Mercato hivernal, retour vers le futur...

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Par deadp00l
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Le dernier mercato hivernal a fait se déchirer certains stubistes, notamment en ce qui concerne notre désormais ancien milieu Youssouf Fofana. Et si cette stratégie, déjà observée avec le départ d'Aholou, est en place pour permettre au Racing de continuer d’exister dans 10-15 ans ? Plongeons nous dans un des futurs possibles du monde du foot.

Juin 2035. Au Parc des Princes « Emirates », désormais couvert, se tient le repêchage (« Draft » en anglais) de la Ligue Européenne de Football (European Football League, EFL en anglais).

La recrue phare de cette édition est le jeune Allemand de 18 ans Ledy Fussballgott qui a déjà impressionné ses pairs et observateurs avec les équipes de jeunes allemandes et avec son équipe junior danoise du Phoenix de Copenhague. Cet attaquant prometteur possède des statistiques impressionnantes de buts, passes décisives et un physique impressionnant pour son jeune âge.

Alors que la première équipe à choisir lors de ce repêchage s’avère être Liverpool après une saison 2034 exécrable passée dans la cave, les assidus de la Meinau ont toutes les chances de pouvoir voir à l’œuvre ce nouveau génie du foot.

Explications.

Instauré par Michel Platini à partir de 2026, l’EFL est constituée de 24 équipes réparties sur le continent Européen et l’Angleterre. La constitution de cette ligue n’a pas été sans heurts, notamment du côté de supporters anglais et allemands qui se sont ligués contre cette orientation. Leurs « rebellions » ont été toutefois calmées par les traditionnels camions à eau et autres engins lacrymogènes, ainsi que par l’apparition en même temps de l’EFP, l’European Football Premiership, sorte de 2e division européenne, permettant à d’autres clubs, anciennement de premier plan, de continuer d’exister. Ces clubs, désormais de second plan, reprennent le rôle des équipes réserves et sont devenus des clubs écoles.

Un des arguments de Platini pour créer l’EFL était lié à l’écosystème autour des clubs et des joueurs. Ce que plusieurs appelaient le « foot-business » était devenu très nuisible aux clubs. L’UEFA, qui dirige désormais l’EFL et l’EFP, a décidé d’épurer ce milieu en mettant en place ces ligues fermées. Les finances des clubs ont été assainies avec l’instauration d’un plafond salarial et de contrats directs entre club et joueurs sans intervenants tiers.

Pour réduire certaines dépenses de déplacements, les clubs d’EFL ont été répartis dans deux associations, l’Ouest et l’Est. Dans chacune d’elle deux plus petites divisions de 6 équipes chacune ont été créées. Dans l’ouest nous avons les divisions « Atlantique » et « Nordique », et à l’Est les divisions « Adriatique » et « Continentale ». La répartition des clubs dans ces divisions génère souvent des débats intenses chez les fans de foot. D’autant plus que dans les premières années de l’EFL, l’ « Ouest » offrait une compétition plus intense que dans l’Association de l’ « Est », ce qui frustrait de grands clubs à l’ « ouest » qui se sentaient lésés quant à leurs chances d’accéder aux play-offs une fois la saison régulière finie.

Saison régulière qui contient 56 matchs à son calendrier, quatre fois contre chacune des équipes de sa division et deux fois contre toutes les autres équipes de l’EFL. En attendant les expansions de l’EFL promises par l’UEFA, cela reste un calendrier gérable pour toutes les concessions et les joueurs. En effet, les coupes nationales ont disparu du calendrier pour les équipes d’EFL et d’EFP et sont désormais des objectifs des équipes juniors dans leurs championnats nationaux respectifs.

D’ailleurs, le nombre de joueurs en équipe première est passé au-delà de la trentaine, non seulement parce que le plafond salarial le permettait, mais cela assure une meilleure rotation des effectifs pour jongler entre les matches rapprochés et les échéances internationales qui persistent comme la coupe du Monde, l’Euro et la CAN.

Une fois la saison régulière terminée, les 4 meilleures équipes de chaque division vont s’affronter en play-off. Chaque demi-finaliste victorieux devient le champion d’association et ont donc le droit d’accéder à l’affrontement final, la finale des play-offs.

