Julien Stéphan nouvel entraîneur du Racing

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Par athor
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Moins d'une semaine après la fin de l'ère Thierry Laurey, le Racing a semble-t-il réalisé un joli coup sur le marché des entraîneurs en engageant Julien Stéphan pour trois saisons. L'ancien Rennais entend bien poursuivre une carrière rondement menée jusque là.

Dix ans tout juste après son redémarrage tout en bas de l’échelle du football national, le Racing a bouleversé ses traditions historiques en matière d’entraîneurs. Après en avoir "consommé" 59 (en comptant les passages multiples de certains) entre 1933 et 2011, soit presque huit techniciens par décennie, depuis 2011, seuls trois se sont partagés la responsabilité du banc. Le dernier en date, Thierry Laurey, a même pulvérisé le record de longévité sur un seul passage, signe que le club cherche désormais à miser sur la stabilité. La succession de ce dernier ne s’annonce donc pas simple, tant il a su remplir ses objectifs tout au long de ses cinq saisons. Si l’annonce officielle de son départ n’a eu lieu qu’au lendemain de la dernière journée de championnat, le nom des différents candidats au poste ont animés les colonnes des journaux et des sites internet, plus ou moins douteux, depuis déjà plusieurs semaines. Les profils de Rémi Garde, Olivier Dall’Oglio ou Jocelyn Gourvennec ont été les plus cités, mais l’heureux élu, Julien Stéphan, est entré en lice assez tardivement. Le nom de l’ancien coach rennais était d’abord associé à des projets plus huppés, comme Nice ou Lyon, mais jamais vraiment comme un premier choix. Désireux de retrouver un poste, il a rapidement été convaincu par Marc Keller, après une journée d’échanges ce vendredi 28 mai. Le Breton de 40 ans devient donc l’entraîneur du Racing pour les trois prochaines saisons.
 
Le nouveau coach strasbourgeois présente un profil plutôt particulier, surtout pour un technicien français. Si dans bien des pays européens, on retrouve des entraîneurs n’ayant pas fait de carrière professionnelle au haut niveau, ou bien s’étant formé à l’Université, la Fédération Française de Football conserve son idée d’un verrouillage de l’accès aux diplômes donnant droit de prendre en main un club professionnel. Ainsi, en L1 et en L2, il est encore très rare de voir un entraîneur sans passé de joueur pro. Julien Stéphan fait lui partie de ces exceptions, même s’il est difficile de le présenter en faisant abstraction de sa filiation. Son père, Guy Stéphan a connu une solide carrière de joueur en deuxième division, naviguant dans le quart nord-ouest de la France, entre Guingamp, Le Havre, Orléans et Rennes, où son épouse Françoise a donné naissance à son fils ainé Julien en 1980. Six ans plus tard, alors qu’il évolue à Caen, le milieu offensif voit sa carrière de joueur brisée par un accident de voiture. Mais le Stade Malherbe lui propose rapidement un poste d’entraîneur de l’équipe réserve, le faisant basculer dans une seconde carrière qui sera prolifique. Guy Stéphan se fera notamment remarquer à Lyon comme coach principal au milieu des années 1990, avant de devenir l’adjoint emblématique de Didier Deschamps à partir de 2009. Pour son fils, difficile de ne pas baigner dans ce milieu : « à Lyon, il venait derrière le banc de touche pour observer ce que je faisais. Il a pu vivre tout ça de l’intérieur. On avait évidemment des discussions sur les différentes organisations de jeu, les manières de se préparer et les qualités individuelles de certains joueurs. Julien avait cette vocation de devenir coach. Il sait ce qu’est une séance d’entraînement, une planification, faire des choix d’équipe. »

