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Ce dimanche 27 octobre marquera la fin de ma présidence de la Fédération des supporters du RCS : l’occasion de consulter une dernière fois le carnet de voyage.
Le Racing, comme club que nous avons voulu différent, n’est pas un paradis perdu.
C’était un chemin. Un chemin difficile, parcouru avec un puissant vent de face pour les personnes en première ligne, sous des averses régulières et des nuages encore plus sombres qui menaçaient le trajet.
Heureusement, les éclaircies ont été nombreuses et magnifiques : je suis content et soulagé d’avoir toujours su profiter pleinement, à ma manière, de chaque accalmie.
Dans son fonctionnement, la Fédé n’a pas vocation à mener des activités pendant les matchs. Le soutien à l’équipe peut en effet s’exprimer par d’autres moyens.
Alors que le RCS souffrait d’un déficit de soutien à l’extérieur, l’association a emmené des centaines de supporters aux profils très divers dans une trentaine de stades. En voiture, bus, ferry ou avion, du niveau amateur à la coupe d’Europe.
On se souviendra notamment d’un cortège à 50 personnes dans les rues d’Ajaccio en 2013, de la Marseillaise des 2650 supporters à Francfort, de la Colombière d’Epinal ou de ce moment gênant à Niort quand le bus de la Fédé a été escorté par erreur jusqu’au parking des vestiaires (« les croisées, tu connais »).
Pour ce qui concerne la Meinau, la Fédé a organisé la journée des supporters en 2010 - Hilali avait piscine - afin que la tradition perdure et pour encourager l’équipe malgré les agissements du propriétaire contre les intérêts du club.
Si la présence de 150 supporters a été gérable, la remontée progressive du Racing, et donc du nombre de participants, a transformé peu à peu le rôle de la Fédé dans l’organisation de l’événement.
Certaines des animations (visite du stade, séance de tirs au but pour les enfants…) et les symboles comme les photos de famille dans la tribune ont été marquants.
Cet esprit de famille, nous l’avons fait vivre en 2016 en organisant une cagnotte pour aider l'ancien joueur René Deutschmann à la suite d’un avc.
Des liens ont été entretenus avec les joueurs, entraîneurs ou dirigeants lors de soirées qui attiraient de 10 à 110 participants, sans compte-rendu public (« ce qui se dit au local reste au local »).
De Djetou à Vieira, en passant notamment par Duguépéroux, Gameiro, Gress, Hausser, Keller, Laurey, Ledy, Liénard, Vencel, Weller ou Betsch. Oui, la Fédé a organisé une soirée Yohan Betsch.
Des rencontres ont aussi été organisées avec les nouveaux arrivants : la Fédé a parlé à la quasi-totalité des joueurs depuis 2010, pour leur présenter les associations et leur remettre un livret sur l'histoire du RCS.
Des thèmes qui les intéressaient plus ou moins mais notre militantisme a consisté à insister sur la nécessité d’être combatif et respectueux sous le maillot bleu.
Un message constamment d’actualité, qui a été entendu chaque saison, y compris lorsqu’ils ont eu à nouveau des voitures plus prestigieuses que les nôtres, même s’il y a toujours eu des joueurs sortant du cadre, et pas forcément ceux qu’on croit.
Les rencontres ont également permis aux supporters de discuter librement avec les joueurs, qui étaient mis au défi de revenir spontanément en cours de la saison : qu’ils fussent au club quelques mois ou des années, aucun n’a osé, sauf Anthony Sichi et Gauthier Pinaud, lorsque le club était amateur.
Si le comportement des joueurs était surveillé, avec l’exigence de les voir aller au maximum de leurs possibilités, la Fédé a tenté de faire oeuvre pédagogique auprès de tous les publics de la Meinau - qui espèrent toujours la victoire du Racing - en rappelant notamment que les champions de France 1979 avaient démarré la saison du titre sous les sifflets à cause d’un jeu insuffisamment direct vers le but adverse.
Cette démarche pédagogique a aussi été tentée auprès du club pour souligner, qu’au-delà des aménagements appuyés par les dirigeants, le soutien du stade n’est jamais définitivement acquis et nécessite d’être cultivé.
Et comment ne pas évoquer Dimitri Liénard pour finir cette première partie.
Son état d’esprit hors du commun a justifié l’hommage de la Fédé lors de son départ, avec la remise d’un cadre souvenir du 90’+4, de dessins de jeunes supporters et la diffusion en ligne d’un montage vidéo. Même s’il a eu la drôle d’idée d’envisager de signer à Troyes à l’été 2017.
Le t-shirt célébrant le coup-franc légendaire contre Lyon restera sans doute longtemps le plus emblématique des vêtements ou objets produits par la Fédé, en plus d’être très confortable les jours de beau temps.

La Fédé a mis en lumière les grandes dates du RCS, sans jamais masquer les mauvais moments afin d’en tirer des leçons et trouver les bons moyens de lutter contre les difficultés. L’histoire a donné matière à réflexion.
Le Racing a vu son logo être avalé en 1997 par un pacman qui rêvait d’engloutir plusieurs clubs européens dans un système de multipropriétés, il a vu son nom et son autonomie être dilués en 1970 par deux autres clubs strasbourgeois dans le RPSM (Racing Pierrots Strasbourg Meinau), il a vu sa place en D1 être sauvée en 1949 au prix de l’intégration de l’équipe des SR Colmar dans un effectif pléthorique de 43 joueurs qui a failli être renommé RC Alsace (projet retoqué par la FFF).
C'est toujours le Racing qui existe, qui peut être aimé et encouragé vers la victoire, même s’il arrive qu’on ne le reconnaisse pas sous une épaisse couche de saleté.
