Djetou : les yeux loin des Bleus

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Par filipe
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Demain les champions du Monde 98 fêteront les 10 ans de leur titre au Stade de France. Youri Djorkaeff et Frank Leboeuf y seront. Martin Djetou aurait pu en être.

Il y a 10 ans
Les premiers pas sur la Lune, la chute du Mur, les attentats contre les Etats-Unis ou le transfert définitif de Gmamdia, certains évènements marquent définitivement la vie de ceux qui les ont vécus.
Alors, que faisiez-vous le 12 juillet 1998 ? Dix ans plus tard, chacun est probablement capable d'établir précisément son emploi du temps de ce dimanche-là.
Mais il y a au moins six personnes avec qui il serait sans doute préférable de ne pas aborder le sujet. Car tandis que la France fêtait au soir du 12 juillet le sacre de ses 22 footballeurs champions du Monde, six autres joueurs gagnaient dans le même temps le statut peu enviable et définitif de non-champion du Monde.
Lionel Letizi, Martin Djetou, Pierre Laigle, Sabri Lamouchi, Ibrahim Ba, Nicolas Anelka auraient pu, mais ne seront jamais. C'est en tout cas une certitude pour les cinq premiers, parmi lesquels on trouve un joueur formé et apprécié au Racing.

La nuit des seconds couteaux
Martin Djetou, arrivé au centre de formation strasbourgeois en 1992, faisait en effet partie de la liste de 28 joueurs appelés par Aimé Jacquet pour le stage de préparation à la Coupe du Monde 98.
Après plusieurs semaines de suspense, le sélectionneur national finit par trancher le soir du 23 mai en convoquant dans sa chambre ces six joueurs qui comprennent immédiatement l'objet de cet entretien collectif.
Djetou et les cinq autres ne participeront pas à la grande aventure et décident d'eux-mêmes de quitter immédiatement le centre technique de Clairefontaine. Dans la nuit, les taxis les conduisent au loin. Certains Bleus, comme Fabien Barthez, ne s'apercevront de leur absence qu'au cours du petit déjeuner du lendemain matin. « J'aurais aimé qu'ils restent encore avec nous jusqu'au lendemain. La vie est cruelle, le foot aussi » conclura Jacquet.
La polyvalence de Djetou (capable de jouer en défense centrale et en milieu défensif, voire même sur les côtés de la défense) était son plus bel atout. Mais la concurrence de Desailly, Karembeu, Vieira, Deschamps, Petit et Boghossian - excusez du peu - fut la plus forte. Sept semaines plus tard, les Bleus battent le Brésil au Stade de France et plus grand monde ne songe aux six exclus de Clairefontaine, qui ne furent même pas invités au Stade de France.

Rayonnant à Monaco
Si la victoire finale ne peut que donner raison à Jacquet, la présence de Martin Djetou dans la liste finale n'aurait sans doute pas dépareillé dans la distribution.
Djetou n'avait que 22 ans quand il connut deux ans plus tôt sa première sélection en équipe de France, au cours d'un match victorieux face à la Turquie (4-0). 1996, la première de ses cinq grandes années avec l'AS Monaco : Champion de France 1997 avec l'ASM, il est alors au sommet de sa forme et s'épanouit aux côtés des Barthez, Scifo, Benarbia, Anderson ou encore John Collins. C'est aussi à cette période qu'il se lie d'amitié avec Manuel Dos Santos.
Titulaire indiscutable et devenu capitaine de la formation monégasque, Djetou remporte un second titre en 2000, cette fois-ci avec les Marquez, Lamouchi, Gallardo, Simone, Trezeguet et Henry.
La défaite en Coupe de la Ligue face à Lyon en 2001 signe un tournant dans le foot français ainsi que dans la carrière de Djetou qui quitte la France pour Parme contre la somme de 70 MF. Au sein du club italien, il est chargé de prendre la succession de Lilian Thuram - parti à la Juve - comme il le fut à son arrivée à Monaco cinq ans plus tôt.

