Les Schpountz

Note
5.0 / 5 (7 notes)
Date
Catégorie
Avant-match
Lectures
Lu 782 fois
Auteur(s)
Par kitl
Commentaires
4 comm.
dscn0534.jpg
Le Vélodrome en 2006 © sonikeric

Tour préliminaire de Coupe d’Europe ce samedi au Vélodrome.

Vous ne serez pas onze, mais un gros millier de Strasbourgeois. 350 prendront le train, avec une arrivée en gare non pas de la Ciotat mais d’un petit bourg voisin. Des cars ont été affrétés pour gonfler le total à 650 supporters visiteurs officiellement tolérés, sans compter les courageux postés dans le reste du stade au péril de leur vie – à voir s’ils souhaient la confier à la BAC Nord.

Une organisation millimétrée susceptible de vriller à la moindre contrariété. Il convient de rendre hommage aux responsables associatifs et à l’officier de liaison supporters qui ont su porter ce projet un peu fou durant des semaines auprès d’interlocuteurs souvent peu malléables (club, SNCF, préfécture(s)…).

Borsalino



Comme de coutume, un déplacement aussi lointain sera toutefois limité au strict nécessaire : le match et rien d’autre. Et encore, rien ne garantit que le timing permette d’assister au coup d’envoi. En cela l’esprit Coupe d’Europe ne sera absolument pas de mise ce samedi. Pas de bouillabaisse à l’Estaque, de visite au MUCEM ou de consultation chez M. Raoult. Un transit multimodal serré qui forcera les navettes à zigzaguer façon Taxi jusqu’au boulevard Michelet.

Les habitués des déplacements connaissent le parcage, qui a migré de Ganay à la tribune Jean-Bouin à la faveur de la dernière rénovation du Vélodrome. Rappelons que de Galatasaray au Feyenoord en passant par le PAOK, ce parcage a accueilli de nombreuses rencontres d’UEFA Conference League placées sous haute tension, avec un contingent de visiteurs largement supérieur.

Virtuellement qualifié pour cette Coupe d’Europe du pauvre, qui correspond parfaitement à son pedigree, le Racing sera en outre soutenu par une sorte d’Armée des ombres, laquelle surgira des ténèbres. Des partisans qui auront eux la joie de découvrir ce concentré de Méditerranée qu’est l’antique Massalia, tour à tour Naples, Beyrouth, Dubrovnik ou Alger.

Le Marginal



Comme notre Meinau adorée, le stade Vélodrome a connu plusieurs versions, les deux stades ont d’ailleurs chacun accueilli des rencontres comptant pour la Coupe du monde 1938. Erigé à cet occasion, le Vélodrome a peu à peu supplanté le stade de l’Huveaune, berceau historique de l’OM qui y retourna au cours de ses années de vaches maigres ou bien lorsque le Vél’ faisait peau neuve.
Du parfait ovale d’avant-guerre, la dernière rénovation en date pour l’Euro 2016 a débouché sur un vaisseau démesuré, la faute au toit censé améliorer l’acoustique et protéger le public du vent et des coups de tabac. Il s’agissait avant tout de corriger les défauts du mimosa à courants d’air de 1998, quitte à sacrifier le portail historique de la tribune Jean-Bouin.

A présent, les joueurs entrent sur la pelouse face au rond central et non plus depuis le poteau de corner. La sono crache toujours Jump dans la joyeuse cacophonie des virages qui entonnent chacun leurs propres encouragements.

Même s’il a accueilli l’arrivée du contre-la-montre final du Tour de France 2017, le Vélodrome n’a plus grand-chose à voir avec la bicyclette. Les mutations du vénérable stade ont été tellement nombreuses, entre la suppression de la piste en cendrée, la couverture du vélodrome par des gradins préfabriqués pour l’Euro 1984 – configuration améliorée sous Tapie – que les vieux Marseillais ont sans doute du mal à reconnaître leur temple, au surplus entaché d’un naming qui n’est heureusement pas entré dans les mœurs.

