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RCS France

4.9 / 5 (37 notes)
Année de création
1906
Site officiel
rcstrasbourgalsace.fr
Stade
Stade de la Meinau
Ville
Strasbourg

De 1939 à 1947 : le Racing pendant la Seconde Guerre Mondiale

La guerre 39-45 n’épargne pas le Racing et son effectif. La ville est évacuée et les joueurs mobilisés dispersés un peu partout. De nombreuses carrières sont alors interrompues ou brisées définitivement. Auguste Zinsmeister, alors secrétaire général du club, est la première victime du conflit. Malgré la guerre, l’activité footballistique ne cesse pas pour autant. En 1940, la population strasbourgeoise, réfugiée à Périgueux, reconstitue le Racing Club de Strasbourg dans cette ville. L’équipe, composée de Lergenmuller, Messaoud, Oesch, Engel, Gall, Wolff, Schaaf, Paganini, Fuhrer, Heits, Lang, Ben Bouali, Huraud, Pegay, n’est éliminée qu’en huitième de finale de la Coupe de France par Sète après avoir, entre autre, éliminé les Girondins de Bordeaux. Dans le même temps le Racing à Strasbourg devient le « Rasensport Club », une traduction habile qui permet au club de garder ses initiales R.C.S. Ce Racing-là ne participa plus à la Coupe de France mais à d’autres matchs contre des équipes allemandes sous le regard attentif de la Wehrmacht.

Les meilleurs éléments sont très rapidement incorporés de force dans l'armée du IIIème Reich. Pendant cette période, le Racing des « Malgrés nous » fait résistance, passive ou active, à l'image d’Oscar Heisserer qui choisit, en 1943, de fuir en direction de la Suisse afin de ne pas être contraint de porter l'uniforme de la Wehrmacht. Il participa d’ailleurs à la libération de l'Alsace lors de l'hivers 44/45. Ossi Rohr qui choisit dès 1939 de combattre pour la France sous l'uniforme de la Légion étrangère, est, quant à lui, enfermé à la Citadelle de Strasbourg.

Toutes les occasions sont alors bonnes pour montrer l’attachement à la France et pour narguer l’occupant au prix de grands risques. Pour ne pas être incorporés de force dans l’armée allemande, de nombreux joueurs se créent de toute pièce des problèmes de santé allant parfois même jusqu’à des interventions chirurgicales simulées. L’histoire de ce joueur anonyme qui se fit casser le bras par ses coéquipiers restera d'ailleurs célèbre. La veille de son départ pour la Wehrmacht, il demande à ses amis de lui casser le bras. Ceux-ci ne purent s’y résoudre qu’après lui avoir donné une forte dose de cognac. Le joueur fracturé passa ainsi plusieurs mois à l’hôpital, d’où il parvint à s’échapper pour rejoindre la résistance. Il se comporta en héros mais préféra toujours garder l’anonymat.

Le drapeau servit également souvent de prétexte pour braver l’occupant. De courageux patriotes hissèrent le Tricolore au sommet de la cathédrale. D’autres plus comiques, mais tous aussi courageux, peignirent des centaines d’escargots aux couleurs françaises puis les lâchèrent dans la ville... effet garanti ! Le président Heintz se fit également remarquer par un geste d’héroïsme. Comme les couleurs du Racing étaient le bleu ciel et le blanc, il réclama aux autorités la fourniture de chaussettes jaunes. Mais après avoir essuyé plusieurs refus, il obtint l’autorisation d’employer les chaussettes qu’il voulait. Le jour du match opposant le RCS à une équipe de SS, 15000 spectateurs ébahis découvrirent les joueurs du RCS vêtus de bleu pour les maillots, blanc pour les shorts et rouge pour les chaussettes. Le rusé président avait gagné sa partie et les joueurs gagnèrent la leur par un insolent 3-0 !

La guerre terminée et la paix retrouvée, le Racing se réinstalle dans sa ville. Les débuts sont difficiles car l'équipe n'est reconstruite que sur la base de 3 joueurs professionnels : l'emblématique Oscar Heisserer, le redoutable buteur Alphonse Rolland et surtout un génial et fantasque défenseur espagnol qui allait enflammer le public de la Meinau, Paco Matéo. Autour de ces trois joueurs viendront s'ajouter de nombreux joueurs amateurs. Rapidement la mayonnaise allait prendre et la saison 46-47 allait être l'une des plus belle de l'histoire du club qui passa à deux doigts du doublé Coupe/championnat. Si l'avant guerre fut marqué par le binôme Heisserer-Rohr, l'après guerre sera celui de la doublette Heisserer-Mateo qui illumina la Meinau de sa classe. Malheureusement, le Racing finira a quelques encablures du titre, juste derrière le Stade de Reims et Roubaix.

Saison exceptionnelle donc pour Strasbourg qui participe à sa seconde finale de Coupe de France face au Lille OSC, dix ans jour pour jour après la finale perdue de 1937 contre Sochaux. Sous les yeux du Président de la République, Vincent Auriol, ce sont toutefois les Lillois qui s’adjugent cette Coupe de France sur le score de 2 buts à 0. Encore une finale perdue, mais on se souviendra que les Matéo, Heisserer, Lang, Heine ou Vanags venaient d'écrire l'une des plus belles pages de l'histoire du club…

Malheureusement, après la fort brillante saison 46/47, le Racing allait connaître des résultats en dent de scie, alternant le meilleur et le pire avec une rapidité déconcertante.

La saison 48/49 fut véritablement dramatique pour le football alsacien. Privé tout au long de la saison de son tandem magique Heisserer-Matéo, souffrant tous les deux de graves blessures, le Racing devint une équipe tout à fait quelconque, luttant pour sa survie en D1. Incapable de se maintenir, il ne doit son sauvetage qu'à un tragique évènement. En effet, le SR Colmar, nouvellement promu en D1 cette saison là et qui s'était brillamment maintenu parmi l'élite, du déplorer le brusque décès en fin de saison de son mécène, Monsieur Joseph Lehman, qui finançait et soutenait le club Haut-Rhinois à bout de bras. Son fils ne voulant pas continuer sur les traces de son père, la section professionnelle du SR Colmar ne put survivre. C'est le Racing qui racheta finalement le club, payant les salaires des joueurs professionnels Colmariens. Grâce à cette fusion, le club strasbourgeois put finalement se maintenir en D1.