Pour tout l'or du monde

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Par kitl
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France Olympique 1948.png
L'équipe de France olympique de 1948

La présence d’Anthony Caci au sein de l’équipe de France olympique nous ramène au souvenir des pionniers alsaciens Joseph Heckel, Raymond Krug et Lucien Schaeffer, engagés à Londres en 1948. L’occasion de revenir sur les évolutions du tournoi de football aux JO, à travers des figures connues au Racing…

Soumis à la concurrence du bassin de cinquante mètres, des tatamis et du tartan, le football n’occupe qu’une place secondaire aux Jeux Olympiques, organisés tous les quatre ans – un rythme repris par la Coupe du monde. La faute à de nombreux changements de règlement, sur lesquels nous reviendrons. Les joueurs eux-mêmes ne sont pas pleinement intégrés dans le grand cirque olympique, puisque le tournoi se déroule sur plusieurs sites avant de se conclure en grande pompe généralement au stade olympique. Ainsi en 1996 à l’occasion de sa dernière participation, la France n’a vu que Miami et Orlando, sans pouvoir découvrir Atlanta…

Le tournoi de football olympique a cependant fait figure de championnat du monde officieux à partir des années 1920, donnant peut-être à la FIFA, et à son président Jules Rimet, l’idée d’organiser elle-même un rendez-vous intercontinental. Ce sera chose faite en 1930, en Uruguay, petit pays dont la sélection a décroché les deux derniers titres olympiques acquis à Paris en 1924 et à Amsterdam en 1928. Dans le stade qui verra le Racing s’incliner 4-0 en C1, la finale mit aux prises l’Uruguay et l’Argentine : quelques protagonistes comme Nasazzi, Cea, Andrade ou Monti disputeront à leur tour la première finale de Coupe du monde au Centenario de Montevideo.

Auparavant, on vit des équipes locales remporter les tous premiers tournois au début du XXème siècle, avant que de véritables sélections nationales soient engagées, sous l’égide de la FIFA. Les JO de Londres en 1908 ont notamment servi de cadre à la plus large déroute de l’histoire de l’Equipe de France, un cinglant 1-17 face au Danemark, qui suivait un non moins brutal 0-9 contre les mêmes Scandinaves. Ces rencontres comptent alors comme des rencontres officielles des sélections A, ce sera le cas jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

La France connaît une relative embellie entre 1920 et 1928, avec trois participations consécutives. La vedette de l’époque Jules Devaquez – triple vainqueur de la Coupe de France et futur recordman des sélections – dispute les trois Jeux. Signe des temps, la sélection s’est déjà dispersée après la demi-finale perdue à Anvers et ne disputa donc pas la finale pour la médaille de bronze.

Encore marginal sur la scène footballistique locale, le Racing n’envoie pas de joueur, à l’inverse de l’AS Strasbourg (Alfred Roth en 1920) ou du Red Star Strasbourg (Ernest Gross en 1924). Maurice Banide, futur joueur de l’ASS et du FC Mulhouse, est de la partie en 1928, de même que Thépot, Villaplane, Langiller ou encore Lucien Laurent, qu’on retrouvera tous en Uruguay.
Lucien Laurent, premier buteur de l’histoire de la Coupe du monde, qui évoluera au RC Strasbourg entre 1937 et décembre 1938. Quant à Banide, est-il en parenté avec Gérard Banide ?

Le professionnalisme prohibé



Après la guerre, la France précède en quelque sorte le changement de réglementation du CIO en dépêchant à Londres en 1948 une équipe estampillée « amateur ». L’Equipe de France olympique de 1948 comporte quelques joueurs amenés à s’illustrer en Division nationale, les futurs mondialistes de 1954 Gianessi et Strappe, d’autres illustres inconnus et trois Racingmen : le gardien Lucien Schaeffer, le demi Raymond Krug et l’ailier Joseph Heckel.

On ignore les critères de sélections, mais Schaeffer et Krug viennent de débuter chez les professionnels, tandis que Heckel s’apprête à regagner La Walck et son entreprise florissante dans la chaussure à crampons. Après battu l’Inde – dont les joueurs évoluaient pieds nus à la grande stupéfaction du public anglais –, la France s’incline 1-0 face au pays organisateur.

C’est à partir de Rome (1960) que Lausanne fixe la condition de l’amateurisme pour prendre part aux Jeux Olympiques, une consigne à laquelle les « démocraties populaires » de l’Est se plièrent sans broncher, les joueurs étant toute la saison sous contrat avec l’armée, la police, les sociétés de transport ou les grands combinats industriels. Le tournoi olympique demeura leur chasse gardée jusqu’au prochain changement. Dès 1952, la grande équipe de Hongrie (Puskas, Kocsis, Boszik, Czibor, Hidegkuti…) confirma son statut de meilleure équipe du moment. L’URSS de 1956 annonce la génération Yachine et l’émergence du football soviétique dans les futures compétitions internationales.

De futures vedettes internationales plus ou moins exotiques ont disputé le tournoi olympique bien avant de fouler la pelouse de la Meinau : citons Ivica Osim, les Israéliens Spiegel et Peretz, l’Australien Farina, le Coréen Seo… Le Polonais Andrzej Jarosik a même été titré en 1972, même s’il refusa d’entrer en jeu lors d’une rencontre et se vit mettre au rencard pendant des décennies.

