- Note
- 5 / 5 (11 notes)
- Date
- Catégorie
- Avant-match
- Lectures
- Lu 1.488 fois
- Auteur(s)
- Par kitl
- Commentaires
- 5 comm.
Premier véritable temps fort de la saison du RCS, le match aller de barrages de Ligue Europa Conférence face aux Danois de Brøndby marque également les premiers pas du public strasbourgeois dans la nouvelle tribune Sud.
L'enjeu
Quasiment six ans jour pour jour après la rencontre aller de barrages de Ligue Europe contre l'Eintracht Frankfurt, la Meinau retrouve la Coupe d'Europe. Une compétition récente mettant aux prises un nombre réduit de formations issues des grands championnats qui trustent les trophées décernés par l'UEFA, ainsi que de multiples clubs pittoresques des quatre coins du continent. La chimère de la Ligue des Champions s'étant envolée au printemps, le Racing découvre une nouvelle compétition qui lui ressemble davantage.En 2019, les entraîneurs n'avaient le droit de procéder qu'à trois changements uniquement et le banc des remplaçants n'était pas composé d'une équipe entière. Sans parler du troisième onze possiblement assis en tribunes. En outre la fameuse règle du but à l'extérieur existait toujours.
La pandémie est passée par là, pour le Racing c'est un autre bouleversement du quotidien qui s'observe depuis juin 2023. Grâce au succès du PSG en finale de Coupe de France contre Reims, par le biais des reports de tickets européens, le dernier strapontin continental est revenu à Strasbourg, ce qui permet au club battant désormais pavillon anglo-saxon d'égaler les temps de passage de la bande à Thierry Laurey, à qui il n'avait fallu que deux ans pour passer de la montée en Ligue 1 aux barrages de l'ex-Coupe de l'UEFA.
Comme face aux roublards Allemands à l'époque, le tirage au sort propose le match aller à la maison avant un retour annoncé bouillant à Brøndby, dans les environs de Copenhague. Auteur d'un grand match, le Racing n'avait pu basculer qu'avec un but d'avance, ce 1-0 à 0.99 xG signé Kévin Zohi. A l'évidence, et même si le niveau actuel de l'escouade alsacienne comme celui de son adversaire restent incertains, il vaudrait mieux prendre davantage de marge.
Il y a une semaine, la tendance était bien différente et on imaginait plutôt les Islandais du Vikingur Reykjavik dresser leurs casques à cornes et non leurs cousins danois. Après une lourde défaite sur l'île (0-3), le Brøndby IF s'est offert une remontada de derrière les fagots jeudi derniers en l'emportant par quatre buts d'écart. Le Racing est prévenu.
Le théâtre
Quinze mois après la destruction de l'ancienne tribune officielle, ses loges Hechter, sa tribune de presse vieillotte et ses vestiaires, sa remplaçante sera ouverte ce soir pour la première fois au public.Un événement majeur, tant l'édification de cette nouvelle tribune Sud représente le morceau de choix de la rénovation du stade de la Meinau, dont les trois autres tribunes n'ont été « que » rafraîchies avec la suppression des gradins bas et des populaires.
Un chantier assez pharaonique mené toute la saison dernière et notoirement accéléré durant la trêve afin de tenir les délais. La pose du toit a notamment constitué un tour de force. Un an après le match contre Rennes, deuxième journée de Ligue 1, il convient de mesurer le chemin parcouru pour passer d'une montagne de parpaings à une tribune ultra-moderne.
Reste que le rendu en live sera particulièrement scruté par bon nombre de supporters, alléchés par les modélisations et qui n'ont cessé de les comparer avec la réalisation. Nul doute que les accès, les finitions, le choix des matériaux, les nouveautés et ce qui aura disparu feront l'objet de commentaires nourris au retour du stade. Cela changera des sempiternels débats sur l'attente à la buvette ou la cuisson des saucisses, érigées il y a peu au rang de totem d'un club déboussolé.
Pour cette première, la capacité de la Meinau sera d'environ 23.000 spectateurs, la tribune Nord étant à son tour concernée par les travaux.
A noter qu'une cérémonie est programmée le vendredi 12 septembre, sous l'égide de l'Eurométropole, propriétaire du bâtiment et principal financeur de la rénovation.
L'adversaire
Côté Danois, un millier de fans est attendu, les places se sont arrachées en quelques heures et une partie d'entre eux avait déjà effectué le voyage en Islande. Une fan-zone sera dédiée aux visiteurs dans le secteur de la Place de l'Etoile, avant un cortège les conduisant au stade.Il faut dire que Brøndby IF est l'une des places fortes du football danois, avec 11 titres de champion (le premier en 1985), des victoires en Coupe du Danemark et, partant, de nombreux parcours en Coupe d'Europe. L'épopée la plus remarquable date de 1991 en Coupe de l'UEFA : Brøndby a tenu sa qualification en finale jusqu'à la 88è minute au stadio Olimpico de Roma avant de se faire cueillir par un but de Rudi Völler. Dans cette équipe, on relève la présence du mythique Peter Schmeichel et de l'ossature de la sélection danoise vainqueur surprise de l'Euro 92. Sept des onze titulaires face à l'Allemagne en finale sont passés par Brøndby au cours de leur carrière.
