Legende : Raymond Domenech

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Champion de France avec le RCS, Domenech a passé quatre saisons à Strasbourg.

« Rendez-vous le 9 juillet ».
Si le parcours de Raymond Domenech est parsemé de nombreuses déclarations provocantes, celle-ci, prononcée des mois avant la Coupe du Monde 2006, n'est certainement pas la moins symbolique.
Bravade adressée aux défaitistes en tout genre, le déroulement de la compétition lui donnera raison. Au soir de la finale, c'est bien son équipe de France qui foulait la pelouse du stade olympique de Berlin.
Etonnant destin d'ailleurs que celui de Raymond Domenech, ce fils d'émigré espagnol, ce joueur que le public adorait détester, cet arrière latéral surnommé dans le milieu "Raymond le boucher", que rien ne semblait prédestiner à la tête de l'équipe de France de football.

Né à Lyon dans une famille d'origine catalane (son père, un militant républicain, a fui le régime franquiste en 1948 pour trouver du travail en France), Domenech est inscrit à l'Olympique Lyonnais dès l'âge de 8 ans.
Tout jeune déjà, le football occupe entièrement son esprit, notamment au cours de toutes ses vacances estivales passées en Catalogne dans la famille de son oncle (sans son père, qui craignait ne pouvoir revenir en France s'il passait la frontière espagnole). Là, sur la terre de ses ancêtres, les parties de football entre l'équipe composée par les enfants du village et celle formée des petits vacanciers français se disputaient aussi sérieusement que ne le serait un huitième de finale de Coupe du Monde entre la France et l'Espagne...

A 18 ans, Raymond Domenech débute sa carrière professionnelle et une nouvelle vie commence. Nous sommes en 1970. Sur les pelouses de D1, il se comporte comme sur les terrains de son enfance, avec roublardise et détermination. « Il avait l'âme d'un chef et il fallait le suivre témoigne un ancien coéquipier. Il était capable de repousser sans cesse ses limites et quand il avait un rendez-vous footballistique important, il redevenait, avec Bernard Lacombe, le plus concerné d'entre nous. Il ne plaisantait pas avec ça ».
Après s'être astreint chaque semaine à des entraînements supplémentaires, il parvient à s'imposer dans l'équipe lyonnaise bien avant ses jeunes coéquipiers, grâce à une maturité précoce et des qualités physiques au-dessus de la moyenne. Rapidement considéré comme un titulaire indiscutable sous le maillot de l'OL, il remporte la Coupe de France 1973 avant d'honorer sa première sélection en équipe nationale quelques jours plus tard contre l'Irlande.
A cet instant, sa réputation de mauvais garçon est déjà faite depuis belle lurette.

En effet, le Catalan fut catalogué dans le groupe des joueurs violents... dès le premier quart d'heure de son tout premier match de championnat ! Dans une rencontre particulièrement engagée face à l'OGC Nice, Helmut Metzler - un Autrichien recruté à grand frais par les Niçois - s'effondre après une agression d'un défenseur lyonnais. Jambe brisée, sa carrière est terminée.
Domenech est immédiatement pointé du doigt - on le traitera même d'assassin dans les journaux - bien qu'en réalité l'auteur de la faute fut son coéquipier Jean Baeza. Ne cherchant pas à se défendre, Domenech décide au contraire de tirer profit de la situation : « les journalistes nous ont confondu. Je n'ai rien fait pour les contredire. Je débutais, il me paraissait important que l'on parle de moi, en mal ou en bien. Il y avait une sorte de bravade, je suis alors entré dans mon personnage ».
Et il tient parfaitement son rôle : moustache épaisse savamment entretenue, sourcils massifs, cheveux longs, barbe naissante, tout en s'interdisant de sourire en public. Rien de bien rassurant pour les adversaires, d'autant que les coéquipiers de Domenech savaient titiller son orgueil. « Sur le premier contact, Raymond envoyait généralement promener son adversaire sur la piste d'athlétisme se rappelle Bernard Lacombe. Il y allait gaiement et Jeannot Baeza en rajoutait : "Oh Raymond, aujourd'hui t'es vraiment pas bien, t'es obligé de taper deux fois !" ».

