Mitrovic, ni trop lentement

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Par athor
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Dix-septième défense de L1 la saison écoulée, le Racing se devait de renforcer ce secteur de jeu cet été. L'arrivée du solide Stefan Mitrovic constitue une belle première pierre.

Depuis son arrivée à la tête du Racing, Thierry Laurey a imprimé un style de jeu volontaire, porté vers l'avant et direct. Une philosophie qui a l'avantage d'offrir un spectacle plutôt agréable pour les spectateurs, mais qui nécessite d'assumer un déséquilibre dans l'organisation. Les défenseurs se retrouvent ainsi assez souvent sollicités. Malheureusement, et malgré de nombreuses combinaisons de joueurs testés, aucun défenseur central n'a jamais su réellement convaincre et n'a jamais pu apporter la sérénité dont l'équipe avait besoin dans les instants les plus compliqués. Les départs combinés de Kader Mangane et de Bakary Koné, ainsi que celui possible de Yoann Salmier, vont ainsi permettre au Racing de repartir d'une feuille presque blanche et de recomposer ce secteur. Un chantier indispensable pour pouvoir affronter une nouvelle saison de L1 et tenter d'assurer son maintien un peu tôt. Et tout comme pour la signature de son premier attaquant de l'été, Ludovic Ajorque le club n'a pas tardé pour annoncer la venue de l'international serbe Stefan Mitrovic.

Âgé de 28 ans, le défenseur central présente un fort beau gabarit (1,89m, 84kg), mais aussi une belle carte de visite, avec ses 13 sélections, mais aussi sa vingtaine de matchs de coupe d'Europe et son statut de meilleur défenseur de l'une des meilleurs équipes belges de ces dernières années. Pour en arriver là, Mitrovic a tout de même dû emprunter quelques chemins de traverse. Formé au Rad Belgrade, club du sud de la capitale serbe, réputé pour la qualité de ses équipes de jeunes mais également, malheureusement, pour la violence de ses supporters, avec un aller-retour express par le centre de formation de l'Etoile Rouge, il est vendu à peine quelques semaines après la signature de son premier pro, afin de renflouer les caisses exsangues de son club, dans le cadre d'une transaction plutôt douteuse sur le plan de la légalité. Direction le championnat slovaque, Bratislava et le folklorique club du MFK Petrzalka, à la recherche d'un second souffle quelques saisons après dominé le football local (deux titres de champions) et joué la Ligue des Champions. Mais après avoir remplacé la quasi-totalité de son effectif, viré plusieurs entraîneurs, Petrzalka termine dernier et entame une longue descente vers les divisions inférieures. Stefan Mitrovic, qui fête tout juste ses 20 ans, ne dispute que 9 matchs et parvient à rebondir chez le voisin tchèque, à Brno, où il ne joue guère plus dans une équipe qui finira là aussi par descendre en fin de saison.

Après un tel début de carrière, le défenseur décide de se relancer chez lui en Serbie, et s'engage avec le FK Metalac, le club de Gornji Milanovac. D'abord remplaçant, il gagne toutefois rapidement une place de titulaire et dispute 21 rencontres de SuperLiga. Mais jamais deux sans trois, cette saison se ponctue par une troisième relégation de suite pour Mitrovic. Heureusement pour lui, c'est durant cet été 2012 qu'il va faire l'une des rencontres les plus décisives pour sa carrière. En quête d'un défenseur pour renforcer son équipe de Courtrai, Hein Vanhaezebrouck, coach réputé en Belgique pour son savoir faire dans le recrutement et sa volonté de jouer, décide de tenter le pari, après l'avoir supervisé plusieurs fois : « Mitrovic est décrit par notre cellule de recrutement comme un défenseur rapide, qui affiche une bonne dose de puissance dans son jeu et dans les duels. Avec sa taille, il doit ajouter de la qualité physique au compartiment défensif du KVK. » Outre-Quiévrain, le joueur commence sur le banc, se contentant de quelques minutes en fin de match, ou bien dépannant au poste de milieu défensif lors d'une rencontre. Il faut attendre la fin du mois de de décembre 2012 pour le voir s'installer dans le onze. Auteur d'une prestation remarquée face au FC Bruges lors du Boxing Day belge, il ne quittera plus les titulaires et monte en puissance jusqu'en fin de saison. De plus en plus souvent suivi, il est annoncé partant à peine douze mois après son arrivée, avec des rumeurs l’annonçant notamment à Valence en Espagne. C'est finalement Benfica qui arrache sa signature pour cinq saisons, et 1,1 millions d'euros d'indemnités, une somme bienvenue pour Courtrai. Chez le récent finaliste de l'Europa League, Mitrovic retrouve trois autres serbes (Matic, Djuricic et Sulejmani) mais ne parvient pas à détrôner l'inamovible duo Luisao-Garay. Relégué en équipe réserve, en seconde division portugaise, il est alors prêté à Valladolid en Espagne, où il retrouve une place de titulaire. Lors de la dernière journée, Valladolid affronte Grenade (où évolue Dimitri Foulquier, remplaçant ce jour-là), et se doit de gagner pour assurer le maintien. Le Serbe joue son 16ème match de la saison, et réalise une performance honnête, jusqu'à la 44ème minute, quand, sur un centre de Piti, il dévie le ballon dans son propre but. 0-1 score final, l'équipe termine 19ème et reléguée en deuxième division.

