Soif à la Meinau

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Souvenir/anecdote
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Par il-vecchio
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La mauvaise organisation des buvettes a beaucoup fait parler ces derniers temps. De quoi rappeler des vieux souvenirs de grande soif un soir de match contre le PSG en 1979...

Mai le joli mai caniculaire.



Un temps lointain, loin au fond de ma mémoire, mais le souvenir demeure. 14 ans, pas encore assez grand, donc très embêté debout dans une foule pour voir au loin. C’est le dernier match de la saison. Il faut le gagner, le gagner ne suffira pas, mais vaincre est la condition sine qua non. Les marches des tribunes debout font environ 5 cm de haut. Si un grand est devant moi je ne verrai rien. Mais les tribunes sont séparées en sections. Il faut être suffisament tôt en quart de virage pour se placer à la rambarde qui me sépare d’une autre section 2m plus bas. On peut se poser comme à une main courante et l’on voit loin. Ce soir ce sera la grosse affluence et un bon quart du stade est bloqué, détruit, en chantier.

Le réchauffement climatique n’a pas encore frappé, il est en marche. Tout le monde se souvient de la sécheresse de 1976 et de son impôt mais il fait au moins 30° au soleil vers 18h en ce 29 mai. Les quarts de virage et le virage est sont au soleil. Seules les tribunes nord et sud (debout) sont couvertes. 18h, je m’installe tranquillement à la rambarde et patiente. Patiente. Patiente. Le soleil tape fort, très fort. Le stade se remplit petit à petit, mon père finit par me rejoindre en se faufilant. Nous sommes serrés comme des sardines et je commence à avoir le gosier sec.

D’Ewerlander kumma.



C’est vers 19h30 que le speaker nous demande de faire de la place, de nous serrer car le train des Haut-Rhinois arrive. Nous serrer ? Mais comment ? A l’arrivée des Haut-Rhinois il n’y avait plus une place de libre. Ces braves gens prirent le chantier d’assaut, s’installèrent sur les coffrages, et les 4 mâts d’éclairage du stade, le reste comprimant les spectateurs présents. Verdammi on est serrés ici. Mais l’instant est unique, il faut en être. Le soleil tape encore très fort. Il faut savoir se déshydrater pour profiter du Racing. Un Racing qui nous le rend bien puisqu’il marque au coup d’envoi. Stade en extase. Hurlements qui déshydratent encore. Le stade pousse car un but ne suffit pas et le deuxième tombe à la 18e. Nouvelle exultation, alors que les vêtements sont déjà des serviettes pas encore essorées. Et le peuple bleu pousse, pousse, pousse. Le lendemain le service de presse du Racing osa prétendre que nous fûmes 29.590 alors que tout le monde est d’accord pour estimer l’affluence à 35.000.

Mi-temps ! Durscht !



Monsieur Vigliani siffle la mi-temps alors que le soleil a bien baissé, j’ai soif, Papa a soif, mes voisins ont soif, le public a soif. Mais mon père et moi savons que quitter sa place c’est l’assurance de ne pas la retrouver. Il faut savoir souffrir pour voir le Racing.

A la 58e encore un hurlement du public qui fait trembler la Meinau, le troisième but vient de tomber. On y croit, on y croit. Et on pousse, et on se déshydrate. Le soleil ne tape plus, le public est derrière son Racing et hurle sa joie au coup de sifflet final.

Sortie des tribunes.



La sortie du quart de virage est lente, très lente. Nos vêtements collent, nous sommes toujours serrés mais heureux. Tous. Tous n’avons qu’une idée ebbis trìnka. Ja maccache ! C’est simple nous ne sommes pas les soldats d’un des quatre camps romains, nous sommes au moins dix légions alsaciennes à assiéger la première buvette venue. Kumm ‘s het kè Wart me dit Papa. Et nous continuons lentement vers la sortie pour rencontrer dix autres légions alsaciennes assiègeant la seconde buvette. Inutile de prendre racine en baillant aux corneilles.

Enfin sortis du stade nous pouvons retrouver de la distanciation sociale (terme inconnu en ce temps) et de l’air. Nous retrouvons la voiture et en route dans les bouchons de la Meinau.

Malins, à la recherche de la qualité, de l’idée originale mon père entre sur l’autouroute et me dit « on s’arrêtera chez Schaal à Innenheim » ce qui contribue encore à le déshydrater.

Au cep de vigne.



Le trajet est tranquille, fluide jusqu’à la sortie de l’autoroute. La nationale est obscure, montée vers Blaesheim, passage de la bosse et descente tranquille sur Innenheim. Nous allons pour nous garer devant l’entrée du « cep de vigne » lorsque nous constatons que le parking est plein. En cherchant derrière le restau il y a un autre parking aussi bourré mais nous parvenons à trouver une place pas très académique.

Babba, ich hab Durscht ! Ich oj me répondit il. Grand silence sur ce parking plein à craquer. Visiblement d’autres malins ont eu la même idée. L’Alsacien est malin. En poussant la porte nous entrâmes dans un nuage de fumée plutôt brumeux et nos oreilles furent assaillies par les voix suaves et douces d’Alsaciens qui commentaient la rencontre. Avisant une table pas entièrement occupée mon père demanda si les deux places étaient encore libres.

Le soleil était couché depuis longtemps, pas comme les serveurs qu’il fallut attendre, débordés qu’ils étaient, n’ayant surement pas prévu cet assaut. Le père Schaal avait rameuté son personnel et la famille en urgence. Finalement une serveuse vint prendre commande dont il fallut attendre livraison au milieu du brouillard et du brouhaha. Mais il faut savoir souffrir pour voir vaincre le Racing. Les boissons servies, elle encaissa, nous bûmes vite et préférâmes repartir pour boire tout notre saoul (d’eau) à la maison.

Fiche

il-vecchio

Commentaires (4)

Flux RSS 4 messages · Premier message par rcs68forever · Dernier message par michel HIRSCH

  • Merci pour ce bon moment de lecture. Nostalgie....
  • Je me souviens précisément de cet ultime match à la Meinau, l'année du titre. Chaleur écrasante. Une foule qui allait se perchait jusque dans les treillis des tours de projecteurs. Une superbe victoire. Restait à gagner à Gerland, une semaine plus tard. Si Nizan pouvait écrire qu'il ne laisserait personne lui dire que le plus bel âge d'un homme put être ses vingt ans, j'eus 20 ns ce soir là. Et à chaque rencontre du Racing depuis, défaite ou conquête, je n'ai plus jamais cessé d'avoir 20 ans...Un seul amour, et pour toujours...
  • Une saison bénie des Dieux ! :)
  • C'est pas l'equipe qui est assoiffé pour les buts , c'est les maternelles qui sont encore les derniers piliers du Racingueux

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