« Parme a ruiné ma carrière, j'y ai rencontré des gens mal intentionnés »
Bien que sollicité par le Bayern Munich et le FC Barcelone, c'est donc en Italie qu'il poursuit sa carrière. Un choix finalement catastrophique : l'ancien club de Thuram et Buffon est en effet en fin de cycle et subit les immenses difficultés financières de son principal sponsor : Parmalat.
Prêté à Fulham au bout d'une saison difficile, où il retrouve Jean Tigana, son ancien coach à Monaco, Djetou retourne en Italie deux ans plus tard. Les médecins parmesans lui annoncent alors qu'il souffre d'une hypertrophie cardiaque l'empêchant de continuer à jouer au football. Pour une fois, Djetou aura devancé Thuram.
Bien que contestant ces résultats médicaux grâce aux analyses réalisées par d'autres médecins, il est brutalement rayé de l'effectif de son club et interdit d'entraînement pendant de longs mois avant d'être licencié en janvier 2005. Djetou finira par obtenir gain de cause mais attend encore aujourd'hui le versement de deux ans et demi de salaires.
Suivront quelques tentatives sans réussite pour relancer sa carrière professionnelle (Nice, Bolton, Istres), quelques essais sans suite (en Allemagne et en Angleterre) et des stages avec les autres footballeurs au chômage.
Et après avoir refusé de revenir au Racing (qui ne lui proposait qu'un contrat de six mois), Djetou est finalement amené à Schiltigheim (CFA) au début de l'année 2007 par José Guerra et Stéphane Soppo-Din. Mais au Sporting cela ne se passe guère mieux et Djetou quitte rapidement le club. A un peu plus de trente ans, le footballeur Djetou n'a plus d'issue et finit donc par changer d'orientation, contraint et forcé : il est aujourd'hui patron d'un centre de remise en forme et d'esthétique à Illkirch, pas très loin finalement de la Meinau et du stade de ses débuts professionnels.

Des débuts au RCS
Arrivé en France en 1982, après avoir passé les sept premières années de sa vie à Abidjan (Côte d'Ivoire), Djetou est repéré par le Racing et les Girondins de Bordeaux au centre national de... Clairefontaine, après un passage par Créteil.
Malgré, déjà, quelques blessures, il ne lui faudra pas longtemps pour se faire remarquer à Strasbourg, ville qu'il a donc fini par choisir. Repéré pour son talent bien sûr, mais aussi grâce à une musculature hors du commun. Il faut dire qu'à Créteil l'haltérophile était un de ses loisirs favoris, pratiqué dans le but d'améliorer sa détente et sa puissance.
C'est finalement Gilbert Gress qui lui donnera sa chance en équipe professionnelle. Djetou n'a alors que 17 ans et se voit récompensé par celui même qui lui en faisait baver : « Gilbert Gress était très dur. Un jour, j'ai voulu tout arrêter. Heureusement, Roland Weller m'a aidé. Malgré cela, je considère Gilbert Gress comme un de mes pères spirituels. Avec lui, tout passait par le travail. Et ça m'allait. Il croyait en moi. Il m'appréciait. Je lui dois beaucoup ».
S'imposant peu à peu dans l'effectif du Racing avec ses amis Olivier Dacourt et Valérien Ismaël, eux aussi passés par le centre de formation, il tape rapidement dans l'oeil de plusieurs clubs français.
Le Racing ayant - ô surprise - un besoin urgent d'argent, le transfert à Monaco se règle donc en mai 1996 au cours du déplacement du RCS à Louis II pour une lourde défaite (5-1). A la fin du match, Roland Weller lui annonce son départ en fin de saison dans la Principauté. Surpris et choqué, Djetou ne retient pas ses larmes : « On a pleuré tous les deux dans le vestiaire. C'était un moment particulier, très dur. Je pensais à mon club et aux copains que j'abandonnais ».

filipe

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