Legende : Jacky Duguépéroux

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Personnage emblématique de l'histoire du Racing, il a tout connu comme joueur et entraîneur du club.

En mai 1973, quand l'US Valenciennes est relégué en D2, Strasbourg flaire le bon coup. Dominique Dropsy, le talentueux gardien du club, et Maya Joseph Yegba, le buteur expérimenté passé par Marseille sont transférés en Alsace. Deux arrivées qui permettent de renforcer avantageusement une équipe strasbourgeoise modeste 16ème du dernier championnat. L'entente entre les deux clubs étant très bonne (Robert Domergue, le nouveau directeur sportif du RCS, vient de... Valenciennes), le club nordiste cède gratuitement un troisième joueur au Racing offert en bonus dans la transaction : il s'agit de leur arrière gauche, Jacky Duguépéroux.
Arrivé à Strasbourg en train à trois heures du matin dans la plus grande discrétion, il passa le reste de sa première nuit alsacienne dans un hôtel près de la gare avant que Dropsy ne vienne le chercher le lendemain matin pour le conduire à son premier entraînement à la Meinau.

Duguépéroux n'est pourtant pas un inconnu quand il débarque au RCS. Débutant sa carrière en mai 1966 au cours d'un match de D1 entre Valenciennes et Rouen, ses sept années de professionnalisme en font déjà un joueur expérimenté ; et suffisamment aguerri pour rapidement comprendre qu'au Racing les choses ne tournent pas rond. Les décisions prises par les dirigeants sont contradictoires, les conflits s'accumulent, l'ambiance au sein du club est malsaine, certains joueurs n'en font qu'à leur tête et sur les pelouses l'équipe strasbourgeoise éprouve des difficultés à s'exprimer. « Tout le monde se mêlait de tout, sans aucune structure, aucune ligne de conduite avec une pagaille à tous les niveaux » avait-il constaté.

Au bout de trois saisons sans saveur, Strasbourg est relégué en deuxième division et « Dugué », comme la plupart des joueurs de l'effectif, a des envies d'ailleurs. Finalement convaincu par Alain Léopold de demeurer strasbourgeois, il devient même le capitaine de l'équipe après le départ de l'Israélien Gyora Spiegel, ancien titulaire du brassard.
Proposé par l'entraîneur du RCS, Duguépéroux souhaite d'abord obtenir la confiance de ses coéquipiers avant d'accepter cet honneur. Il la reçoit sans difficulté au cours d'un repas en commun avant le début du championnat. Pendant trois saisons et jusqu'au terme de sa carrière en 1979, Jacky Duguépéroux est donc le capitaine du RC Strasbourg.
Un rôle qu'il prend particulièrement au sérieux en parlant régulièrement avec les joueurs les plus jeunes de l'effectif de qui il exige beaucoup : « je peux vous dire qu'il m'a parfois bougé. Il ne faisait pas de cadeaux, ne connaissait que le travail » dira quelques années plus tard Albert Gemmrich.
Sur les terrains, c'est également l'un des seuls parvenant à modérer quelque peu les ardeurs du virulent Raymond Domenech ou qui peut se permettre de tancer le colérique Francis Piasecki, par exemple le soir où ce dernier avait bêtement concédé un penalty lors d'un match de Coupe UEFA à Edimbourg.
La sérénité qui se dégage de son comportement en fait également un interlocuteur crédible auprès des arbitres quand il s'agit de défendre les intérêts de l'équipe au cours de matchs tendus.

Sans affinités particulière avec ses coéquipiers, il est pourtant respecté par eux et apprécié par le public de la Meinau qui voyait en lui un joueur combatif, sobre, calme et intelligent. Cependant sa place dans l'équipe était loin d'être acquise à l'entame de l'exceptionnelle saison 78-79.
Absent depuis la fin de l'exercice précédent à cause d'une pubalgie, le Breton né à Saint-Malo ne participe pas pleinement à la préparation d'avant-saison et assiste aux premiers matchs dans les tribunes. « J'ai passé quelques sales moments. L'équipe tournait bien. Je me demandais comment je pourrais effectuer ma rentrée. Je me sentais grillé. J'ai discuté plusieurs fois avec Gilbert et il m'a remis en confiance. Puis j'ai eu la chance de pouvoir jouer milieu. »

