Alors que Pierre Juquin rejoint la longue liste des exclus du PCF, le chimiste Jean-Marie Lehn reçoit le troisième prix Nobel pour un Alsacien. Octobre 87, c’est enfin le fameux « lundi noir » sur les principales places boursières, une nouvelle épine dans le pied du gouvernement Chirac, en pleine campagne de privatisations.

Arrive la grande affiche, un Strasbourg-Rouen pas piqué des hannetons, le leader accueillant son dauphin. Pour ce match déjà considéré comme décisif, Bernard Delattre convoque le souvenir d’un lointain RCS-Rouen de D2 1977-78, où l’on retrouvait déjà Léonard Specht. La rencontre sera fort animée, devant une belle assistance (14 414 spectateurs). Le match débute sur un penalty de Karel Jarolim détourné par Flucklinger ; dans la foulée, Denis Jouanne, lui aussi rescapé de 1977, adresse un coup de poing à Lemonnier et voit rouge. Hélas, Titeca cueille la Meinau à froid juste avant la pause ! Il faut attendre la 62ème minute pour voir concrétisés les efforts ciel et blancs. Tête du petit Lemonnier sur un nouveau service de Liegeon, décidément requinqué. Reichert y va de son but, avant que Frédéric Christen n’illumine la soirée en lobant de quarante mètres le portier – cernéen – des Diables rouges. 3-1, du spectacle, des recrues faisant parler la poudre, le président Hechter a de quoi pavoiser.

Le couturier avait profité de l’avant-match pour organiser une petite causerie avec 70 supporters. L’entrevue est relatée dans le détail par les DNA. Il s’agissait plus précisément de la première rencontre entre membres du club des supporters Allez Racing présidé par Jean-Paul Biller, une association ressemblant apparemment à une sorte de Rotary ou Lions Club.
Au jeu des questions-réponses, quelques passages croustillants. Venant du public ces réflexions intemporelles : « A quand un grand numéro 10 au Racing ? » ou encore « Le prix des places n’est-il pas trop élevé ? ». Venant de Daniel Hechter, ces quelques amabilités : « A mon arrivée, j’avais trouvé un club de patronage. Il fallait en faire un club professionnel. Il a d’abord fallu régler des problèmes humains et financiers avant de s’attaquer à la restructuration de l’équipe et retrouver la joie de jouer. » Au sujet du n°10 : « Faut-il vous rappeler que lorsque nous avons pris ce club en main, il avait une certaine réputation et il était très difficile de faire venir des joueurs. » Le président conclut en espérant accueillir à un tel raout non plus 70 personnes, mais 7000 d’ici deux ans.

Dans le même esprit, le renouveau relatif du RC Strasbourg fait naître des vocations : un autre club de supporters, Strasbourg Horizon 2000, voit le jour sous la houlette de Claude Lewy. Troisième structure, à destination des 10-16 ans et directement chapeautée par le club : pour la modique somme de dix francs, ces jeunes auront accès à dix matchs dans la saison. Initiative intéressante visant à lutter contre la désertification de la Meinau en formant les supporters de demain, dont il conviendra de suivre le devenir. A moins que des heureux détenteurs de cette carte Caisse d’Epargne – DNA ne se manifestent trente ans après !
Signalons enfin la présence du tout-Paris à la Meinau ce soir-là, avec Stéphane Collaro et Jean-Claude Darmon, dont les onéreux services devraient prochainement être mis à contribution. Eddie Barclay était aussi annoncé.

Le voyage vendéen tempérera cette douce euphorie. Première défaite de la saison à la Roche-sur-Yon, la faute d’abord à une sortie manquée de Flucklinger, héros de la semaine précédente cette fois battu sur le penalty de Meudic pour le 2-0. Heureusement, le doute ne gagne pas les têtes strasbourgeoises, vainqueurs 6-0 des modestes Lorientais emmenés par les ex de la maison Marx et Van Straelen. A noter le retour de blessure de Denis Schaer et les réalisations somme toute classiques de Barraja sur coup-franc et de Reichert, alerté en profondeur et peut-être hors-jeu. Les jeunes Etamé et Christen, sur lesquels de grands espoirs sont fondés, y vont aussi de leur but.
« Un Racing enfin flamboyant » lit-on en manchette des DNA. Oui, même en octobre, il fait bleu ciel sur Strasbourg.

Article réalisé à partir des archives des Dernières Nouvelles d'Alsace, consultables à la médiathèque André Malraux ou au Musée historique de Haguenau.

kitl

Commentaires (1)

Flux RSS 1 message · 976 lectures · Premier message par il-vecchio · Dernier message par il-vecchio

  • Ah le béton Bouygues.... Bouygues: une maison de maçons, un pont de maçons, une télé de m....

    C'était mon "droit de réponse" à cet article fort bien écrit, pas comme les tristes années Hechter.

Commenter