RCS-PSG version littéraire. Hommage au prix Renaudot, Olivier Guez

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© chilavert

Olivier Guez, écrivain-supporter du Racing, lauréat du prix Renaudot 2017, a donné le coup d’envoi du match RCS-PSG. La veille, il nous gratifiait d’une superbe tribune sur le site officiel où il déclamait son amour pour le Racing, sa madeleine bleue. Si sur racingstub.com, on est pas des poètes, on s’est tout de même essayé à la littérature.

Ainsi, Racingstub.com rend à son tour hommage à l’écrivain qui rend hommage à notre Racing. Vous suivez toujours ?

Nous nous sommes mis dans la peau de l’écrivain en racontant son après-midi. Nous voulons montrer que littérature et football populaire peuvent faire bon ménage.

C’est la modeste ambition de cet article que de réconcilier les contraires apparents et que de saluer comme il se doit l’auteur talentueux et nos héros d’un soir.

Parfois, l’histoire s’écrit sous nos yeux.

Forcément inquiet face à l’armada parisienne qui risque de déferler sur notre défense cahoteuse pour ne pas dire chaotique, les supporters du Racing ont passé leur semaine à prier.

Il y avait de quoi s’inquiéter après le match terne de mardi face à des Normands maladroits.

Face à l’invincible armada, le sort semble donc jeté par avance.

Mais certains, les purs et les durs refusent de s’avouer vaincus par avance. Ils prient les Dieux de foot pour espérer un petit quelque chose. Une minorité d’irréductibles, les plus pieux d’entre nous, est allée affronter les flots de touristes au "Christkindelsmärik" pour brûler des cierges dans notre cathédrale millénaire.

Que l’on croit au ciel ou que ne l’on croit pas, nous, le peuple des ciels et blancs, nous étions tous à espérer secrètement d’un miracle. Les plus réalistes se contenteraient bien volontiers d’une défaite honorable à l’image de Troyes la semaine dernière au Parc. Les plus ambitieux rêvent d’un match nul. Comme à la Mosson en septembre dernier où la Paillade, une fois n’est pas coutume, dans un no man’s land, a fait déjouer les stars de la capitale.

Ce soir, cela va être tendu car en face c’est « l’invincible armada ». On retient son souffle.

Aussi rapide sur ce terrain bleuté qu’est la mer du succès que sur le gazon maudit, cette armée parisienne a de quoi faire pâlir les grands d’Europe.

Composée de mercenaires venus du monde entier, singulièrement d’Amérique du Sud, le PSG dispose des meilleurs canonniers d’Europe. Leurs spécialités ? Transpercer les défenses, une par une en envoyant des boulets de canons que nul ne peut arrêter. Dribles, gri-gri, vitesse, nous voilà prévenus. L’équipe parisienne est programmée pour le succès.

Or, un grain de sable venu d’ailleurs pour enrayer la belle mécanique offensive.

« Hic Strasbourgus, Hic Salta », « mes amis, voici Strasbourg, sautons ». C’est par ses mots que leur général, un basque un tantinet nerveux, débarque sur notre terre d’Alsace. Avec la ferme intention de prendre les trois points, un point c’est tout. Une évidence à ses yeux et pour tous ceux qui suivent le ballon rond. Une simple formalité rigole-t-on par avance au camp des loges, leur quartier général.

Le ton est donné. Ce match sera difficile pour les hôtes, assiégés d’un soir. Nous prions face à la bête parisienne : Ne buvons pas le calice jusqu’à la lie.

Comment chasser cet esprit défaitiste qui hante l’Europe dès que ces trois lettres « P-S-G » sont prononcés ?

Nul besoin d’invoquer Sainte-Odile, ni le mur païen. Le miracle peut se produire à condition de faire confiance aux forces telluriques de la Meinau.

Oui, notre Meinau, un peu vieillotte et parfois désuète, a su puiser dans son âme pour faire chavirer l’invincible flotte parisienne.

Pourtant la tâche était ardue. Mais à cœur vaillant, rien d’impossible.

La Meinau a renoué avec le souffle de 1979 et de ses Alsaciens qui sont partis à la conquête de l'Hexagone…

La Meinau s’est souvenue qu’elle avait en elle la force nécessaire pour renverser des montagnes, cette fois-ci plus hautes que les Vosges, que Raon-l’étape.