Toutefois le club est relativement récent : créé en 1964, il évolue en première division depuis 1981. Autre personnalité incontournable du football danois, Michael Laudrup est un enfant de Brøndby. Son père Finn a été entraîneur-joueur dans les années 1970 avant l'instauration du professionnalisme dans le royaume. Après des débuts chez les pros au KB, le jeune Laudrup révèle l'étendue de son talent et devient le premier international danois du club, avant de signer dès 1983 avec la Juventus.
A la fin de la décennie, son frère Brian empruntera le même chemin et plus récemment Ebbe Sand ou Daniel Agger, entre autres, ont fait leurs armes à Brøndby. Pour ce qui est des stars étrangères, le Nigérian Uche Okechuwku a autant marqué les esprits à Copenhague que son partenaire en défense centrale chez les Super Eagles, le regretté Stephen Keshi, ne l'a fait en Alsace.
Côté actionnariat, puisque cette dimension ne saurait être détachée de l'aspect purement sportif du football, Brøndby IF partage avec son adversaire du soir une structure en multipropriété. Le proprio David Blitzer détient également l'ADO Den Haag, Beveren, Estoril et s'est même immiscé au sein du FC Augsburg, sans oublier une participation minoritaire à Crystal Palace et une autre qui nous concernera moins pour l'instant, aux Philadelphia 76ers.
A noter que Brøndby a été coté à la Bourse de Copenhague dès 1987.
Troisième de son championnat la saison passée, actuellement bien parti avec quatre victoires et une défaite, Brøndby dispute pour la troisième année de suite les qualifications de la petite Coupe d'Europe. Le FC Bâle puis le Legia Varsovie lui ont barré la route ces dernières années. Avant Reykjavik, les Danois s'étaient offert une mise en jambes chez les Féringiens du Havnar Boltfelag. Un été décidément placés sous le signe des retrouvailles impériales pour les Vikings.
Au rayon des têtes connues, Brøndby s'avance avec l'éphémère gardien de Reims, Patrick Pentz, le meilleur buteur pour l'éternité de l'Evian-Thonon-Gaillard FC en Ligue 1, le capitaine Daniel Wass, de retour au pays à 36 ans après une belle carrière en Liga ou encore Stijn Spierings, artisan de la remontée de Toulouse suivie d'un succès en Coupe de France en 2023.
Notre correspondant danois a évoqué comme autres joueurs à suivre Nicolai Vallys en attaque et Noah Nartey au milieu. C'était avant l'arrivée de l'expérimenté pivot d'attaque Michael Gregoritsch, international autrichien aux 66 sélections.
Comment ne pas évoquer enfin le furtif rayon de soleil levant Yuito Suzuki, aperçu à Strasbourg début 2023 puis auteur de deux saisons pleines à Brøndby ? Le Japonais auteur de 21 buts en Superligaen a depuis filé pour 10 millions d'€ au SC Freiburg, où il a croisé Gregoritsch.
Les inconnues
Pour le Racing et son effectif tutoyant les 50 contrats professionnels, ainsi que pour sa visibilité continentale, le rendez-vous est capital. Une élimination face à Brøndby, club historique mais supplanté par le FC Copenhague depuis le début du siècle, ferait clairement désordre. A peine entamée, la saison prendrait déjà des allures de plat de harengs nature, fade et sans saveur, alors qu'on peut si bien les accomoder avec de la cannelle, des baies de genièvre, de l'aneth et même de la sauce au curry.La Coupe d'Europe a une autre vertu, celle de forcer le club à rompre avec cette tendance à l'opacité, qui veut que ni le groupe des joueurs convoqués au match, ni la durée d'indisponibilité des blessés, ni un nombre croissant de séances d'entraînement, ni le montant des transferts, a fortiori lorsqu'ils sont effectué en provenance de la maison mère, ne soient communiqués au public.
Un groupe de 22 joueurs a été convoqué ce soir : y figurent le Danois Lucas Høgsberg, touché en fin de match à Metz, mais pas le nouvel arrivant Rafael Luís, ni tous les joueurs susceptibles de rejoindre le club avant la clotûre du mercato.
On ignore si Liam Rosenior fera tourner, la presse mise sur les rentrées de Samuels-Smith, Oyedele et de Sékou Mara. L'ancien banni Ismaël Doukouré fait son retour après sa promotion-revalorisation. On irait même jusqu'à lui attribuer le brassard de capitaine, au titre de l'expérience.
Un mot enfin sur l'opération de protestation bienvenue qui se poursuit à la Meinau : un quart d'heure pour protester contre la vassalisation du club et l'emprise toujours croissante de Chelsea, symptômes concrets de ce cancer qu'est la multipropriété pour le football européen.
Une fois ce préalable effectué, il sera temps de penser au retour à Copenhague, puis Prague, mais pas forcément Basel, ça on connaît !