Le trophée Platini est décroché par le vainqueur de cette finale. Le nom de ce trophée a été donné pour souligner le créateur. Âgé de 80 ans en 2035, Platini est toujours à la tête de l’UEFA et reste le « Commissionnaire » de l’EFL, c’est-à-dire la personne en charge de la gestion sportive et financière de l’EFL ainsi que des relations avec chacun des clubs qui y sont inscrits. Il a cependant déclaré que ce serait sa dernière année à la tête de l’UEFA et de l’EFL et qu’il est temps de passer la main.

Revenons au repêchage de notre jeune star.

Ce repêchage permet aux 24 équipes de l’EFL de signer des premiers contrats professionnels à des jeunes qui ont de fortes chances de percer chez les pros. Parmi les 24 sélectionnés de la première ronde sur les 7 disponibles, nous retrouvons des jeunes du monde entier, mais une forte dominance européenne. Outre un défenseur japonais, trois joueurs nord-américains déjà présents dans des équipes juniors du vieux continent ont également été sélectionnés.

Derniers lors de la dernière saison d’EFL, Liverpool a jeté son dévolu sur notre jeune star car ils ont « gagné » le droit de repêcher en première place. « Les derniers seront les premiers », rigolent encore de vieux croulants en se rappelant la chanson de cette canadienne aux cris tout aussi mémorables.

Pour entrer dans cette ligue européenne, comme dit précédemment, il y eut des choix cornéliens à effectuer pour nombreuses ligues nationales et clubs d’envergure internationale. Comme tout le monde ne pouvait y participer, certains clubs, au grand dam de leurs supporters, ont décidé de fusionner. Ce fut le cas en Angleterre, en Allemagne et en Italie notamment.

Outre Liverpool, il y a trois autres clubs anglais (Chelsea, un club fusionné londonien et un club fusionné mancunien), quatre clubs italiens (la Juventus, Naples et les nouveaux clubs fusionnés à Rome et à Milan), quatre clubs allemands (Munich, Dortmund, le club fusionné berlinois et Leipzig), trois clubs espagnols (Barcelone, le Real et Séville), trois clubs français (Paris, Lyon et Marseille), un club suisse, grec, moscovite, néerlandais, portugais et turc.

A l’instar des ligues sportives professionnelles nord-américaines, il n’y a pas de promotion-relégation entre l’EFL et l’EFP. L’EFP reste un championnat européen, mais de clubs écoles. Tout comme le principe des équipes réserves qui existaient auparavant, ces équipes permettent aux équipes professionnelles de faire progresser, régresser ou tester des joueurs avant de les inviter dans l’équipe première.

Il peut cependant arriver que certains clubs, en faillite financière soient rachetés et déménagés d’une ville à une autre. C’est une occurrence très rare qui n’est pas encore arrivée en EFL.

Les clubs écoles, quant à eux, sont dispersés à travers l’Europe et une équipe professionnelle n’aura pas forcément un club école dans la même ville ou le même pays. Cela dépend des ententes qui auront été signées entre les clubs avant l’apparition de l’EFL et de l’EFP.

Ainsi, le club historique du Bayern de Munich qui a pu conserver son identité a conclu une entente avec le club italien de la Fiorentina qui est donc devenu son club école en EFP. Pour des clubs d’envergure dans les anciens championnats nationaux qui n’ont pu faire le saut en EFL, le salut provenait de ses ententes. Beaucoup de clubs de premier plan n’ont ni réussi à obtenir une place en EFL, ni en EFP. Ils ont cependant réussi à se trouver une place dans des championnats juniors (moins de 18 ans) nationaux. Ces championnats permettent de garder un bassin de joueurs potentiels volumineux et les repêchages permettent de ne sélectionner que la crème de ces joueurs.

Notre jeune Ledy Fussballgott provient de l’équipe junior du Phoenix de Copenhague, qui l’avait lui-même repêché de son équipe allemande dans laquelle il avait fait tout son parcours amateur jusqu’à ses quinze ans.

