Non mais Diallo quoi !

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Par athor
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Critiqué pour sa relative discrétion durant ce mercato interminable, le Racing a profité des toutes dernières heures pour casser sa tirelire et s’offrir l'attaquant de Metz Habib Diallo. Buteur redoutable ces deux dernières saisons, le Sénégalais est très attendu pour redynamiser sa nouvelle équipe.

L’année 2020 restera en tout point de vue une année hors normes. Sur le plan du football, elle aura vu la quasi-intégralité des championnats s’arrêter net, puis, certains reprendre dans des conditions très discutables et discutées, au moment où beaucoup de clubs s’inquiétaient pour leur trésorerie. L’une des conséquences de ces évènements est la tenue d’un marché estival des transferts à la fois très long et moins générateur de transferts aux sommes improbables. On estime ainsi que les clubs des cinq grands championnats ont dépensé 40% de moins par rapport à l’année dernière. Résultat, des clubs qui comptaient sur des ventes de joueurs pour équilibrer leurs comptes se sont retrouvés Gros-Jean comme devant, en devant être à l’écoute de propositions auxquelles ils n’auraient jamais devoir répondre. Et c’est justement devant ce schéma que s’est retrouvé le FC Metz. Comptant sur un transfert d’Habib Diallo pour au moins 15 millions d’euros vers l’Eldorado anglais, le club à la croix de Lorraine a dépensé plus de 14 millions d’euros. Sauf que d’offres d’outre-Manche il n’y a jamais eu, et le Racing, qui avait gardé un petit pécule sous le matelas a été le seul à dégainer lors du sprint final (sans lever les bras avant la ligne évidemment). Résultat, Marc Keller et Loïc Désiré ont pu poser fièrement avec le buteur aux 38 réalisations en championnat sur les deux derniers exercices, pendant que le président Serin ne pouvait que constater la colère de ses supporters.

Mais au-delà d’être au cœur d’un transfert aussi particulier, et record pour le Racing (10 millions d’euros hors bonus éventuels), Habib Diallo est avant tout un attaquant performant et confirmé. Pourtant, s’il a suivi un parcours assez classique depuis le Sénégal, tout aurait pu s’arrêter avant même la signature d’un contrat professionnel. Arrivé à Metz en 2013, à l’âge de 18 ans, en provenance de Génération Foot, le centre de formation messin au Sénégal, il est quasiment considéré comme une erreur de casting. L’anecdote est racontée par Philippe Gaillot, le directeur sportif du club : «  lors de ses deux premières saisons, il n’avait marqué qu’un seul but. On était si peu convaincus qu’on a hésité à lui donner un contrat pro... » Finalement, le gamin s’accroche, montre beaucoup de volonté et signe un contrat d’un an plus deux en option, à l’issue de son contrat stagiaire. Intégré avec parcimonie au groupe pro par José Riga, Diallo effectue quelques entrées en L2, mais sans réellement se montrer décisif. Il faut attendre le départ du coach belge et le retour de l’emblématique Philippe Hinschberger pour que l’attaquant parvienne à sortir de sa chrysalide. En janvier 2016, il tape dans l’œil de l’entraîneur-guitariste : « dès les premières minutes à l’entraînement, j’ai dit à mon adjoint que je trouvais Habib très élégant. Il avait des facilités techniques, et dans ses déplacements, il avait une belle course. Mais il manquait un peu d’arguments au niveau des duels et de l’impact. L’élément déclencheur, c’est quand je l’ai envoyé jouer en réserve. L’équipe B a fait 3-3, et il a planté les 3 buts. Derrière je l’ai intégré au groupe sur le banc, et il a vite su saisir sa chance quand j’ai fait appel à lui. » Titulaire à Nîmes lors de la 27ème journée, il inscrit son premier but avec les professionnels et ne sort dès lors plus du groupe, et même que très rarement du onze de départ. Dans la dernière ligne droite qui emmène les Grenats en L1, le Sénégalais inscrit encore quatre doublés, portant son total à 9 buts en 17 apparitions (et un ratio d’un but toutes les 100 minutes).

La transition avec la Ligue 1 est plus délicate, le FC Metz ayant choisi de miser sur Mevlut Erding en laissant sa belle promesse le plus souvent sur le banc. Hinschberger se justifie alors en invoquant une marche trop haute : « j’avais l’impression de le revoir comme à ses débuts, un peu tendre dans l’impact. C’était plus dur en L1 face à des joueurs internationaux et plus expérimentés, c’était un peu prématuré pour lui. » L’arrivée du mythique Cheick Diabaté au mercato hivernal achève de barrer la progression du joueur. Une seule solution alors, celle d’un prêt en L2, dans le Brest de Jean-Marc Furlan, alors leader du classement, devant le Racing, où il retrouve immédiatement une place de titulaire. Mais malgré les 7 buts en 16 matchs de Diallo, les Bretons échouent dans la course à la montée, on ne peut plus serrée cette saison-là, Strasbourgeois et Amiénois en savent quelque chose.