Cette force fugace, haletante digne d’une frappe de Keshi qui fend le barrage rennais en 1992.

Cette force bleue, tombeau de puissants d’Europe, il y a 20 ans. Ci-gisent Glasgow, Liverpool et l’Inter de Milan.

C’était David Z. contre Goliath.

Parfois l’histoire s’emballe. Parfois l’histoire se répète.

En cette froide soirée d’hiver, 25 000 cœurs battent à la chamade, caressant le rêve de faire chuter le cador, de faire tomber ce tigre de (monnaie) papier du QSG, de ses milliards de pétro-dollars.

Cette critique de l’argent-roi était reprise par le tifos des UB90. Les ultras, ces esthètes si souvent décriés, ces artistes de l’éphémère ont visé juste. Match de gala oblige, nos ultras et notre KOP ont fait une animation de prestige. En deux temps, trois mouvements. « Contre mauvaise fortune, bon coeur. A eux les millions, à nous le ticket gagnant » pouvait-on lire sur la banderole et sur la bâche qui faisaient référence à un jeu suranné, le millionnaire jadis présenté par Philippe Risoli.

Le ticket Gagnant ? La fidélité à un club. Revenant parmi les revenants. Ce club phare de l’est qui a écumé les bas-fonds du football français. Forbach, Epinal, Mulhouse, Vesoul, La Duchère, tout le monde s’en souvient encore de notre chemin de croix. C’est ça notre Racing.

Le Ticket gagnant ? L’amour d’un football populaire, débarrassé des scories de l’argent-roi et de ces caprices de stars. La passion, la vraie, celle que l’on ne peut acheter par un Etat à coup d’ambitions géopolitiques à peines voilées.

Moi, Olivier Guez, j’ai donné le coup d’envoi après une minute de silence. Hommage à cette femme qui est décédée brutalement. Mort subite, morte tragique. C’est horrible pour ses proches, et sa famille. Pensées affectueuses pour elles. Mais mourir au Racing, à l’âge escompté bien entendu, combien en rêverait ?

Je donne le coup d’envoi mais je n’y suis pas. Je suis ailleurs. J’attends que l’homme en noirs lance le signal de l’assaut. A coup de sifflets comme au col du linge et au Vieil-Armand, il y a un cent ans.

Je ne suis pas serein à l’image de notre speaker qui s’emmêle les pinceaux sur la composition de notre équipe, le Racing club de Strasbouuuuurg.

J’ai froid. Nous sommes plus de 25 000 à avoir froid. Le thermomètre passe sous la barre du zéro. Hélas, l’ambiance s’est mise au diapason de la météo. De frileuse, elle passe à timoré.

Pourtant, le KOP donne de la voix. Inlassablement. Ce chœur de 4500 personnes répète le même chant pour réchauffer une Meinau frigorifiée. Cela ne prend pas trop. Le public est-il tétanisé par l’enjeu et la crainte d’une déculottée sévère ?

A moins que la Meinau soit gentrifiée. Les tarifs élevés de cette année éloignent un public populaire, souvent plus actifs, que ceux qui viennent à la Meinau par effet de mode, pour faire parler de soi à la machine au café le lundi. Triste vie.

Passons. Ce soir c’est la coupe d’Europe. Le Racing joue et défie un puissant.

Les consignes du Général Laurey sont respectés : « On ne lâche rien, on reste soudés ». Regroupé, organisé, vif sur l’homme, les racingmen mouillent le maillot tels des grognards dirigés par Jean-Baptiste Kléber.

C’est alors qu’à la 13e minute, l’impossible se produit.

Dimitri L., l’ancien ouvrier, ex-magasinier dans la grande distribution, devenu au fil des années un artificier facétieux, nous a réservé une belle envolée comme il sait parfois en faire.

Aholou fauché. Aholou martyrisé. Mais la Meinau libérée par ce centre-bijou de « Dim-Dim » et le coup de tête rageur de Da Costa.

Nos bleus mettent à supplice la défense de cette équipe de multimillionnaires étrangement apathique ! Ils ont du culot, ce 2 décembre sera Austerlitz pour les Parisiens. Impossible n’est pas strasbourgeois !

Le Meinau exulte. Elle s’enflamme. La jonction s’opère entre le Kop, cette avant-garde éclairante, chantante et la masse du public.