Mais avant d’envisager cette carrière de technicien, Julien Stéphan a d’abord débuté le football comme joueur, naviguant entre les clubs au gré des déménagements familiaux. Après être passé par les équipes de jeunes de Lyon et Bordeaux, il intègre le centre de formation du PSG à l’âge de 18 ans pour y évoluer avec l’équipe réserve, mais sans parvenir à passer le cap. En 2001, il tente sa chance à Toulouse, qui vient de subir un redressement judiciaire et doit repartir en National avec une équipe jeune et quelques vieux briscards, mais son temps de jeu demeure limité. Un ultime passage au Racing club de Paris en CFA tout aussi mitigé, et Stéphan décide de se rapprocher de sa Bretagne natale en 2003. Inscrit en licence STAPS à l’Université de Rennes, il signe une licence à St-Brieuc, toujours en CFA, mais avec un fonctionnement amateur et des entraînements le soir. Sous la houlette de l’ancien pro Pierre-Yves David, l’étudiant sent pousser une vocation : « si la volonté d'être coach était déjà en moi - un peu enfouie mais présente - côtoyer Pierrot m'a confirmé que les relations humaines sont essentielles dans la gestion d'un groupe. Ses séances étaient vivantes et intéressantes, on prenait du plaisir à s'entraîner avec lui et à être ensemble. » Après deux saisons au Stade Briochin et après avoir validé sa maîtrise de STAPS, Stéphan prend la direction de Dreux, en CFA2, toujours comme joueur, mais son entraîneur Patrick Colas lui voit déjà un avenir sur le banc «  quand je suis allé le chercher, on sentait dans son discours qu’il voulait préparer la suite. Il avait déjà un diplôme et on lui a tout de suite confié l’encadrement des U18. Je ne pense pas qu’il serait venu jouer ici sans ce poste d’éducateur. »
 
A 25 ans, le Rennais a donc déjà un pied dans le coaching, jonglant entre la préparation aux diplômes fédéraux, sa carrière de joueur et la gestion des U18, puis des U19, de Dreux. Après trois saisons en Eure-et-Loire, il raccroche définitivement les crampons et rejoint le centre de formation de Châteauroux pour s’occuper des U15 pendant deux saisons, avant de prendre la direction de Lorient avec l’équipe des U17 Nationaux. Et en 2012, Patrick Rampillon, le directeur du centre de formation de Rennes le contacte : «  je connais Julien depuis tout petit, étant donné que j’ai joué avec son père. Dès qu’il est devenu entraîneur, j’ai commencé à suivre son travail. À Lorient, il a montré toutes ses qualités et quand il y a eu une opportunité après le départ d’un entraîneur, je n’ai pas hésité à le faire venir. » Pour ce supporter revendiqué du Stade rennais, difficile de laisser passer l’opportunité. Avec les U19, son travail est reconnu, sa soif d’apprendre et de progression sont soulignés par ses collègues. Alors, quand en 2015, le poste d’entraîneur de l’équipe réserve se libère après le départ de Laurent Huard, le club, dont le centre de formation est solidement installé dans le top 3 français, n’hésite pas longtemps à le confier à Julien Stéphan, qui fête à peine ses 35 ans. Une évidence pour Rampillon, satisfait des progrès de son protégé : « Julien est un gros travailleur, très axé sur le jeu, le terrain, l’entraînement et les statistiques. C’est quelqu’un de très compétent, il a une vraie connaissance du foot et il a pu s’inspirer de l’école nantaise ou de Gourcuff à Lorient pour faire sa propre mayonnaise. »

A la tête de l’équipe réserve, qui évolue en CFA2, il retrouve les joueurs qu’il avait déjà sous ses ordres quelques mois auparavant, parmi lesquels Ousmane Dembélé, James Léa-Siliki, Armand Laurienté ou encore Jérémy Gélin. Comme lors de ses années précédentes, la méthode fonctionne et Rennes termine champion de son groupe et monte en CFA, championnat qu’il remporte également en 2017. Forcément, chez les supporters rennais, la hype se fait sentir et certains réclament même de voir ce jeune coach prometteur prendre les rênes de l’équipe première. Un accomplissement qui arrivera finalement peu de temps après.

