Six matchs jusqu'au Graal

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Par kitl
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Cela fait cinquante ans aujourd'hui que le RC Strasbourg a soulevé sa deuxième Coupe de France. Retour sur un parcours semé d'embûches, conclu en apothéose le 22 mai 1966 face à Nantes.

Au mitan des années 1960, le Racing Club de Strasbourg est un club solidement installé en première division, depuis la remontée de 1961 puis les maintiens décrochés par l’illustre Robert Jonquet. Il a découvert les joies de la Coupe d’Europe, parfois au prix de roustes mémorables. Son effectif semble avoir atteint sa maturité : Jean Schuth, Gérard Hausser et Denis Devaux ont intégré l’Equipe de France. Le RCS s’appuie sur la même ossature depuis plusieurs saisons : Stieber, Merschel, Gress, Hausser, Szczepaniak, encadrés par l’éternel capitaine René Hauss et à partir de 1964, par l’expérimenté Raymond Kaelbel et le virtuose argentin José Farias.

La Coupe de la Ligue remportée en tout début d’année 1964 (lire l'article Un titre pour le Nouvel An) est le signe annonciateur de la grande saison 1964-65 : sous la houlette du novateur Paul Frantz, entraîneur mettant l’accent sur la condition physique et l’équilibre défensif, le Racing décroche une belle cinquième place en championnat, bute en quart de finale de la Coupe de France, mais surtout réalise une épopée européenne remarquable : les Alsaciens élimineront le Milan AC, le FC Bâle, puis le FC Barcelone – sur tirage au sort – avant de tomber lourdement sur le Manchester United de Busby, Charlton et Best.

La saison suivante, Strasbourg dispute à nouveau la pittoresque Coupe d’Europe des villes de foires, ancêtre de la Coupe UEFA. A l’issue du match d’appui, René Hauss eut moins de réussite que la saison précédente : la pièce tombe côté pile et qualifie le Milan AC. Moins à l’aise en D1, l’équipe voit arriver d’un bon œil la Coupe de France, début 1966.

L’auguste compétition perpétue un esprit chevaleresque ménageant les chances des équipes de Deuxième division et de CFA : les rencontres se disputent sur terrain neutre jusqu’à la finale, prévue au Parc des Princes. Le 16 janvier, c’est d’ailleurs Porte d’Auteuil, sur un terrain enneigé, que débute le parcours strasbourgeois, contre Saint-Etienne, champion de France 1964, qui s’appuie sur Robert Herbin et Rachid Mekhloufi. Grâce à un doublé plutôt inhabituel de Kaelbel, puis un but de Farias au retour des vestiaires, le RCS s’impose sans coup férir 3-1.

Après un gros morceau, se présente un menu a priori plus digeste en la personne des amateurs nordistes d’Aulnoye-Aymeries (CFA). Strasbourg avait déjà affronté ce club du pays de Maubeuge lors de l’édition 1960. La rencontre se dispute à Valenciennes, et les hommes de Georges Huart, futur entraîneur de Metz et Nancy, ouvrent le score dès la 5ème minute par Guy Papin, père de Jean-Pierre. Ils tiendront leur avantage pendant cinquante minutes, avant que Baillet, le gardien nordiste ne laisse échapper le ballon sur un coup franc anodin, Farias ne se faisant pas prier pour convertir l'offrande et égaliser. A partir de ce moment là, le Racing finit par imposer sa loi 4-1.

En huitièmes de finale, le 13 mars, Strasbourg est envoyé en Bretagne, à la rencontre de Saint-Brieuc, qui évolue en Division d’Honneur, alors quatrième niveau du football français, mais qui avait réussi l'exploit d'éliminer l'Olympique de Marseille. Frantz choisit de laisser Hauss – 38 ans – au repos et incorpore le jeune avant-centre Philippe Piat. Le choix sera payant, Piat signant un triplé et le Racing se qualifie largement 5-2.