Quant à la France, elle signe deux performances anecdotiques à Rome 1960 puis Mexico 1968. Encore Stéphanois avant de rejoindre le RCS, Gines Gonzales et Gérard Coinçon n’avaient pas les armes face au futur Ballon d’Or hongrois Florian Albert.

Fidèle à l’esprit d’Avery Brundage, patron du CIO viscéralement hostile à toute forme de professionnalisme, la France envoie des sélections mixant jeunes professionnels appelés sous les drapeaux, étudiants-footballeurs et authentiques amateurs.
Ainsi à Mexico, on retrouve les jeunes Jean-Michel Larqué, déjà champion de France mais toujours à la faculté, Dario Grava qui n’a pas encore quitté Neuweg, le bidasse Yves Triantafilos, mais aussi Daniel Horlaville, qui connaîtra une sélection chez les A, toujours comme amateur et le mythique Freddy Zix des Pierrots, chaperonnant cette sélection olympique à 33 ans. A noter que Roger Rocher traîna des pieds pour libérer Larqué, prétextant un tour préliminaire contre le Celtic Glasgow...

A Montréal, la France bute à nouveau en quart de finale, face aux futurs vainqueurs est-allemands, dont une bonne partie avait participé à la Coupe du monde deux ans auparavant. Parmi les joueurs à l’orée de leur carrière pro figurent une forte ossature « platinienne » (Olivier Rouyer, Paco Rubio, Patrick Battiston accompagnant le nouvel espoir du foot hexagonal) et la triplette nantaise Baronchelli-Pécout-Amisse qui sera sacrée championne de France en fin de saison.

Vers un championnat des espoirs



Le verrou Brundage ayant sauté, les professionnels sont à nouveau autorisés pour Los Angeles 1984. L’occasion est bonne puisque l’Union soviétique et ses satellites – dont ne fait pas partie la Yougoslavie – revoient aux Etats-Unis leur boycott de 1980. Pour cette édition, seuls les joueurs n’ayant pris part à aucune rencontre officielle sont sélectionnables. En clair, aucun participant à la Coupe du monde, ni au Championnat d’Europe des nations, Copa America, etc…, ni même à leurs éliminatoires.

Il s’agit donc d’équipes B voire C. L’esprit chevaleresque des Jeux Olympiques est préservé et le CIO entend redynamiser un tournoi de football en perte de vitesse. Après un premier tour quelconque sur la côte Est, les Bleus d’Henri Michel font feu de tout bois à Pasadena, en disposant de l’Egypte puis surtout de la Yougoslavie et du Brésil. L’Alsacien Albert Rust est le seul champion olympique et champion d’Europe 1984, puisqu’il ne compte alors aucune sélection chez les A. Les futurs Strasbourgeois Brisson et Cubaynes sont également titrés.

Point commun avec d’autres sports collectifs (basket-ball, handball, volleyball…), le plateau du tournoi des JO n’est lui-même pas forcément des plus relevés mais les places sont chères avec douze qualifiés. Il faut donc se qualifier, ce que la France échoue à faire pour Séoul. Bien qu’étant éloignée de la sélection A, la sélection « olympique » reflète la santé fragile du football français après les retraites de Platini, Bossis, Giresse ou Rocheteau. Les années de vaches maigres de l’Equipe de France expliquent la présence de troisièmes couteaux chez les olympiques (voir ici), comme Fabrice Mège, Antoine Kombouaré ou Thierry Laurey.

La problématique de la qualification reste vive en dépit d’un nouveau changement de règlement. A partir de Barcelone 1992, on retrouve les sélections Espoirs, avec des joueurs âgés de 23 ans et moins, qui décrochent leur qualification au cours d’une épreuve continentale.
Demi-finaliste de l’Euro espoirs 1996, la France composte son billet pour Atlanta. Mais Raymond Domenech choisira de ne pas utiliser le joker introduit cette année-là, à savoir la présence de trois éléments âgés de plus de 23 ans. Les Strasbourgeois Martin Djetou (en partance pour Monaco) et Olivier Dacourt font partie de l’équipe qui s’inclinera en quart face au Portugal, en compagnie d’autres joueurs appelés à un bel avenir en Bleu.

La France se fera par la suite une véritable spécialité d’échouer aux portes des olympiades, dans des conditions rocambolesques comme à Parme en 1999 ou à Clermont en 2003. Les éliminations de plus en plus précoces avant les Championnats d’Europe espoirs réglaient la question avant que l’équipe de 2019 ne décroche sa place pour Tokyo. Anthony Caci est d’ailleurs l’un des trois rescapés de l’Euro italien, avec Bernardoni et Tousart, le football français ayant choisi une nouvelle fois de se vautrer en mettant des bâtons dans les roues du sélectionneur Ripoll, qui n’avait pas besoin de cela.

Au rayon des curiosités récentes, on relève la présence de Karim Haggui juste avant de rejoindre Strasbourg en 2004. Magaye Gueye a joué la carte sénégalaise aux JO de Londres en 2012 et Lebo Mothiba était de la fête à Rio de Janeiro.

Le tournoi de football des Jeux Olympiques a donc cessé depuis belle lurette de mettre aux prises les meilleures formations de la planète, mais il donne un aperçu de belles générations par anticipation tout en promouvant l’universalisme cher à un certain baron.

kitl

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