En 2011, il a fallu nettoyer après le passage de celui qui voulait atterrir en hélicoptère sur la pelouse de la Meinau : la Fédé a réuni 70 personnes pour laver bénévolement des milliers de sièges du stade, les coursives et la tribune de presse afin d’accueillir dignement les supporters avant le premier match à domicile en CFA 2.
Quelques mois plus tôt, tandis que les mauvaises nouvelles se succédaient, l’association a créé de bonnes ondes dans l’actualité du club.
Le 12 juin 2011, nous avons organisé un tournoi des supporters, un match de gala, un cocktail et une exposition sur l’histoire du club pour célébrer le 1er titre du RCS, la coupe de France 1951 soulevée par le capitaine Michel Vavriniac, un des transfuges de Colmar.
En présence de nombreux anciens dont Collet, Duguépéroux, Frantz, Reichert, Remetter, Schaeffer, Wagner, Weller et de 650 supporters, avec une recette reversée à ELA et la Lutte contre la mucoviscidose, cette journée a pour moi montré que le RCS ne se réduit pas au comportement de son propriétaire et que l’institution existe toujours : « Un club meurt lorsqu'il n'a plus de supporters, le Racing est immortel ! » comme le dit la devise de la Fédé.
Sa capacité à se relever de coups durs, le Racing la doit en partie à la fidélité de ses nombreux supporters, transmise de génération en génération, qui contribue à une constance au haut-niveau sous-estimée (64 saisons en L1, un trophée chaque décennie sauf dans les années 1980, même si le club n’a jamais joué plus de 10 saisons de suite dans l’élite depuis 1952).
Lors de la première saison de la reconstruction, en CFA2, la Fédé a créé l’écharpe officielle du renouveau, parmi 140 maquettes dessinées par les fans et départagées par 1276 votants.
Avec la passion des supporters, les vibrations de la Meinau sont un autre constituant du Racing, un prolongement que la Fédé a valorisé notamment grâce à la réalisation bénévole du livre sur l’histoire du stade en 2014.
Cet ouvrage offert aux abonnés du club évoque ses grands moments et son évolution comme lieu de vie.
De RCS-Red Star en 1919 à la résilience face à Bayonne en 2011 en passant par le prestigieux nul du RPSM en 1974 contre les champions du monde brésiliens ou les belles victoires contre Liverpool et l’Inter Milan en 1997.
D’autres articles ont été publiés sur le site de l’association, le stub ou le site du club : l’homme à l’origine du nom du stade, la saison des records d’affluence, etc., mais aussi l’unique sélection de Laurey, le passage en Dordogne du club en 1940 ou ses liens avec Germain Muller, un alsacien célèbre.
Le Racing est une institution alsacienne, ce qui est son troisième constituant. Comme club populaire, il est enraciné dans la culture et la vie quotidienne : en 2013, la Fédé a posé une plaque commémorative rue d’Erstein, financée par les supporters et inaugurée par le regretté Steven Keller, en hommage aux fondateurs dans la rue où le club a vu le jour.
Le RCS est évidemment aussi constitué d’hommes au cœur de l’action.
En 2016, nous avons organisé l'anniversaire de la 2e coupe de France gagnée en 1966. Autour de tartes flambées, Devaux, Hausser, Heiné, Merschel, Schuth, Stieber, Szczepaniak entre autres ont pu discuter avec les supporters et se souvenir de ce grand jour. Certains n'étaient pas revenus depuis des décennies.
En 2019, nous avons fêté au local les 40 ans du titre de champion avec la plupart des acteurs de cette saison mythique. L'occasion pour de nombreux supporters de rencontrer leurs idoles de jeunesse.
Et la Fédé a permis, grâce à ses contacts, la création de l'association officielle des anciens joueurs du club.
Enfin, le Racing est capable de rassembler des milliers de personnes très différentes. Elles partagent toutes les émotions imaginables, qui deviennent des références communes, créent du lien social et entraînent une grande capacité de résilience.
La Fédé a contribué à ce cinquième constituant, et pas le moindre, notamment en assumant légalement, le jour de la finale de la coupe de la Ligue, le cortège de 10 000 supporters dans les rues de Lille. La plus agitée des accalmies.

Trois acteurs sont systématiquement mis à contribution lorsqu’un club est en grande difficulté : les collectivités territoriales, les entreprises locales et les supporters. Il est donc normal que les supporters s’intéressent à la gestion du club qui les passionne.
Nous avons toujours fixé nos relations avec le club selon notre capacité à regrouper des supporters autour de valeurs partagées, à hiérarchiser les revendications et à trouver des compromis.
Après le départ piteux d’Hilali, Frédéric Sitterlé a su créer une dynamique enthousiasmante mais la lutte pour le pouvoir entre les dirigeants et leurs attaques réciproques dans la presse ont pourri des discussions dont il était difficile de démêler le vrai du faux.
En parallèle, Sitterlé, tout en s’appuyant sur les supporters, a cherché à les diviser et certains n’ont pas manqué l’occasion de prendre une part de la lumière qui brillait à nouveau autour du club : il y avait matière à voir la Fédé exploser.
Mais, au contraire, les responsables de l’association sont restés soudés et déterminés, malgré une pression quotidienne, avec l’objectif de comprendre et de défendre l’intérêt du club et de l’ensemble des supporters. Cette épreuve du feu a fixé la ligne de conduite.
Il y a eu pendant 14 ans un nombre incalculable de réunions, le plus souvent confidentielles à des fins d’efficacité, au cours desquelles nous avons milité sur tous les sujets qui font le quotidien d’un club de football, notamment les batailles annuelles pour les maillots, les tarifs accessibles à tous les publics, la convivialité à la Meinau ou encore le combat de plus de trois ans pour un écusson acceptable.
