Emile Dahan ou la filière nord-africaine de l’OM

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Par kitl
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Acteur de la remontée en première division du RCS en 1953, ce défenseur a passé l’essentiel de sa carrière à Marseille, qu’il avait rejoint pendant la guerre en provenance de son Oranie natale. Un trajet commun à bon nombre de figures de l’OM.

Bien avant que l’on disserte sur l’incapacité de l’Olympique de Marseille à promouvoir les joueurs formés en son sein, le club phocéen avait pris pour habitude de multiplier ses terrains de recrutement dès les débuts du professionnalisme. Si le stade de l’Huveaune s’emballe pour les Hongrois Willy Kohut et Joszef Eisenhoffer, issus d’une filière d’Europe centrale commune à la majorité des clubs français à l’époque, une piste plus exotique mène au gardien brésilien Jaguaré Vasconcellos dès 1936.

Concurrencé par le Football Club de Sète, l’OM va surtout se faire une spécialité de prospecter en Afrique du Nord et singulièrement en Algérie. Il convient de mentionner le rôle central joué dans cette véritable « filière » par un certain Charles Elkabbach, père de l’inoxydable journaliste, alors influent négociant basé à Oran mais également vice-président de l’OM. M. Elkabbach s’occupe d’import-export entre la métropole et la colonie, quoi de plus normal que de faire profiter son club des meilleurs footballeurs nord-africains ?

De nombreux éléments emblématiques bénéficieront de cet axe : citons le célèbre attaquant bègue Pepito Alcazar, grand-oncle de José Anigo, le demi-défensif roux Jean Bastien, les canonniers Mario Zatelli et Manu Aznar, mais aussi les « Musulmans » (pour reprendre la terminologie de l’époque) Abdelkader Ben Bouali et Larbi Ben Barek, qui enfileront bientôt le maillot bleu frappé du coq. A noter qu’un certain Ahmed Ben Bella effectuera une apparition en 1939…

Originaire de Mascara, comme le futur maire de Mulhouse Joseph Klifa, un célèbre lunettier proche de reprendre le RC Strasbourg en 2005, ou encore les vedettes algériennes Mahi Khennane et Lakhdar Belloumi, Emile Dahan se fait repérer alors qu’il évolue au Club athlétique liberté d’Oran, le même club qu’Alcazar. En deux coups de cuillère à pot, il rejoint Marseille en 1942 à l’âge de 21 ans.

Le football n’échappe pas au vaste chaos frappant le pays à cette époque, mais un semblant de championnat existe toujours, tandis que la Coupe de France se dispute par zones. Le jeune Dahan fait ses armes – si l’on peut dire – pendant la guerre et apparaît comme un élément d’avenir, à l’inverse de bon nombre de partenaires, dans la fleur de l’âge en 1939 et fatalement vieillis en 1945.

Au poste d’arrière-droit dans la configuration W-M à trois défenseurs, Emile Dahan participe activement au titre de champion marseillais de 1948, au sein d’un effectif qu’on qualifierait de mixte.
D’une part, les « titis marseillais » Georges Dard, Félix Pironti, Roger Scotti, Jean Robin. D’autre part, les Nord-Africains : les gardiens Armand Libérati (né à Blida) et Roland Amar (né à Bône), les défenseurs Emile Dahan, Sauveur Rodriguez (de Sidi Bel Abbes) et Salem, un athlétique Marocain, sans oublier Jean Bastien et, dans un rôle plus marginal, les duettistes d’avant-guerre Aznar et Zatelli. Au milieu de l’attaque, un autre futur Strasbourgeois, René Bihel.

La fameuse filière nord-africaine souffrira beaucoup de la disparition de Charles Elkabbach, terrassé en pleine activité spirituelle à la Grande synagogue d’Oran en 1949. Marseille se tournera en 1950 vers la Suède pour attirer l’arrière-central Johansson et l’avant-centre Andersson, mais cède du terrain en Afrique du Nord. Ainsi en 1953, c’est à Nice qu’atterrit un jeune attaquant originaire de Marrakech, tandis que l’OM rapatrie au même moment l’éternel Ben Barek, de retour de ses pérégrinations parisiennes et madrilènes et toujours magique à près de 40 ans.

De son côté, Emile Dahan a rejoint Montpellier en 1950 et y décrochera la montée en Division nationale au printemps 1952. Le défenseur rejoint alors le RC Strasbourg, tombé en deuxième division mais en plein redressement sous la houlette du nouveau comité Scheuer, dans les bagages de son coéquipier Josef « Pepi » Humpal, qui assumera la charge d’entraîneur-joueur au Racing.
Afin de vite effacer le traumatisme de la descente, Strasbourg monte en effet une solide équipe, comprenant également les internationaux Quenolle, Sesia, Baillot et Carré. A l’arrière, Dahan fera équipe avec les jeunes René Hauss et Raymond Kaelbel, ce qui lui vaudra de glisser côté gauche.

Le Racing parviendra à ses fins et retrouvera l’élite, au prix de barrages vite expédiés face à Rennes. En cours de saison suivante, Emile Dahan s’éclipsera justement à Rennes mais échouera à décrocher une troisième montée en D1. L’Oranais poursuivra sa carrière chez les amateurs, d’abord chez lui à Saint-Eugène, avant de regagner la métropole à Gap puis Brive.
Il s’éteint à 40 ans seulement à Marseille en 1961.

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kitl

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