Après Brest, Strasbourg se déplace à Rouen pour les quarts de finale, le 3 avril. Contre Cherbourg (D2), le RCS contrôle tranquillement la partie, face à des Normands trop maladroits, mais ne parviennent pas à franchir la défense adverse. Il finit tout de même par arracher la qualification à la 84ème minute, sur un nouveau but de Piat (1-0). A la fin du match, René Hauss explique cette performance inhabituelle de son équipe: « nous n'avons pas voulu dominer comme au cours d'un match normal, nous avons préféré être dominés afin de pouvoir envoyer plus promptement nos flèches incisives de contre-attaques. » Après trois victoires de diverse ampleur contre des clubs de niveau inférieur, il faudra forcément vaincre deux équipes de première division pour triompher : Angers, Toulouse et surtout Nantes, bien parti pour conserver son titre de champion, accompagneront le Racing en demi-finale.

Le sort désigne Toulouse pour Strasbourg, la rencontre se disputant à Marseille. Menés dès la 11ème minute par les hommes de Kader Firoud, ceux de Paul Frantz semblent dans les cordes. Le match bascule peu avant la mi-temps : sur un début de bagarre, l’arbitre expulse Denis Devaux et le gardien toulousain Robert Devis ! Le buteur Soukhane enfile les gants et ne s’incline qu’à la dernière minute sur un but de Roland Merschel. Les Rouge et Blanc d’alors accusent le coup, autant par ressentiment qu’en raison de la fatigue. Dès lors, la qualification strasbourgeoise se concrétisera après prolongation (3-1). A noter qu’une rencontre de championnat sans grand enjeu côté alsacien opposa les deux équipes quinze jours plus tard, sans Devaux ni Devis : en s’imposant 2-0, le TFC fit un grand bond vers la Coupe d’Europe.

Strasbourg retrouve la finale de la Coupe de France, quinze ans après le premier succès, décroché à Colombes contre Valenciennes ! Une opportunité impensable pour René Hauss de soulever à nouveau le trophée, lui qui prépare en parallèle ses diplômes d’entraîneur.
Le FC Nantes s’annonce redoutable : Daniel Eon est pressenti pour garder les cages françaises à la prochaine Coupe du monde ; Budzinski, De Michèle, Simon l’accompagneront, tout comme l’avant-centre Philippe Gondet (futur meilleur buteur de D1 avec 36 buts). L’attaque nantaise s’appuie également sur l’Argentin Ramon Muller et Bassidiki Touré, père de José.

Voici les compositions (on distingue le schéma à cinq défenseurs du RCS du 4-2-4 nantais) :
Equipe


Equipe


Barbus ou moustachus, ce qui deviendra un rituel scandant les bons parcours du FCN en Coupe de France, les Nantais joueront en maillot jaune et vert à bandes verticales. La tunique alsacienne est intégralement blanche, avec deux fines rayures bleues sur le maillot. Deux uniformes fournis par le Coq sportif.

Comme l’appréhendait José Arribas, Nantes ne trouvera jamais la faille face au bloc défensif alsacien. Pis, le maître à jouer Ramon Muller est contraint de laisser ses coéquipiers sur blessure (les remplacements n’étaient pas encore de ce monde). Raymond Kaelbel démontre qu’il a de beaux restes en muselant Gondet, Raymond Stieber s’occupant de Jacky Simon. C’est d’ailleurs d’un défenseur que proviendra le seul but du match : Pierre Sbaiz marque sur coup franc, lui qui n’était pas habitué à briller en pareille occurrence !
Pliant sans jamais rompre, le Racing s’impose 1-0, permettant à René Hauss de voir sa légendaire longévité matérialisée par un second trophée. Jean Schuth, vigilant sur sa ligne, bénéficiera de la blessure de son infortuné vis-à-vis Eon quelques semaines plus tard (en sautant de joie sur le 36ème but de Gondet) pour intégrer le groupe de l’Equipe de France en Angleterre. Pour Gérard Hausser, artisan de la qualification, la participation à la World Cup était assurée. Par contre, Gilbert Gress, inlassable arpenteur de l’aile droite, restera sur le continent au mois de juillet.

A l’intersaison, le milieu offensif myope quittera son fief meinauvien pour la Forêt-Noire. Denis Devaux s’envolera pour la Corse et Paul Frantz se retirera, contraint par son administration d'origine (le CREPS), avant de rejoindre Karlsruhe. Mais ni ces départs, ni le parcours abrégé en Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe la saison suivante n’auront su soustraire de la mémoire collective alsacienne cet épatant parcours en Coupe de France 1966.

kitl

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