Leurs grands-pères leur parlaient avec émotion du pont transbordeur du Vieux-Port, monstre d’acier qui faisait la fierté de la ville en dépit d’une esthétique discutable. Désormais on fera la course à qui a connu le Vélodrome estampillé cyclisme, qui semblait un peu mieux intégré que la protubérance actuelle.
Enfin, Marseille n’a jamais reculé devant les audaces ou les outrances architecturales, pensez à la cathédrale de la Major en bordure des quais, aux multiples rocades balafrant la ville ou à la « sarcellite » ayant pullulé une fois que la ville avait cessé d’être la porte d’entrée de l’Empire pour en devenir le vestibule. Mais après tout, cet improbable patchwork fait son charme.

La Scoumoune



Comment le Racing s’est-il comporté à Marseille ? Il faut remonter à 1997 pour trouver trace d’un succès alsacien, tête de Pascal Nouma servi par Baticle. Il y a certes eu une qualification acquise aux tirs au but lors de la campagne de Coupe de la Ligue 2019, mais même à la Meinau, Strasbourg n’a pas battu Marseille depuis la dernière remontée.

En tout et pour tout, le RCS s’est imposé cinq fois au Vélodrome, qu’il a découvert dès l’avant-guerre. En 1997, l’OM était promu, comme en 1966. En 1962, Marseille allait connaître la descente, comme en fin de saison 1979/80. Pour le dernier succès alsacien en 1986, sous les yeux de Bernard Tapie en passe de reprendre le club, les deux formations étaient à la lutte pour leur survie en D1. Au bilan, c’est quand l’Ohème n’était pas vraiment l’Ohème que Strasbourg y glana ses succès.

Coincidence amusante, le Racing s’est souvent rendu dans les Bouches-du-Rhône à l’occasion du dernier rendez-vous de la saison. En 2006 (avant-dernière journée) et en 2008, les carottes étaient déjà cuites et de jeunes attaquants prometteurs en avaient profité pour exposer leur talent : Rudy Carlier, puis Simon Zenke et Kévin Gameiro.

En 1971, Josip Skoblar n’eut aucune pitié pour son compatriote Ivica Osim et le RPSM de Huck et Molitor. Défait 6-3, Strasbourg bascule dans la zone rouge à la dernière journée. Skoblar et son rival stéphanois Salif Keita étaient à égalité au classement des buteurs avant le match…

Le Yougoslave récidivera deux ans plus tard avec un quadruplé, avant d’être sacrifié pour céder la place à la paire de champions du monde brésiliens Jairzinho et Paulo César. Quinze ans avant de grenouiller dans l’entourage de Daniel Hechter à Strasbourg, Paulo César fit ses débuts en D1 au Vélodrome, quelques semaines après avoir participé à un Strasbourg-Brésil en amical de préparation à la Coupe du monde 1974.


French Connection



La liste des joueurs ayant connu les deux clubs est longue comme le bras et les noms prestigieux sont légion (Bihel, Novi, Six, Sauzée, Leboeuf, Echouafni, Beye, Niang et autres Chapuis…merde, t'es encore hors-jeu Cyril !).

Arrêtons-nous un instant sur le parcours de Gilbert Gress, joueur puis entraîneur. Il a disputé un OM-RCS en D2 lors de la remontée de 1961. Mis de côté par Robert Jonquet et stationné en Algérie, il effectue un come-back fracassant à l’automne 1962 après un an d’absence : un but et une passe décisive pour son compère Hausser au Vélodrome.
Rapatrié en janvier 1971 par le président Leclerc, il remporte deux titres de champion et une Coupe de France avant de retourner au Racing.

Sur le banc, Gress connaîtra pas mal de déconvenues : défaite en mai 1979 et perte de Roger Jouve pour la fin de saison (fracture de la mâchoire) et dérouillée en mai 1993 (5-0) éclipsée par deux rencontres autrement plus médiatisées qui suivront à la fin du mois. En écho à Skoblar, le Croate Boksic inscrit un triplé et Franck Sauzée envoie un missile dont il avait le secret.




En 2022, les frappes en dehors de la surface se sont raréfiées. Pourtant, dans les gradins de la Meinau ouverte pour l’occasion, derrière les filets du parcage, au milieu de la faune locale ou dans un débit de boissons strasbourgeois, tout un peuple attend pareille explosion samedi soir !

kitl

Commentaires (4)

Flux RSS 4 messages · Premier message par lamp-hard · Dernier message par il-vecchio

Commenter