« Franck Haise est un miracle ! »

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Par athor
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Équipe surprise de cette saison, le promu lensois peut encore prétendre à une qualification européenne, après plusieurs années difficiles en L2. On discute des évolutions de l'autre Racing avec Antoine, cofondateur du site satirique Bollaert Mécanique et rédacteur pour Culture Sang et Or.

Durant les années 1990 et jusqu'au milieu des années 2000, le RC Lens était une place forte du foot français, avec un titre de champion de France et des parcours européens. En 2008, tout s'effondre et on a l'impression que le club n'a jamais su s'en sortir jusqu'à il y a peu. Peux-tu nous parler de cette période ?

Lens avait réussi à s'installer en Ligue 1, et participait même assez régulièrement aux compétitions européennes. C'était même considéré comme un objectif régulier. Les saisons sans Europe était la résultante d'une mauvaise saison. Le public était devenu exigeant. La victoire c'était bien, avec la manière c'était mieux. La saison qui précède notre chute (2006-2007) est charnière. L'équipe est sur le podium quasiment toute la saison, décrochée par l'OL suite à une défaite 4-0 à la maison, alors qu'avec un succès, on aurait pu maintenir une légère pression sur le Lyon ultra-dominateur de l'époque. Bref, la machine s'enraye, et pour la dernière journée, on se déplace à Troyes, déjà condamné pour la descente. Ce match aura hanté beaucoup d'esprits (un peu moins aujourd'hui, rires). On prend un 3-0 qui nous sort du podium, et nous empêche même de nous qualifier pour l'UEFA. Lens finit 5e, se qualifiant pour la fameuse Intertoto.

Francis Gillot démissionne dans la foulée. Martel souhaite que Lens passe définitivement ce palier pour devenir un club de Ligue des Champions, et souhaite recruter un coach venant de l'extérieur (Gillot était issu de l'interne). On est sur le point d'obtenir l'accord de Didier Deschamps, mais Martel est un homme à l'ancienne, de parole, et celle donnée à Guy Roux prévaudra. Clin d’œil du destin, c'est à la mi-temps du RC Strasbourg – RC Lens de la 5e journée que Guy Roux annonce sa démission à son vestiaire. La suite, c'est la chute avec JPP, autre ancien du RCS, et Daniel Leclercq, pour une saison qui aura laissé beaucoup de traces, jusqu'à récemment finalement.

En 2018, Gervais Martel a définitivement quitté le club. De l'extérieur, on a l'impression qu'il y a véritablement eu deux périodes avec lui, le succès avant la disgrâce. Quelle image va-t-il laisser au final ?

Les histoires d'amour finissent mal, en général. Gervais Martel (qui sera l'invité de notre émission live lundi 22 mars), c'est l'homme du Racing qui gagne. Notre palmarès est famélique ; un titre de champion en 1998, et une Coupe de la Ligue en 1999. Lens est-il un grand club français ? Par son palmarès, non. Par son aspect populaire ? Peut-être. Par son histoire, certainement. Avant Martel, Lens n'avait fait qu'échouer aux portes de la gloire. Finir quatre fois second de Division 1 (1956, 1957, 1977, et plus tard 2002), perdre en finale de coupes nationales à quatre reprises (CDF : 1948, 1975, 1998, CDL : 2008). Le titre de 1998, quant à lui, s'est joué à la différence de buts, sur une montée de notre latéral gauche, Yoann Lachor, dans le dos de la défense auxerroise. Pour te dire à quel point, là encore, on a flirté avec la place du c**. Donc Martel, forcément, ça reste l'homme des titres. Et son histoire personnelle avec le club, tout comme sa gouaille, sont uniques. Par la suite, il aura commis des erreurs, on lui en a voulu, certains peu ou pas du tout, moi beaucoup, je l'avoue. Au milieu des années 2010, beaucoup espéraient son départ, parce qu'il y avait le sentiment que la page devait être tournée. Que Lens était supérieur à Martel, et que ce club pouvait réussir sans celui qui l'avait fait tant prospérer. Lens a connu la Coupe d'Europe avant Martel. Et on espère qu'on la reverra sans lui en tant que Président. A la fin de son mandat, peut-être que Martel cherchait lui aussi la meilleure porte de sortie possible. Alors que le club cherchait de l'argent frais, est arrivé cet obscure oligarque azerbaïdjanais, qui aura quand même injecté plus de 20M€ dans les caisses du club. La géopolitique s'en est mêlée. Mais par un concours de circonstances assez incroyable, le club a finalement été repris par un homme, Joseph Oughourlian. On est en plein dans la saison 2017-2018, celle où on démarre par une série de sept défaites consécutives en L2. Oughourlian, et son homme de confiance, Arnaud Pouille, prirent des mesures immédiates pour redresser le club sportivement et extra-sportivement. Et force est de constater que depuis que Monsieur Joseph est arrivé, le club s'est remis en ordre de marche. Et ça fonctionne plutôt très bien.