A la fin de l’été 2018, Thierry Henry cherche activement à lancer sa carrière d’entraîneur et souhaite constituer un staff avec des personnes de confiance. Sensible aux résultats probants de Stéphan dans les équipes de jeunes, le champion du monde 1998 finit par le convaincre de le rejoindre dès qu’il aura signé avec un club, chose faite en octobre avec Monaco. Mais Rennes n’accepte pas de lâcher sa "pépite" et refuse les avances de l’ASM. Une déception pour Julien Stéphan, mais qui a vite été effacée moins de deux mois plus tard. En difficultés en L1, le Stade rennais enchaîne les résultats négatifs, dont un cinglant revers à domicile face au Racing (1-4). A la tête de l’équipe, Sabri Lamouchi apparait sans solutions et lâché par certains de ses cadres. Le président Olivier Létang, dont les méthodes bousculent le train-train habituel du Roazhon Park depuis son arrivée un an auparavant, n’hésite pas à se séparer de l’ancien sélectionneur de la Côte d’Ivoire juste avant un déplacement périlleux à Lyon. Pour assurer l’intérim, et pour calmer l’opinion publique locale, Létang fait appel à Stéphan, lui laissant trois matchs « pour faire ses preuves » mais tout en ayant à l’esprit le projet de faire signer Laurent Blanc. Mais le natif de la ville débute par une victoire 2-0 au Groupama Stadium, avant d’enchaîner quatre succès de rang, dont une qualification presque inespérée pour les seizièmes de finale de Ligue Europa. Olivier Létang se retrouve en quelque sorte pris à son propre piège et n’a pas d’autre choix que de conforter l’entraîneur en place. Peu à peu, le public se retrouve une passion pour son club, appréciant les qualités de communication d’un entraîneur qui a su créer un état d’esprit au sein du vestiaire. Les joueurs, dont beaucoup l’ont connu durant leur formation, adhèrent en effet rapidement aux méthodes de ce coach très porté sur les relations humaines : « j’aime les gens, j’aime les joueurs parce que j’ai un énorme respect pour eux, pour ce qu’ils sont capables de faire. Donc je les aime. Un joueur, pour qu’il puisse donner le maximum de son potentiel sur le terrain, doit être bien à côté, donc la connexion humaine est indispensable. On a des effectifs de plus de vingt joueurs et on a besoin de tout le monde sur la durée. Donc pour garder les gars en éveil, concernés, on a besoin de leur apporter de l’amour au quotidien, de discuter avec eux, d’échanger, par moments de se justifier du pourquoi de certains choix. Les joueurs doivent comprendre. Une fois qu’ils ont compris, ils acceptent mieux la situation. »

Le Stade rennais va alors vivre l’un des printemps les plus excitants de son histoire récente. Pas forcément par le championnat, où l’équipe navigue en milieu de tableau (comme d’habitude alors), mais d’abord en coupe d’Europe, où après une qualification héroïque face au Bétis Séville, les Bretons tombent les armes à la main face à Arsenal en huitièmes de finale. En Coupe de France surtout, le club se qualifie pour la finale face au PSG, et après un match à suspens, parvient à l’emporter aux tirs au but. 48 ans après le dernier, Rennes a enfin gagner un nouveau titre, mettant fin à une forme de malédiction. Inutile de dire que Julien Stéphan est porté en triomphe.

A l'intersaison, l'effectif est modifié, avec les départs notables de Bensebaini, André ou encore Ben Arfa, avec qui le courant n'est jamais vraiment passé, et Stéphan décide de conforter la place des jeunes du centre de formation, à l'image d'Eduardo Camavinga, qu'il couve depuis l'époque de l'équipe réserve (Stéphan l'a lancé à 15 ans à ce niveau), tout en apportant des retouches intéressantes, avec le prêt de Joris Gnagnon ou l'arrivée de Raphinha et du gardien Mendy. Dès le début de cette saison 2019/2020, Julien Stéphan met à l’œuvre son schéma en 3-5-2, porté par ses deux latéraux offensifs et par la qualité de relance de Jérémy Gélin, placé comme troisième défenseur central. Mais après trois victoires de rang, dont un succès à domicile contre le PSG, la machine se grippe vite et Rennes ne gagne plus pendant près de deux mois. Olivier Létang ne tarde pas à mettre la pression sur un coach avec les relations se sont encore distendues depuis l'été, mais la famille Pinault insiste pour que le fils prodigue conserve sa place. A la faveur d'un retour à un système en 4-4-2, qui installe définitivement Camavinga au cœur du jeu, les résultats reviennent et les Bretons s'installent peu à peu en haut du classement. Si tout va bien au niveau sportif, en coulisses, les relations Létang-Stéphan finissent par trouver une issue avec le départ du premier. François-Henri Pinault, l'actionnaire majoritaire, met en avant « une divergence sur le mode d'organisation du club », tout en reprochant à l'ex-président « son bras de fer avec le coach Julien Stéphan et son omniprésence dans toutes les composantes du club. »

