Des chiffres et des lettres

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Après-match
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Par slade
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Le 1-0 en palette © rachmaninov

Quand on ne sait pas parler de chiffres, c'est qu'il est temps de parler de football.

Une atmosphère étrange pesait en Ligue 1 ce week-end. Un sentiment de fin de repas de Noël où, après un rythme habituel d’un match par semaine, le supporter français se voyait proposer trois matchs en autant de temps. Menacés par l'indigestion, il devenait dangereux de s'assoupir dans un championnat si resserré qu’une série de résultats peut hisser un club ou le faire plonger.

Strasbourg ayant perdu face à Lille puis gagné face à Toulouse, le match face à Reims faisait office de pièce lancée en l’air. Pile, Strasbourg gagne et la semaine est réussie avec 6 points sur 9 possibles. Face, Strasbourg perd et la semaine devient un coup d’arrêt à l’épopée alsacienne depuis trois mois.

Thierry Laurey n’étant pas homme à laisser sa chance au hasard et Marc Keller n’étant pas homme à laisser des centimes trainer pour que nous les lancions en l’air, le coach alsacien décida d’aligner une équipe à vocation offensive avec pas moins de quatre joueurs offensifs. Voire cinq, Liénard jouant en récupérateur afin de relancer vers l’avant et de prendre l’espace dans le dos des défenseurs rémois.

Equipe


Lentement mais sûrement

Le match se lance pour le moins doucement avec deux équipes n’étant pas des foudres de guerre offensifs. Pire, Reims ne doit son classement qu’à sa défense (la deuxième meilleure du championnat, ce qui apparemment impressionne les observateurs) et se montre empressé de le démontrer avec un bloc défensif très resserré à chaque perte de balle. La première action tranchante du match sera donc une frappe en dehors de la surface de Dimitri Liénard suite à un mauvais renvoi de la défense champenoise sur une touche de Lala.
Le ballon traverse cependant le terrain de part en part pendant la première demi-heure mais sans pour autant communiquer de frissons au public de la Meinau - pire, les corners s'enchaînent dans le premier quart d'heure sans que cela ne débouche sur une action réellement dangereuse.

La seconde action du match sera également à l’avantage des hommes de Thierry Laurey. Sur une transversale de toute beauté de Dimitri Liénard, Kenny Lala centre en première intention sur la tête de Majeed Waris. Ce dernier est devancé par Lemaitre qui pour sa première titularisation en première division, balance la balle sur son défenseur central et la voit mourir à quelques centimètres de son poteau.

Tango unchained

C’est à peu près tout ce que les 25.000 spectateurs du Stade de la Meinau se voient servir pendant une mi-temps. Reims montre toute l’étendue de son apathie offensive et ne laisse entrevoir aucun espoir de football malgré de vaines tentatives de relance de l’arrière. Strasbourg est à ce moment-là une équipe qui voit fondre sur elle le spectre de l’indifférence. Oui, il y a pire que jouer le maintien dans des matchs à couteaux tirés, oui il y a pire que s’inquiéter de savoir si Laurey saura remobiliser son équipe après un été épuisant. Et ce pire, cet enfer tapi dans l’ombre, c’est devenir un insipide Rennes ou Bordeaux dont les saisons se terminent année après année au mois de février. Trop bon pour jouer le maintien mais pas assez pour jouer les luttes du haut de tableau, leur sort est de ne rien espérer. Reims et Strasbourg ont donc quitté les joutes du National et de la Ligue 2 et se sont éloignées des mains courantes du Paris FC et de Chambly pour se retrouver à danser ce tango triste, à jouer ce face-à-face frileux.

Relancés

Probablement alerté à la mi-temps du danger de ce faux-rythme, tant pour le club que pour les joueurs (qui souhaite être transféré à Cardiff de nos jours ?), le Onze strasbourgeois revient sur la pelouse paré des meilleurs sentiments. A peine moins de cinq minutes après le début de la seconde période, Mitrovic profite d’un énième corner pour offrir une merveille de remise de la poitrine à Djiku qui fait mouche de la tête à quelques dizaines de centimètres de la ligne de but de Lemaitre.

Thomasson bute par la suite sur la défense champenoise – alignée sur sa ligne de but, délicieuse allégorie de cette rencontre – après avoir dribblé le pauvre Lemaitre qui donne l’impression de découvrir le haut niveau mais aussi la vie à chaque action. En parallèle, le milieu de terrain strasbourgeois formé par Sissoko et Liénard s'éteint au fur et à mesure que leurs compères de l'attaque déploient leur jeu. Disparaissant petit à petit, Liénard a des sursauts qui s'avèrent dangereux, en relançant plusieurs fois la balle sans maîtrise, notamment par ce centre en retrait vers son propre gardien qui fera parler sa technique pour se débarrasser du pressing rémois.

On pense alors Strasbourg condamné à l’égalisation, puisque le théorème alsacien - un match avec des occasions non concrétisées entraîne la défaite – trouve une nouvelle fois à s’appliquer. Mais appliqué, Lala l’est aussi et fait étalage de sa technique avant de décaler Waris qui trouve Ajorque. A l’entrée de la surface, le colosse réunionnais se déboite astucieusement la cheville afin de retrouver Waris, seul devant le gardien et qui allume le portier rémois d’une reprise du plat du pied. La connivence entre les deux attaquants éclate alors au grand jour pour le plus grand bonheur de tous.

Riri, Fifi, Lionel

La soirée se parachève sur une filouterie de Carole, aux avant-postes dans les derniers instants de la rencontre, car après tout, qu’est-ce la perspective d’assurer une victoire sereine quand le latéral gauche peut toucher une balle dans la surface en désertant son poste ? Nous ne sommes décidemment que peu de choses et touché dans la surface, Lionel Carole s’écroule et offre à son compère du couloir droit l’occasion de concrétiser un match très réussi de très belle manière.

C’est sur le score flatteur de trois buts à rien que les Bleus et Blancs referment la page de ce match, après qu’ils les aient longuement feuilleté dans la semaine. Nul doute que Thierry Laurey savoura sa victoire sur le défi de neuf points qui lui était proposé, lui qui dépouilla Reims de sa dignité sans armes, ni haine, ni violence. Les Alsaciens se projetent désormais sur Lyon, équipe qui proposera une toute autre opposition, avec l'envie de démontrer à Jean-Michel Aulas qu'un petit tour en Ligue 2 nous a fait du bien.

slade

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