Joseph Oughourlian, est semble-t-il arrivé avec la volonté de faire du business avec le club, avant de se prendre au jeu et de s'investir émotionnellement. Que penses-tu de lui, et quels sont les projets qu'il compte mener à court voire moyen terme ?

Les motivations de Joseph Oughourlian, à l'origine, étaient assez obscures. Mais ce que je peux te dire, c'est qu'il n'est pas qu'un simple financier qui prend des décisions froidement depuis son skyscraper de la City londonienne. Non. J'ai eu l'immense honneur de le rencontrer, et vous ne devinerez pas où. Dans un bar de supporters lensois sur Paris ! A la suite d'une victoire à Charléty contre le Paris FC. Il avait fait la promesse au président de l'asso Lens Capitale qu'il viendrait le saluer à la fin du match. Au coup de sifflet final, Joseph a traversé tout le terrain pour monter en parcage, et ce afin de trouver Laurent, le président que j'évoquais. Cette anecdote est symbolique du personnage. Au bar, à la suite du match, on a aussi eu la chance d'échanger avec lui, mais également avec son conseiller juridique, qui évolue dans les hautes sphères du sport professionnel. Oughourlian est un homme réservé, timide, mais ambitieux. Il a découvert Lens, et s'en est amouraché. Je ne crois pas qu'il soit de passage. Il a fait plusieurs déplacements avec les supporters, notamment le barrage à Troyes que l'on remporte en prolongations. Son objectif, c'est d'installer le RC Lens dans la partie haute du championnat, et son rêve, de permettre au RC Lens de regoûter aux joies de l'Europe.

Durant votre longue période en L2, l'effectif a été très fluctuant, sans vraiment de ligne directrice d'un point de vue sportif. Partages-tu ce constat et quels ont été les changements à ce niveau depuis un ou deux ans ?

En Ligue 2, le club terminait chaque saison avec un déficit structurel lourd. Le centre de formation de La Gaillette et l'ensemble des infrastructures du club coûtaient très cher au RCL. On parle d'une dizaine de millions qu'il fallait combler chaque été, pour pouvoir passer sereinement devant la DNCG. La vente de jeunes joueurs, qui avait à peine côtoyé le niveau professionnel, devenait donc obligatoire. Lens n'a jamais pu réellement profiter des talents de Bellegarde (que l'on évoquera plus tard), Thorgan Hazard, William Bianda, ou Modibo Sagnan par exemple. Avant eux, les Wylan Cyprien, Benjamin Bourigeaud, Jean-Philippe Gbamin ou encore Serge Aurier, Geoffrey Kondogbia et Raphaël Varane, avaient aussi été cédés pour permettre au club de rester économiquement à flot.

Alors forcément, dans une conjoncture où tu constates rapidement que l’accès à la Ligue 1 ne sera pas chose aisée durant la saison, et sachant que ce n'est que cette dernière qui te permettra, via ses droits télés, d'avoir un business model pérenne, alors ta politique sportive s'en retrouve complètement chamboulée, et chaque saison tu te vois contraint de repartir avec un effectif amputé de tes meilleurs joueurs. La force du RC Lens, c'est qu'on arrivait quand même à attirer des joueurs de calibre Ligue 1 en leur vendant un objectif de montée. Mais vous le savez aussi bien que moi, la Ligue 2, c'est un véritable bourbier, et il faut bien plus que des individualités pour s'en sortir. Il faut un collectif extrêmement rodé.

Juste avant l'arrêt des championnats la saison dernière, qui a permis au club de monter (de justesse), Philippe Montanier a été remplacé par Franck Haise, l'entraîneur de la réserve. Qu'est-ce qui a motivé ce choix ?


Je parlais de collectif extrêmement rodé. Celui de la saison dernière l'était. Le club avait constitué depuis quelques saisons un noyau dur, constitué de Jean-Louis Leca, Steven Fortes et auquel se sont greffés des joueurs comme Cahuzac, Sotoca ou Diallo. L'équipe a bien tourné la saison dernière en L2, jusqu'à la sortie de l'hiver. Là, on perd 3-2 à Châteauroux (menés 3-0), puis 4-1 à domicile contre Caen. Et on passe troisième, soit barragiste, alors que l'on truste les deux premières places avec Lorient depuis quasiment le début de saison. On sentait, depuis la tribune, que la dynamique semblait s’étioler, sans pour autant être convaincus que Montanier n'était plus l'homme de la situation. Le board avait toutefois pris sa décision, et Franck Haise fut nommé à la place de Montanier. Haise, qui était coach de la N2, est monté avec son adjoint, Alou Diarra. Et de suite, le groupe s'est relancé en gagnant 2-0 à Charléty, puis en battant Orléans 1-0 grâce à un penalty de Sotoca. Le but de la montée !

Franck Haise est aujourd'hui considéré comme l'une des révélations au niveau des entraîneurs français. Quelles sont ses idées de jeu et le vois-tu durer à ce poste ?

