Disparition de François Remetter

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Doyen des internationaux français (26 sélections), François Remetter s'est éteint hier à l'âge de 94 ans. Retour sur la carrière du gardien alsacien, marquée du sceau de la longévité.

Strasbourg - FC Nancy, première journée de championnat de France, le 22 août 1948. Saint-Etienne - Strasbourg, ultime levée d'une saison couronnant les Stéphanois le 7 juin 1964. Accompagné de joueurs qui portaient encore des culottes courtes seize ans plus tôt, François Remetter se paie le luxe de stopper un penalty du maître à jouer stéphanois Rachid Mekhloufi, pour son dernier match de première division.
Au milieu, une formidable carrière de gardien voltigeur, à écumer les pelouses de France et défendre, à 26 reprises, la cage d'une sélection nationale aux rendez-vous épisodiques.

François Remetter et le Racing Club de Strasbourg ont bien failli passer à côté l'un de l'autre, le gardien menant sa carrière en parallèle de la destinée du club de sa ville. Deux matchs pour commencer avant de partir sous les drapeaux. Il n'y aura pas de retour, la faute à une fâcherie avec le président Joseph Heintz.
Il faudra attendre 1960, à l'occasion de l'une de ces refondations que le Racing affectionne tant, pour voir Frantz'l retrouver le Racing et l'entraîneur de ses débuts, Emile Veinante, en compagnie d'un grand compagnon de route de ses années tricolores, le légendaire Robert Jonquet.

Désormais trentenaire, Remetter accompagne la génération des Gress, Hausser, Szczepaniak, Devaux, Stieber... qui mûrira sous le patronage de Jonquet devenu entraîneur, puis accomplira de nombreux faits de gloire européens avant de décrocher la Coupe de France en 1966.

Reconnu parmi les portiers mythiques du RC Strasbourg, François Remetter aura toutefois évolué sous d'autres couleurs au cours de sa carrière internationale. Certes, il conserva son fameux chandail noir à rayure rouge tout au long d'une carrière qui le mena de Metz à Limoges, en passant par Sochaux, puis Bordeaux et Grenoble en deuxième division.

Pas forcément incontestable, il bénéficie de la blessure de René Vignal peu avant la Coupe du monde 1954, où il démarra les deux rencontres de l'Equipe de France. Il enchaînera 17 rencontres consécutives, sacrée performance pour l'époque, avant de subir la concurrence d'Abbes et Colonna.
Remetter entame la Coupe du monde 1958 comme titulaire mais n'est pas forcément impérial face au Paraguay (victoire 7-3) puis à la Yougoslavie (défaite 2-3). Il verra la suite de la compétition des tribunes, jusqu'à l'historique troisième place décrochée par les « héros de Suède ».

Peu à peu mis de côté, alors qu'il évoluait en deuxième division, il porte une dernière fois la tunique frappée du coq fin 1959, à l'occasion d'une rencontre à but caritatif, organisée en faveur des victimes de l'accident du barrage de Malpasset, près de Fréjus.
L'histoire retiendra l'improbable but de Roger Marche pour sa dernière cape. le recordman de sélection d'alors avait remplacé Raymond Kaelbel très tôt dans la rencontre. Remetter, Kaelbel, mais aussi les jeunes Jean Wendling et Lucien Muller : quatre Alsaciens figuraient dans le onze de départ tricolore.

Par son parcours international et sa relation contrastée avec le Racing Club de Strasbourg, François Remetter a bien mérité le qualificatif de « légende » du club. Nous vous proposons la lecture de l'article détaillé rédigé par @filipe en mars 2012.

Au nom des supporters du Racing, toute l'équipe de racingstub.com présente à la famille et aux proches de François Remetter ses condoléances attristées.
Citation:

L'histoire compliquée du RCS avec le meilleur gardien de son histoire.



Bien qu'il n'ait jamais gagné de titre majeur au cours de sa carrière professionnelle, son nom est le plus souvent cité quand il s'agit de désigner le meilleur gardien alsacien de l'histoire.
Egalement considéré comme l'un des portiers européens les plus doués des années 1950, il a pourtant débuté son parcours de footballeur loin des cages.

D'abord attaquant au SOC, le Strasbourg Olympique Club, François Remetter n'est fixé entre les poteaux qu'à son arrivée au Racing, où il retrouvait son frère Xavier, milieu de terrain de l'équipe amateur du club.
Après l'avoir observé dans les buts face aux frappes d'Oscar Heisserer, ses entraîneurs, Albert Freyermuth et Emile Veinante, n'avaient en effet plus guère de doute quant au poste où ils devront le faire évoluer.