De retour au Portugal, il ne profite pas longtemps de l'été lisboète : le club de Fribourg a conservé ses bonnes performances en mémoire et décide de verser 1,5 millions d'euros pour l'attirer. Le directeur sportif Klemens Hartenbach se dit très satisfait de l'accord : « Nous le suivions avec beaucoup d'attention. Nous sommes très heureux d'accueillir un défenseur central fort et robuste. » Intégré dans le onze badois à partir de l'automne, il connait une période d'absence d'abord pour une suspension, puis pour un problème musculaire qui le tient éloigné des terrains durant un peu plus de deux mois. A son retour, le SCF, 17ème en ce mois de mars 2015, entame une série positive, qui va le hisser jusqu'à la 14ème place, ponctuée notamment par un succès face au Bayern. Lors de la dernière journée, alors que cinq équipes luttent encore pour leur maintien, Fribourg se déplace à Hannovre, avec l'objectif de ne pas perdre. Mais encore une fois, Stefan Mitrovic connaît la défaite, et une cinquième relégation en six saisons professionnelles. Cette saison 2014/2015 est également marquée par un événement qui a beaucoup fait parler dans toute l'Europe. Durant le match Serbie-Albanie, que le joueur dispute avec sa sélection, un supporter albanais, qui se trouve être le frère du premier ministre, pilote un drone au dessus du stade du Partizan, avec un drapeau de la "Grande Albanie" (une idée nationaliste visant à réunir toutes les communautés albanaises des Balkans dans un même état). Le match est immédiatement interrompu, au moment où les premiers incidents éclatent. Et les tensions sont encore plus vives, lorsque Mitrovic arrache le drapeau du drone. Le chaos est total et l'UEFA sanctionne durement la fédération serbe. Le joueur niera lui toute idée politique derrière son geste, déclarant « je voulais reprendre le match le plus tôt possible et rien de plus. »

Avec une telle poisse, difficile pour le défenseur central de repartir pour une nouvelle saison. Pourtant, Hein Vanhaezebrouck, son entraîneur à Courtrai, désormais installé aux commandes de la Gantoise, décide de lui tendre la main et obtient son prêt à la fin du mois d'août. Une opportunité en or, puisque le club vient de remporter le titre de champion de Belgique, s'apprête à disputer la phase de groupe de la Ligue des Champions et pratique un jeu reconnu dans tout le pays. Entré en jeu contre Zulte-Waregem début septembre, il connait sa première titularisation face à Lyon en coupe d'Europe. Crédité d'une excellente performance, il s'installe comme un maillon essentiel de la défense à trois des Buffalos, jusqu'à une blessure au pied contractée au printemps. L'option d'achat prévue dans le contrat de prêt est évidemment levée et Mitrovic peut enfin vivre une seconde saison consécutive dans un club. Désormais un cadre de son équipe, jusqu'à parfois porter le brassard de capitaine, il devient une référence en Jupiler League , tant en continuant à progresser, notamment dans le jeu offensif : « Quand j'étais à Courtrai, j'ai marqué quelques buts, mais en Espagne, Allemagne et Portugal, mon rôle défensif était tout autre. Je n'avais plus la même position en zone offensive et j'ai un peu perdu ces qualités devant les buts. Je dois m'améliorer à ce niveau par rapport aux saisons passées. J'en ai déjà discuté avec le coach. Désormais, j'essaie d'être plus présent offensivement et jouer le coup dans les situations chaudes. Je me déplace plus intelligemment et je suis plus actif. Les saisons dernières, je n'y croyais jamais vraiment. » Il n'en n'oublie néanmoins pas l'essentiel pour un défenseur, comme au sortir d'un match face à Anderlecht durant lequel la Gantoise n'a pas encaissé de but : « Garder le zéro, c'est comme le sexe pour moi. Quand je peux garder le zéro, ça te donne une énorme satisfaction en tant que défenseur. »

