« Nous n’avons jamais lâché le club »

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Par athor
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Quelques bougies d'anniversaire © denisub90

Depuis 25 belles années, ils chantent leur fierté, pour leur amour de toujours, le Racing Club de Strasbourg. Les Ultra Boys 90 fêtent leur anniversaire, l'occasion de rencontrer Étienne, leur président.

Vous avez vu les choses en grand pour célébrer vos 25 ans, avec ce tifo en plusieurs actes. Comment vous est venue cette idée, et depuis quand travaillez-vous dessus ?


L’idée d’origine est une TV dans laquelle apparait différentes voiles reprenant les moments marquant des 25 ans d’histoire du groupe. Suite à différentes réunions très animées et de nombreux échanges, on s’est orientés sur une animation avec plusieurs supports différents, en plusieurs temps. Pour augmenter la difficulté et pour que ça ne soit pas une animation monotone.

Les premières réunions datent de décembre 2014 et nous avons validé définitivement la maquette en aout. Les premières prépas ont débuté dans la foulée. Depuis fin août, nous avons passé tous nos samedis et dimanches, sans exception, au stade pour travailler sur le tifo. Nous avons fini les dernières voiles et les banderoles la veille du match.

En plus du tifo, les joueurs ont porté le logo des 25 ans sur le maillot. Comment avez-vous négocié cela avec le club ? Est-ce une première en France ?


On avait demandé au club si c'était possible, sans trop y croire et finalement c'est passé !

Notre proposition, c'était de ne le faire que pour une mi-temps, pour ne pas trop "déranger" l’ES et pour qu'on puisse récupérer les maillots ensuite. De mémoire, il me semble que c’est une première, mais je n’en suis pas tout à fait certain.

Après la célébration à domicile, le déplacement à Châteauroux sera l'occasion de fêter cet anniversaire à l'extérieur. Pourquoi cette date ? A quoi faut-il s'attendre ?


Pour décider de la date du déplacement des 25 ans, nous avons avant tout cherché un stade pouvant accueillir du monde en parcage, avec une tribune dans laquelle on peut faire un tifo. Pas Avranches par exemple… Le stade de Châteauroux avait selon nous tous ces critères et la date se rapprochant du 16 octobre, cela nous a paru pas mal de grouper les deux événements au mois d’octobre.

De notre côté, l’objectif est de réunir toutes les générations du groupe pour un déplacement et que tout le monde puisse profiter du moment présent, de faire la fête, de se remémorer de vieux souvenirs pour les anciens et de se créer des souvenirs pour les plus jeunes qui n’ont jamais connu de déplacement d’anniversaire.

Concernant l’animation au stade, comme toujours, rendez-vous en tribune le jour du match.

Les UB comptent plus de 320 membres, un chiffre comparable aux années de L1. Comment expliquer l'engouement autour de l'association ?


L’engouement autour du groupe suit la même dynamique que l’engouement autour du club. C’est complètement dingue de dire ça, mais aujourd’hui, le Racing fait de nouveau rêver. L’affluence moyenne depuis plusieurs saisons en est une preuve, mais aussi les records d’affluences sur les matchs de Colmar et Colomiers l’an dernier.

Nous sommes le moteur de l’ambiance et c’est normal que les gens s’identifient dans nos actions, surtout les plus jeunes qui suivent de plus en plus nombreux le Racing, que ce soit à domicile comme à l’extérieur. Tant mieux pour le Racing, tant mieux pour nous, espérons seulement que les futures montées dans le monde professionnel et tout sécuritaire ne cassent pas cette dynamique. Mais c’est une autre histoire, profitons du moment présent.

Depuis la descente en National en 2010 et la période Hilali, les UB90 ont changé d'image auprès du grand public et gagné en crédibilité. Comment expliques-tu cette mutation ?


Quand il ne restait plus personne pour défendre les intérêts du club, quand le public puis les supporters ont commencé à déserter le stade par lassitude et par ras-le-bol, nous avons été les seuls à agir contre Hilali par diverses actions.
Actions de bons sens et souvent de dérisions vis-à-vis de la direction, souvent relayées par la presse régionale. Toutes les personnes qui suivaient encore le Racing, de près ou de loin, ne pouvaient que se reconnaitre dans nos banderoles, nos actions. Et par la suite, nous avons su montrer que nous n’avons jamais lâché le club, que ce soit pendant la pire période de l’ère Hilali et par la suite, de CFA2 jusqu’en National où nous avons toujours été présents.

Les UB90, ainsi que la FSRCS, sont aujourd'hui pris en considération par le club, et régulièrement conviés à des réunions par le club. Comment juges-tu cette relation, et comment vois-tu son avenir ?


Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir une direction qui nous écoute, qui est attentive à nos demandes et projets. Nos 25 ans en sont un très bon exemple.
Il y a aujourd’hui une relation saine entre les représentants des associations de supporters et la direction du club, qui sait se rendre disponible quand il le faut.
Si accession il y a, avec un retour au monde professionnel, ça risque de devenir un peu plus compliqué, parce que même sans le vouloir, la direction du club va devoir s’adapter à un monde de football professionnel et par conséquent s’éloigner des valeurs de foot populaire que nous défendons. Clairement, des tensions risquent d’apparaitre à ce moment-là.