Et son caractère bien trempé ainsi que son style spectaculaire font très vite parler de lui : un match disputé à Annecy lors de la saison 47-48, au cours duquel il multiplie les parades exceptionnelles, lui permet de frapper à la porte de l'équipe professionnelle du RCS.

Mais avec la concurrence de trois autres gardiens - Lucien Schaeffer, Marcel Lergenmuller et le Letton Janis Bebris - la place de titulaire est chère, d'autant que François Remetter est appelé sous les drapeaux dès le mois d'octobre 1948.
Mécontent de son sort à Strasbourg et fâché avec Joseph Heintz, le président du club, Frantz décide de signer en 1949 au Thillot... club amateur lorrain de troisième division. « Quand deux têtes de lard se rencontrent, c'est toujours compliqué » dira-t-il plus tard au sujet de ce départ surprenant.

Sélectionné au même moment en équipe de France amateurs et en équipe de France militaires, il remporte le titre de champion du monde avec cette dernière au cours de cette même année 1949, grâce à une victoire en finale face à la Turquie devant 60 000 spectateurs à Colombes (3-1).

Après cet intermède, Remetter répond à l'appel de son ancien entraîneur strasbourgeois Emile Veinante, qui l'accueille au FC Metz en 1950, alors que le club vient d'être rétrogradé en D2 : dès la saison suivante, les Mosellans retrouvent l'élite, et réussissent l'exploit d'éliminer, en 32e de finale de la Coupe de France, le prestigieux Stade de Reims.

C'est lors de ce passage de quatre saisons à Metz que Remetter va connaître sa première sélection avec l'équipe de France A : le 11 juin 1953, il est titulaire à Solna, en Suède, où la France s'incline face à la Suède 1-0 lors d'un match amical.

Moins d'un an plus tard, l'un des tournants les plus importants de sa carrière se produit lors d'une rencontre opposant le Stade Français au RC Paris.
Nous sommes en mai 1954 et à moins d'un mois du début de la Coupe du monde organisée en Suisse, René Vignal, son concurrent direct pour le poste de gardien de but, et pour tout dire le titulaire annoncé, se fracture le bras droit. Une blessure qui l'oblige à renoncer au voyage en Suisse, ce dont va profiter François Remetter.
Jugé « irréprochable » par le journal l'Equipe lors de la défaite 1 à 0 face à la Yougoslavie, à Lausanne, il est reconduit pour la victoire française trois jours plus tard contre le Mexique (3-2). Un succès qui n'empêche cependant pas l'élimination sans gloire des Bleus.

Désormais dans la cour des plus grands, il est convié à disputer un match d'une sélection mondiale à Bâle, au côté des Alfredo Di Stefano, Garrincha et autres Fritz Walter.
Et ses performances suscitent logiquement l'intérêt des grands clubs français : c'est donc du côté du FC Sochaux que Remetter poursuit sa carrière à l'été 54.

Déjà contacté un an plus tôt par l'OGC Nice, un des seuls clubs capables de rivaliser à l'époque avec le Stade de Reims, le président mosellan avait alors refusé le transfert, menaçant même Remetter de suspension, par l'intermédiaire du groupement des clubs professionnels, s'il ne se résignait pas à rester en Lorraine.

Et dès son arrivée à Sochaux, sa souplesse et sa détente - qui lui valent le surnom de « voltigeur » - font le bonheur des supporters ; mais l'équipe ne parvient jamais à jouer le haut du classement durant les trois saisons de présence de l'Alsacien.
Lassé et poussé vers la porte de sortie, Remetter va voir ailleurs : direction Bordeaux, alors en D2.

Une destination risquée à un an de la Coupe du monde prévue en Suède, mais finalement gagnante : les Girondins décrochent, certes de justesse, la montée en D1 et Remetter est bien du voyage en Scandinavie en 1958.

Dans l'intervalle, il a aligné 17 matchs avec les Bleus.
Remetter est du voyage à Hanovre, le 16 octobre 1954, où la France bat la RFA 3-1, pourtant championne du Monde quatre mois plus tôt à Berne face à la Hongrie. Un bel exploit des Bleus même si de nombreux Allemands avaient dû déclarer forfait, cloués au lit par une jaunisse qui fera naître plus tard bien des suspicions sur leur sacre en Suisse...
Remetter est aussi du voyage à Moscou le 23 octobre 1955, pour une nouvelle belle performance française, cette fois face à l'URSS, tenu en échec 2 à 2 au Stade Lénine devant 54 000 spectateurs.