A l'été 2017, du fait de l'exposition en coupes d'Europe et avec des prestations solides en championnat, le Serbe est à nouveau ciblé par des clubs plus huppés, notamment la Sampdoria de Gènes, mais aucune piste ne se concrétise. Il faut attendre le mois de janvier suivant pour voir un club revenir sérieusement à la charge. En difficultés en L1, Saint-Etienne cherche à recruter plusieurs éléments de valeur pour redresser la barre. La Gantoise ne s'oppose pas au transfert, d'abord pour remercier le joueur pour services rendus, mais aussi et surtout pour le chèque de 3,8 millions d'euros proposé. Mais alors que tout semblait bouclé, et que le site officiel de l'ASSE présentait même déjà sa recrue, le transfert capote au moment de la visite médicale. En cause, l'état de la cheville du joueur, touchée depuis quelques semaines, mais sans réelle gravité selon le staff médical gantois, qui ne préconisait pas d'intervention chirurgicale, ne lui permettait pas d'être opérationnel avant plusieurs mois. Dès son retour dans le plat pays, Stefan Mitrovic passe un nouveau scanner de sa cheville et les résultats sont remarquablement différents : « sur la base des informations que nous avons maintenant, nous comprenons que Saint-Etienne l'ait refusé. Nous allons effectuer un nouveau scan très détaillé. Dans le pire des cas, il faudra opérer le tendon de sa cheville et il pourrait être absent plusieurs mois » a explique le médecin du club, Luc Vanden Bossche. Résultat, le joueur subit une arthroscopie fin février et doit faire une croix sur ses rêves de coupe du monde avec la sélection serbe.

En convalescence depuis, Stefan Mitrovic a conservé une certaine cote sur le marché des transferts. Depuis sa vraie-fausse arrivée à Saint-Etienne, d'autres clubs français se sont renseignés. Reims semblait ainsi tout proche d'un accord, mais a dû faire avec le comportement de son agent, qui a cherché à faire monter les enchères. C'est finalement à Strasbourg que le défenseur central a posé ses valises, après un examen approfondi de sa cheville. Avec un montant de transfert estimé à près de 2,5 millions d'euros, soit l'un des montants les plus importants de l'histoire du RCS, et le plus gros salaire du club, Mitrovic arrive avec une certaine pression et suscite évidemment de grandes attentes. Mais celui qui se décrit comme un combattant a tout à fait les moyens de s'imposer en L1. En espérant que son compteur de relégations reste définitivement bloqué à cinq unités.

Citations extraites de Het Nieuwsblad et de Kicker
Merci à @cooc pour le titre

athor

Commentaires (4)

Flux RSS 4 messages · 2.377 lectures · Premier message par niklas91 · Dernier message par athor

  • Ohhh le chat noir... 😩
    Non, plus sérieusement, je suis satisfait de son arrivée pour stabiliser notre arrière garde. Bienvenue à lui !

    Et félicitations pour le titre.
  • Comme d'habitude, présentation très complète, bravo et merci (+)
  • Super article. Bienvenue au chat noir 😯

    Détail intégriste: Freiburg est un club badois, pas souabe. On y chante le Badenerlied, qui "insulte" les souabes 😉
  • C'est corrigé, merci (+)

    Pour compléter sur le passage à Benfica, il semblerait que son transfert soit dû à la fois à un agent serbe influent et à Nemanja Matic qui aurait exigé sa venue comme condition pour rester au club.
    Ci-dessous, un article de Sport Foot Mag (magazine belge) de juin 2013, déniché par Jean-Marie Pfouff (de DBC LOSC et HorsJeu):
    https://pbs.twimg.com/media/DfCaeayXkAUXYI6.jpg

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