J’espère que les résultats obtenus, souvent difficilement, sur les marqueurs de l’identité du club continueront d’être respectés.
Un autre combat a concerné les horaires des matchs, un sujet de mécontentement constant, en considérant qu’un club différent devait agir pour améliorer la situation.
Le match contre Troyes fixé le lundi 2 janvier 2023 à 15h a entraîné un rejet unanime des associations et un appel à déserter le stade a été lancé pour défendre le football populaire.
En parallèle, un document sur les horaires adaptés au plus grand nombre (et tenant compte des impératifs de diffusion), a été réalisé et remis par l’association à Marc Keller sur sa demande.
Une communication conséquente a aussi été menée le 31 décembre et le 1er janvier auprès de la presse.
Mais ce match restera celui de la meilleure recette aux buvettes de la saison. Et le fait d’avoir vu, devant ma télé, le stade plein restera un souvenir pénible et une leçon, non sur la justesse des combats mais sur la façon de les mener.
Depuis 2010, la Fédé a également été amenée à faire du lobbying auprès des décideurs locaux, pour influencer des personnes qui, pour la plupart, ne fréquentent pas assidûment le stade de la Meinau.
C’est pour que le Racing reste au stade de la Meinau malgré le dépôt de bilan que nous avons milité en 2011 dans le bureau du Maire de Strasbourg. Plus tard, c’est par un courrier à sa successeure que nous avons milité pour que le stade soit rénové, avec un kop aménagé pour l'ambiance et contre le naming.
Auparavant, c’est aussi aux décideurs que nous avons transmis le résumé d’une année d’actes insensés d’Hilali.
La Fédé a aussi été l'interlocutrice privilégiée des médias, avec une quarantaine de sollicitations par an, au prix d’un travail de synthèse et d’anticipation sur tous les sujets.
Avec parfois de vains coups de pression du club lorsqu’une intervention ne plaisait pas, même si les prises de parole ont toujours été mesurées et constructives.
Ces interventions ont tenu compte des principes de la Fédé, de l’avis des membres investis, de l’ambiance du local, du ressenti au stade, des discussions sur racingstub, des réseaux sociaux.
Les associations membres de la Fédé disposaient d’un droit de veto - jamais utilisé - garantissant l’équilibre général de notre positionnement. Elles ont toujours été libres de mener leurs propres actions.
Si la presse locale a sollicité le plus régulièrement (France 3, France Bleu, BFM Alsace, Rue 89, 20 Minutes et beaucoup plus rarement les DNA), il y a également eu les médias nationaux (L'Equipe, So Foot, Le Monde, Canal +, RMC), parfois sur des sujets qui ne concernaient pas directement le RCS, et récemment la presse anglaise.
En retour, la presse a été une source d’informations en off utile dans les discussions avec le club.
Sans illusion particulière, je suis reconnaissant de l’énorme travail effectué par Marc Keller, de sa capacité d’anticipation et de sa connaissance parfaite du football mis au service du Racing. Je lui dis merci.
Après la vente à BlueCo, il aurait dû admettre auprès des associations les difficultés générées par les conditions sportives imposées par les nouveaux propriétaires à partir de la mi-juillet 2023 et qui ont tout empoisonné.
Puis, au lieu de jouer la montre, il aurait dû nous proposer de voir s’il était encore possible d’avancer ensemble.
La crédibilité et la discrétion reconnues des principaux responsables associatifs aurait dû permettre ce moment de vérité sans risque d’apparaître déloyal vis-à-vis de ses nouveaux patrons.
Pendant longtemps, Keller a parlé de l'ADN du Racing et l’ADN laisse des traces qui peuvent finir par être des preuves accablantes : on ne saura jamais comment auraient évolué ces échanges, en tenant compte d’une part de la perte blessante de l’exemple plus vertueux donné par le Racing et d’autre part de la crise économique perpétuelle d’un football français de plus en plus élitiste.
Aujourd’hui ce n’est pas tant BlueCo qui compte car, en cas de départ, les propriétaires passeraient probablement la main à des investisseurs du même type.
Les multipropriétaires exploitent notre passion sans scrupules, et sans y prêter attention, pour bouleverser encore plus l’organisation du football (déjà fragile) afin de maximiser sa rentabilité, il n’y a pas à avoir de scrupules à vouloir exploiter leur argent pour exister en L1 tout en cherchant à les empêcher d’arriver à leur but ultime.
Un précédent existe et nous le connaissons bien. Le groupe IMG Mc Cormack a acheté le Racing en 1997 tout en étant en discussions pour acquérir ensuite d’autres clubs. L'UEFA puis l'Union européenne se sont opposées au développement de la multipropriété, qu’au moins un autre groupe d’investisseurs avait déjà installé en Europe.
Les Américains ont donc délaissé le Racing, qui a connu des années difficiles, du moins jusqu'à l’arrivée en 2001 d’un manager enfin compétent.
Le président Proisy a fini par reconnaître que « la gestion d’un club n’est pas aussi rationnelle qu’on le souhaiterait, le football ressemble trop à une loterie pour des financiers américains. » On croirait lire du BlueCo.
Il y a eu des prises de position ces derniers mois au niveau de l’Union européenne, de la Cour de justice européenne, du ministère, des parlementaires français, de l’UEFA, de la FFF sur la nécessité de défendre l’indépendance des clubs, comme par exemple celle de Philippe Diallo (président sans doute pour longtemps de la FFF) : « Nous sommes à un carrefour entre un modèle sportif à l'européenne et son américanisation ».
Au besoin, les instances pourraient s’appuyer sur le document établi par la Fédé il y a deux ans, qui fixe les conditions de la gouvernance idéale vers laquelle tendre (page 1 et page 2).
