Dans le rétro : juillet 1988

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Par kitl
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Plancque et Andrieux face à l'artiste Bazdarevic

Sponsor, prix des places, état de santé des recrues : pour un club décrit comme enfin taillé pour affronter les joutes du football professionnel – on ne parle pas encore de "business" –, le Racing n’aborde pas son retour en D1, le 16 contre Sochaux, sous les meilleurs auspices.

Après un épisode précédent particulièrement consacré à la recrue estivale vedette, place aux derniers préparatifs et au début de saison proprement dit. En stage à Imbstahl, près de la Petite-Pierre, le Racing vient de disposer aisément d’une sélection régionale (11-0) pour son premier tour de chauffe. La préparation continuera à proposer du menu fretin – Cuiseaux-Louhans, Wissembourg – avant une répétition générale annoncée contre les Allemands de Darmstadt, cinq jours avant Sochaux.

Heureusement que Fabrice Mège vient de débarquer en Alsace, car le numéro 10 est pour le moment vacant. Rien de grave, nous assure-t-on : « Pita souffre d’une ancienne blessure contractée au Brésil. Mais Marc Wydra, le médecin du club, nous a rassurés. Dans une semaine, il devrait retrouver la pleine possession de ses moyens » (Kasperczak, DNA, 2 juillet 1988).
A Dossenheim-sur-Zinsel, Strasbourg impose assez laborieusement sa supériorité aux Bressans de René Le Lamer (2-0). Au moins Mège apparaît-il comme un suppléant tout à fait valable. Prêté par l’AS Monaco d’Arsène Wenger, cet international olympique avait vu son horizon bouché par les arrivées conjuguées en Principauté de Bijotat, Poullain et Touré. Le même Wenger de retour au bercail, le temps d’un match amical de niveau européen contre le Xamax de Gilbert Gress, Corminboeuf et Decastel disputé le 4 juillet à Hautepierre, sous les yeux du staff du Racing.

Le 6, une formation plutôt mixte vient à bout du FC Wissembourg, renforcé par quelques bons amateurs du secteur, parmi lesquels Roland Wagner. Un autre ex-attaquant du Racing s’illustre chez les locaux, Rémy Gentes. Le FCW subit néanmoins la foudre (1-5) de joueurs promis au statut de remplaçant : Janin, Hutteau, Sattler, Seck, Lemonnier…
Le lendemain paraît le premier article alarmiste sur l’état de santé de Pita. On évoque à présent une fracture de fatigue, prenant la forme d’une fêlure du tibia, qui ne se guérit qu’avec du repos. Un sacré caillou dans la chaussure du Racing, mais également une pierre dans le jardin des DNA, qui n’ont pas cessé de faire monter la sauce depuis l’arrivée du Brésilien début juin. Le club se serait-il fait berner, en achetant à prix d’or un joueur pas en état de jouer ? « Pas inquiet », Daniel Hechter balaie d’un revers de la main : « Laissons courir les rumeurs... »

Mois de juillet effréné et funeste : le détroit d’Ormuz menace de s’embraser après qu’un croiseur de l’US Navy a malencontreusement abattu un Airbus civil iranien ; prise d’otage d’un navire grec par un commando palestinien ; explosion d’une plate-forme pétrolière en mer du Nord. En Alsace, un carnage a été évité de peu lors du crash d’Habsheim à la fin du mois de juin. On ne déplore que trois victimes sur les 136 passagers ayant embarqué pour un simple meeting aérien en A320.
Ayant repris à Catherine Trautmann battue aux législatives le portefeuille de « ministre alsacien », Théo Braun présente sa feuille de route. Situation quelque peu insolite pour cet élu régional appartenant à la majorité Rudloff à Strasbourg, membre d’un gouvernement socialiste à Paris. Après tout, nous sommes en période d’ouverture.

Dernier amical, toujours dans le nord de la région, face au SV Darmstadt 98, un habitué de la 2.Bundesliga. Henryk Kasperczak s’attendait à un adversaire coriace pour s’étalonner, ce qui n’aura pas vraiment été le cas. Le Racing enchaîne un quatrième succès (2-0) en amical et un semblant d’équipe-type se dégage. Présent à Haguenau, Silvester Takac n'a pas perdu une miette de cet ultime test.

