Thomasson à la construction

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Par athor
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Si le mercato strasbourgeois était parti sur de bonnes bases, avec trois recrues en quelques jours, il vient de prendre une nouvelle dimension avec la signature d'Adrien Thomasson.

Décidément, le Racing n'entend pas perdre de temps durant cette intersaison. A l'heure où le monde entier a les yeux rivés sur la Russie et la coupe du monde qui démarre, le club enchaîne les signatures de joueurs, afin de compléter le plus vite possible son effectif et attaquer la préparation estivale avec le groupe le plus étoffé possible. Avant même l'ouverture officielle du mercato, Marc Keller avait déjà pris la pose avec Ludovic Ajorque, Stefan Mitrovic et Ibrahima Sissoko. Trois petits, non pas par la taille évidemment, nouveaux qui présentent toutefois le point commun de ne pas avoir d'expérience en Ligue 1. Une caractéristique que la quatrième recrue alsacienne ne partage pas. En effet, à 24 ans, Adrien Thomasson compte quatre saisons pleines et 123 matchs de première division, une carte de visite, associée à un statut de joueur libre de tout contrat, qui ont fait de lui un joueur très convoité dès la fin de saison. Travaillant sur ce dossier depuis des mois, le Racing est parvenu à se défaire de la concurrence, notamment, d'Angers, Reims, Saint-Etienne, Caen ou encore de certains clubs turcs.

Originaire de Bourg-Saint-Maurice, Adrien Thomasson aurait pu embrasser la même carrière que bien des sportifs originaire de ce coin de Savoie en devenant skieur professionnel. Mais le gamin préfère vite chausser les crampons, bien influencé par son grand père maternel, d'origine croate et passionné par le foot. S'il pratique tout de même le ski en compétition de jeunes, son entrée en section sport-étude à Annecy marque définitivement la préférence pour le ballon rond, sans grande surprise tout de même vu la passion qu'il entretenait : « c’est simple, jusqu’au lycée, sur mes agendas ou mes cahiers, j’écrivais toujours des noms de joueurs de foot. Je collais des vignettes Panini sur mes règles, cahiers. En fait, mon cartable, c’était un catalogue Panini. Je découpais les magazines en cours pour customiser mon sac, j’étais plus concentré sur ça que sur les cours. J’ai toujours aimé les numéros dix, surtout en équipe de France, quand j’ai commencé le foot c’était Zizou, évidemment. » Après trois ans du côté du FC Annecy, il effectue, à l'âge de 17 ans, des essais dans des clubs professionnels, dont Saint-Etienne, lui qui se dit plutôt supporter de Lyon. Durant ces quelques jours de tests, il ne parvient pas à convaincre les dirigeants du centre de formation des Verts, qui ne le retiennent pas, tout comme un autre jeune du nom de Nabil Fékir. Direction alors le club phare du football savoyard, l'Evian Thonon Gaillard et l'équipe des U19. Mais après seulement quelques semaines, il commence à apparaître avec le groupe de l'équipe réserve en CFA2. Avec un bilan de cinq buts en sept matchs, Thomasson commence déjà à susciter de solides espoirs à l'ETG, à tel point que Pablo Correa le lance en L1 en fin de saison, à l'occasion de trois bouts de matchs. Mais l'exercice suivant est plus compliqué, avec un nouveau statut à gérer : « je paye le fait d’être monté trop vite, je pense. Je n’étais pas prêt mentalement. Je fais six premiers mois très mauvais. » La fin de saison est plus convaincante et il se voit offrir un contrat professionnel. Sans perspective de s'imposer tout de suite en équipe première, le jeune milieu fait le choix d'aller parfaire sa formation en National, du côté de Vannes, où Loïc Désiré officie comme directeur du centre de formation.

