Vauvenargues Kéhi nous a quittés

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Par athor
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© anais

Presque quatre ans après la disparition de Steven Keller, un autre membre de l'équipe qui a relancé le Racing en CFA2 s'est éteint. Vauvenargues Kéhi est décédé d'un accident de la route ce samedi, à seulement 29 ans.

La nouvelle est toujours brutale, incroyable et effroyable : Vauvenargues Kéhi est décédé ce samedi 4 septembre dans un accident de voiture, à seulement 29 ans. Au-delà des circonstances de la tragédie, sur une route qui a arraché tant de personnes à leurs proches, cette disparition marque les esprits par la personnalité attachante du joueur et sa présence dès le début de la reconstruction du Racing en 2011. A cette époque, en juillet, alors que le club vivait dans l'incertitude et que la quasi-totalité des joueurs étaient déjà partis, François Keller tentait de monter une équipe sans même savoir si celle-ci pourrait s'engager dans une compétition. Vauvenargues est mis à l'essai à Nice avec la perspective de devenir le 3ème gardien de l'équipe professionnelle, mais il décide finalement de rester et de tenter l'aventure : « J'ai tout de suite senti que c'est là que je voulais être » disait-il. Lui et trois autres joueurs (Adel Benchenane, Joris Ursch et le regretté Steven Keller) sont les premiers à s'engager véritablement, avec l'insouciance de leurs 19 ans, mais aussi la ferme volonté de remettre leur club au niveau qui est le sien.

Le gardien sera ainsi un cadre de l'équipe championne de CFA2, disputant 29 matchs de championnat, et paraissait lancé pour accompagner le Racing vers le monde pro. Malheureusement, lors du quatrième match du championnat de CFA, sur la pelouse de Moulins, il se blesse gravement au peroné et sera indisponible plus de huit mois. Vauvenargues Kéhi ne le sait pas encore, mais ce sera le tournant de sa carrière et la fin de ses espoirs de percer dans le monde pro. Victime d'autres pépins physiques, il ne parviendra jamais à retrouver sa place de titulaire au RCS, barré par Guillaume Gauclin. Il quitte le club en 2014, à l'issue d'une saison compliquée pour tous, après donc huit ans passés sous le maillot bleu.

Plutôt de tenter l'aventure ailleurs, lui qui était bien installé en Alsace, Kéhi a pu rebondir à Biesheim, un club bien installé en CFA2, pour combiner sa passion du foot avec son projet de reconversion professionnelle. Malgré un petit intermède du côté d'Offenbourg en 2019/2020, il entamait cette saison sa septième saison avec l'équipe rhénane. A 29 ans, celui qui était aussi réservé que profondément gentil et attachant aurait encore pu faire étalage de ses qualités sur les pelouses alsaciennes pendant de longues saisons, il n'en sera rien. Vauvenargues Kéhi laisse derrière lui une épouse, deux enfants, une famille, des amis et des dizaines de beaux souvenirs du côté de la Meinau. Il restera à jamais l'un des pionniers de la reconstruction de ce club qu'il aimait tant.

Toute l'équipe du site racingstub.com adresse à sa famille et à ses proches ses plus sincères condoléances.

Nous vous proposons également de relire l'interview qu'il avait accordé à racingstub.com et à @inter au printemps 2018 :



« Vous avez démarré votre parcours sportif dans l'Essonne.

J'ai commencé le football à l'âge de 6 ans à Evry comme joueur de champ mais rapidement à 8 ans, j'ai été gardien de but. Je suis resté à Evry jusqu'en moins de 13, puis je suis allé à Bretigny.

On vous imagine comme quelqu'un de calme...

J'étais assez turbulent quand j'étais jeune, notamment à l'école avec quelques écarts de conduite. Cela n'avait jamais affecté le football. En benjamins, j'ai été un peu bagarreur, le président m'a même suspendu un mois. Cet épisode m'a permis d'ouvrir les yeux, de me structurer, de me discipliner car si je voulais faire ce que j'aime, c'est à dire le foot, il fallait que je me tienne à carreau.

Vous avez eu des contacts avec Monaco, St-Etienne, Auxerre...

Mais les premiers contacts, dès l'âge de 11 ans, c'était avec Strasbourg, alors que j'étais encore à Evry. Il y avait un joueur qui était en contact très avancé avec le Racing Club de Strasbourg (Jeffrey Senou) et ce jour-là, j'ai fait un très bon match. Le recruteur pour la région parisienne est venu après le match féliciter mes parents qui étaient là.
Il y a eu un très bon feeling avec Strasbourg. Nasser Larguet et Jean-Marc Kuentz se sont déplacés pour voir mes parents et cela leur avait plu. Ils ont présenté un projet, mais pas que football, il était question aussi d'éducation, de vie de tous les jours. Je suis arrivé à Strasbourg à 14 ans et j'ai poursuivi mes études jusqu'à obtenir un BEP vente.

Vous étiez stagiaire au centre de formation, avez disputé de nombreux matchs en catégories jeunes, et en réserve (vainqueur de la coupe d'Alsace en 2010 et champion du CFA2 en 2011). Ce que beaucoup ignorent, c'est que vous avez honoré deux sélections nationales.

Oui, avec l'équipe de France des U17 contre la Côte d'Ivoire au tournoi de Montaigu, puis avec la sélection des U20 ivoiriens, lors d'un match perdu 2-0 contre l'Italie au tournoi de Toulon, en juin 2011.

Vous avez joué votre premier match avec l'équipe pro du Racing à 17 ans en coupe de la Ligue.

