Jérémy Grimm, l’apôtre d’à côté

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Par louky
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© denisub90

Parti du Racing dans l’injuste indifférence d’un contexte grippé, Jérémy Grimm mérite pourtant qu’on agite les mouchoirs pour lui. Hommage ému au gamin d’Ostheim, de retour depuis peu à Colmar, qui fête aujourd’hui ses 34 ans.

L’histoire ne retient pas ceux qui restent à quai. Dans l’inconscient collectif, la mémoire des malchanceux du destin finit par se diluer dans une indifférence généralisée, à quelques rares - et notables - exceptions près. Le football n’échappe pas à cet effacement progressif des noms et des visages, quand le supporter chevronné les juge inutiles pour entretenir la flamme. Peut-être parce qu’à l’heure du tout-filmé, et de son business tourbillonnant, le paysage du ballon rond défile bien trop vite sous nos yeux de passionnés. Quitte, parfois, à perdre de vue l’essentiel. Ceux qui, dans le fond, s’éclipsent par la petite porte, trop timides pour courir après le train en marche.

Ainsi s’est achevée la magnifique épopée strasbourgeoise de Jérémy Grimm. Seul sur les quais de la gare de Bennwihr, un soir de mai 2020. Les yeux probablement embués de celui qui a éteint la lumière en partant avant de laisser la clé sous le paillasson. Et, espérons-le, le sourire d’avoir rendu des milliers d’Alsaciens fiers. De lui, du Racing, et d’eux-mêmes.

A vrai dire, cette vision rendrait moins insupportable l’injuste - et incompréhensible - quasi-absence d’hommages qui a suivi son départ. Celui du club était de bon aloi. Mais quid des supporters, du Stub ? Pourquoi personne, jusqu’alors, n’a-t-il daigné prendre le clavier et un peu de son temps pour conter Grimm ?

Une question de trajectoires



Parce qu’il y en a, des choses à dire, sur Jerem’. Franchement, qui y aurait cru, à cette spitz mémorable dans la lucarne du Lille de Bielsa, pour le grand retour de l’élite du foot à la Meinau ? Qui aurait pu ne serait-ce qu’envisager la trajectoire courbe du missile niché dans le filet d’un Allagbé renvoyé sur Saturne, lors d’une glaciale soirée de décembre 2016 face à Niort, qui a permis de mettre le Racing sur orbite ? Soyons franc : mis à part Liénard, personne n’avait envoyé pareilles pralines sur le pré de la Krimmeri depuis bien longtemps.

Dans le foot, il est toujours question de trajectoires. La carrière de Jérémy Grimm tient de la parabole ; l’histoire du fils prodigue. Laissé libre après son passage au centre de formation du Racing en 2007, le natif d’Ostheim fait ses armes chez le voisin colmarien, avec lequel il découvre le National en 2010. Dès sa première rencontre dans l’anti-chambre du foot pro, le milieu de terrain prend une habitude qu’il ne quittera plus même en changeant de tunique : celle d’inscrire un but lors du premier match à domicile de son équipe lorsqu’il découvre une nouvelle division. Le 7 août 2010, c’est lui qui donne la victoire aux hommes de Damien Ott. Sur péno’ au Stadium, face à Orléans.

Dans ce championnat âpre, Grimm fait son trou et devient la pierre angulaire de l’entre-jeu des Verts. Forcément, l’arrivée tonitruante du Racing dans la même division pousse la direction meinauvienne à se pencher sur ce gars du cru, à la fois extrêmement rugueux dans le duel et doté d’une belle qualité de passe. C’est donc par la grande porte que Jérémy Grimm fait son retour à Strasbourg, à l’été 2013.

Après un exercice que l’on qualifiera poliment de compliqué, le milieu prend enfin ses marques dans le onze de Jacky Duguépéroux. Au point de devenir l’un des tout meilleurs à son poste, véritable pieuvre du milieu de terrain, capable de marquer et de distiller autant de galettes que de tacles virils mais corrects. En fait, lorsque le Racing finit par monter en Ligue 2, il n’y a plus grand monde pour contester la place de titulaire de Jérémy Grimm qui signe son arrivée chez les pros par un coup de casque dans les filets d’un autre ancien de la maison, Régis Gurtner, pour la première à la Meinau. Icône - avant l’autre - de ce Racing vaillant à défaut d’être toujours flamboyant dans le jeu, l’Alsacien se place parmi les incontournables du onze du nouvel entraîneur Thierry Laurey. Jusqu’à la trêve.