Rapidement promu capitaine de la formation rhodanienne, Domenech comprend qu'il a tout intérêt à faire coïncider son jeu naturellement rugueux avec sa sulfureuse réputation. Pas très discret dans ses duels, quelques coups tordus créeront rapidement sa légende.
En 1973, l'OL affronte en quart de finale de la Coupe le double tenant du titre, l'Olympique de Marseille. Et en moins d'une mi-temps la vedette marseillaise, Josip Skoblar, perd ses nerfs et cède aux multiples provocations de Domenech en lui envoyant un coup de coude au visage. Expulsé par l'arbitre, Skoblar abandonne ses coéquipiers et laisse son adversaire direct en sang. Peu importe pour Domenech, toujours prêt à payer de sa personne, puisque l'OL emporte la rencontre et file vers le titre. Après la rencontre, Domenech lâche une phrase qui fera la polémique de longues semaines : « Pour moi le foot, c'est la guerre ».
Lors d'un derby face à l'ASSE, c'est Christian Sarramagna qui se voit obligé de quitter la rencontre à cause d'une double entorse de la cheville subie en se blessant... tout seul, après s'être mal réceptionné suite à ce qu'il pensait devoir être un tacle sévère de Domenech. Il faut dire que quelques jours avant le match, lors d'un rassemblement de la sélection Espoirs, Domenech avait annoncé à Sarramagna qu'il ne terminerait pas le match. « Il impressionnait mais il ne faisait pas mal car il était toujours bien placé » dira plus tard le Stéphanois, résumant parfaitement la grande force de Domenech : en suscitant la peur chez tous ses adversaires, il ne lui était plus nécessaire d'employer les grands moyens pour les neutraliser.

Pourtant, il arrivait naturellement que les choses ne tournent pas comme Domenech l'entendait... « Je n'ai jamais su accepter la défaite. Quand j'étais joueur, mené 3-0 à deux minutes de la fin, s'il avait fallu découper un mec en deux, je l'aurais fait. Oui dans ces moment-là, je suis un hors-la-loi du football ». Les spectateurs du Lyon-Nice de la saison 72-73 se rappellent en effet avoir vu Domenech piétiner Charly Loubet tout le long du corps après que ce dernier lui eut adressé un bras d'honneur suite à un but niçois.
Et dans les échauffourées, Domenech échappe rarement aux réprimandes de l'arbitre : « quand un match se durcissait, je coupais rarement au carton jaune, c'était un moyen pour l'arbitre de ramener le calme. Mais il faut se débrouiller pour prendre un carton en même temps qu'une vedette pour que votre cas soit examiné en même temps que le sien par la commission de discipline. C'est comme ça que l'on obtient parfois des mesures de clémence ».

Au final, Domenech assume toujours son image de mauvais garçon et y trouve son compte. Son arrivée à Strasbourg en septembre 1977 pour une durée de quatre saisons ne passe donc pas inaperçue. Transféré pour combler le déficit financier de l'OL, il remporte avec le Racing le titre de champion de France 1979 sur la pelouse de... l'OL : « pour moi le Lyonnais c'était quelque chose d'extraordinaire que d'être champion à Gerland. Je ne parle pas de revanche, parce que j'ai vécu de belles choses à l'OL. Et puis il y a eu ce retour en train. Les arrêts à Colmar ou Sélestat. Il y avait une vraie chaleur, un engouement énorme, partout où on passait. Ce que je retiens de cette époque, c'est la solidarité entre nous, joueurs. Quelque chose de très fort ».
Pourtant Gilbert Gress avait hésité à le recruter. Il faut dire qu'il n'avait pas été le dernier à subir le jeu viril du Catalan. Il se rappelle notamment d'un tacle subi au niveau du genou alors qu'il portait les couleurs marseillaises au début des années 70. « On gagnait, on marquait, mais (le Racing) encaissait des buts raconte Gress. Il nous manquait seulement un défenseur. Patrick Battiston m'avait dit qu'il préférait rester à Metz. Paul (Fischer, journaliste à l'Equipe et ami de Schilles) me répétait qu'il connaissait un mec formidable à Lyon. Ca s'est fait rapidement. Domenech était un arrière moderne. Il était puissant, il savait contre-attaquer et il pouvait marquer grâce à sa frappe ».
En effet, souvent surmotivé par les sifflets qui l'attendent dans la plupart des stades, il a eu l'occasion de démontrer qu'il n'était pas qu'un défenseur rugueux et combatif : lors d'une rencontre disputée à Lille avec le RCS, il part de ses 18 mètres et traverse tout le terrain sous la bronca du public et, après un relais avec un partenaire au milieu de terrain, bat le gardien adverse à l'entrée de la surface de réparation.

