Saison 2026/2027
Racing Club de Strasbourg

Qui a tué Storcky ? Episode 2 : Les chiottes du bloc 128

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Par vloutch
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© rachmaninov

Storcky est mort, OK. Paix à son âme. Mais pourquoi ? Cet épisode pourrait inquiéter le lecteur. Oui, il s'agit d'une sombre affaire, qui présente toutes les caractéristiques de ce qu'il est convenu d'appeler un complot. Mais cet épisode devrait rassurer le lecteur. Le monde peut tanguer, l'hystérie gagner, mais nos regards, nos mains ouvertes, pourront toujours se porter vers une institution indéracinable : l'Hôtel de police.

«  Prenez place, Wattellier. »
Le commissaire Buquet restait debout, les mains dans le dos. Il se tourna vers les baies vitrées de son bureau et considéra un moment la circulation sur la N4 bondée.
« Je viens de finir votre rapport. »
Nouvelle pause. Le fauteuil en cuir couinait désagréablement sous les fesses de Wattellier. Son costume détrempé goûtait sur la moquette en faisant ploc-ploc.
« Pauvre vieux, reprit Buquet en se retournant, vous avez un physique quelconque, je suppose que je ne vous apprends rien. Mais vous avez le flair d’une fouine, bon sang !»
Un large sourire éclaira le visage du commissaire. Il attrapa une chemise cartonnée, à deux mains, comme s’il la soupesait.
« Alors… les chiottes du bloc 128, hon ? »
Wattellier réajusta sa cravate et leva ses petits yeux vers le commissaire.
« Eh bien oui, j’étais posé depuis une grosse heure sur le trône, sous la tribune ouest…
- Indigestion ?
- Planque, chef. J’étais à l’affût. Vu que vous m’aviez envoyé, euh… à la recherche d’indices. »
Wattellier eut le sentiment, en prononçant ces mots, qu’il était en train de ternir l’impression brillante qu’avait produite son rapport. Déjà à l’école c’était comme ça. Ou avec les filles. Plutôt inspiré à l’écrit, mais désastreux dès qu’il s’agissait d’ouvrir la bouche. Buquet fit quelques pas pour se placer derrière son adjoint.
« Bon, avoua celui-ci, j’ai fini par piquer du nez. Mais le lieu était judicieusement choisi.
- Je vous l’accorde, mon vieux. Toutes ces croix gammées...
- Oui, car ma mission était double. Retrouver la trace du meurtrier présumé de Storcky...
- Emanuel Emegha, un DJ hollandais. Il faut boucler cette affaire, effectivement, la LPO exige des résultats.
- Mais il y avait aussi ces disparitions en série chez les Offenders. »
Buquet hocha la tête et maugréa :
« Hon, s’agissant de ceux-là, vous n’étiez pas obligé de faire du zèle… Bref ! Racontez-moi.
- Eh bien, les croix gammées c’était pour les attirer, chef.
- Ingénieux.
- Quand le premier est arrivé, ça m’a réveillé. Des grosses rangers coquées, j’les ai vues sous la porte. Le type est entré dans la cabine d’à-côté, celle qui est fermée avec de la rubalyse depuis le début des travaux.
- Pour n’en jamais ressortir.
- Jamais. Y’en a un deuxième qu’est arrivé, puis un troisième, qui fredonnait un air de Maurice Chevalier. Moi ça m’a rappelé le piège à guêpes de mon oncle Tanguy, celui qu’a plus de jambes, rapport au diabète.
- Alors, n’écoutant que votre courage, vous avez décidé d’aller y voir vous-même.
- Pour sûr. J’ai poussé la porte. Et figurez-vous que de l’autre côté y’avait rien qu’un grand trou, avec un escalier qui descendait.
- Pas de WC…
- Aucun, à moins de pisser dans le trou évidemment…
- Continuez, Wattellier.
- J’ai compté les marches en descendant. Jusqu’à 17.
- Mmh, peu profond pour un tunnel.
- Oh ! y’en avait encore. Seulement, après 17 j’m’emmêle les pinceaux.
- Bon. Et en bas, une sorte de galerie, donc.
- Une galerie ? Tout un réseau, oui ! Un vrai gruyère. Si j’avais pas suivi ce type, j’aurais pas su où y aller.
- Où « aller ».
- Sauf vot’ respect, je viens de vous l’dire, j’aurais pas su.
- On ne dit pas « où y aller »