Aujourd’hui, avec Liverpool, notre jeune star est sous le feu des projecteurs. Être le premier repêché est souvent un signe d’un joueur de classe mondiale, mais vu qu’il s’agit de la pire équipe de l’année précédente, le défi peut être difficile à relever. C’est d’ailleurs pour ces raisons que traditionnellement les clubs décident de faire jouer leurs nouveaux repêchés dans l’EFP pour leur première saison sous contrat semi-professionnel. Cela leur permet de briller en EFP tout en évitant de brûler leur mental dans des équipes en reconstruction en EFL, comme c’est le cas pour Liverpool cette année.

Pour le champion 2034, le club d’Istanbul, son 3e titre consécutif, c’est l’apogée de leur cycle. Mais le fait de ne pouvoir choisir les meilleurs en premier va faire en sorte que les clubs qui finissent moins bien en saison régulière vont créer des effectifs mieux équilibrés et être de bien meilleurs compétiteurs pour l’édition 2035.

Concernant Liverpool, leur objectif pour 2035 est de continuer à faire grandir leurs meilleurs éléments pour espérer retrouver les play-offs avant les expansions, et d’ici 2038, avec notre jeune star qui sera devenue mature - surement le futur capitaine - aura une équipe construite autour de lui.

Mais pour commencer, il effectuera ses armes dans le club école de Liverpool, le Racing Club de Strasbourg. Retrouver Strasbourg en EFP a été surprenant pour bon nombre de personnes dans le milieu du foot, mais lorsque Liverpool et Strasbourg ont signé leur entente, la saine gestion financière sur les dernières décennies lui a permis de se démarquer face à de nombreux clubs qui ne faisaient que de la surenchère de pots-de-vin. De plus, le centre de formation strasbourgeois était reconnu pour son potentiel notamment avec les nombreux jeunes joueurs qui, après leur passage à Strasbourg, se sont démarqués sur les terrains et en équipes nationales.

A 67 ans, Marc Keller est toujours le propriétaire du club alsacien et lorsqu’est apparu les nouvelles ligues, n’a pas cherché à lutter pour une place en EFL. Bien que Strasbourg a réussi à réaliser quelques saisons en Ligue des Champions, son histoire européenne restait malgré tout bien pâle en comparaison des autres très grands clubs de foot. Mais en se positionnant pour une place en EFL, Strasbourg devenait un club recherché, et les différentes tractations entre Strasbourg et les grands clubs de la future EFL lui ont permis de choisir le partenariat le plus structurant et pérenne selon lui.

Pour revenir à notre jeune Fussballgott, ce dernier va tout de même devoir passer un camp d’entrainement durant l’été avant de rejoindre le club école. Non seulement la visite médicale reste un incontournable, mais beaucoup d’autres joueurs repêchés par Liverpool jusqu’à la ronde 7, ainsi que des joueurs à l’essai, devront se faire une place dans l’équipe type du club strasbourgeois.

Avec son contrat de recrue dans la poche, Ledy Fussballgott est tout de même assuré de toucher son million d’euros dès sa première saison, même sans jouer un match d’EFL. Cependant l’opportunité de pouvoir fouler les terrains d’EFL dès sa première année reste réelle car son contrat de recrue donne la latitude au club professionnel de l’intégrer dans l’équipe première si, par exemple, les joueurs de l’équipe professionnelles enchaînaient de mauvaises performances ou se blessaient.

Enfin, il est toujours probable qu'il soit échangé durant le toujours existant Mercato hivernal, car les équipes plus probables de joueur les play-offs voudront jouer leur va-tout en échangeant des joueurs et pour renforcer leur équipes en vue de la victoire finale. Cependant, Ledy Fussballgott est considéré comme un joueur de "concession" et Liverpool compte bien miser sur sa progression pour le faire devenir la figure de proue du club pour les prochains 10-15 ans.

Êtes-vous prêts ?

deadp00l

Commentaires (10)

Flux RSS 10 messages · 1.654 lectures · Premier message par christou27 · Dernier message par scouttoujours

  • Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris l'organisation de ces nouvelles compétitions, ce qui prouve que c'est très réaliste. (+)
  • Belle vision.
    Je suis partagé entre le désir de voir le système des transferts et agents disparaître, avec sa blanchisseuse, et la fatalité de se dire que le Racing ne sera jamais champion interstellaire du football dans ce modèle. .
  • Très bel article!
  • kitl1373095462.jpg
    Modifié par kitl ·
    kitl • 30 ans
    Merci pour ce récit d'anticipation, dont le cadre n'est pas tellement incongru puisqu'en vigueur en Amérique du Nord. J'en sors effrayé.