Sa polyvalence est en effet un atout sur lequel Gilbert Gress peut compter tout au long de la saison. Capable de jouer arrière latéral, défenseur central ou milieu défensif, Duguépéroux l'altruiste tient un rôle essentiel au sein d'un effectif réduit quantitativement.
Et en fin de saison, le Racing est champion : « Gilbert nous avait persuadés que nous étions les plus forts. Quand on jouait à la Meinau, dans le tunnel, on entendait le public. J'en ai encore des frissons. »

Après la victoire décisive à Lyon, les joueurs fêtent leur titre sans excès. Quelques jours plus tard, c'est en effet les demi-finales de Coupe de France face à Auxerre qui les attendent. Une double confrontation particulière pour Duguépéroux qui a décidé de mettre un terme à sa carrière à l'issue de la saison. Il n'a que 31 ans et demandait deux ans de contrat au club ; les dirigeants du Racing eux ne souhaitaient le prolonger que d'une année supplémentaire.
Mais quelle plus belle conclusion que de soulever la Coupe de France au Parc des Princes quelques jours après le titre de champion ? Malheureusement, il n'y aura pas de doublé, les hommes de Guy Roux surprennent les Strasbourgeois et créent la surprise lors du match retour à Strasbourg.
Duguépéroux, qui jouait ce soir-là sa dernière rencontre à la Meinau, devait recevoir avant le coup d'envoi un bouquet de fleurs de la part des dirigeants et un cadeau offert par ses coéquipiers. A la dernière minute, Gilbert Gress refuse l'organisation de cette petite cérémonie d'avant match : le capitaine ira donc récupérer ses présents en catimini le lundi suivant dans les couloirs de la Meinau. Dugué quitte une première fois le Racing comme il y est arrivé.

Il rejoint ensuite les Pierrots Vauban avec qui il remporte deux championnats de France amateur en 1981 et 1982 (l'équivalent de la troisième division) sous les ordres de Raymond Kaelbel : « sans Jacky, jamais nous n'aurions été deux fois champions de France » dira-t-il.
Le Breton y joue au niveau CFA jusqu'à l'âge de quarante ans avant de prendre la succession de Kaelbel sur le banc de touche en 1988. Deux ans et demi plus tard, le voilà obligé de rendre son tablier à... son prédécesseur. Ses méthodes exigeantes ne sont pas comprises par les joueurs ; « à l'époque il n'accordait pas assez d'importance aux relations humaines. Il agissait avec nous comme si nous étions des pros », commente un joueur des Pierrots de l'époque, également connu au Racing, José Guerra.
Entraîneur ensuite de l'AS Benfeld, Duguépéroux connaît une période de chômage avant de retrouver du travail aux Grands Moulins de Strasbourg. Et il se rapproche à nouveau du Racing lorsqu'on lui confie l'entraînement des moins de 17 ans du club en 1992.

Au printemps 1995, quand Daniel Jeandupeux est démis de ses responsabilités à la tête de l'équipe professionnelle du RCS, Raymond Hild - le directeur sportif du club - souffle son nom à l'oreille du président Roland Weller : en mars, Dugué devient le 48ème entraîneur de l'histoire du Racing.
Il lui fallu remettre de l'ordre dans la maison et faire rentrer dans le rang les fortes têtes de l'effectif en guerre ouverte avec l'ancien coach (Franck Sauzée et Xavier Gravelaine notamment). Et six semaines après son arrivée, le Racing dispute la finale de Coupe de France face au PSG. Après seize ans d'absence, le RCS est à nouveau sur le devant de la scène malgré la défaite au Parc des Princes (1-0, but de Paul Le Guen).
Les supporters retiendront de cette fin de saison la victoire en demi-finale face à Metz et, quatre jours plus tard, le superbe succès contre Nantes en championnat qui connaîtra à cette occasion la seule défaite de sa saison exceptionnelle.