L'entraîneur s'en retrouve évidemment conforté. Mieux, à la faveur de l'arrêt prématuré du championnat, le Stade rennais est 3ème de L1 et se retrouve donc qualifié en Ligue des Champions pour la première fois de son histoire. En mai 2020, pour préparer l'intersaison qui s'annonce mouvementée, le club nomme Florian Maurice, l'ancien responsable du recrutement de Lyon, comme directeur sportif. Mais là encore, le courant passe mal avec l'entraîneur en place. Sur le recrutement, Stéphan définit une liste de profil, notamment au poste de défenseur central. Pour pouvoir jouer avec un bloc haut, le coach souhaite un joueur rapide et les noms de Mohamed Simakan, Mohammed Salisu et William Saliba sont cités. Maurice finit par faire obtenir le prêt de l'Italien Rugani pour 2M€, contre l'avis de son entraîneur car à l'opposé du profil souhaité. Le joueur repartira dès le mercato hivernal. Le schéma se reproduit avec l'arrivée de Martin Terrier, imposé par Maurice malgré les doutes de Stéphan sur ses qualités mentales. Enfin, le départ de Raphinha vers Leeds, pour un montant inférieur à celui auquel Rennes l'avait acquis un an auparavant, est aussi resté en travers de la gorge de l'entraîneur. Par ailleurs, la réorganisation totale du centre de formation par Florian Maurice sans le consulter a achevé de crisper Julien Stéphan, qui doit également composer avec un parcours épuisant physiquement et mentalement en Ligue des Champions.

Résultat, en s'investissant à fond dans tout le secteur sportif, en étant impliqué émotionnellement et en subissant les critiques de certains chroniqueurs (dont des amis d'Olivier Létang qui profitent de l'aubaine), Julien Stéphan finit par craquer et par perdre le fil de son équipe. Le 26 février, chose rare dans le milieu, il décide de présenter sa démission ferme, sans aucune indemnité. Jusqu'au bout, certains cadres du vestiaire et le nouveau président Nicolas Holveck ont tenté de l'en dissuader, mais Stéphan « n'a plus la force de continuer » et met un terme à un passage de presque neuf saisons à Rennes, une période qui l'a fait passé du statut d'entraîneur de jeunes à celui de l'un des techniciens les plus en vue en France, symbole d'une certaine nouvelle vague.

A bientôt 41 ans (en septembre), le nouvel entraîneur du Racing a donc la lourde tâche de succéder à Thierry Laurey et d'insuffler un nouveau souffle à une équipe en reconstruction. Lui le formateur devra parvenir à intégrer les nouveaux pros des générations 2001, 2002 et 2003, tout en préparant l'arrivée des suivantes, le centre de formation commençant à nouveau à tourner à plein régime. Surtout, Stéphan sera attendu par le public, qu'on espère revoir au stade dès la reprise, pour redonner du plaisir. Ça tombe plutôt bien, c'est son crédo : « on se doit de générer de l'émotion et de donner du plaisir. Au foot, on doit marquer des buts pour gagner des matchs (sic). Donc il faut mettre du monde dans le camp adverse, mettre le ballon dans la surface de réparation, entreprendre, frapper, prendre des risques. Mais ça doit bien sûr toujours se faire dans une forme d'équilibre. » Le Breton, qui puise notamment ses inspirations chez Reynald Denoueix et Christian Gourcuff (qu'il a côtoyé à Lorient puis Rennes), mais aussi d'Espagne, lui qui a effectué son stage pratique du DEPF à la Real Sociedad, est plutôt un adepte du 4-4-2, mais, loin d'être un dogmatique, il sait parfaitement s'adapter : « il y a quand même une tendance actuelle très forte à ce que les systèmes ne veulent plus dire grand chose. Il y a des joueurs qui sont disposés dans des espaces de jeu différents. Il y a un repère sur le plan défensif, une structure, mais quand on utilise le ballon, il y a beaucoup de mouvements, et des changements de postes et de positions qui peuvent s'opérer à l'intérieur de l'animation. »

Accompagné de Jean-Marc Kuentz, avec qui il a déjà collaboré à Rennes, et d'un staff dont les contours restent à définir, Julien Stéphan peut donc désormais s'atteler à la construction de son effectif, dans un environnement plus apaisé et plus propice à la réussite qu'à Rennes. La pression est désormais sur ses épaules.
 
 
Citation extraites du Point, du Télégramme, Ouest-France et So Foot.

athor

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