Alors, on profite pour le moment d’avoir des relations comme celles-ci et on essaie d’anticiper les changements auxquels le club va devoir faire face pour que tout le monde y trouve son compte dans les années à venir.

Sur un plan personnel, depuis quand es-tu membre, et quel est le souvenir le plus marquant de ta « carrière » ?


Je suis membre depuis 2007, je me suis carté le jour du match de la montée contre Metz.

Je ne pourrai pas donner un souvenir mais j’en ai plusieurs tous aussi marquants les uns que les autres. Je n’ai jamais connu de grandes émotions avec le Racing, mise à part la montée en 2007 et la montée en National à Épinal. Mais je dirai que les plus grands moments sont les différentes aventures humaines vécues en déplacements aux quatre coins de la France.

Tu es président depuis cette année, après plusieurs années en tant que membre du bureau, comment tu vis cette responsabilité ?


C’est une grande fierté de prendre cette responsabilité, vis-à-vis du groupe actuel mais surtout des anciens, des différentes générations qui sont passées avant moi, de ceux qui ont eu l’idée folle de créer un groupe Ultra à Strasbourg alors que j’étais encore dans un berceau.

En dehors des responsabilités au sein de l’association que je connaissais déjà en tant que membre du bureau, je découvre de nouvelles sollicitations et de nouveaux interlocuteurs, que ce soit la direction du club, la police, la presse ou les responsables sécurités des clubs adverses.

Mais en soit, cela ne change pas énormément mon investissement au sein de l’association. Et puis, je ne suis pas seul, nous sommes sept responsables aujourd’hui.

Du fait que le Racing évolue dans le monde amateur, les UB90 ne sont pas encore confrontés à la répression toujours plus grande vis à vis des supporters. Que penses-tu de cette politique ? Des initiatives comme l'ANS (Association Nationale des Supporters) ou le CNSF (Conseil National des Supporters de Football) tentent de rassembler les associations de supporters pour instaurer le dialogue avec les autorités. Penses-tu que cela puisse aboutir à une solution durable ?


Bien que nous n’ayons jamais été confrontés à ce que vivent certains groupes en France tous le week-end, nous avons déjà eu l’occasion d’en avoir un petit aperçu à quelques reprises ces dernières années.

Nous avons adhéré à l’ANS et nous nous sommes déjà rendus à quelques réunions intergroupes. Ce que nous y avons entendu fait vraiment froid dans le dos. Pour résumer l’état d’esprit actuel des autorités vis-à-vis des supporters, on préfère annuler un déplacement de supporters plutôt que de le préparer en amont avec toutes les parties. Et c’est bien là le problème.

L’ANS tente d’ouvrir un dialogue entre les autorités, les associations de supporters et les clubs. Mais force est de constater que même avec les meilleures volontés du monde, c’est très compliqué. Tant que le dialogue ne viendra pas des autorités et des clubs, les associations resteront isolées. Il n’y a pas de dialogue quand une seule partie parle.

Dans ce contexte difficile, comment voyez l'avenir du groupe, et du mouvement ultra en général ?


Si on reste en National, on aucun souci à se faire. Mais vu qu’on va monter, c’est avec une réelle appréhension qu’on vit et qu’on prend conscience de tous les changements auxquels on va avoir à faire face. Bien que dans notre cas, nous avons toujours été les premiers à discuter et à prôner le débat, nous poursuivrons dans cette voie, quelques soient les interlocuteurs. Et comme depuis 25 ans, nous nous adapterons !

Le mouvement Ultra est bien trop complexe pour répondre à ce genre de question en deux phrases, mais c’est sûr que l’avenir n’est pas rose pour les Ultras Français, notamment avec l’Euro qui arrive.

Un grand merci à Étienne pour sa disponibilité

athor

Commentaires (2)

Flux RSS 2 messages · 2.786 lectures · Premier message par emmateo · Dernier message par Kaniber68

  • Très belle interview qui démontre la fidélité et la passion de nos chers UB90.

    Je partage la même crainte qu'Etienne concernant la fin d'un certain mode de" supportérisme" lorsque nous retrouverons le monde professionnel.

    C'est quand même sympa les déplacements presque libres des fans du RCS vers Epinal, Colmar, Mulhouse alors qu'il sera presque impossible de se rendre à Metz, Nancy ou Sochaux.
  • Etienne, vous avez raison et votre maturité force le respect. Garder toujours le contact, laisser toujours la porte ouverte. En comprenant que chaque partie à ses objectifs et ses obligations. C'est la base des relations humaines.
    Mais aussi maintenir, dans une association de supporters, une mentalité positive. Le foot, c'est une fête, un défoulement joyeux, une communion avec un club auquel on s'identifie pour des raisons multiples, conscientes ou inconscientes. C'est un partage, une manière de se dire qu'un soir on est tous logés à la même enseigne. En tout cas, ce n'est pas la guerre. Jamais la guerre!
    Longue vie aux UB 90!

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