Malgré les milliers de membres (2713 au plus haut), il est dommage que la Fédé n’ait pu aller frapper à la porte des autorités compétentes.
La difficulté croissante pour réussir à synthétiser et à s'accorder sur une marche à suivre équilibrée, puis l’usure des années, l’absence de volonté de s’exprimer publiquement chez la poignée de personnes suffisamment investies pour avoir la légitimité de prendre le relais, le dégoût profond des forums et surtout des réseaux sociaux, ont entraîné au printemps dernier un terme immédiat et inéluctable de ce rôle de porte-parole.
Il faut espérer que l’ANS, l’Association Nationale des Supporters, dont la voix porte au niveau national comme la voix de la Fédé a porté au niveau local, saura contribuer à la mobilisation nécessaire des décideurs contre la perte de souveraineté des clubs afin d’éloigner rapidement les nuages sombres qui menacent.

Ces derniers mois, la situation du club a été débattue au sein de l’association dans des échanges éprouvants et intenses mais les convictions de chacun ont été respectées.
Après ma démission, décidée et annoncée au Comité à la veille du premier match de la saison, la vie démocratique de la Fédé suivra son cours ce dimanche lors de l’assemblée générale.
S’il faut rappeler que la vie associative n’a pas toujours été centrée uniquement sur le local - la Fédé a organisé par exemple plusieurs tournois de foot à la Meinau - le déménagement du bar à l'été 2018 dans un bâtiment plus attractif et plus proche du stade (1 rue du Maréchal Lefebvre) a été un tournant décisif.
Le lieu est rapidement devenu incontournable pour de nombreux supporters et a donné une nouvelle dimension aux ouvertures ordinaires (avant et après les matchs à domicile, diffusion des matchs à l'extérieur…) et extraordinaires, comme lors de la venue de l’After Foot de RMC en 2020.
La Fédé a la fierté d’être une association où les bénévoles ont de 7 à 77 ans, où il y a autant de femmes que d’hommes. Le fonctionnement du local est satisfaisant mais le lieu pourrait être encore mieux exploité avec plus de volontaires : engagez-vous !
Depuis cet été, mon investissement s’est poursuivi exclusivement au local, tout en continuant à faire des photos des matchs. Je reste également attaché à l’histoire du Racing.
La vie au local est une formidable aventure collective qui m’a permis de faire parmi les plus belles rencontres de ma vie.
C’est un lieu fédérateur qui doit rester ouvert à tous, membres ou non, et rester disponible pour la vie des associations.
C’est un lieu qui permet aux bénévoles de pratiquer une passion afin de ne pas en être dépossédés par la dégradation constante du football depuis des décennies.
C’est un lieu qui permet de faire vivre collectivement l'image du RCS tel que nous l'aimons.
C’est un lieu qui permet de dialoguer, râler à peu de frais, où les discussions de comptoir sont plus ou moins raisonnables et prétentieuses mais bien moins toxiques que les passions tristes des réseaux sociaux.
C’est un lieu pour profiter des beaux jours et un refuge idéal pour se protéger du mauvais temps.

19 ans après mon inscription sur le stub, avec plusieurs années de responsabilités, puis un peu plus de 14 ans à la présidence de la Fédé… cet article est une bonne façon de boucler la boucle, même s’il n’est pas exhaustif.
Le premier combat de l’association a été de lutter contre Hilali, mais je suis convaincu que la Fédé aurait vu le jour même sans ce contexte, parce que les différentes idées étaient destinées à être un jour rassemblées.
Malgré mon inexpérience au lancement de la Fédé, puisque je n’avais jamais été membre d’aucune association, je me suis senti à l’aise à la tête d’une structure transversale et équilibrée dans son fonctionnement et ses actes, dont l’objectif était d’agir sur des thèmes originaux et constructifs.
C’est en partie grâce à une phrase entendue à la radio peu avant la création de l’association au printemps 2010 : « c’est le plus souvent par un concours de circonstances qu’on accède à une fonction importante, c’est après qu’il faut s’en montrer digne ».
Il était impossible de songer à y parvenir seul. Je remercie Greg pour sa vision et ses convictions, il a été un moteur lors de ces 14 ans et, même si dans la vie nous sommes très différents, le Racing a été un puissant trait d’union.
Merci aussi à Nicolas qui m’a fait confiance dès le début et a toujours été un appui essentiel, à Anaïs et Céline sur qui l’association a pu compter depuis son premier jour, ainsi qu’aux membres passés ou actuels du Comité et tous ceux qui ont donné un coup de main ou qui continuent de le faire.
Les mots touchants qui m’ont été adressés ces dernières semaines m’accompagneront longtemps.
J’ai une pensée pour Arnaud, l’ancien responsable des supporters côté club, pour le travail colossal qu’il a accompli, et pour les quelques salariés du Racing qui ont eu la gentillesse de m'envoyer en août des messages sympathiques de façon non officielle.
Merci également aux autres associations.
Merci enfin à ma famille qui a souvent apporté une aide très précieuse dans l’ombre et qui a toujours fait preuve de beaucoup de patience et de compréhension.
Dans ma relation avec le Racing, je serai toujours fidèle à ma passion d’enfance : triste après chaque défaite et heureux après chaque victoire.
Le 3 avril 2022, le Racing gagnait contre Lens et occupait la 4e place du classement.
Mon fils vivait son premier match à la Meinau, qui était pleine et joyeuse. Sur le chemin du retour vers le local, sans y penser, je lui tenais la main pour éviter qu’il se perde dans la foule. Sans le savoir, il me tenait la main pour éviter que je m’envole au-dessus d’elle.