La malédiction de « l’Alsacien du Racing »



L’arrivée, au mercato d’hiver, de l’Orléanais Jean-Eudes Aholou va bousculer le parcours enfin rectiligne de Grimm au Racing. Au fil des matchs, l’Ostheimois se voit progressivement substituer sur le terrain par l’Ivoirien. Pas parce qu’il est ridicule, au contraire. Jusqu’au bout de la saison, l’Alsacien délivre quelques passes réellement décisives, à l’image de cette pépite pour Khalid Boutaïb à Lens. En revanche, il souffrira d’un écueil aussi vieux que le football : celui de la comparaison.

C’est injuste, mais c’est ainsi : Jérémy Grimm n’est pas le genre de joueur dont on fait une compil’ YouTube des plus beaux gestes sur un fond sonore random d’électro. C’est le gars qui vient à l’entraînement en tram, quand ses coéquipiers arrivent dans le fracas du moteur d’une Porsche rutilante. Le gendre idéal, qui sourit quand on le reconnaît, qui répond avec bonhommie et sympathie aux demandes d’interviews et d’autographes.

Et c’est probablement ça, la malédiction du Haut-Rhinois. Poussé sur le banc par meilleur que lui, Jérémy Grimm a fini par être réduit par sa direction au statut de mascotte. «  L’Alsacien du Racing », une étiquette trop lourde à porter qui a peut-être aussi lassé des supporters peu dupes, frustrés de voir ce vrai bon joueur, un gars du coin à la sincérité et la gentillesse confondantes, se transformer en vulgaire GO de croisières et en égérie de concessionnaires autos locaux.

Un prophète



En fin de contrat après sept années passées en bleu, Jérémy Grimm s’est retiré malgré lui du monde pro il y a près d’un an. Sans fleur ni couronne. A Strasbourg, ils sont plusieurs à avoir appris à leurs dépens qu’il est dur d’être prophète en son pays. A fortiori lorsque chaque prestation est jugée, scrutée, analysée par les apôtres (ou ayatollahs) du beau jeu.

Peut-être parce que sa plus belle prestation sous le maillot strasbourgeois, Jérémy Grimm l’a effectué dans l’ombre de celui qui, depuis, jouit d’une aura divine en Alsace. Cette soirée folle de mai 2018, l’Alsacien est titulaire face à l’ogre lyonnais. Dans l’euphorie d’un coup-franc magistral, beaucoup ont oublié le match immense du grand blond, qui a muselé Nabil Fekir et nettoyé le milieu de terrain à coups de savate et de casque. Un patron, comme il a su l’être à plusieurs reprises cette saison-là, à l’origine du deuxième but avec une récupération haute et tranchante dont il a le secret. Dans la foulée, un maintien et un mariage, avec sa compagne Cathy, dont il a demandé la main un an auparavant au milieu de ses coéquipiers dans l’extase d’une autre belle soirée de printemps à la Meinau.

A 33 ans, après plusieurs mois de chômage, le milieu de terrain a décidé d’écouter son cœur. Au prix d’un sacrifice ; celui d’une suite en pro. Le voici donc de retour chez lui, dans son jardin colmarien, où il tâchera de guider ses coéquipiers vers le National, pour une nouvelle ascension. En lui souhaitant de tout cœur d’être enfin prophète en son pays. Après tout, Jérémy Grimm n’est pas à une résurrection près.

louky

Commentaires (7)

Flux RSS 7 messages · 2.552 lectures · Premier message par timrox · Dernier message par gohelforever

  • Très bel article ! Merci ! et Merci à Jeremy pour son apport dans la réussite du Racing dans des moments difficiles !
  • gut
  • Très jolie plume. Bravo ! Et vive, Jérémy !
  • Grand joueur......un homme de devoir, tout club a besoin de tel joueur.
    Bel article
  • Très bel article, bravo pour le travail, il nous manque le Jérémy...
  • takl1234655756.jpg
    Modifié par takl ·
    takl • 41 ans
    Très bel article. Grimm est à jamais dans nos coeurs.
  • Cet hommage est un tout petit minimum. Merci d'avoir pris le temps de le rendre par ce très bel article. Et bien vu le rappel du match monstrueux contre l'OL. Pour moi, son départ et sa fin en eau de boudin sont une déchirure. Dans la vision romantique que certains, comme moi, ont du foot, c'est forcément un crève cœur de l'avoir vu nous quitter comme cela. Et plus encore, bien trop longtemps, son rôle d'utilitaire qu'on lui a fait jouer...ET j'avoue que je touche là à la limite de mes connaissances footballistiques, car je ne le trouvais pas du tout à la rue et tellement en -dessous du niveau de la concurrence. Et puis cette patate gauche... Je lui souhaite sincèrement tout le meilleur pour la suite et j'aurais adoré que sa reconversion se fasse au Racing.Il en incarnait si joliment l'âme et les valeurs. Mais c'est injuste et la vie est souvent injuste. J'espère, Jérèm', avoir l'occasion, un jour, de te dire tout cela de vive voix.

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