C'était le 30 juillet 2010 contre Evian-Thonon Gaillard, match perdu aux tirs au but (4-5) après un un match nul 2-2 après prolongation. J'ai disputé également un tour de coupe de France perdu contre Angers 2-0. Il était convenu avec le staff, en début de saison, qu'en tant que deuxième gardien après Régis Gurtner, je devais disputer les matchs de coupe.
J'ai beaucoup appris au cours de cette saison 2010/2011. Déjà, le coach (Laurent Fournier) me faisait confiance au cours des matchs de préparation en m'intégrant sur des mi-temps. Il a vraiment respecté mon statut de deuxième gardien malgré mon jeune âge. Cela m'a donné confiance. Régis me mettait aussi dans de bonnes dispositions, je connaissais bien aussi le coach des gardiens, David Klein. Régis est un super gars, il est difficile de ne pas s'entendre avec lui.

Vous avez côtoyé François Keller en équipe réserve, quel a été son apport dans votre progression ?

C'est le meilleur éducateur auprès des jeunes du Racing Club de Strasbourg, j'ai toujours eu d'excellents rapports avec lui, que cela aille bien ou mal sportivement. Il a toujours été franc avec moi. C'est un formateur exceptionnel.

Comment, en tant que joueur, vous avez vécu les turbulences administratives de cette saison 2010/2011 ?

C'était une histoire assez folle au niveau de la direction du club, c'était incompréhensible. Les joueurs et le staff, nous étions livrés à nous même. On s'en est dégagé, tant mieux d'ailleurs, car dès que la direction arrivait, c'était une claque.
Pour les jeunes avec François Keller, paradoxalement, l'ambiance était bonne, il y avait de l'enthousiasme. La saison était excellente puisqu'on a été champion en CFA2. Je ne les côtoyais pas tous les jours mais du fait de leur jeune âge, ils voyaient cela de loin. Ils se focalisaient sur leur progression,sur leur travail.

Après le dépôt de bilan, la relégation, le départ des joueurs pro et des jeunes de la réserve, vous êtes resté à Strasbourg. Pourquoi ?

J'ai eu l'opportunité de m'entraîner à Nice et là-bas, François Keller m'a appelé pour me dire qu'il reprenait l'équipe et qu'il y avait un projet de reconstruction, qu'il comptait vraiment sur moi. J'ai tout de suite senti que c'est là que je voulais être. Le club a toujours été très bien avec moi, je n'ai jamais eu de souci à Strasbourg. Je n'avais pas envie de partir à l' aventure : on sait ce qu'on perd et on ne sait pas ce qu'on va trouver. C'était meilleur pour ma progression de jouer en CFA2 voire en CFA, au Racing plutôt qu'en réserve d'une équipe pro au même niveau. Il allait y avoir un engouement, une pression en CFA2 équivalente au championnat National.

Cet engouement, vous l'avez d'emblée ressenti à Forbach ?

Le match avait déjà commencé, il n'y avait pas de bruit puis tout à coup, on a entendu les cris des supporters qui arrivaient et les chants du kop, cela a vraiment lancé notre saison.

Lors de la saison 2012/2013 en CFA, à Moulins au mois de septembre, vous êtes victime d'une double fracture de la cheville droite. Après deux interventions, vous êtes éloignés des terrains pendant huit mois.

Da Silva avait pris un rouge sur cette action (carton qui avait été retiré par la suite ndlr) mais il n'y était pour rien, je m'étais fait cela tout seul. On en a reparlé lors de ma première saison à Biesheim, on jouait en amical contre Mulhouse, où il jouait alors.

Vous reprenez en équipe réserve le 25 mai 2013 et vous jouez en DH. A la fin de saison, la prolongation du contrat fédéral a un peu traîné mais finalement, vous resignez un an pour cette saison 2013/2014 en National.

Lors des matchs de préparation, le premier match à Munster se passe mal (et il est en plus victime d'une petite entorse de la cheville ndlr), je craque dans le vestiaire.

J'ai lu que cela a été un moment très difficile mais cela a permis de resserrer les liens.

Oui. Le soir même, François Keller est venu me voir à la maison. Guillaume Gauclin était blessé et j'ai ensuite fait tous les matchs de préparation ainsi que le premier match de championnat. J'ai refait un intérim au mois de novembre.

Avez-vous ressenti une cassure au sein du vestiaire pour expliquer cette mauvaise saison 2013/2014 et la relégation sportive ?

Cette année-là, on s'est trompé sur beaucoup de choses : sur le recrutement, sur notre façon de travailler, sur nos ambitions sur la saison. On était parti dans l'optique d'une montée, alors, la bascule vers le maintien a été très difficile.

Vous avez à ce moment-là une nouvelle période d'incertitude : le Racing est finalement repêché administrativement et vous signez en juin 2014 à Biesheim, en CFA2. Pourquoi avoir signé à dans ce club ?

Je n'avais aucune proposition et c'est même moi qui me suis proposé à Biesheim. Je sortais d'une saison blanche pour blessure, puis la saison de la relégation avait été sportivement très compliquée pour moi. J'ai beaucoup douté, j'étais encore jeune et je n'étais pas en confiance du tout, mentalement, physiquement. Mes performances ne m'ont pas permis de relever la tête, je me posais beaucoup de questions, quitter Strasbourg, ne pas avoir de proposition... Finalement j'ai eu de la chance de rebondir à Biesheim.

Vous voyez votre avenir en Alsace sur le long terme ou êtes-vous tenté par une expérience dans un autre club ou même à l'étranger ?

Non, aujourd'hui, je suis dans l'optique de m'installer. Je ne veux pas bouger pour être dans l'instabilité avec deux enfants et ma femme. Être en Alsace, c'est une vie que me convient parfaitement. Je ne bougerai que si je trouve un projet à moyen terme et pas sur un an. »

athor

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