Suivront la victoire en Coupe de la Ligue 1997 et deux épopées mémorables en Coupe d'Europe qui menèrent le Racing de La Valette à Milan en passant par Petah Tikvah, Budapest, Glasgow ou encore Liverpool. Des saisons qui le classent sans aucun doute parmi les grands entraîneurs de l'histoire meinovienne.
Son « intérim » - puisque c'est ainsi que son arrivée fut présentée en 1995 - se termine le 22 janvier 1998 avec son remplacement par René Girard, après 1 032 jours de présence (34 mois). Si ce n'est Gilbert Gress, aucun entraîneur n'avait tenu aussi longtemps à la tête du RCS depuis 1945. Dans un club géré à l'envers par le duo Patrick Proisy - Bernard Gardon, son départ n'est finalement qu'une péripétie supplémentaire.
Dugué quitte une deuxième fois le Racing comme il y est arrivé.

De retour dans l'ombre, c'est grâce à l'arrivée de Marc Keller en 2001 comme manager général que Duguépéroux retrouve une place de choix dans l'organigramme du club. Pourtant, quelques années auparavant, le courant passait mal entre les deux hommes, quand le premier était membre de l'effectif géré par le second. « Joueur au Racing, j'avais eu avec lui des divergences de vue » a reconnu Keller. « Je le considérais comme un très bon entraîneur, mais il me heurtait sur le plan psychologique. Sans doute voulait-il me piquer. »
Nommé recruteur des jeunes, on lui doit les arrivées au centre de formation d'Habib Bellaïd, de Ricardo Faty ou encore de Kevin Gameiro.
Deux ans plus tard, le voilà recruteur des professionnels où il oeuvre en étroite collaboration avec Marc Keller et l'entraîneur Antoine Kombouaré.

Quand ce dernier, abandonné par ses joueurs, est remercié par la direction du Racing en octobre 2004, Dugué est à nouveau nommé entraîneur du club. « Nous n'avons contacté personne » affirma Marc Keller, « la solution Duguépéroux s'imposait logiquement à nous. »
Comme neuf ans plus tôt, un nouveau souffle est donné à l'effectif par le Breton « intérimaire » (mais quel entraîneur ne l'est pas au Racing ?) et l'équipe assure finalement assez tranquillement son maintien en L1. Et comme neuf ans plus tôt, le RCS atteint la finale d'une Coupe nationale : Strasbourg s'impose face à Caen au Stade de France et Duguépéroux remporte sa seconde Coupe de la Ligue avec le RCS.
« Il est toujours aussi méthodique qu'il y a dix ans, possède la même gnac. Je dirais même que sa mise à l'écart l'a renforcée. Mais c'est dans l'approche psychologique qu'il a progressé à mon sens. Il s'adapte mieux aux circonstances. Son autorité est toujours aussi ferme, mais c'est aujourd'hui une main de fer dans gant de velours » se félicite alors Marc Keller.

Le début d'une ère de stabilité au Racing ? Non, bien sûr. Keller, Gindorf, Afflelou, Ginestet, Darou, Bobic, Gmamdia, Pagis, etc. et le Racing file en L2 après une saison catastrophique, à peine atténuée par un sympathique parcours en Coupe UEFA.
Au soir de l'avant dernière journée, au stade Vélodrome de Marseille, on annonce l'arrivée de Jean-Pierre Papin à la tête du RCS pour la saison suivante. Dans les couloirs du stade où JPP a si souvent brillé, la nouvelle fait grand bruit. Jacky Duguépéroux s'en va par la petite porte.
Dugué quitte une troisième fois le Racing comme il y est arrivé.

Après une dernière expérience en Tunisie où il remporta - évidemment serait-on tenté de dire - la Coupe nationale, le Breton est revenu vivre en Alsace pour y profiter de sa famille et de ses chevaux, l'autre passion de ce fils de jockey.
On ne le voit plus guère à la Meinau aujourd'hui, si ce n'est ce soir d'avril 2009 où le club a invité sur la pelouse les champions de France 79 avant le coup d'envoi du match contre Metz. Discret comme à son habitude, on ne parla pas beaucoup de lui entre les regrettables sifflets réservés à Raymond Domenech et l'ovation offerte à Gilbert Gress.
C'est d'ailleurs à ce dernier qu'on a laissé le soin de brandir le bouquet de fleurs offert par le club, sous les acclamations du public ; celui que Duguépéroux aurait dû présenter au même endroit il y a tout juste trente ans est naturellement fané depuis fort longtemps. Mais les actes et le bilan de l'homme se doivent de rester intacts dans les souvenirs des supporters du RCS.
Même si Dugué quitte toujours le Racing comme il y est arrivé.

filipe

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