Quel objectif pour cette saison ? La campagne d’abonnement a beau mettre en musique la vocation européenne du RCS, avec l’utilisation des fameuses douze étoiles, le président Hechter ne fixe pas encore d’objectif Europe à ses hommes. Il pense échapper sans peine à la relégation mais reconnaît que sa formation est encore trop juste pour briguer le top 5.
Il est vrai que cette édition 1988-1989 de première division semble particulièrement dense. Il n’y a guère de candidat naturel à la descente : Laval est certes pillé sans vergogne à chaque intersaison, Caen est novice, Montpellier et Cannes n’ont pas beaucoup plus de vécu... En haut de tableau, Strasbourg ne peut rivaliser avec Monaco, Marseille, Bordeaux, Nantes, le Matra Racing, le PSG…

Nous voici enfin aux trois coups de la saison. Les retrouvailles face au FC Sochaux-Montbéliard, si impressionnant la saison passée dans l’autre groupe de D2 que la comparaison faisait grincer des dents en Alsace. Strasbourg mit donc un point d’honneur à obtenir le titre de champion lors de la confrontation directe entre les deux leaders de groupe en fin de saison. Ce fut chose faite, mais il ne faudrait pas exagérer la portée de ce succès obtenu devant des Sochaliens mobilisés par la Coupe de France. Méfiance, donc.

L’avant-match est rythmé par quelques à-côtés dont la presse régionale est friande : jusqu’à la semaine précédant le match, aucun sponsor n’habillait le maillot des « ciel et bleu » (néologisme signé Bernard Delattre). Finalement, en catastrophe, Mammouth rempile pour une saison pour les matchs à domicile. Les matelas Epeda garantiront de leur côté le sommeil du Racing loin de ses bases. Les représentants de l’enseigne d’hypermarchés se plaindront le lendemain d’un certain manque de considération dans les salons de la Meinau – les loges sont encore en construction. Heureusement le directeur marketing Patrice Harquel veillait au grain.
D’autre part, les Dernières Nouvelles d’Alsace se font l’écho de doléances liées au prix des places. Les tarifs auraient été meilleur marché à l’occasion de la finale de Coupe d’Europe Ajax - Malines. Le club encouragerait indirectement le recours à l’abonnement, qui demeure à un stade embryonnaire : 1500 annoncés mi-juillet, contre 750 en 1986 et 1000 en 1987.
Une idée des tarifs des abonnements : la fourchette va de 715 francs pour un abonnement en populaires (ouest et est) à 2760 francs en sud présidentielle (1 FF 1988 ≈ 0,25 € 2018). Avantage pour tous les abonnés : une ristourne de 15% pour toute souscription avant le 16 juillet et un accès au parking gratuit à l’arrière du lycée technique, route de la Fédération.

Tandis que Michael Jackson se produit à Hockenheim, le peloton du Tour de France 1988 franchit les Vosges. Jeff Bernard, troisième en 1987, héritier désigné de Bernard Hinault, aborde ce Tour amputé de son vainqueur sortant Stephen Roche en grand favori. Seule la malchance l’a privée du Giro et on se souvient de sa démonstration sur le Ventoux l’année précédente.
Comme en 1987, Strasbourg figure parmi les villes-étapes. Départ de Nancy, franchissement de la frontière au Donon, montée vers Natzwiller (le grand prix de la montagne porte le nom du Struthof, c’est un col de première catégorie), redescente par Rosheim, Altorf, la côte d’Ernolsheim-sur-Bruche avant un final mythique par l’A351, l’A35, l’A350 sortie Avenue des Vosges et arrivée Avenue de la Paix. Premier succès français du Tour obtenu par Jérôme Simon, à l’issue d’un raid entre baroudeurs.

Venons-en à Sochaux. Henryk Kasperczak reconduit le onze aligné contre Darmstadt, une sorte de 4-4-2 losange avant l’heure :
Equipe

Alors que Simon n’est pas encore parti, Didaux, Etamé ou Lemonnier figurent parmi les « choix de l’entraîneurs », il n’y a que deux remplaçants à l’époque. Le technicien polonais est contraint de faire des choix, charge à lui de réussir la périlleuse alliance entre les artisans de la montée et les nouveaux éléments estampillés D1. Il tient un objectif comptable à l’auxerroise, celui des 33 points, préalable à toute autre ambition. A-t-il seulement intégré le passage à la victoire à trois points dans son calcul ?