En Bretagne, le milieu réalise une saison pleine, malgré la relégation du club. Auteur de 8 buts en 27 matchs, dont un doublé face au Racing, Adrien Thomasson est la vraie révélation de l'équipe. David Bouard, l’entraîneur adjoint du VOC ne tarit en effet pas d'éloges : « on le mettait sur un côté, à gauche, sur son pied opposé. À la Ribéry ou Henry, il a une grosse faculté à rentrer pied droit car il a une grande aisance technique. C’est plus un passeur qu’un buteur. Ce n’est pas un gros récupérateur, mais il a une telle clairvoyance dans le jeu, une telle intelligence. Il est dynamique, tonique. » Damien Lechêne, l’entraîneur des gardiens loue lui ses qualités humaines : « c’est une très bonne personne. Il venait d’Evian, il aurait pu se reposer sur ses lauriers. Ce ne fut pas le cas. C’était un vrai exemple pour les jeunes. Il arrivait souvent avant tout le monde pour faire de la musculation ». A son retour, un nouveau prêt, cette fois-ci en L2, est à l'ordre du jour, mais Pascal Dupraz, coach de l'équipe première, est rapidement convaincu par les performances de son « compatriote savoyard » durant la préparation estivale. Peu à peu, Thomasson s'installe dans le onze de départ, à mesure que l'équipe s'enfonce au classement. Si Evian Thonon Gaillard achève la saison par une relégation en L2, le joueur de 21 ans, auteur de deux buts et trois passes décisives, ne manque pas de propositions pour rester en première division. Et c'est le FC Nantes qui parvient à obtenir sa signature, pour un transfert estimé à 800 000€.

Sous les ordres de Michel Der Zakarian, sa polyvalence est un atout sérieux pour s'installer immédiatement dans l'équipe. Le coach apprécie son activité et « sa capacité à repiquer vers l'intérieur et de libérer les couloirs. » Bruno Baronchelli, son adjoint, est plus dithyrambique : « il vaut de l'or, il sait répéter les efforts. Il n'est pas spectaculaire mais il est propre dans le jeu, son altruisme est aussi un vrai bonheur pour ses partenaires. Au milieu, on peut craindre qu'il ne soit pas assez costaud, mais quand on voit ce qu'il fait à l'entraînement, il devient naturellement indispensable. » Indiscutable durant cette saison 2015/2016, il perd son statut en début de saison suivante avec René Girard, se contentant d'un temps de jeu plus réduit, avant de revenir sur le devant de la scène à partir du mois d'octobre. A nouveau titulaire jusqu'au licenciement de l'entraîneur, le milieu doit à nouveau faire ses preuves pour convaincre Sergio Conceiçao, chose faite en un peu plus d'un mois. Montrant une combativité et une volonté de travail sans faille pour regagner sa place à chaque fois, Adrien Thomasson a véritablement la dalle en jaune.

Nouvelle saison et nouvel entraîneur, c'est cette fois Claudio Ranieri qui prend les commandes du FCN. Et cette fois, Thomasson convainc directement le technicien : « c'est un bon joueur sur le plan tactique. Il fait beaucoup de choses pour l'équipe. Il a aussi un bon timing, il est très attentif et très intéressant dans son jeu sur la diagonale et entre les lignes. » Mais la polyvalence qui a fait la force du joueur, est aussi parfois une faiblesse : balloté entre les deux ailes et le milieu de terrain, comme milieu relayeur ou axial, il n'a jamais pu réellement se fixer à un poste. Ainsi, si Ranieri le préfère comme numéro 8 « c'est là qu'il pourra exprimer tout son potentiel », il l'aligne le plus souvent en position excentrée, car « il est le seul à pouvoir aussi jouer sur les côtés donc je l'utilise ainsi. » Cela ne l'empêche toutefois pas de poursuivre sa progression, notamment face au but (cinq réalisations lors de la saison qui vient de s'achever) : « depuis un an, j'ai apporté pas mal de nouveautés dans mes déplacements dans la surface. Aussi, je regarde énormément de vidéos et de matches en observant la position et les appels des buteurs. »

Après trois saisons sur les bords de l'Erdre, Adrien Thomasson, en fin de contrat, n'a pas senti la volonté du club d'aller plus loin avec lui. Malgré les complaintes du président Kita, vexé de perdre, avec Léo Dubois, parti lui à Lyon, deux de ses jeunes joueurs cadres, le Savoyard a répondu aux sollicitions strasbourgeoises, débutées dès le printemps avec Loïc Désiré. Joueur en pleine progression, ce fan de Luka Modric, origine croate oblige, il aura sans doute l'occasion d'enfin s'installer dans son registre et s'imposer comme une référence en L1.

Citations issues de So Foot, 20 Minutes et Ouest France

athor

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