Un Djiku à la maison !

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Par athor
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La venue d'un défenseur central était l'un des dossiers prioritaires du mercato strasbourgeois. Avec la signature d'Alexander Djiku, le Racing réalise un joli coup à l'échelle de la L1.

Les plus impatients des supporters du Racing ont mal vécu le début du mercato, période où désormais le moindre propos est interprété comme une information et où la moindre rumeur conditionne l’avenir même d’un club. Fort heureusement, le Racing est un club qui sait travailler dans la discrétion, dans le sillage d’une cellule de recrutement qui a fait ses preuves ces dernières années. Si la fin du mois de juin a surtout vu le départ de joueurs emblématiques comme Anthony Gonçalves et Pablo Martinez, le début du mois de juillet s’anime avec une première vague d’arrivées. Après le transfert définitif de Lamine Koné, le jeune milieu Jean-Ricner Bellegarde fut la seconde recrue strasbourgeoise. Et elle n’aura précédé que de quelques jours la signature du défenseur central caennais Alexander Djiku.

Titulaire indiscutable du Stade Malherbe depuis deux saisons, Djiku, 24 ans, semble arriver à un tournant de sa carrière, lui qui a désormais dépassé le cap symbolique des cent matchs de L1. Rare satisfaction sportive de l’équipe normande, mais également rare valeur marchande, son transfert semblait évident cet été. Le nouveau président Fabrice Clément a d’ailleurs bien compris que son joueur ne ferait pas long feu au SMC, et lui a accordé le fameux bon de sortie, à condition évidemment de s’y retrouver financièrement. Convoité par bon nombre de clubs ayant flairé la bonne affaire et un potentiel rapport qualité-prix imbattable en ces temps de flambée des indemnités de transferts, le défenseur s’est engagé ce vendredi avec le Racing, et vient compléter un secteur de jeu désormais bien solide.

Pour arriver jusqu’en Alsace et à la Meinau, le parcours d’Alexander Djiku n’avait rien d’évident. Il doit même beaucoup à un homme, Ghislain Printant. Au mois de juin 2012, celui qui est alors directeur de la formation du Sporting Club de Bastia fait le déplacement à la Grande Motte pour observer un tournoi de jeunes, opposant plusieurs sélections régionales de jeunes nés en 1994. Au sein de l’équipe représentant le Languedoc-Roussillon, Djiku, qui joue à son poste de latéral gauche, attire son attention. Celui qui n’a alors pas encore fêté ses 18 ans évolue alors à l’AS Perpignan, tout en étant scolarisé en section sports-études. Originaire de Montpellier, il n’a jamais l’occasion d’intégrer le centre de formation du MHSC, malgré trois saisons passées dans le club partenaire de Castelnau. Ni une ni deux, Printant ne laisse pas passer l’occasion et propose au jeune défenseur de rejoindre l’île de Beauté, malgré des conditions peu évidentes : « on l'a fait venir comme joueur amateur car Bastia évoluait en National et avait très peu de moyens pour la formation. On n'avait pas le droit de se tromper avec les quelques joueurs que l'on faisait venir du continent, car ça a un certain coût. » Et l’actuel entraîneur de St-Etienne a rapidement pu constater qu’il ne s’était pas trompé, ni sur l’homme (« il est brillant scolairement avec la volonté d'aller au bout de son projet scolaire. Quand vous avez la chance d'avoir un garçon comme ça, c'est plus simple. Il a les pieds sur terre. C'est quelqu'un qui a toujours été réfléchi, dans sa formation et sa post-formation »), ni sur le joueur, qui intègre immédiatement le onze de l’équipe réserve, en CFA2.

Toujours amateur après deux saisons passées au centre de formation, Djiku signe enfin un contrat professionnel à l’été 2015 et rejoint pleinement l’équipe première, composée notamment de défenseurs d’expérience comme François Modesto et Sébastien Squillaci, des modèles pour le jeune défenseur, « des mecs qui vous font gagner du temps, Alexander a su écouter ces gens-là » selon Printant. Claude Makélélé le convoque pour la première fois dans son groupe en octobre 2014 pour un match de coupe de la ligue à Auxerre, mais sans le faire entrer en jeu. Il faut attendre le remplacement sur le banc de l’ancien milieu du Real et de Chelsea par … Ghislain Printant pour voir le Montpelliérain commencer à gratter du temps de jeu avec l’équipe fanion. Titulaire à trois reprises en coupe de la ligue et en coupe de France au cœur de l’hiver, il est aussi lancé dans le grand bain de la L1, à un poste inhabituel de latéral droit, face à Evian Thonon-Gaillard le 3 décembre. Malgré une présence régulière sur le banc, il doit attendre la dernière journée de championnat et un déplacement à Marseille, pour connaître sa seconde expérience en L1.