Titulaire lors des deux premières rencontres de la coupe du Monde 1958 - victoire contre le Paraguay 7 à 3 et défaite contre la Yougoslavie 3 à 2 - il doit céder sa place au Stéphanois Claude Abbès pour le reste de la compétition et vivra des tribunes la formidable épopée française qui la conduit jusqu'à la troisième place de la compétition.
Dès lors, il ne connaîtra plus qu'une 26ème et dernière sélection, en décembre 1959, au Parc des Princes face à l'Espagne, au cours d'une rencontre amicale où quatre Alsaciens furent alignés : Remetter, Kaelbel, Wendling et Muller.

Après la frustration suédoise, Frantz enchaîne deux passages d'une saison, à Grenoble d'abord, en D2 et en échouant de peu dans la course au podium, puis à Limoges, alors dans le ventre mou de la D1.

Aussi, en 1960, lorsque les dirigeants du RCS, tombé en D2, lui proposent de revenir en Alsace, il n'hésite pas. « Cette année-là, nous avions réussi à monter en première division avec des gosses. Il n'y avait que Jonquet et moi-même à être vraiment expérimentés. »
Sous les ordres d'une vieille connaissance, Emile Veinante, Remetter accompagne ainsi les premiers pas de jeunes joueurs particulièrement doués, parmi lesquels Gilbert Gress et Gérard Hausser.
Désigné meilleur gardien de la saison 61-62, tout en cumulant avec le poste d'adjoint de Robert Jonquet, devenu l'entraîneur du club après le départ de Veinante, Remetter remportera au passage le seul trophée de sa carrière en club : la coupe de la Ligue en 1964.
Malgré de lourdes difficultés financières, le Racing poursuit une progression qui lui permettra bientôt de disputer des matchs historiques de coupe d'Europe contre le Milan AC, Barcelone ou Manchester United.
Mais cela se fera sans Remetter, poussé vers la sortie par des dirigeants considérant qu'à 36 ans, il était temps pour lui de laisser la place dans les buts à Jean Schuth.

A contrecoeur, Frantz s'en retourne pendant deux saisons à Limoges, en D2, où il bénéficie d'une totale liberté. A tel point qu'il dispute quelques matchs... en attaque et parvient à marquer un but lors d'une rencontre face à Nice (3-3).

C'est aussi à Limoges que Remetter va entamer sa reconversion, tandis que sa carrière de footballeur se terminera aux Pierrots Vauban deux ans plus tard.
Auprès de Horst Dassler, « père spirituel » de Remetter et successeur de son père Adi Dassler à la tête d'Adidas, Frantz va trouver sa seconde voie.
D'abord commercial, Remetter devient ensuite le représentant de la marque auprès de l'équipe de France, accompagnant les Bleus dans la plupart de leurs déplacements.

C'est ainsi qu'il se rend en Argentine pour suivre la coupe du Monde 1978. Accueilli à la descente de l'avion par son ami Alfredo Di Stefano, ce dernier l'invite à découvrir les meilleures viandes du pays pour lui souhaiter la bienvenue.

Ces moments de détente seront cependant rapidement atténués par des négociations tendues avec les joueurs de l'équipe de France : dans les heures qui précèdent le premier match des Bleus dans la compétition, le vendredi 2 juin 1978 face à l'Italie, le capitaine Marius Trésor vient réclamer auprès de lui l'augmentation de leur prime.
La marque allemande venait en effet de demander aux joueurs qu'ils fassent briller les trois bandes blanches de leurs chaussures avant les matchs.
Face à l'intransigeance de Remetter, les joueurs refusent de répondre à la requête de l'équipementier et certains passeront même du cirage noir sur les bandes blanches avant le coup d'envoi de la rencontre qu'ils vont perdre face aux Italiens.
Tout au long du week-end, l'affaire fait grand bruit dans la presse française où on accuse les joueurs de déshonorer l'équipe nationale.
Ironie de l'histoire, ce reproche fait écho à ceux que connut François Remetter lui-même, ainsi que ses coéquipiers, lors de l'élimination précoce des Bleus de la Coupe du monde disputée en Suisse en 1954...

Au terme de ses deux carrières dans le monde du football, qui lui permirent de parcourir la terre entière en liant régulièrement de nombreuses amitiés, mais aussi quelques solides inimitiés, c'est logiquement en Alsace que Frantz profite de sa retraite, pas si loin du stade de la Meinau, où le RCS l'a mis à l'honneur en 2008 à l'occasion de ses 80 ans.
« J'étais fait pour être au Racing à vie. Mais j'ai toujours été obligé, pour des raisons stupides, de quitter ce club. Mais, même quand j'étais loin, j'ai toujours supporté cette équipe. Le Racing, c'est les fibres. »

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