Dans le rétro : mars 1988

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Par kitl
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Le RCS croise la route d'un tout jeune joueur nancéen : Zitelli

On augmente un peu le curseur, comme une mise en bouche avant le retour en « CF1 » : Caen, Nancy et surtout la Paillade en Coupe de France. Le Racing n’est pas encore au second tour, mais c’est tout comme.

Résumé de l’épisode précédent : Privé de son gardien Flucklinger pour la reprise du championnat, le Racing s’incline lourdement à Rennes puis relève le gant de façon relativement heureuse contre Abbeville. La Coupe de France, où l’attend un 32ème de finale facile dans les Vosges, pourrait permettre de pimenter un peu la fin de saison.

On ne se lasse pas, avec trente ans de recul, des confidences distillées à la presse par l’état-major du Racing. Henryk Kasperczak admet que le club suit « une centaine de joueurs » et annonce « un super attaquant et un super milieu ». Des noms ! commandent les Dernières Nouvelles d’Alsace. Et le technicien polonais de s’exécuter… Vercruysse, Bouderbala, Patrice Ferri, mais aussi Bellone et Boli sont ainsi cités dans un entrefilet du cahier Sports, avec les réserves d’usage.

En attendant, il y a une montée à chercher. Le marathon continue à Dunkerque, ou plutôt à Gravelines, où l’USD dispute ses matchs à domicile sur un petit terrain plus favorable à ses desseins. Kasperczak récupère pour ce match Flucklinger et Liegeon, tandis que Vincent Sattler occupe un poste de demi défensif. Le gamin de Dahlenheim est d’ailleurs à la réception d’un corner de Didaux pour l‘ouverture du score. Strasbourg souffre, sous les coups de boutoirs de Nicolas Huysman et d’un Jean-François Péron déchaîné. Les Nordistes finissent par obtenir un penalty, magnifiquement sorti par Flucklinger devant Adriano Fegic. Succès essentiel du RCS (0-1), qui n’avait plus rapporté deux points en Alsace depuis une virée à Fontainebleau début novembre.

La semaine d’après, le Racing s’offre une petite transhumance à travers les Vosges. Au stade de la Colombière se tient le 32ème de finale contre Saint-Dié, club de D3. Sous les yeux de Philippe Séguin, maître des lieux, Strasbourg s’impose nettement 6-0. L’occasion pour Stéphane Plancque de disputer enfin quelques minutes en match officiel : il entre pour les vingt dernières minutes, à 3-0, et participe à l’alourdissement du score, signé Doudou Liegeon puis Cyriaque Didaux, sur deux « coups de canon ».
Le même soir, le FC Mulhouse défie l’AS Saint-Etienne à la Meinau – terrain neutre oblige – et s’impose aux tirs au but devant 5.000 personnes. Un FCM que quittera Raymond Domenech en fin de saison. Approché par André Goerig, l’entraîneur de Caen Pierre Mankowski rejoindra plutôt le HAC. C’est en fait un véritable jeu de bancs musicaux qui s’engage entre Lyon, Le Havre, Mulhouse et Caen en vue de la saison 1988-89.

Caen, futur adversaire du RC Strasbourg et dernier (?) challenger pour la première place. Le choc du 19 mars attire plus de 20.000 personnes à la Meinau, (« dont 80 industriels alsaciens », précisent les DNA). Le club profite aussi de l’événement pour présenter sur la pelouse toutes les équipes de jeunes.
Après avoir bien observé le jeu normand, Henryk Kasperczak réserve une petite innovation : le capitaine Léonard Specht évoluera en numéro 6, sans joueur à marquer – une révolution pour l’emblématique stoppeur qui s’est coltiné tous les avant-centres de France et de Navarre depuis quinze ans.

Face aux coriaces Malherbistes emmenés par Eric Pécout, Yvan Lebourgeois, Franck Dumas et Michel Bensoussan, le Racing souffre en première période et concède le 0-0 à la pause, sous quelques sifflets. Strasbourg prend finalement la mesure du SM Caen en fin de match, sur une remarquable volée du droit de Léon Specht, le gaucher. 1-0, cinq points d’avance sur Caen, un public conquis, tout semble aller à merveille – mais il ne faut jurer de rien.

En ce début mars, le bureau du Conseil régional d’Alsace décide d’accorder une subvention d’un million de francs au Racing et au FCM. Une moitié correspond au volet « formation de jeunes footballeurs », la seconde relève du soutien à la promotion de l’Alsace dans l’Hexagone. S’agit-il d’une subvention destinée à rester exceptionnelle ou d’un « petit doigt dans l’engrenage », comme le redoute l’opposition régionale ? En tout cas, cette décision répond au souhait maintes fois exprimé par Daniel Hechter d’impliquer financièrement d’autres collectivités territoriales que la Ville de Strasbourg.