C'était quand même un peu le paradis.
C’était un chemin. Un chemin difficile, parcouru avec un puissant vent de face pour les personnes en première ligne, sous des averses régulières et des nuages encore plus sombres qui menaçaient le trajet.
Heureusement, les éclaircies ont été nombreuses et magnifiques : je suis content et soulagé d’avoir toujours su profiter pleinement, à ma manière, de chaque accalmie.
L’équipe du Racing
Dans son fonctionnement, la Fédé n’a pas vocation à mener des activités pendant les matchs. Le soutien à l’équipe peut en effet s’exprimer par d’autres moyens.
Alors que le RCS souffrait d’un déficit de soutien à l’extérieur, l’association a emmené des centaines de supporters aux profils très divers dans une trentaine de stades. En voiture, bus, ferry ou avion, du niveau amateur à la coupe d’Europe.
On se souviendra notamment d’un cortège à 50 personnes dans les rues d’Ajaccio en 2013, de la Marseillaise des 2650 supporters à Francfort, de la Colombière d’Epinal ou de ce moment gênant à Niort quand le bus de la Fédé a été escorté par erreur jusqu’au parking des vestiaires (« les croisées, tu connais »).
Pour ce qui concerne la Meinau, la Fédé a organisé la journée des supporters en 2010 - Hilali avait piscine - afin que la tradition perdure et pour encourager l’équipe malgré les agissements du propriétaire contre les intérêts du club.
Si la présence de 150 supporters a été gérable, la remontée progressive du Racing, et donc du nombre de participants, a transformé peu à peu le rôle de la Fédé dans l’organisation de l’événement.
Certaines des animations (visite du stade, séance de tirs au but pour les enfants…) et les symboles comme les photos de famille dans la tribune ont été marquants.
Cet esprit de famille, nous l’avons fait vivre en 2016 en organisant une cagnotte pour aider l'ancien joueur René Deutschmann à la suite d’un avc.
Des liens ont été entretenus avec les joueurs, entraîneurs ou dirigeants lors de soirées qui attiraient de 10 à 110 participants, sans compte-rendu public (« ce qui se dit au local reste au local »).
De Djetou à Vieira, en passant notamment par Duguépéroux, Gameiro, Gress, Hausser, Keller, Laurey, Ledy, Liénard, Vencel, Weller ou Betsch. Oui, la Fédé a organisé une soirée Yohan Betsch.
Des rencontres ont aussi été organisées avec les nouveaux arrivants : la Fédé a parlé à la quasi-totalité des joueurs depuis 2010, pour leur présenter les associations et leur remettre un livret sur l'histoire du RCS.
Des thèmes qui les intéressaient plus ou moins mais notre militantisme a consisté à insister sur la nécessité d’être combatif et respectueux sous le maillot bleu.
Un message constamment d’actualité, qui a été entendu chaque saison, y compris lorsqu’ils ont eu à nouveau des voitures plus prestigieuses que les nôtres, même s’il y a toujours eu des joueurs sortant du cadre, et pas forcément ceux qu’on croit.
Les rencontres ont également permis aux supporters de discuter librement avec les joueurs, qui étaient mis au défi de revenir spontanément en cours de la saison : qu’ils fussent au club quelques mois ou des années, aucun n’a osé, sauf Anthony Sichi et Gauthier Pinaud, lorsque le club était amateur.
Si le comportement des joueurs était surveillé, avec l’exigence de les voir aller au maximum de leurs possibilités, la Fédé a tenté de faire oeuvre pédagogique auprès de tous les publics de la Meinau - qui espèrent toujours la victoire du Racing - en rappelant notamment que les champions de France 1979 avaient démarré la saison du titre sous les sifflets à cause d’un jeu insuffisamment direct vers le but adverse.
Cette démarche pédagogique a aussi été tentée auprès du club pour souligner, qu’au-delà des aménagements appuyés par les dirigeants, le soutien du stade n’est jamais définitivement acquis et nécessite d’être cultivé.
Et comment ne pas évoquer Dimitri Liénard pour finir cette première partie.
Son état d’esprit hors du commun a justifié l’hommage de la Fédé lors de son départ, avec la remise d’un cadre souvenir du 90’+4, de dessins de jeunes supporters et la diffusion en ligne d’un montage vidéo. Même s’il a eu la drôle d’idée d’envisager de signer à Troyes à l’été 2017.
Le t-shirt célébrant le coup-franc légendaire contre Lyon restera sans doute longtemps le plus emblématique des vêtements ou objets produits par la Fédé, en plus d’être très confortable les jours de beau temps.

Le club, l'institution Racing
La Fédé a mis en lumière les grandes dates du RCS, sans jamais masquer les mauvais moments afin d’en tirer des leçons et trouver les bons moyens de lutter contre les difficultés. L’histoire a donné matière à réflexion.
Le Racing a vu son logo être avalé en 1997 par un pacman qui rêvait d’engloutir plusieurs clubs européens dans un système de multipropriétés, il a vu son nom et son autonomie être dilués en 1970 par deux autres clubs strasbourgeois dans le RPSM (Racing Pierrots Strasbourg Meinau), il a vu sa place en D1 être sauvée en 1949 au prix de l’intégration de l’équipe des SR Colmar dans un effectif pléthorique de 43 joueurs qui a failli être renommé RC Alsace (projet retoqué par la FFF).
C'est toujours le Racing qui existe, qui peut être aimé et encouragé vers la victoire, même s’il arrive qu’on ne le reconnaisse pas sous une épaisse couche de saleté.
