Jonas Martin, le gros coup du Racing

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Par athor
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Comme annoncé depuis plusieurs jours, le Racing a réalisé un gros coup sur le marché des transferts en enregistrant la venue du milieu relayeur Jonas Martin.

Le plus souvent contraints par des finances limités, les clubs promus en L1 se montrent habituellement plutôt discrets sur le marché des transferts, limitant leur champ d'action aux joueurs libres ou en prêt. Le Racing a fait le choix d'aller à contrecourant de cette tendance, bien décidé à renforcer son équipe avec des éléments de valeurs, quitte à passer par un investissement conséquent à son échelle. Pourtant loin d'une réputation de panier percé, Marc Keller assume la démarche : « nous pouvons faire ces investissements parce que le club est sain financièrement. Nous considérons que les joueurs font partie des actifs du club. On peut recruter ces joueurs parce qu’on a travaillé en amont. » Ainsi, après les achats de Nuno Da Costa (1,2M€), Bingourou Kamara (0,7M€), Idriss Saadi (un peu plus de 1,5M€), voilà que Strasbourg enregistre le renfort de Jonas Martin pour une somme comprise entre 1,5 et 2M€. Certes, le montage financier permet de ne pas supporter l'intégralité de l'investissement sur ce seul exercice 2017/2018, mais l'arrivée du milieu de terrain est un nouveau signe non seulement du travail réalisé par la cellule de recrutement, mais également que le RCS se donne les moyens pour tenter d'assurer son maintien parmi l'élite.

Avant d'être l'un des plus gros transferts de l'histoire du club, Jonas Martin est avant tout un milieu de terrain élégant, qui a déjà fait ses preuves en championnat de France. Né à Besançon, c'est à Gray, en Haute-Saône, connu localement pour ses magasins d'usine, qu'il grandit. Fils de Patrice Martin, ancien joueur à Arc-en-Gray en DH, il débute sous les couleurs orange de l'US Rigny voisine, avant d'être rapidement surclassé et de rejoindre le club de son père. Un premier tournant intervient en 2000, lorsque la famille quitte la Franche-Comté pour aller s'installer à Nîmes. Jonas a alors 10 ans, et s'en va pousser la porte du Nîmes Olympique. La réticence naturelle des éducateurs devant ce blondinet tout juste débarqué s'est vite commuée en un véritable empressement, et les Crocodiles ont été prompts à refermer la mâchoire sur ce jeune élément, bien trop talentueux pour qu'ils acceptent le risque de le voir courtisé par d'autres clubs, dont l'Olympique Lyonnais. Jonas Martin portera le maillot rouge durant quatre ans, le temps de collectionner les titres de meilleur joueur de tournois, un rang de major lors d'un stage Jean-Michel Larqué, à Saint-Jean-de-Luz, et surtout, une victoire en coupe de la ligue du Languedoc-Roussillon, avec l'équipe des moins de 13 ans, avec à la clé deux buts lors de la finale. Il rejoint alors le centre de formation de Montpellier, et remporte au passage une nouvelle coupe régionale, en moins de 15 ans cette fois, avec un nouveau but en finale, sous les ordres d'un tout jeune retraité des terrains, devenu éducateur, un certain Fabien Lefèvre, qu'il côtoiera à nouveau en U17.

Celui qui évolue alors comme attaquant enchaîne alors les saisons dans les équipes de jeunes du MHSC, passant par les U17 puis les U19. En 2008/2009, après avoir paraphé un contrat stagiaire pro, il prend part à l'épopée de la génération 1990 en coupe Gambardella, en étant titulaire en compagnie des Belhanda, El Kaoutari, Cabella ou encore Stambouli. Lors de la finale face à Nantes, remportée 2-0 face à Nantes, Jonas Martin est à l'origine des actions entraînant les deux buts, ce qui lui vaut la distinction d'homme du match, décernée par France Football (note de 8 sur 10). Dans le même temps, il s'est également imposé avec l'équipe réserve de Montpellier en CFA. Entre 2008 et 2010, en l'espace de deux saisons, il dispute 47 matchs et inscrit 13 buts. Un parcours jusque là parfait qui lui vaut à l'été 2010 la signature d'un contrat professionnel de trois ans.

Intégré dans l'effectif professionnel, tout comme ses camarades de la coupe Gambardella, il peine toutefois à faire sa place, la concurrence étant assez rude dans le secteur offensif. Malgré tout, il fête son premier but en équipe première lors de la réception de Saint-Etienne. En quête de temps de jeu, il est prêté à Amiens en 2011, et réalise, sur le plan personnel, une saison assez pleine avec 26 apparitions. Malheureusement, alors que ses anciens coéquipiers fêtent un improbable titre de champion de France, lui vit une relégation en National avec les Picards. De retour dans l'Hérault, il ne parvient toujours pas à s'imposer et doit se contenter des quelques minutes que lui offre René Girard, dont tout de même une apparition sur la pelouse d'Arsenal en Ligue des Champions.