- On l’dit pas, ça non ! Et y’a pas de panneaux. Pensez ! C’est tout dans vot’ tête, par là en bas, à l’instinct. »
Buquet posa une fesse sur le coin de son bureau et contempla, incrédule, la face simple et dévouée de son adjoint, ses petits yeux ronds. Le bougre était fier de lui, et le pire c’est qu’il y avait de quoi : il avait réellement levé un truc.
« Bon, vous suivez ce gars.
- Je le suis. Sur les murs, d’autres croix gammées. Et des cris, au fond du tunnel.
- Des cris de douleur ?
- De terreur plutôt. Ça faisait « Oh noooooo ! » Puis un silence. Puis de nouveau « Oh noooooo ! » Moi je m’suis dit : Mon petit Eric, c’est pas le moment de flancher ! Ouvre l’œil, et le bon ! Alors j’ai hâté le pas et j’ai aperçu le type devant moi, juste à temps. Il a levé les deux bras en l’air, crié « Oh noooooo ! » et disparu tout bonnement dans un trou.
- Quel genre de trou ?
- Une sorte de fosse avec d’autres gens comme lui, certains debout, d’autres endormis ou en train de pédaler.
- De... pédaler ?
- J’peux pas vous en dire plus. J’étais là, allongé au bord du trou, quand l’autre brute en rouge a surgi à vingt mètres de moi avec sa matraque.
- Et c’est là que vous battez le record du 100 mètres.
- En me paumant complètement, oui. A cette heure j’y s’rais encore si la Chose m’avait pas sorti de là.
- Cette Chose, Wattellier… J’ai vu le portrait-robot que vous en avez fait. »
Buquet sortit de la chemise le document en question et le mit sous le nez de son adjoint.
« Cette Chose, comme vous dites, était donc planquée dans les souterrains ?
- Comme une araignée. Moi tout ce que j’avais en tête, c’était d’échapper au golgoth qui était sur mes talons. Je me suis jeté dans un recoin pour le laisser passer, et là quelqu’un a plaqué une main sur ma bouche pour m’empêcher de crier.
- Grand ?
- Très grand.
- Une petite odeur de fromage, peut-être ?
- Comment qu’vous savez ?
- La même odeur qu’ au Musée alsacien, quand vous avez failli y rester.
- C’est… c’est ça, oui.
- Wattellier, mon pauvre Wattellier. Savez-vous seulement qui vous a sorti de ce guêpier ? »
Buquet se pencha vers le visage de son adjoint, observa longuement les imperfections de sa peau grasse, puis plongea son regard dans le sien avant de lâcher :
« Emegha. 
- Vos… vos gars ? Mais non, j’étais seul avec lui. Sinon…
- Emanuel Emegha, le type recherché par toutes les polices d’Alsace, et par la brigade verte.
- Le DJ ?
- Il fait aussi un peu de foot, Wattellier.
- Mais alors c’est pour ça qu’il galope comme ça… Quelle flèche ! »
Buquet souffla par le nez. Il s’étira, visiblement contrarié. Chaussa ses lunettes, feuilleta le rapport de son adjoint et le parcourut avec l’index.
« La Chose court devant moi, lut-il lentement, puis s’arrête pour m’attendre. C’est beau comme elle court, avec ses grandes jambes, sans jamais se cogner aux murs malgré ses lunettes de soleil. Derrière nous, le type à la matraque beugle des trucs que je comprends pas, en allemand. Il tape sur les parois pour nous faire peur. Je fais dans mon froc. Il est quasiment sur nous quand, soudain, mon sauveur roule au sol en se tenant l’arrière de la cuisse. Mais la lumière est là, je déchire un rideau de végétation et tombe dans le Krimmeri. 
- Où deux pêcheurs me sortent de l’eau, hi ! hi! »
Buquet reposa ses lunettes sur son bureau et se pencha en arrière pour attraper, dans le premier tiroir, son magnum 357. Il fit jouer le chargeur, le brandit à deux mains vers le buste de Lino Ventura qui ornait sa bibliothèque, puis il posa une main sur l’épaule de son adjoint.
« Des Offenders qui pédalent, un nervi qui hante les souterrains secrets du plus beau stade d’Europe, un assassin présumé qui se sacrifie pour un flic. Wattellier, nous avons quelques énigmes à résoudre. Allez vous changer, mon vieux, ce soir on y retourne. »

vloutch

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