    Puisse notre vieille Europe protéger son football de cette NBA du ballon rond qui écraserait tout sur son passage ! [-o

    Franchises, trades, primat des stats... avec un peu de Québécois pour le folklore, surtout musical :)
  • Mais au final est-ci différent du fonctionnement actuel ?

    Il y a un peu plus de fluidité (ou d'hypocrisie) mais au fond la ligue fermée existe de facto de façon grossière, de même que le fait que le Racing soit une farm team.

    Ce qui change en revanche c'est le système des transferts, qui est un puits à magouille.
  • Je ne sais pas si je serais si mal à l'aise avec cette version du championnat.
    On garde notre club, on a la possibilité de voir de futurs très bons....
    Ce que je n'aime pas dans les ligues actuelles en amérique du nord c'est le manque de relégation/promotion, pour rajouter un peu de piquant. Finalement être dernier a du bon, c'est être dans le ventre mou qui ne produit pas grand chose.

    Par contre j'adore l'aspect draft, il n'Y a pas de surenchère indécente sur les jeunes joueurs, ils ont un contrat recrue, et les contrats évoluent au fur et de l'age du joueur.

    Les joueurs sont payés par la ligue lors des play-offs (en hockey en tout cas) donc ce n'est pas la coupe au plus riche.

    Je vis à Québec et en considérant la LNH, depuis le départ (déménagement) de l'équipe Pro, l'équipe junior a énormément de succès et nous y avons vu évoluer des joueurs qui sont devenus des acteurs (certains majeurs) dans la LNH de manière régulière. La proximité avec les fans est toujours la même.
    Par contre, comme c'est une ambiance très familiale, les ambiances restent assez aseptisées avec pour animation un DJ/VJ qui mets sur écrans géants un "faites du bruit" de temps à autre.
  • La patinoire (le centre Vidéotron) a été faite pour accueillir la franchise des Nordiques de Québec, pas pour remplir à moitié une grande patinoire avec les Remparts.
    Depuis, la LNH et les Canadiens de Montréal font des [-X à chaque extension aux Nordiques..
    Pour revenir au sujet, même si l'ambiance est là, je préfère largement des divisions nationales + coupes européennes à un système de franchises européennes pour les gros + miettes "équipe jeunes" NCAA et cie pour les autres.
  • Une anticipation intéressante et dans la logique de l’organisation des compétitions professionnelles sur le continent nord-américain. Que cela plaise ou non, la logique financière pour éviter les catastrophes industrielles dans le football prévalera. Aussi n’est-il pas illogique d’y réfléchir dès maintenant et ce à froid. En la matière, vu le sérieux de la gestion et de la croissance programmée du RCSA, STRASBOURG dans ce contexte a la légitimité et la crédibilité de réfléchir à son avenir en se projetant sur ce que pourrait être un modèle de ce genre.
  • strohteam a écrit, le 12/02/2020 13:05 :
    Mais au final est-ci différent du fonctionnement actuel ?

    Oui je te l'accorde, les nouveaux entrants en C1 sont actuellement ratatinés ou sommés d'engager des sommes folles.

    Certains grands championnats nationaux sont trustés par les mêmes (Juventus, Bayern, PSG), ce qui nuit à l'intérêt des compétitions.
    Mais nous sommes bien placés au Racing pour apprécier un championnat sans avoir aucun espoir de l'emporter.

    (c'est quoi ce est-ci ? :D)
  • il manque le paragraphe suivant :

    Vu le peu d'intérêt du public français pour cette évolution (sauf à Paris, Lyon et Marseille), Strasbourg joue au stade de la porte de Kehl (Ancien Vauban , club disparu en 2020 suite à des soucis financiers) et, comme dans les autres villes françaises, les stades construits, à grands renforts d'argent public, ont été réquisitionnés pour abriter temporairement des migrants environnementaux pour lesquels il n'y a pas d'autres solutions actuellement !

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