Il faudra attendre l'arrivée de Rolland Courbis pour que la carrière de Martin prenne un nouveau tournant. Alors qu'il est longtemps resté dans l'ombre, son replacement au poste de milieu relayeur lui donne une nouvelle dimension. Déjà naturellement doué techniquement, il se débarrasse peu à peu de ses gestes superflus et s'impose comme un élément important de l'effectif. Si sa saison 2014/2015 fut ainsi réussie, la suivante sera celle de l'explosion. Désormais indiscutable, il n'hésite plus à prendre ses responsabilités dans le vestiaire, au moment où l'équipe traverse une crise de résultats, mais surtout, il attire les louanges de beaucoup d'observateurs. Lors du match Montpellier-PSG, Franck Sauzée, consultant sur Canal+, se lance ainsi dans un commentaire dithyrambique : « Jonas Martin est l’un des seuls joueurs de L1 à être capable de casser les lignes, un de nos meilleurs box to box, pouvant jouer long ou court et organiser le jeu ». Evidemment, ces performances attirent, et le milieu de terrain ne manque pas de sollicitations en fin de saison. Plusieurs clubs font le forcing pour s'attacher ses services, notamment, Bruges, Rennes, où le président s'implique personnellement, et le Bétis Séville. Le championnat espagnol, un choix putôt logique pour un footballeur de son profil : «  j’ai préféré tenter la Liga pour vivre une expérience nouvelle, à 26 ans c’était l’âge idéal pour découvrir ce football espagnol si flamboyant et qui fait rêver tout joueur normalement constitué, enfin celui qui sait manier un ballon. » Direction donc l'Andalousie, où Gustavo Poyet, le nouvel entraîneur, souhaite en faire l'un de ses cadres. Titulaire durant la préparation, il débute dans le onze lors de la première journée, sur la pelouse du Camp Nou de Barcelone. Mais les choses ne tournent pas au mieux : victime d'une déchirure aux ligaments de la cheville gauche, il sort dès la 36ème minute de jeu et ne voit pas ses partenaires encaisser un lourd 6-2. Un peu moins de deux mois plus tard, il retrouve sa place mais le Bétis ne parvient pas à s'extirper des bas-fonds du classement. Dès le mois de novembre, Poyet est limogé après une défaite face à Villarreal et est remplacé par Victor Sanchez. Celui-ci décide d'opérer plusieurs changements, et laisse Jonas Martin sur le banc puis, l'écarte du groupe durant deux rencontres. Il faut alors attendre le mois de janvier pour que le Français retrouve pleinement l'équipe dans la peau d'un titulaire. Mais entre les tâtonnements tactiques (entre le 3-5-2 et le 4-2-3-1 notamment) et l'éclosion du jeune Dani Ceballos à son poste, le temps de jeu de Martin reste irrégulier. Au final, il aura joué 20 matchs, dont 15 comme titulaire, et inscrit 2 buts avec le Bétis. Pas forcément dans les plans du nouvel entraîneur Quique Setién, le milieu de 27 ans ne manquait pas de solutions pour se relancer : Bursaspor, coaché par Paul Le Guen, Toulouse, Rennes, Angers ou encore Caen ont noté son nom sur leurs tablettes, mais le Racing a semble-t-il été plus vif sur le dossier, bien aidé également par la présence au club de Fabien Lefèvre, son ancien entraîneur chez les jeunes, et de Thierry Laurey, qui l'a connu en tant que directeur du centre de formation du MHSC. Ce dernier espère bien retrouver sous ses ordres le Jonas Martin éblouissant de la saison 2015/2016.

Le joueur en détail


Ancien attaquant lors de ses premières années de formation, puis milieu offensif à ses débuts en équipe première, Jonas Martin a donc été repositionné comme milieu relayeur en 2013 par Rolland Courbis. Élégant balle au pied, il possède une technique individuelle allié à une certaine intelligence de jeu lui permettant de remplir toutes les exigences de ce poste. Le joueur détaillait son positionnement ainsi : « je me sens plus à l’aise dans ce rôle de milieu central en numéro 8 ou bien en deuxième récupérateur mais avec un 6 qui ne bouge pas devant la défense et moi qui fait le piston. » Preuve de cette volonté de remplir cette tâche de box-to-box, lors de la saison 2015/2016, le joueur était le montpelliérain qui parcourait le plus de kilomètres par match dans l'effectif, avec en prime le meilleur ratio de passes réussies. A Séville, son positionnement était moins clair, car au gré des schémas de jeu et des remplacements de joueurs, il évoluait soit comme milieu relayeur, soit comme milieu offensif axial ou encore comme milieu gauche. Néanmoins, son volume de jeu n'a jamais été démenti quelque soit le poste, avec une large zone couverte sur le terrain.

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Comme à Montpellier, Jonas Martin s'est distingué la saison dernière par un jeu propre, avec 38 passes tentées par match, dont 88% réussies, auxquelles il faut ajouter les 1,7 longues ouvertures vers l'avant tentées par match, à 67% de réussite. Balle au pied, il est également d'apporter offensivement, avec 4,8 duels joués par match (85% de réussite, un taux excellent pour un milieu) et 1,9 dribbles tentés (86% de réussite). Dans ce registre de relayeur tourné vers l'avant, Martin affiche donc des statistiques très intéressantes, mis à part sur les centres qu'il ne convertit que dans 21% des cas.

Dans l'aspect défensif, sa participation au jeu est moins évidente avec 3,5 duels défensifs (42% de réussite) et 3,7 interceptions par match. Des chiffres qui démontrent bien que Jonas Martin a besoin d'évoluer avec un milieu de terrain au profil plus défensif à ses côtés pour s'épanouir et participer au jeu offensif de son équipe.

athor

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