En 2011, il a fallu nettoyer après le passage de celui qui voulait atterrir en hélicoptère sur la pelouse de la Meinau : la Fédé a réuni 70 personnes pour laver bénévolement des milliers de sièges du stade, les coursives et la tribune de presse afin d’accueillir dignement les supporters avant le premier match à domicile en CFA 2.
Quelques mois plus tôt, tandis que les mauvaises nouvelles se succédaient, l’association a créé de bonnes ondes dans l’actualité du club.
Le 12 juin 2011, nous avons organisé un tournoi des supporters, un match de gala, un cocktail et une exposition sur l’histoire du club pour célébrer le 1er titre du RCS, la coupe de France 1951 soulevée par le capitaine Michel Vavriniac, un des transfuges de Colmar.
En présence de nombreux anciens dont Collet, Duguépéroux, Frantz, Reichert, Remetter, Schaeffer, Wagner, Weller et de 650 supporters, avec une recette reversée à ELA et la Lutte contre la mucoviscidose, cette journée a pour moi montré que le RCS ne se réduit pas au comportement de son propriétaire et que l’institution existe toujours : « Un club meurt lorsqu'il n'a plus de supporters, le Racing est immortel ! » comme le dit la devise de la Fédé.
Sa capacité à se relever de coups durs, le Racing la doit en partie à la fidélité de ses nombreux supporters, transmise de génération en génération, qui contribue à une constance au haut-niveau sous-estimée (64 saisons en L1, un trophée chaque décennie sauf dans les années 1980, même si le club n’a jamais joué plus de 10 saisons de suite dans l’élite depuis 1952).
Lors de la première saison de la reconstruction, en CFA2, la Fédé a créé l’écharpe officielle du renouveau, parmi 140 maquettes dessinées par les fans et départagées par 1276 votants.
Avec la passion des supporters, les vibrations de la Meinau sont un autre constituant du Racing, un prolongement que la Fédé a valorisé notamment grâce à la réalisation bénévole du livre sur l’histoire du stade en 2014.
Cet ouvrage offert aux abonnés du club évoque ses grands moments et son évolution comme lieu de vie.
De RCS-Red Star en 1919 à la résilience face à Bayonne en 2011 en passant par le prestigieux nul du RPSM en 1974 contre les champions du monde brésiliens ou les belles victoires contre Liverpool et l’Inter Milan en 1997.
D’autres articles ont été publiés sur le site de l’association, le stub ou le site du club : l’homme à l’origine du nom du stade, la saison des records d’affluence, etc., mais aussi l’unique sélection de Laurey, le passage en Dordogne du club en 1940 ou ses liens avec Germain Muller, un alsacien célèbre.
Le Racing est une institution alsacienne, ce qui est son troisième constituant. Comme club populaire, il est enraciné dans la culture et la vie quotidienne : en 2013, la Fédé a posé une plaque commémorative rue d’Erstein, financée par les supporters et inaugurée par le regretté Steven Keller, en hommage aux fondateurs dans la rue où le club a vu le jour.
Le RCS est évidemment aussi constitué d’hommes au cœur de l’action.
En 2016, nous avons organisé l'anniversaire de la 2e coupe de France gagnée en 1966. Autour de tartes flambées, Devaux, Hausser, Heiné, Merschel, Schuth, Stieber, Szczepaniak entre autres ont pu discuter avec les supporters et se souvenir de ce grand jour. Certains n'étaient pas revenus depuis des décennies.
En 2019, nous avons fêté au local les 40 ans du titre de champion avec la plupart des acteurs de cette saison mythique. L'occasion pour de nombreux supporters de rencontrer leurs idoles de jeunesse.
Et la Fédé a permis, grâce à ses contacts, la création de l'association officielle des anciens joueurs du club.
Enfin, le Racing est capable de rassembler des milliers de personnes très différentes. Elles partagent toutes les émotions imaginables, qui deviennent des références communes, créent du lien social et entraînent une grande capacité de résilience.
La Fédé a contribué à ce cinquième constituant, et pas le moindre, notamment en assumant légalement, le jour de la finale de la coupe de la Ligue, le cortège de 10 000 supporters dans les rues de Lille. La plus agitée des accalmies.

La gouvernance du Racing
Trois acteurs sont systématiquement mis à contribution lorsqu’un club est en grande difficulté : les collectivités territoriales, les entreprises locales et les supporters. Il est donc normal que les supporters s’intéressent à la gestion du club qui les passionne.
Nous avons toujours fixé nos relations avec le club selon notre capacité à regrouper des supporters autour de valeurs partagées, à hiérarchiser les revendications et à trouver des compromis.
Après le départ piteux d’Hilali, Frédéric Sitterlé a su créer une dynamique enthousiasmante mais la lutte pour le pouvoir entre les dirigeants et leurs attaques réciproques dans la presse ont pourri des discussions dont il était difficile de démêler le vrai du faux.
En parallèle, Sitterlé, tout en s’appuyant sur les supporters, a cherché à les diviser et certains n’ont pas manqué l’occasion de prendre une part de la lumière qui brillait à nouveau autour du club : il y avait matière à voir la Fédé exploser.
Mais, au contraire, les responsables de l’association sont restés soudés et déterminés, malgré une pression quotidienne, avec l’objectif de comprendre et de défendre l’intérêt du club et de l’ensemble des supporters. Cette épreuve du feu a fixé la ligne de conduite.
Il y a eu pendant 14 ans un nombre incalculable de réunions, le plus souvent confidentielles à des fins d’efficacité, au cours desquelles nous avons milité sur tous les sujets qui font le quotidien d’un club de football, notamment les batailles annuelles pour les maillots, les tarifs accessibles à tous les publics, la convivialité à la Meinau ou encore le combat de plus de trois ans pour un écusson acceptable.