La Meinau chante comme un seul homme. Si les applaudissements sont étouffés par le bruit des gants, le peuple bleu et blanc tonne pour son équipe.

Le Racing, ce soir, c’est la fusion des 11 héros, de son staff et du peuple ciel et blanc.

C’est un 12e homme qui appuie avec ferveur chaque intervention rugueuse de nos racingmens.

Il applaudit chaque relance, même celles qui ne sont pas dans les canons du football champagne, et c’est peu dire car elles sont si nombreuses.

On frôle la frénésie en tribune !

Que vivent les coups d’épaule du capitaine Mangane ! Gloire aux remontées lyriques d’Ernest Seka, aux tacles de l’Amiral Koné, aux chevauchées de Terrier !

Ce 12e homme entonne fièrement ses chants. C’est un public fidèle, chantant en cœur pour ses couleurs. Qui sait d’où il vient. Qui a connu l’Europe et surtout la CFA.

Ce public ne lâche pas prise. Il accompagne ce mur bleu, ces deux lignes compactes attaquées par des adversaires qui alternent entre talent incroyable et suffisance exécrable.

On ne lâche rien. Même lorsque le futur ballon d’or 2022 réduit la marque à quelques minutes de la mi-temps à la suite d’une action bien calibrée, le public encourage les siens.

Même lorsque l’ennemi d’un soir, tout de jaune vêtu, fracasse les montants de Kamara.

Et puis, c’est l’extase. Bahoken, jadis surnommé d’un sobriquet peu affectueux la « Bahoquiche », crucifie Areola d’une frappe puissante à la suite d’un beau mouvement collectif.

« Ils vont le faire ces cons, fotomi noromoll » entend-on dans les travées.

Ite missa est, la messe est-elle dite ?

Non. Cavani, le goléador sud-américain, entre en scène. Comme l’assassin, il est venu pour gâcher la fête. C’est son rôle. Il est payé pour. Prions.

On redevient fébrile mais l’espérance est plus forte que le réel.

Pourtant, il y a de quoi s’inquiéter lorsque notre grand gourou Kamara sort sur une blessure énigmatique. Est-ce un coup de l’ennemi ?

Le fantasque Oukidja entre sur le billard. Il goûte ses premières minutes au plus haut niveau. Il harangue les troupes. « Strasbourg meurt, mais se rend pas » crie-t-il, le point rageur.

Capable du pire comme à Niort l’année dernière, ce soir Ouki se montre à la hauteur de la tâche. Pas la peine d’être Kafka pour voir sa métamorphose.

Nos bleus tiennent le coup, s’arrachent. Aucun ne manque à l’appel à l’image de Grimm, ce fils d’Alsace, qui va au charbon.

C’est Stalingrad sur les rives du Krimmeri. La bande à Mangane recule mais ne plie pas. La Meinau, ce soir c’est fort alamo. Mieux encore, c’est une citadelle-Vauban. Imprévisible et imprenable.

La force de la Meinau fait déjouer les pièges. Même les plus grossiers tendus par le corps arbitral.

Sentant venir le coup de Trafalgar, la Meinau se protège, se crispe et siffle l’homme en noir.

Quand l’arbitre sanctionne abusivement les strasbourgeois, la Meinau se lève contre l’injustice.

Elle exècre cette parodie de justice, à deux vitesses. Quand Terrier est à terre, la lèvre en sang, l’arbitre laisse jouer. Par contre lorsque Neymar, diva capricieuse, se laisse généreusement tomber pour espérer le saint graal -un coup franc bien placé ou un pénalty- l’arbitre s’exécute à la demande du prince brésilien.

Malgré l’arbitrage, nos bleus tiennent. 9 minutes de temps additionnel…. Et puis quoi encore ? Autant le dire clairement et inventer une 18e loi du jeu : « Le jeu s’arrêtera quand le club favori, vitrine du championnat égalisera ».Ce soir aux yeux de l’arbitre, le Racing commet un crime de lèse majesté. Châtions-le en lui rajoutant 10 minutes de temps de jeu effectif.

Malgré ces vents contraires -la houle souffle fort sur le fortin strasbourgeois - les bleus tiennent en respect l’invincible armada.

La gâchette de Cavani s’enraye. Kimpembe sacrifie son ultime cartouche. Tant mieux.