En 1981 il rejoint le PSG, sans succès, puis file à Bordeaux où il remporte son second titre de champion avant de répondre favorablement à la sollicitation du FC Mulhouse qui lui propose le poste d'entraîneur-joueur en 1984. Une suite logique dans le parcours de Domenech, titulaire du diplôme d'entraîneur depuis l'âge de 28 ans (major de sa promotion en compagnie d'un certain Jacques Santini). Gilbert Gress, qui a passé le diplôme en même temps, se souvient : « le soir, nous sortions boire un verre jusqu'à minuit. Domenech non. Au moment de rentrer, la lumière de sa chambre était toujours allumée. Il travaillait très tard. Il avait l'envie. Il le méritait ».
A Mulhouse, en D2, il se rase la moustache, apprend le métier et mène le FCM jusqu'aux barrages mais y échoue quatre années consécutivement. En 1988, l'Olympique Lyonnais, un club en crise depuis de longues saisons et repris récemment par un jeune président, Jean-Michel Aulas, le débauche et lui fixe l'objectif de faire remonter le club en D1. Ce sera chose faite dès la saison suivante.
Avec lui, Lyon se structure. Domenech embauche notamment Robert Duverne (toujours préparateur physique de l'OL actuellement mais aussi de l'équipe de France) et parvient à stabiliser le club en D1. Comme sur les terrains, sa méthode est musclée. Bernard Lacombe, revenu au club en même temps que Domenech pour occuper le poste de directeur sportif, se rappelle du premier jour de stage d'avant saison : « A peine descendu du bus, Domenech est parti seul en footing. Je me suis mis immédiatement derrière lui. Cinq minutes plus tard, on se retourne : il n'y avait plus personne derrière nous ! Les anciens joueurs avaient fait barrage. Raymond a attendu que le dernier joueur se pointe. Il leur a dit à tous : "puisque vous ne suivez pas, ce ne sera plus des footings mais des cross. Les jeunes, soit vous essayez de gagner vos places, soit vous ne jouerez pas ! Et si la prochaine fois les derniers arrivants ont cinq minutes de retard, ils rentreront à l'hôtel par leurs propres moyens" ».

En 1993, il rejoint la DTN et prend la tête de l'équipe de France espoirs notamment grâce à l'appui d'Aimé Jacquet, que Domenech avait aidé à prendre le poste d'entraîneur de l'OL en 1976.
Comme les autres entraîneurs nationaux, il supervise régulièrement les autres pays au cours des grandes compétitions : pour l'anecdote, pendant la Coupe du Monde 1994, il est menotté et incarcéré quelques heures à Boston pour avoir tenté de revendre trois billets pour le match Corée du Sud-Bolivie. C'est la FFF qui lui en avait fait la demande pour se débarrasser des billets qu'elle avait acquis et qui n'avaient pas trouvé preneur auprès des supporters.

En parallèle Domenech devient consultant télé et continue de s'intéresser au théâtre, lui qui est déjà monté sur les planches à plusieurs reprises, notamment à Lyon où il joua des pièces de Ionesco ou Tchekhov. Là, le trac est un adversaire autrement plus coriace que ceux croisés sur les pelouses : « le théâtre est une souffrance dit-il. Ca me bouffe mais le plaisir est tellement énorme quand on l'a fait ».
En 2004, la dramaturgie se déroulant à Paris, au siège de la FFF, n'est donc pas pour lui déplaire. Battu à son grand désarroi par Jacques Santini en 2002 pour l'obtention du poste de sélectionneur national, il sent qu'après la déroute de l'Euro portugais, l'heure de sa revanche est proche. Si deux ans auparavant il ne pouvait rien face à la volonté de Michel Platini et des clubs professionnels d'imposer le nom de l'ancien entraîneur de l'OL, désormais Domenech a su mettre toutes les chances de son côté. Discret, pour une fois, il a pris soin pendant deux ans de se réconcilier avec ses anciens ennemis, Guy Roux notamment : « il s'agissait surtout d'éviter des rejets radicaux comme en 2002 où il avait suffi qu'un opposant fasse valoir que je ne portais pas de cravate pour retourner une assemblée indécise. Je suis donc arrivé le 7 juillet 2004 avec un appui précieux, une cravate au cou ».
Attendant patiemment que les candidatures de Laurent Blanc et Jean Tigana finissent de s'essouffler, il put ensuite compter sur son allié Aimé Jacquet qui usa de son influence pour finir d'imposer sa candidature.

Désigné officiellement le 12 juillet 2004, sa nomination coïncide avec la naissance de son troisième enfant, le premier avec la journaliste Estelle Denis. Une fille prénommée Victoire, ce qui donnera l'occasion aux mauvaises langues de relever le paradoxe en stigmatisant le modeste palmarès de Domenech sur les bancs de touche (un titre de champion de D2 et un tournoi de Toulon).
Lui n'en a cure, il n'a jamais cherché à faire l'unanimité qui signifie selon lui « qu'on a aucun avis, qu'on s'adapte à tout, qu'on est une éponge. Moi, je serais plutôt un rasoir ». Avec des lames toujours bien tranchantes : « j'ai 25 ans d'expérience dans la provocation » a-t-il dit au président de la FFF il y a quelques années...
Alors Raymond, rendez-vous le 29 juin ?

filipe

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