Il y a 30 ans : l'instant Pita

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Par kitl
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A lui seul, il mérite plus d'un petit coup d'œil dans le rétro. Quel a été le traitement médiatique de l'arrivée du premier Brésilien ayant porté le maillot du Racing ?

Nous sommes en 1988, et s'il n'a plus triomphé sur le plan mondial depuis 1970, le football brésilien a su conserver ce côté artistique, garant d'un football chimiquement pur, alors que d'autres commencent à sacrifier l'esprit du jeu sur l'autel du résultat.
Existe-t-il profil plus aguicheur pour le Racing de Daniel Hechter, en quête d'un surplus créatif pour affronter la D1, que celui d'un maître à jouer brésilien ?

Après plusieurs rumeurs plus ou moins crédibles – le Hongrois Detari, Philippe Vercruysse, le Ballon d'or sortant Ruud Gullit, le capitaine des Three Lions Bryan Robson... –, les DNA vendent la mèche le 23 mai 1988. Le RCS serait sur la piste du Brésilien Pita, « successeur de Pelé et de Zico dans la sélection nationale carioca » selon les mots de Daniel Hechter, qui prouve en peu de mots sa grande connaissance du football brésilien. Son ami Paulo Cesar, ancien Marseillais et justement champion du monde 1970, qui suit de près l'équipe alsacienne depuis plusieurs mois, sert d'intermédiaire "sportif" si l'on peut dire.

La presse régionale se renseigne sur ce joueur âgé de bientôt trente ans, puisqu'il semble établi que le stade de la rumeur est bel et bien dépassé. L'affaire est conclue rapidement, pour un transfert estimé à un peu plus d'un milliard de centimes, ou pour ceux qui n'auront pas connu les anciens francs, dix millions de francs 1988.
A noter que Charles Giscard d'Estaing, neveu de VGE, a négocié le transfert avec Sao Paulo FC, où Edivaldo Oliveira Chaves régale les foules depuis trois saisons, après un début de carrière sous les couleurs du mythique Santos.

L'occasion faisant le larron, le Racing a encore un match à disputer à la Meinau. La montée est assurée depuis Valenciennes, mais le fameux match des champions contre le vainqueur de l'autre groupe de D2 n'est pas pris à la légère par Henryk Kasperczak. L'état-major strasbourgeois compte pour sa part profiter de l'ambiance festive pour présenter au public la future recrue, l'homme capable de faire franchir un palier au RC Strasbourg.

Début juin 1988, Pita atterrit à Entzheim, en compagnie d'Hechter et Paulo Cesar. Pierre Kubel et Kasperczak sont également présents. Le meneur de jeu est en Alsace pour signer son contrat et s'occuper de détails matériels comme sa future maison. Il repartira au Brésil avant de revenir le 20 juin pour la reprise de l'entraînement. Les vacances seront très courtes, trêve hivernale oblige ; le jeune Vincent Sattler, mobilisé en Gambardella puis pour une anecdotique finale avec la réserve, ne bénéficiera ainsi d'aucune coupure digne de ce nom.

Le marié de l'an II



Revenons à ce match retour contre Sochaux, qui, il faut bien l'avouer, a perdu tout intérêt dès la fin de l'aller à Bonal. Strasbourg s'est imposé brillamment, tandis que les Lionceaux passent à un autre objectif, à savoir la demi-finale de Coupe de France. Sylvester Takac dépêche donc son équipe réserve à la Meinau – avec Madar, Frotey, les partants Colin et G.Brisson –, qui résistera vaillamment.
Un scénario guère du goût de l'impitoyable public strasbourgeois qui sifflera son équipe, incapable d'écraser cet adversaire affaibli.

Les présentations avaient été faites le matin du match par les DNA. Meilleur joueur brésilien de l'année 1987, international aux sept sélections, Pita cumule de nombreuses récompenses individuelles et collectives. Il se dit que la VHS « O genio do Morumbi » commence à circuler sous le manteau à Strasbourg. Précision utile, « il ne boit ni ne fume et n'a jamais été blessé ».
Pour la présentation au public, Bernard Delattre aurait vu les choses en grand : « Dommage que le Racing ne soit pas équipé d'un grand écran sur lequel on aurait pu projeter une sélection des meilleurs images du talent de ce numéro 10 ».

Dressant le bilan de la saison écoulée, le chef de la rubrique football enchaîne sur « l'An I d'une ère nouvelle, l'An I d'un football enfin organisé professionnellement à Strasbourg ». Il rend hommage aux partants, au premier rang desquels Juan Simon, avant d'ajouter, définitif: « A la Meinau, ce soir, on se tournera plus vers l'avenir qu'on ne célèbrera le passé ».

Vous l'aurez compris, Pita incarne précisément « l'An II de l'ère nouvelle du Racing ».

« Éclatons-nous ! »



Tel est le mot d'ordre présidentiel à la reprise de l'entraînement le 20 juin. Attendu, Pita atterrit finalement à Entzheim dans la journée. Le Brésilien prend ensuite en compagnie de ses partenaires la route d'Imbstahl, près de la Petite-Pierre, où se déroule le stage de préparation, comme lors de la saison précédente. Sur le chemin, l'effectif s'arrête à Landersheim, au siège d'Adidas, pour une petite séance de team building.

Le recrutement fraîchement bouclé avec l'arrivée, sous forme de prêt, de Fabrice Mège donne des ailes à Daniel Hechter : « Notre milieu de terrain n'aura pas beaucoup à envier à ceux des meilleures équipes françaises » (DNA, 25 juin 1988). Kasperczak s'exprime à son tour : « Pita est un joueur vraiment exceptionnel. Certes il relève de blessure (ah bon ?). Il ne s'entraîne pas encore autant que les autres. Mais dans les petits matchs que nous faisons entre nous, il donne déjà une brillante étendue de son talent. »

Le ver est-il dans le fruit ? Pas d'inquiétude, le Brésilien d'Alsace dispute ses premières minutes avec le RCS le 26 juin, une aimable promenade contre une sélection régionale (11-0). Entré à la pause, Pita inscrit deux buts sans forcer, faisant admirer aux nombreux spectateurs savernois sa qualité de pied gauche.

Premier match officiel de « l'An II » le 16 juillet, contre les inséparables Sochaliens.

kitl

Commentaires (5)

Flux RSS 5 messages · 3.130 lectures · Premier message par juan-ernesto · Dernier message par matteo

  • Très bon tireur de coup franc POINT.
  • Parler de sélection carioca pour un Pauliste c'est effectivement savoureux :)
  • Chouette article, que de souvenirs de cette grande désillusion, merci...
  • C'était ma période étudiante. On chaque épisode, on comprend mieux pourquoi le Racing ne pouvait pas carburer, dans les années 80. Incompétence à beaucoup d'étages...
    Merci pour tous ces éclairages
  • Son nom est resté synonyme de flop retentissant.

    Mais contrairement à la légende urbaine, c'était tout sauf une chèvre, c'était même un excellent footballeur. Pas le nouveau Zico certes, mais il n'avait rien à envier aux équivalents de l'époque en D1, de Bernardet à Sliskovic.

    Avec 6 buts en 21 matches, je n'ose imaginer ce que raconteraient les actuels fétichistes des stats pour adulent Saadi ou Kamara pour leur efficacité statistique.

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