De retour à Metz, à l’été 2017, il se retrouve à nouveau barré par la concurrence, Philippe Hinschberger préférant à nouveau d’autres attaquants plus expérimentés : Nolan Roux et Emmanuel Rivière. À nouveau prêté à Brest, toujours en L2, il confirme qu’il est désormais une belle référence dans ce championnat. Titulaire aux côtés de Charbonnier, il inscrit 9 buts, comme son binôme d’attaque, et délivre 5 passes décisives. Un bilan très honorable, qui cache toutefois quelques matchs où il a été plus en difficultés. Il s’attire tout de même les louanges de son entraîneur : « ses qualités, c’est qu’il aime être dans la surface, c’est un vrai buteur. Mais il sait aussi prendre la profondeur. D’ailleurs je l’avais un peu fait jouer à gauche pour lui inculquer ce poste (ndlr : tiens, ça rappelle quelqu’un). Mais je l’ai vite remis dans l’axe car il formait un bon duo avec Gaëtan Charbonnier. Il peut encore progresser dans les zones de conservation et de préparation, au milieu de terrain. Et puis son jeu de tête est exceptionnel. Les joueurs n’aiment plus trop cela aujourd’hui, alors que lui excelle dans ce domaine. C’est sans doute l’un des meilleurs en France, L1 et L2 confondues. »

Son retour à Metz, qui vient de tomber en L2, est cette fois-ci très attendu, Frédéric Antonetti déclarant compter sur lui et sur son vécu à ce niveau. Habib Diallo débute toutefois la saison sur le banc, mais lors de la deuxième journée, face à Orléans, il va définitivement s’affirmer. Entré en jeu à la 22ème minute pour remplacer Opa Nguette, blessé, il n’a besoin que de onze minute pour inscrire le second but de son équipe. Et ce n’est pas fini : en seconde période, il ajoute deux réalisations en moins d’un quart d’heure, avant de finir par un ultime but dans les arrêts de jeu, concluant un succès 5-1 de son équipe. Vous avez bien compté, Diallo vient d’inscrire un quadruplé en 68 minutes. Presque une surprise, même pour son formateur Olivier Perrin, qui l’a connu à Génération Foot puis en Moselle : « on ne peut pas dire qu’on n’est pas surpris. Peu de joueurs ont réussi ce genre de performance, quel que soit le niveau. Il était souvent efficace mais assez irrégulier quand il était jeune. Aujourd’hui, c’est un homme, il est beaucoup plus posé, plus calme. Il a une autre maturité, j’espère qu’elle va se voir sur le terrain. C’est sûr qu’il a montré une efficacité redoutable sur ce match. » Et cette efficacité, il va en faire preuve tout au long de la saison. Pendant que Metz écrase le championnat de L2, Habib Diallo vole au sommet du classement des buteurs, en compagnie de son ancien coéquipier Gaëtan Charbonnier (qui le devancera d’une unité au final), avec 26 réalisations en 37 matchs, soit 43% du total de son équipe.

Le Sénégalais retrouve la Ligue 1 par la grande porte, avec l’étiquette d’attaquant numéro 1 de son équipe, à 24 ans. Autrefois critiqué pour son manque de réalisme et sa maladresse, il porte cette fois-ci l’attaque du FC Metz à lui tout seul. Au soir de la 10ème journée de championnat, après un succès 1-0 contre Nantes, Diallo vient d’inscrire son 7ème but de la saison, sur 13 tirs cadrés (29 tirs en tout). Le reste de l’équipe n’en a alors inscrit que deux autres, par Ibrahima Niane et Renaud Cohade. Leader d’attaque, il est aussi un leader tout cours puisque Vincent Hognon n’hésite pas à lui confier le brassard lorsque Cohade sort du onze. Une récompense, mais qui confirme surtout les qualités humaines du garçon, comme évoquées par Philippe Hinschberger : « en dehors du terrain, à l’image des gens de Génération Foot, il est très discret et agréable à coacher. Il est tout le temps de bonne humeur, il est à l’écoute, il travaille et il comprend. » Et si les Grenats se battent pour le maintien, ils peuvent s’appuyer sur l’une des meilleures gâchettes de France. Habib Diallo, régulièrement supervisé par des clubs étrangers, côtoie en effet Victor Osimhem, Mauro Icardi, Neymar ou encore Benedetto et Dolberg au classement des buteurs. À l’issue de cette saison tronquée, son bilan s’élève en effet à 12 buts (et trois passes décisives) en 26 matchs, soit à peine une unité de moins que le Nigérian de Lille par exemple, marqués dans plusieurs positions, de l’extérieur de la surface ou en renard dans les six mètres, et indifféremment du pied droit, du pied gauche ou de la tête.

La suite est désormais connue, alors que ces deux saisons pleines et remarquées auraient dû logiquement ouvrir les portes d’un club plus prestigieux que Metz, Habib Diallo a dû patienter jusqu’au dernier jour du mercato pour quitter la Lorraine, où le club avait déjà installé Ibrahima Niane dans son rôle. Faute d’offre, il rejoint finalement le Racing, qui n’en espérant pas tant (Loïc Désiré parlait encore de dossier infaisable durant l’été), mais qui espère désormais profiter d’une valeur désormais sûr à l’échelle du championnat de France pour relancer une attaque atone. Adepte de schémas à deux attaquants, Thierry Laurey doit désormais composer avec ce duo prometteur Diallo-Ajorque.

Propos issus de So Foot, le Républicain Lorrain, la Semaine et MaLigue2

athor

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