J’espère que les résultats obtenus, souvent difficilement, sur les marqueurs de l’identité du club continueront d’être respectés.
Un autre combat a concerné les horaires des matchs, un sujet de mécontentement constant, en considérant qu’un club différent devait agir pour améliorer la situation.
Le match contre Troyes fixé le lundi 2 janvier 2023 à 15h a entraîné un rejet unanime des associations et un appel à déserter le stade a été lancé pour défendre le football populaire.
En parallèle, un document sur les horaires adaptés au plus grand nombre (et tenant compte des impératifs de diffusion), a été réalisé et remis par l’association à Marc Keller sur sa demande.
Une communication conséquente a aussi été menée le 31 décembre et le 1er janvier auprès de la presse.
Mais ce match restera celui de la meilleure recette aux buvettes de la saison. Et le fait d’avoir vu, devant ma télé, le stade plein restera un souvenir pénible et une leçon, non sur la justesse des combats mais sur la façon de les mener.
Depuis 2010, la Fédé a également été amenée à faire du lobbying auprès des décideurs locaux, pour influencer des personnes qui, pour la plupart, ne fréquentent pas assidûment le stade de la Meinau.
C’est pour que le Racing reste au stade de la Meinau malgré le dépôt de bilan que nous avons milité en 2011 dans le bureau du Maire de Strasbourg. Plus tard, c’est par un courrier à sa successeure que nous avons milité pour que le stade soit rénové, avec un kop aménagé pour l'ambiance et contre le naming.
Auparavant, c’est aussi aux décideurs que nous avons transmis le résumé d’une année d’actes insensés d’Hilali.
La Fédé a aussi été l'interlocutrice privilégiée des médias, avec une quarantaine de sollicitations par an, au prix d’un travail de synthèse et d’anticipation sur tous les sujets.
Avec parfois de vains coups de pression du club lorsqu’une intervention ne plaisait pas, même si les prises de parole ont toujours été mesurées et constructives.
Ces interventions ont tenu compte des principes de la Fédé, de l’avis des membres investis, de l’ambiance du local, du ressenti au stade, des discussions sur racingstub, des réseaux sociaux.
Les associations membres de la Fédé disposaient d’un droit de veto - jamais utilisé - garantissant l’équilibre général de notre positionnement. Elles ont toujours été libres de mener leurs propres actions.
Si la presse locale a sollicité le plus régulièrement (France 3, France Bleu, BFM Alsace, Rue 89, 20 Minutes et beaucoup plus rarement les DNA), il y a également eu les médias nationaux (L'Equipe, So Foot, Le Monde, Canal +, RMC), parfois sur des sujets qui ne concernaient pas directement le RCS, et récemment la presse anglaise.
En retour, la presse a été une source d’informations en off utile dans les discussions avec le club.
Sans illusion particulière, je suis reconnaissant de l’énorme travail effectué par Marc Keller, de sa capacité d’anticipation et de sa connaissance parfaite du football mis au service du Racing. Je lui dis merci.
Après la vente à BlueCo, il aurait dû admettre auprès des associations les difficultés générées par les conditions sportives imposées par les nouveaux propriétaires à partir de la mi-juillet 2023 et qui ont tout empoisonné.
Puis, au lieu de jouer la montre, il aurait dû nous proposer de voir s’il était encore possible d’avancer ensemble.
La crédibilité et la discrétion reconnues des principaux responsables associatifs aurait dû permettre ce moment de vérité sans risque d’apparaître déloyal vis-à-vis de ses nouveaux patrons.
Pendant longtemps, Keller a parlé de l'ADN du Racing et l’ADN laisse des traces qui peuvent finir par être des preuves accablantes : on ne saura jamais comment auraient évolué ces échanges, en tenant compte d’une part de la perte blessante de l’exemple plus vertueux donné par le Racing et d’autre part de la crise économique perpétuelle d’un football français de plus en plus élitiste.
Aujourd’hui ce n’est pas tant BlueCo qui compte car, en cas de départ, les propriétaires passeraient probablement la main à des investisseurs du même type.
Les multipropriétaires exploitent notre passion sans scrupules, et sans y prêter attention, pour bouleverser encore plus l’organisation du football (déjà fragile) afin de maximiser sa rentabilité, il n’y a pas à avoir de scrupules à vouloir exploiter leur argent pour exister en L1 tout en cherchant à les empêcher d’arriver à leur but ultime.
Un précédent existe et nous le connaissons bien. Le groupe IMG Mc Cormack a acheté le Racing en 1997 tout en étant en discussions pour acquérir ensuite d’autres clubs. L'UEFA puis l'Union européenne se sont opposées au développement de la multipropriété, qu’au moins un autre groupe d’investisseurs avait déjà installé en Europe.
Les Américains ont donc délaissé le Racing, qui a connu des années difficiles, du moins jusqu'à l’arrivée en 2001 d’un manager enfin compétent.
Le président Proisy a fini par reconnaître que « la gestion d’un club n’est pas aussi rationnelle qu’on le souhaiterait, le football ressemble trop à une loterie pour des financiers américains. » On croirait lire du BlueCo.
Il y a eu des prises de position ces derniers mois au niveau de l’Union européenne, de la Cour de justice européenne, du ministère, des parlementaires français, de l’UEFA, de la FFF sur la nécessité de défendre l’indépendance des clubs, comme par exemple celle de Philippe Diallo (président sans doute pour longtemps de la FFF) : « Nous sommes à un carrefour entre un modèle sportif à l'européenne et son américanisation ».
Au besoin, les instances pourraient s’appuyer sur le document établi par la Fédé il y a deux ans, qui fixe les conditions de la gouvernance idéale vers laquelle tendre (page 1 et page 2).