Quand je parle de Franck Haise, j'ai l'image du doctorant qui me vient à l'esprit. Cet homme est un miracle. Je ne sais pas jusqu'où il ira, mais sa première saison dans l'élite est assez exceptionnelle. Le principe central qui fait la réussite de Franck Haise, c'est qu'il a conscience qu'il n'est pas omnipotent. Il délègue, et a admis que la délégation au RC Lens version 2020/2021 est une tâche relativement facile, étant donnée la compétence de chacun des membres qui composent le staff. Certains journalistes que j'ai la chance de côtoyer me parlent d'une véritable transformation au sein du club par l'intermédiaire du staff mais également des méthodologies de travail. On est à des années de ce qui était en place auparavant. Lens semble-t-il est enfin devenu un club moderne (rires).

L'effectif lensois paraît très équilibré, avec de bons recrutements effectués l'été dernier et des jeunes qui commencent à percer (Badé, Doucouré, Kalimuendo...). Vois-tu le RCL parvenir à se réinstaller durablement dans la première moitié de classement ?


Depuis que la nouvelle équipe dirigeante est arrivée, le recrutement est bon, pour ne pas dire excellent. Arnaud Pouille est le Directeur Général, quand Florent Ghisolfi chapeaute le sportif. En L2, l'accent avait été mis sur des joueurs de caractère, pour jouer la montée. Je pense à Fortes, Gradit, Leca, Cahuzac, Gillet ou encore Sotoca. Mais cette saison, on se rend compte que ces joueurs arrivent à se mettre au diapason de la Ligue 1. Pourquoi ? Parce que le groupe est parfaitement managé. Et aussi parce que cet été, on a intégré des joueurs de haut niveau à l'effectif : Kakuta et Seko Fofana. Que le club a fait des coups brillants en attirant des profils « post-formation » comme Badé ou Kalimuendo. Des joueurs talentueux avides de lancer leur carrière comme Ganago ou Medina. Et enfin, certains espoirs du centre de formation comme Doucouré (joueur en post-formation, il est arrivé du Real Bamako en 2018), Boura ou encore Pereira Da Costa viennent compléter un effectif finalement riche. Haise accorde du temps de jeu à quasiment tout le monde. Les compositions sont rarement les mêmes d'une semaine sur l'autre, et je pense que c'est ce qui permet aux joueurs de conserver une fraîcheur physique pour appliquer le jeu à haute intensité de Franck Haise.

En 2019, Jeanricner Bellegarde est passé d'un Racing à l'autre. Quel souvenir gardes-tu de ce joueur et comment vois-tu sa progression ?

Bellegarde, c'est, je l'espère, le dernier « espoir parti trop tôt ». Quelques mois plus tard, Chouiar nous quittera aussi. Comme je l'ai énoncé précédemment, la décennie noire du Racing a eu pour conséquence qu'un trop grand nombre de jeunes espoirs issus de La Gaillette, notre centre de formation, aient dû être vendus pour renflouer les caisses. Bellegarde nous quitte à la suite de la défaite contre Dijon, en finale des barrages 2019. Il marque un but superbe au match aller, dans un Bollaert en mode Vésuve. J'étais en Marek ce jour-là, et ce but de Jeanjean restera gravé à jamais dans ma mémoire, de par l'intensité exceptionnelle qu'il aura dégagé.

Bellegarde, c'est un talent brut. Je me rappelle de ses premières apparitions en milieu de terrain défensif. Il avait une capacité à éliminer en dribble court, à se projeter vers l'avant. Son but contre Dijon, il le finit tout seul, comme un grand, en face à face avec le gardien dijonnais. C'est un superbe joueur, un vrai box-to-box. Parfois, j'ai l'impression que Laurey le fait jouer sur un côté, presque dans un rôle de piston. Pourquoi pas. Je pense que dans le système de Franck Haise, il aurait eu sa place dans un rôle à la Seko Fofana. Dans un style différent, mais qui trouverait toute son efficacité.



Petit message perso. C'est un plaisir que de répondre aux questions de RacingStub. Mon oncle, alsacien, vous lit régulièrement. Et j'en profite pour saluer la mémoire de Frédéric, mon grand-père, alsacien également, et grand fan du RC Strasbourg, qui nous a quittés en début d'année. Bonne fin de saison au RCS et à tous ses supporters !


Un grand merci à Antoine, que vous pouvez retrouver sur Bollaert Mécanique et sur Culture Sang et Or, avec un podcast hebdomadaire.

athor

Commentaires (2)

Flux RSS 2 messages · 2.773 lectures · Premier message par gohelforever · Dernier message par gabmey87

  • Merci Athor pour ce bel article. Salutations à Antoine qui s'y connait. Et bravo à Lens, très grand club populaire, un de mes préférés pour son histoire et, bien sûr, son incroyable public. Ce club est une des belles raisons pour lesquelles on aime tant le foot.
  • Il est clair que la ligue 1 Uber Eats/Mediapro/Conforama/etc a bien plus besoin de Lens que d'Angers. Même côté supporters et histoire récente, c'est le jour et la nuit.

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