23 septembre 1980 : RCS-Nantes 1-2

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Souvenir/anecdote
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Par conan
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Cette rencontre est sans doute la plus houleuse de l'histoire du Racing. Si le résultat sportif resta finalement anecdotique, on se souviendra des tribunes en flammes, des affrontements des supporters face aux CRS et des adieux de Gilbert Gress.

Le titre de 1979 fut finalement très mal digéré par le Racing. Mi figue mi raisin sur le plan sportif, la saison 79/80 fut marquée par la mithridatisation des rapports entre André Bord, le président tout puissant du Racing omnisports, et de Gilbert Gress, entraîneur mythique et charismatique mais écorché vif permanent. L'affaire Carlos Bianchi en constitua la plus évidente des illustrations. Recruté par le président sans l'avis de son entraîneur, ce dernier, vexé, plaça le meilleur buteur du championnat de France sur le banc des remplaçants, prétextant une inadaptation du joueur à son système de jeu. En outre Gress ne supporta pas ce qu'il voyait comme une violation de son domaine réservé de technicien ainsi qu'une remise en cause de ses compétences.

C'est dans cette atmosphère délétère que débuta la saison 1980-1981, des débuts difficiles pour un Racing poussif, à mille lieues de la redoutable machine de 1979. Le vaillant buteur israélien Vicky Peretz avait bien du mal, nonobstant un talent incontestable, à faire oublier le flamboyant trio Wagner-Gemmrich-Tanter. Après dix journées, le Racing compte déjà cinq défaites au compteur, indigne d'un prétendant en titre, mais à quoi pouvait bien prétendre le club dont l'atmosphère empoisonnée suintant des coulisses ?

RCS-Nantes était le match au sommet de cette 11e journée. Si l'affiche en elle même était alléchante, elle passa indéniablement au second plan par rapport à la cocotte minute qui menaçait d'exploser. Les rumeurs se faisaient en effet de plus en plus persistantes, habillement orchestrées il faut bien le dire par ce diable de Gress. La direction du club est en effet prêt à le licencier, pouvait on apprendre dans les colonnes des DNA ! De quoi attiser l'ire populaire et envenimer un peu plus la situation... Des pétitions furent organisée au cours de la semaine précédente la rencontre pour que Gress reste au club.

Le public, venu nombreux pour l'occasion, prit fait et cause pour l'entraîneur du Racing. Les banderoles de soutient fleurirent sur les grillages du stade aux cotés des manifestations d'hostilité à la direction du club. L'atmosphère était surréaliste et c'est escorté par les CRS que les joueurs des deux équipes pénétrèrent sur le terrain ! En effet, juste avant le coup d'envoi, la nouvelle avait filtré de l'entourage de Gilbert Gress : la figure emblématique du club sera remerciée suite à la rencontre !

Le match se déroula dans une ambiance de corrida, les insultes succédant aux slogans hostiles. Oscar Muller, l'attaquant argentin du FC Nantes, ne trouva pas meilleure idée que d'ouvrir le score juste avant la mi-temps et par là même jeter de l'huile sur le feu. La tension monta d'un cran. Elle ne baissa pas, bien au contraire, lorsque Michel Decastel, le meneur de jeu suisse, chouchou de Gress, égalisa comme pour faire un pied de nez au destin.

La fin de match, personne ne la suivit véritablement et c'est tout juste si on s'aperçut que Bruno Baronchelli inscrivit le but de la victoire en faveur des visiteurs. En effet, l'incendie était allumé dans les tribunes, au sens figuré comme au sens propre. De très violents et spectaculaires affrontements opposèrent les forces de l'ordre à des supporters, souvent très jeunes, qui tentaient d'envahir le terrain. Les images de ces échauffourées furent très impressionnantes, et cela releva littéralement du miracle qu'il n'y eut pas plus de blessés graves. En tout cas, ces événements figurent encore aujourd'hui parmi les plus graves incidents ayant eu lieu dans un stade français.

Quant à l'objet de cette folie collective, Gilbert Gress, il posséda en cette occasion un indéniable sens du spectacle en s'offrant un bain de foule qui ne calma guère les esprits, c'est le moins que l'on puisse dire ! Rarement un entraîneur fut à ce point porté en triomphe le jour de sa mise à l'écart...

Au niveau des suites de cette soirée mémorable, ce fut Max Hild qui remplaça un Gilbert Gress qui signa quelques jours plus tard en faveur du Cercle de Bruges. Après une demi saison catastrophique, le Racing effectua une belle remontée au classement pour terminer à une très honorable 7e place, s'offrant même une très belle aventure en Coupe de France et échouant de justesse en demi finale de la Coupe de France sur un but d'un Stéphanois inconnu, un certain Firmin Perez qui hante encore les nuits des supporters du Racing. Mais au delà de ces dernières flammes, le mardi 23 septembre 1980 fut bel et bien le soir où le Racing, dans toutes ses composantes, se fit Hara-Kiri. Le feu du terrain était en effet passé dans les tribunes, avant de s'éteindre pour longtemps. Ce fut le véritable début de la fin, le coup dont le Racing mettra longtemps à se remettre. D'ailleurs on peut se demander si prêt d'un quart de siècle après, le club s'en est un jour remis...

conan

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