Malgré les milliers de membres (2713 au plus haut), il est dommage que la Fédé n’ait pu aller frapper à la porte des autorités compétentes.
La difficulté croissante pour réussir à synthétiser et à s'accorder sur une marche à suivre équilibrée, puis l’usure des années, l’absence de volonté de s’exprimer publiquement chez la poignée de personnes suffisamment investies pour avoir la légitimité de prendre le relais, le dégoût profond des forums et surtout des réseaux sociaux, ont entraîné au printemps dernier un terme immédiat et inéluctable de ce rôle de porte-parole.
Il faut espérer que l’ANS, l’Association Nationale des Supporters, dont la voix porte au niveau national comme la voix de la Fédé a porté au niveau local, saura contribuer à la mobilisation nécessaire des décideurs contre la perte de souveraineté des clubs afin d’éloigner rapidement les nuages sombres qui menacent.

Le local de la Fédé
Ces derniers mois, la situation du club a été débattue au sein de l’association dans des échanges éprouvants et intenses mais les convictions de chacun ont été respectées.
Après ma démission, décidée et annoncée au Comité à la veille du premier match de la saison, la vie démocratique de la Fédé suivra son cours ce dimanche lors de l’assemblée générale.
S’il faut rappeler que la vie associative n’a pas toujours été centrée uniquement sur le local - la Fédé a organisé par exemple plusieurs tournois de foot à la Meinau - le déménagement du bar à l'été 2018 dans un bâtiment plus attractif et plus proche du stade (1 rue du Maréchal Lefebvre) a été un tournant décisif.
Le lieu est rapidement devenu incontournable pour de nombreux supporters et a donné une nouvelle dimension aux ouvertures ordinaires (avant et après les matchs à domicile, diffusion des matchs à l'extérieur…) et extraordinaires, comme lors de la venue de l’After Foot de RMC en 2020.
La Fédé a la fierté d’être une association où les bénévoles ont de 7 à 77 ans, où il y a autant de femmes que d’hommes. Le fonctionnement du local est satisfaisant mais le lieu pourrait être encore mieux exploité avec plus de volontaires : engagez-vous !
Depuis cet été, mon investissement s’est poursuivi exclusivement au local, tout en continuant à faire des photos des matchs. Je reste également attaché à l’histoire du Racing.
La vie au local est une formidable aventure collective qui m’a permis de faire parmi les plus belles rencontres de ma vie.
C’est un lieu fédérateur qui doit rester ouvert à tous, membres ou non, et rester disponible pour la vie des associations.
C’est un lieu qui permet aux bénévoles de pratiquer une passion afin de ne pas en être dépossédés par la dégradation constante du football depuis des décennies.
C’est un lieu qui permet de faire vivre collectivement l'image du RCS tel que nous l'aimons.
C’est un lieu qui permet de dialoguer, râler à peu de frais, où les discussions de comptoir sont plus ou moins raisonnables et prétentieuses mais bien moins toxiques que les passions tristes des réseaux sociaux.
C’est un lieu pour profiter des beaux jours et un refuge idéal pour se protéger du mauvais temps.

Les remerciements
19 ans après mon inscription sur le stub, avec plusieurs années de responsabilités, puis un peu plus de 14 ans à la présidence de la Fédé… cet article est une bonne façon de boucler la boucle, même s’il n’est pas exhaustif.
Le premier combat de l’association a été de lutter contre Hilali, mais je suis convaincu que la Fédé aurait vu le jour même sans ce contexte, parce que les différentes idées étaient destinées à être un jour rassemblées.
Malgré mon inexpérience au lancement de la Fédé, puisque je n’avais jamais été membre d’aucune association, je me suis senti à l’aise à la tête d’une structure transversale et équilibrée dans son fonctionnement et ses actes, dont l’objectif était d’agir sur des thèmes originaux et constructifs.
C’est en partie grâce à une phrase entendue à la radio peu avant la création de l’association au printemps 2010 : « c’est le plus souvent par un concours de circonstances qu’on accède à une fonction importante, c’est après qu’il faut s’en montrer digne ».
Il était impossible de songer à y parvenir seul. Je remercie Greg pour sa vision et ses convictions, il a été un moteur lors de ces 14 ans et, même si dans la vie nous sommes très différents, le Racing a été un puissant trait d’union.
Merci aussi à Nicolas qui m’a fait confiance dès le début et a toujours été un appui essentiel, à Anaïs et Céline sur qui l’association a pu compter depuis son premier jour, ainsi qu’aux membres passés ou actuels du Comité et tous ceux qui ont donné un coup de main ou qui continuent de le faire.
Les mots touchants qui m’ont été adressés ces dernières semaines m’accompagneront longtemps.
J’ai une pensée pour Arnaud, l’ancien responsable des supporters côté club, pour le travail colossal qu’il a accompli, et pour les quelques salariés du Racing qui ont eu la gentillesse de m'envoyer en août des messages sympathiques de façon non officielle.
Merci également aux autres associations.
Merci enfin à ma famille qui a souvent apporté une aide très précieuse dans l’ombre et qui a toujours fait preuve de beaucoup de patience et de compréhension.
Dans ma relation avec le Racing, je serai toujours fidèle à ma passion d’enfance : triste après chaque défaite et heureux après chaque victoire.
Le 3 avril 2022, le Racing gagnait contre Lens et occupait la 4e place du classement.
Mon fils vivait son premier match à la Meinau, qui était pleine et joyeuse. Sur le chemin du retour vers le local, sans y penser, je lui tenais la main pour éviter qu’il se perde dans la foule. Sans le savoir, il me tenait la main pour éviter que je m’envole au-dessus d’elle.
C'était quand même un peu le paradis.