Ira, ira pas ? La classe politique reste suspendue au choix de François Mitterrand de briguer ou non sa propre succession. Artisan de ce faux suspense – « J’ai pris ma décision » (le 4 mars) – le chef de l’Etat attend le 22 mars pour révéler son choix sur Antenne 2 après avoir observé avec délectation le patinage des campagnes de Chirac et Barre, obligés de combattre sans adversaire. Se posant en rempart, il semble déterminé à assumer les responsabilités jusqu’au « rendez-vous européen de 1992 », date obsédant les décideurs politiques et économiques, qui correspond au lancement du grand marché intérieur européen.

De fait, cette disparition prévue des frontières économiques devrait également concerner les footballeurs professionnels, au titre de la « libre circulation des travailleurs ». Interrogé sur le sujet en marge d’une réunion sur la finale de la Coupe des Coupes 1988, le président de l’UEFA Jacques Georges, toujours patelin malgré les dossiers brûlants, se veut confiant sur le maintien du cadre actuel mais se dit prêt à aller jusqu’à « trois étrangers par équipe ». Il ajoute, prophétique : « La ville de Strasbourg continuera-t-elle à faire des efforts s’il n’y a plus le moindre Alsacien dans l’équipe ? »

En attendant, le Racing se déplace à Marcel-Picot, sous les yeux de Platoche venu encourager ses lointains héritiers Franck Gava et David Zitelli. Kasperczak aligne son système rituel avec Didaux plus en retrait, ce qui lui donne des airs de 4-2-3-1 avant l’heure. Stéphane Plancque est titularisé dans l’entrejeu, devant le duo Specht-Cobos.
L’ASNL avait prévu d’inviter 2.000 scolaires, mais seulement 6.000 personnes bravent l’humidité pour assister à un match bien plat. Trop prudent, le Racing se fait cueillir en fin de match, sur un coup-franc de trente mètres de Zitelli, dévié par le pied de Christen. Une semaine après le soulagement de Caen, Strasbourg est à nouveau sous pression et jouera gros à Saint-Dizier le weekend d’après. Les DNA ne manquent pas de pointer le contraste entre le Sochaux de Paille, Sauzée et Silvestre, largement dominateur dans l’autre groupe de D2 et ce Racing, « plus calculateur que conquérant » (Claude-Jean Eckert).

Dans ce contexte assombri, la venue de la Paillade en 16ème de finale de Coupe (match aller) passe presque au second plan. Cette rencontre au parfum de Division 1 doit toutefois permettre au Racing de s’étalonner face au surprenant promu, meilleure attaque du championnat.
Pierre Mosca ne dispose pas de toutes ses forces vives : l’espoir Laurent Blanc s’est claqué, Roger Milla et Kader Ferhaoui rentrent de la CAN. On apprend que la famille Rust a affrété un car de supporters de la région mulhousienne. Avec les expérimentés Stojkovic, Lemoult et Bernardet, les prometteurs Baills, Laurey et Perez, on comprend pourquoi Montpellier joue le haut de tableau.

Match nul 1-1 devant une petite chambrée, Nenad Stojkovic ayant répondu à une frappe déviée de Plancque. Bon résultat si l’on s’en tient à l’objectif principal de la semaine – préparer Saint-Dizier –, petit regret quant au scénario de la partie, bouleversé par l’exclusion bête de Liegeon, pour avoir adressé un coup de coude.

Ce 30 mars 1988 est aussi le jour choisi par l’incomparable Edgar Faure pour s’en aller. Personnage majeur de la vie politique française durant quarante ans, il comptait voter Jacques Chirac mais a sans doute suivi avec attention la pré-campagne du candidat foutraque Maurice Mercante. Faisant campagne accompagné d’un orchestre de samba, il promet une réduction de moitié des impôts et la suppression totale du chômage en trois ans. Son gouvernement est déjà prêt : Barre, Bérégovoy et Chirac se partagent Matignon ; Pasqua conserve l’Intérieur ; Le Pen aux Finances ; Pons aux Colonies et Protectorats français (?) ; Tapie à la Création des nouvelles entreprises ; Pivot à la Culture… Aux dernières nouvelles, M. Mercante est toujours à la recherche de ses 500 parrainages.


Article réalisé à partir des archives des Dernières Nouvelles d'Alsace, consultables à la médiathèque André Malraux ou au Musée historique de Haguenau.

kitl

Commentaires (1)

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  • ??? Mercante?? J'avais pourtant suivi ces élections, mais ne me souviens pas des prétendants à la candidature.

    Au bal de Kasperczak il y avait quatre-vingt joueurs.
    quatre-vingt
    quatre-vingt
    quatre-vingt
    quatre-vingt
    quatre-vingt
    quatre-vingt
    quatre-vingt
    quatre-vingt joueurs.

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