« Exécrable début pour le Racing » titrent les DNA, qui en remettront une couche le lundi matin (« Faut-il déjà s’alarmer ? »). En effet, un solo de Lucas, une reprise croisée de Morin et un penalty signé Hadzibegic propulsent le Racing en dernière position. Un 0-3 devant une Meinau à moitié vide rapidement frondeuse, on a connu meilleure entame. Mais Sochaux n’est pas un promu comme les autres, avec sa paire yougoslave, ses espoirs promis au plus bel avenir (Paille, Silvestre, Rousset, Henry) et la perte de Sauzée semble avoir été bien compensée par Laurey. Reste le cas Pita, caillou dans les mocassins de Daniel Hechter, qui diligente un complément d’expertise médicale en dépêchant notamment les médecins du Sao Paulo FC.

Le Brésilien effectue sa rentrée, au petit trot, avec les joueurs peu ou pas utilisés contre une sélection régionale gardée par Patrick Ottmann. Nous sommes au lendemain du deuxième match de championnat, un 0-0 vaillamment arraché à Geoffroy-Guichard. Jean-François Péron expédia une tête sur la barre, sous les yeux de quelques Meinau Boys ayant effectué le déplacement. L’information de la journée est toutefois le limogeage à Marseille de Gérard Banide, éjecté sans ménagement par Bernard Tapie…

De la fièvre, toujours, sur le Tour de France, dont le maillot jaune incontesté Pedro Delgado est contrôlé positif au probénécide, produit masquant interdit par le CIO mais pas encore par l’Union cycliste internationale… Delgado est donc aussitôt blanchi. Les favoris hexagonaux Bernard et Fignon ont depuis longtemps mis pied à terre.
De son côté, Jacques Goddet, directeur de l’Equipe et du Tour pendant plus de cinquante ans et désormais retiré des affaires, évoque un Grand départ de Montréal en 1992, pour les 500 ans du voyage de Christophe Colomb.

Il y a de l’amélioration au Racing. Kasperczak confirme le même onze pour la troisième fois de suite. L’ancien Nissart Fabrice Mège ouvre le score sur un penalty, consécutif à une main de Bosser. Reichert transforme un magnifique service de Vincent Cobos avant que Doudou Liegeon ne marque de la tête. 3-0, de quoi effacer en partie le faux-pas de la première journée.
Quelques bémols à ce succès : l’affluence inférieure à 10.000 personnes, il est vrai un mercredi soir en pleins congés d’été ; la blessure de Gillot, contraint à céder sa place, puis celle de Specht, qui privera le Racing de sa charnière centrale et de son capitaine pendant une période indéterminée.

Patrice Ferri hérite du brassard à Montpellier le 30 juillet, tandis que V.Cobos s’installe au poste de libéro, associé au jeune Sattler. Surdominé par la Paillade, le RCS cède finalement dans les dernières minutes : Bruno Bellone, évoqué en Alsace durant deux mois, reprend un tir croisé de Lemoult ayant frappé le poteau (1-0). Quatre matchs, une victoire, un nul, deux défaites, une recrue vedette sur le flanc, un public largement sceptique : délicat apprentissage pour le Racing de Kasperczak.

Article réalisé à partir des archives des Dernières Nouvelles d'Alsace, consultables à la médiathèque André Malraux ou au Musée historique de Haguenau.

kitl

Commentaires (3)

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  • Très complet, comme toujours, un vrai plaisir à lire, merci Monsieur Kitl :)
  • Que d'espoirs déçus à l'orée de cette saison avec un Sochaux et notamment un Stéphane Paille très très impressionnants !
  • Je me rappelle notamment du match amical à Haguenau. Takac était assis pas loin de moi, et effectivement il n'avait pas arrêté de prendre des notes.
    Et Sochaux avait fait un super match à la Meinau pour l'ouverture du championnat, cette équipe m'avait laissé une impression formidable, elle était magnifique !
    Bon, si on avait conservé Simon en défense centrale on n'en aurait pas pris 3..... Pauvre Gillot....

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