A l’été 2015, Printant décide de faire pleinement confiance à son protégé, et l’installe comme titulaire en défense centrale, aux côtés du taulier Sébastien Squillaci. Auteur de trois excellents matchs contre Rennes, Lorient et Guingamp, Alexander Djiku ne reste que quatre minutes sur la pelouse face à St-Etienne, expulsé à la suite d’une grosse semelle sur Fabien Lemoine. A peine revenu de sa suspension, il est victime d’une fracture au pied face à Lyon, blessure qui le prive de compétition jusqu’en janvier. Dès son retour, il retrouve sa place dans le onze de départ et ne la quittera plus jusqu’à la fin de saison. Salué comme l’une des belles révélations de la saison des Corses, qui finissent en milieu de tableau de L1, l’ancien amateur de Perpignan a déjà accompli une partie de son rêve. La saison suivante est presque une copie conforme : titulaire d’entrée, il se blesse dès le mois d’août, en se fracturant l’avant-bras lors du match face à Caen, mais retrouve sa place dès son retour. Malheureusement, les performances bastiaises sont bien différentes et le club navigue en eaux troubles. Englué dans la zone rouge, le Sporting est pointé du doigt après les incidents face à Lyon, et les supporters critiquent la gestion financière du club. A raison, puisque après la relégation sportive, le spectre du dépôt de bilan plane au-dessus de Furiani. Acculé par la DNCG, le président Pierre-Marie Geronimi tente d’équilibrer les comptes en vendant les joueurs les plus bankables. Ainsi, Alexander Djiku est cédé à Caen pour environ deux millions d’euros. Un choix raisonné, car le joueur a décliné une offre de Bursaspor, qui proposait pourtant un salaire quatre fois supérieur à l’offre normande : « l’argent, ce n’est pas primordial. J’aurai le temps d’en gagner. C’est mieux pour moi de faire une carrière bien construite, que de partir trop tôt, de devoir revenir et de ne pas avoir accès à des clubs auxquels tu aurais pu prétendre. J’y vais étape par étape. Je suis venu ici parce que j’ai vu le projet. Il est ambitieux et sur le long terme. » D’un projet sur le long terme, il en faudra à Bastia, car le club finit par déposer le bilan, malgré ce transfert.

En Normandie, le défenseur central arrive avec un statut de titulaire, malgré ses 22 ans, et forme une charnière très solide avec Damien Da Silva, un duo qui contribue au très bon départ caennais dans cette saison 2017/2018. Mais encore une fois, Djiku connait un problème physique au mois de septembre, avec une inflammation du tendon d’Achille, devenue insupportable : « ça faisait un an que je supportais ça. Pour jouer les matches, je prenais deux ou trois cachets mais je ne me sentais pas à 100 %. » Après une opération et une rééducation à Clairefontaine, il retrouve sa place dans une équipe qui a maintenu son niveau de performances, mais qui s’apprête tout doucement à glisser vers le bas de classement. Au cœur de l’hiver, Caen commence en effet à enchaîner les mauvaises performances, peu aidé par un secteur offensif atone. La fin de saison voit apparaitre le spectre de la relégation, mais le club parvient finalement à se sauver grâce à quelques points arrachés au terme de grosses prestations défensives, à l’image du 0-0 acquis lors de l’ultime journée face au PSG, certes déjà en vacances.

La saison 2018/2019 est bien plus difficile. Le Stade Malherbe connait de nombreux soubresauts en coulisses, avec un changement de présidence et de direction sportive, ainsi qu’un changement d’entraîneur, Patrice Garande cédant sa place à Fabien Mercadal. L’effectif est également chamboulé, avec le départ de certains cadres comme Féret, Vercoutre et Da Silva. D’importants moyens sont mis dans le recrutement, mais ni Crivelli, ni Bammou ni Ninga ne parviennent vraiment à convaincre. Les résultats ne sont alors pas au rendez-vous et Caen est scotché au fin fond de la L1. Malgré l’arrivée du désormais pompier de service Rolland Courbis, dans un rôle obscur de conseiller technique d’un entraîneur pas licencié mais presque, le club ne parviendra finalement pas à échapper à l’inexorable relégation en fin de saison.

Rare satisfaction au sein de cette équipe, Alexander Djiku a vécu une saison contrastée à titre personnel : « en début de saison, je me sentais bien, j’ai réalisé de belles performances, puis j’ai connu une période de moins bien, avant de revenir. Le coach croyait beaucoup en moi, et m’a donné beaucoup de responsabilités. Je faisais partie des cadres de l’équipe. Le fait d’enchaîner les matches m’a permis non seulement de gagner en expérience, mais également en régularité. Malgré le fait qu’on soit descendu, cette saison m’a fait progresser à tous les niveaux, autant sur le plan technique que mental. » A 24 ans, et après quatre saisons de L1, le défenseur central est donc prêt à poursuivre cette progression, « étape par étape », au Racing, pour, pourquoi pas, perpétuer le mythe de ce prénom sous le maillot bleu.

Propos issus d’Ouest France et de Foot Mercato
Merci à @malag pour le titre

athor

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