Au bout de 100 minutes, un siècle pour ainsi dire, l’arbitre met fin aux assauts du QSG.

Il siffle la paix des braves. Nous sommes sauvés, nous avons gagné ! L’adversaire rend les armes.

Dans les tribunes, c’est la Libération. C’est plus fort qu’en 1944. Plus intense qu’en 1998. La Meinau, notre Meinau vibre de Passion.

On acclame les 11 damnés de la terre transis de fatigue ;

Le tour d’honneur et la communion avec le KOP concluent la bataille. C’était l’union sacrée. On exulte, on sourit, on oublie le froid.

Le temps d’un instant, le Racing fait tomber un puissant et se hisse sur les cimes d’un succès inespéré.

C’est un coup de tonnerre dans un ciel serein. L’onde de choc atteint Londres, Madrid, Rome. Le PSG est un colosse aux pieds d’argile ! Il est tombé grâce à la ruse, à la malice des Ulysses d’un soir, de ces promus, de ces petits poucets !

Parfois l’histoire s’écrit sous nos yeux.

En 1588, les Espagnols se lancèrent à la conquête du Royaume-Uni avec leur «Invincible Armada ». L’échec fut cinglant. Cette flotte coula…. à la surprise générale.

En 2017, le PSG s’est lancé à la conquête de l’Europe avec son « invincible armada » en passant par la Meinau. On connaît la suite…

Il n’y a pas d’invincible armada.

On connaît la suite, il n’y a pas d’invincible armada, mais qu’un club mythique : le Racing Club de Strasbourg.

president

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    Modifié par sa3ntiago ·
    sa3ntiago • 38 ans
    Cher M. Guez,
    Je suis atterré par le fait que vous n'ayez pas suivi les consignes qui vous ont permis de gagner un prix prestigieux. Beaucoup trop de références au christianisme poussiéreux et vieille France dans votre texte, alors que, à l'occasion de ce match, vous auriez pu lier vos bleus et blancs aux miens, cette démocratie héroïque qui lutte vaillamment contre des hordes de fascistes-islamogauchistes-terroristes, ici représentés par une équipe quatarie et ses accointances irano-nazies. Vous n'avez fait aucune allusion à la Shoah ni à un quelconque boucher du IIIème Reich qui court encore de par le monde prêt à faire revivre la bête immonde et ses heures les plus sombres. Où sont passées vos inspirations de La grande alliance où vous brandissiez l'étendard de la liberté internationale contre le fondamentalisme islamiste ? J'ai noté que vous ne citez pas une seule fois Emmanuel Levinas (Y. Moix est plus docile !), ni ne faisiez un seul clin d'oeil à votre camarade et combattant des justes causes, Frédéric Encel. De surcroit, vous avez préféré l'analogie avec l'Invicible Armada espagnole - ce pays fasciste qui a chassé tous les non-catholiques après la Reconquista - plutôt que d'autres, comme celle des murs de Jéricho qui tombent [Josué 6, 6-20]. Méfiez-vous, la gloire se retire aussi vite qu'on vous l'a donné… Signé : Botule HL

    Même pas un homosexuel injustement stigmatisé, même pas une femme victime, même pas de drogue et de partouze, même pas une ode aux migrants-chance-pour-la-France alors que ce sont deux noirs qui marquent pour le RCS, même pas un hommage au spleen postmoderne sponsorisé par les laboratoires pharmaceutiques ? Allons, ça ne marchera jamais ! Signé : l'élite germanopratine bienpensante.
  • Je l'attendais au Grand Palais jeudi le 30 novembre pour la remise des prix des 30 meilleurs livres de l'année par la Rédaction de la Revue Lire;je voulais lui parler du Racing et lui remettre quelque chose..Il n'était pas là mais je soupçonne le jury d'avoir volontairement mis en lumière d'autres titres que les primés littéraires .
    Fort heureusement Il n'a pas à son tour "disparu" .
  • Excellent ! Par contre pour Paris, c’est plutôt Waterloo que Austerlitz ce samedi, non ? =)
  • Magnifique épopée !
  • superbe article
  • Excellent article, magnifique, rien à redire. ..si : conclusion exceptionnelle !
    Un seul amour, et pour toujours, RCS !!!!!
  • Quel match, ça fait vraiment plaisir de voir le RCS remonter comme ça :D
  • Belle plume , bel article , des frissons

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