5 juin 1938 : la Coupe du Monde est à la Meinau

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Alors que la troisième Coupe du Monde se déroule en France, le stade de la Meinau accueille la confrontation entre le Brésil et la Pologne. Et c'est là que pour la première fois de l'Histoire, les Sud-Américains vont faire la démonstration de leur

A la découverte du Brésil
Dans le petit monde du football des années 1930, les Brésiliens sont déjà réputés pour leurs qualités techniques et leur capacité à réaliser des gestes hors du commun. Mais on les dit aussi trop individualistes et pratiquant un jeu collectif insuffisant pour inquiéter les nations fortes du football de l'avant-guerre.
D'ailleurs lors des deux premières Coupes du Monde le Brésil n'a guère brillé, proposant même en 1934 une bien faible équipe (les clubs ayant refusé de libérer leurs meilleurs joueurs).
Mais pour la compétition disputée en France quatre ans plus tard, c'est un groupe solide et parfaitement préparé qui arrive dans la capitale alsacienne : pour la première fois, on va pouvoir juger de la réelle valeur de ces footballeurs sud-américains.
Quant à la Pologne, elle dispute à cette occasion son premier match de Coupe du Monde.

Léonidas, première star
Et en ce 5 juin 1938, la foule alsacienne se précipite à la Meinau : le Mondial est un évènement qu'on ne peut pas manquer, même si le grand public ne sait pratiquement rien de ces footballeurs polonais et encore moins de ceux venus d'Amérique.
Dans les travées de la Meinau, on apprend donc à quelques minutes du match qu'un certain Léonidas est un magicien du ballon rond et l'inventeur d'un geste appelé « retourné ». Il se murmure aussi que Domingos da Guia, l'immense défenseur de Flamengo, est le joueur le mieux payé du monde. Côté polonais, on connaît surtout le capitaine Ernst Willimowski, annoncé comme le meilleur joueur de son pays.

Les équipes
https://racingstub.com/img/pays/ext_br.png Brésil
Equipe

https://racingstub.com/img/pays/ext_jp.png Pologne
Equipe


D'abord le feu d'artifice
Bien que l'on recense 13 452 spectateurs payants aux guichets, il y a en réalité bien plus de monde pour assister à ce Brésil-Pologne (pas loin de 20 000 personnes selon le journal l'Auto) : on ne saura jamais précisément leur nombre, mais on devine qu'aucun d'entre eux n'a pu oublier cette confrontation comptant pour le premier tour de la compétition (1/8ème de finale).
Et c'est dans une chaleur étouffante que l'arbitre suédois Mr Ecklind donne le coup d'envoi de la rencontre : encouragés par un télégramme de Mistinguett, les Brésiliens font tout de suite étalage de leur vélocité et de leur vitesse d'exécution. Les Polonais résistent comme ils peuvent mais Léonidas ouvre logiquement la marque à la 18ème minute puis Romeu (24ème) et Perácio (44ème) permettent aux Brésiliens de mener 3-1 à la mi-temps, après que Szerfke ait pu transformer un penalty pour la Pologne à la 22ème minute.
L'ancien international français Lucien Gamblin, reconverti journaliste à l'Auto, commente : « Dans les tribunes, les visages rayonnaient, le public alsacien avait adopté les joueurs brésiliens, qui lui faisaient admirer un jeu si différent de celui auquel il est habitué ».

Puis la pluie diluvienne
Mais à la reprise, tout a changé. La météo surtout : une longue averse s'abat sur Strasbourg et transforme totalement les conditions de jeu. Sur un terrain devenu boueux, les Brésiliens perdent leurs repères. Léonidas en vient même à retirer ses chaussures quelques minutes, avant que l'arbitre lui ordonne de les rechausser, comme le stipule le règlement.
Alors que la pluie redouble encore d'intensité, les Polonais parviennent à égaliser en moins d'un quart d'heure, Willimowski prenant l'avantage sur le fameux Domingos à la 50ème puis 59ème minute de jeu. Les spectateurs sont stupéfaits devant ce rebondissement inattendu et la poignée de supporters brésiliens présents dans les tribunes ne cachent pas leur inquiétude.
Cependant chaque attaque brésilienne reste dangereuse et Perácio parvient à redonner l'avantage à son pays grâce à une frappe de loin (4-3 à la 67ème minute).
Les minutes défilent ensuite lentement et, alors que chacun pense le match plié, Willimowski parvient à égaliser une nouvelle fois dans les dernières secondes du match, pour la plus grande joie des 2 000 Polonais ayant fait le déplacement à la Meinau.

Duel d'attaquants
La prolongation débute comme le temps réglementaire s'est terminé : sous une pluie toujours battante, les Polonais comptent sur leur meilleure maîtrise des conditions climatiques pour emporter la victoire. D'autant que la défense brésilienne donne quelques signes de faiblesse...
Mais c'était oublier trop vite le talent d'un petit homme trapu et courtaud mais terriblement rapide et adroit. Et en 1938 comme en 2006, ce sont les grands joueurs qui font la différence : Léonidas, qu'on surnomme déjà le « Diamant Noir », marque deux buts coup sur coup (93ème et 102ème).
Victoire acquise ? Non... La Pologne n'abdique pas et Willimowski réalise un quadruplé, après le triplé de Léonidas, avec un nouveau but à la 107ème minute.
6-5, un score serré que les Brésiliens parviennent finalement à conserver jusqu'au bout malgré la vaillance polonaise.

Le début d'une longue histoire
La Pologne est éliminée alors que les Sud-Américains poursuivent leur chemin jusqu'en demi-finale où ils seront battus par le futur vainqueur, l'Italie. Il faut dire que le sélectionneur Adhemar Pimenta, trop sûr de lui, eu la mauvaise idée de laisser Léonidas au repos, en prévision de la finale.
Le Brésil ne sera donc pas champion du monde en France. Pourtant en cette après-midi du dimanche 5 juin 1938 au stade de la Meinau, le Monde a appris à admirer et à craindre le football brésilien.
L'Histoire est en marche...

Sources :
La Fabuleuse histoire du football ; Rethacker et Thibert (1996)
La Coupe du Monde 1930 - 1998 ; L'Equipe (1997)

filipe

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