Aholou aux dents longues

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Par athor
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Initialement prévue pour l'été prochain, le Racing a bouclé l'arrivée du prometteur milieu de terrain d'Orléans Jean-Eudes Aholou pour quatre saisons et demi.

Alors que le Racing, par l’intermédiaire de Thierry Laurey, avait déclaré ne plus vouloir retoucher son effectif durant cette période de mercato hivernal, il a enregistré cette semaine la signature du milieu de terrain Jean-Eudes Aholou. Un revirement qui s’explique par la volonté du club de ne pas laisser filer le joueur vers la concurrence. En effet, la cellule de recrutement avait ciblé le profil de l’Orléanais en vue d’un recrutement l’été prochain, comme elle le fait avec d’autres joueurs, mais l’intérêt de clubs comme Angers, Montpellier, Le Havre ou encore Lorient a accéléré les choses, comme le confirme Marc Keller « nous n’avions pas forcément prévu de bouger durant ce mercato hivernal, même si nous restions à l’affût.  Aholou était sur nos tablettes en prévision de 2017-2018. Mais le joueur, que de nombreux clubs avaient approché, n’aurait pas attendu la fin de saison. Il a fallu agir. Pour nous, c’est un investissement sur l’avenir. La gestion mise en place depuis mon arrivée en 2012 nous permet de faire cet effort. » Un investissement que la presse évalue à environ 500 000 euros, un peu moins selon Keller, une somme vitale pour l’US Orléans, en proie à des difficultés financières, même si Anthar Yahia, le nouveau manager général du club, estime que « le prix que l’on a obtenu ne me satisfait pas car je connais la valeur et le potentiel de Jean-Eudes, mais on devait aller vite pour avancer dans nos projets. »

Son potentiel et sa valeur justement, Jean-Eudes Aholou l’a prouvé cette saison, s’affirmant comme le leader d’une équipe de l’USO en difficultés d’un point de vue comptable, mais toujours très loin d’être ridicule dans le jeu. Pourtant, avant de devenir le meilleur élément du club d’Orléans et le premier transfert onéreux du Racing post-liquidation, le joueur a connu un parcours pas toujours rectiligne. Natif de Yopougon, l’une des treize communes qui composent Abidjan, la capitale ivoirienne, il commence par jouer dans la rue, comme des milliers de jeunes, avant d’intégrer, à 11 ans, l’Ivoire Académie, l’une des structures les plus connus du pays, avec l’académie Jean-Marc Guillou. En 2011, il est appelé en équipe nationale pour disputer le mondial des U17 au Mexique. Si la Côte d’Ivoire est éliminé dès les huitièmes de finale par la France, Ahoulou dispute les quatre rencontres de son équipe comme titulaire. C’est avec une certaine cote qu’il s’envole un an plus tard vers l’Europe et Lille, où l’attend un contrat stagiaire de deux ans. Après une première année avec les U19, ponctuée par cinq apparitions en CFA, le milieu défensif devient un cadre de la réserve dès la saison 2013/2014, participant à 24 matchs, ce qui lui permet de décrocher un contrat professionnel d’une durée d’un an.  Mais avec un nombre très important de joueurs sous contrat, et la nécessité économique de dégraisser, le LOSC ne lui offre pas de prolongation à l’été 2015. Jean-Eudes est donc à la recherche d’un club, au moment même où il participe au tournoi de Toulon avec la sélection espoir de Côte d’Ivoire. A nouveau titulaire, il dispute les quatre matchs de son équipe, qui ne passe pas la phase de groupes.

Mis à l’essai début juillet à Orléans, il ne lui faut que quelques jours pour convaincre Olivier Frapolli de lui offrir un contrat de deux ans, afin de jouer les doublures pour les milieux de terrain déjà en place. C'est dans ce rôle de remplaçant qu'il début la saison, entrant en jeu tantôt pour relayer un des milieux titulaires, tantôt pour renforcer l'entrejeu et tenir le résultat. Mais dès le mois d'octobre, Aholou parvient à s'imposer comme un élément indispensable du onze de départ, poussant notamment vers le banc l'historique Julien Delonglée. Malgré la montée du club en L2, son entraîneur lui maintient sa confiance, tout en lui donnant plus de responsabilités : « l'année dernière, je restais un peu plus derrière, sur les actions offensives notamment, mais là, le coach m'a demandé de me projeter plus vers l'avant. Je pense avoir les qualités pour. J'avais déjà ces qualités-là depuis longtemps, mais le coach préférait que je reste un peu plus derrière la saison passée. Moi je fais ce qu'on me demande ! » Résultat, son abattage, déjà important en National, saute aux yeux, et ses montées offensives sont l'une des clés du jeu orléanais. Et pour ne rien gâcher, les qualités humaines du garçon sont saluées par tous, à l'image de Didier Ollé-Nicolle, le nouveau coach de l'USO, qui, même s'il ne l'a que peu connu, souligne le « remarquable état d'esprit d'un joueur régulier, éduqué et très pro. Il n'a jamais fait de chantage, et a respecté ses engagements. Il a même tenu à jouer contre Brest alors que c'était quasiment fait avec Strasbourg. »

D'un point de vue technique, le gaucher a donc connu une évolution dans son jeu l'été dernier. Alors qu'il était surtout cantonné au rôle de récupérateur en National, se contentant d'un registre défensif, où ses qualités physiques lui permettent de remporter ses duels, Aholou a évolué vers un profil plus complet, de box-to-box à l'anglaise. Illustration de ce rôle, la heatmap, c'est à dire la représentation des zones du terrain occupées par le joueur, est très éloquente :

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S'il existe une (petite) prédominance au niveau du rond central, le milieu couvre réellement tout le terrain, étant aussi bien actif défensivement comme offensivement. Dans le premier registre, l'Ivoirien est très impressionnant en terme d'interceptions, puisqu'il gratte en moyenne 6,9 ballons par match, contre 6 pour le meilleur milieu strasbourgeois dans ce domaine (Jérémy Grimm). Dans les airs, il règne également en maître, avec 5,6 duels aériens disputés en moyenne, à 62% de réussite, un chiffre là encore plus élevé que chez ses nouveaux collègues du RCS. En revanche, il dispute moins de duels défensifs.
Offensivement, ses percées vers l'avant s'illustrent dans les statistiques, même s'il semble privilégier le dribble (2,4 tentés par match) au duel (3, contre 3,9 pour Gonçalves par exemple).

Comparaison graphique avec Grimm, Gonçalves et Nogueira :
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Le profil d'Aholou semble donc différent des trois autres milieux : défensivement, il se rapproche de Grimm en terme d'interceptions et de duels aériens, mais apporte plus de variété offensivement. A ce titre, son nombre de dribbles tenté est comparable à celui de Nogueira, bien qu'il tente bien moins de passes que ce dernier (l'ancien Sochalien tourne tout de même à 40,7 passes/match, à 91% de réussite). Dans le 4-4-2 en losange, le premier Jean-Eudes de l'histoire du Racing semble donc plus à même de jouer au poste de relayeur gauche, mais également au poste de numéro 6, afin d'offrir une alternative tactique à Thierry Laurey. Enfin, l'entraîneur peut également évoluer vers un système à deux milieux axiaux (4-4-2 « à plat », 4-2-3-1...), que le joueur connaît pour l'avoir pratiqué à Orléans.

Citations extraites de l'Alsace et de la République du Centre. Merci à @kitl pour le titre.

athor

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