Une saison inoubliable, épisode 7

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René Deutschmann

Grâce aux témoignages des stubistes qui ont vécu la saison du titre, retour sur l'hiver 78/79.

Résumé des épisodes précédents
Impérial jusqu'au mois de novembre, le Racing connaît une fin d'année difficile avec deux défaites inquiétantes à Paris et à Nantes. L'aventure de la Coupe UEFA se termine également douloureusement par une déroute à Duisbourg 4-0 (les épisodes précédents sont disponibles en cliquant ici).


22ème journée : RCS-Monaco, vendredi 1er décembre 1978



[equipe] Dropsy-,-Marx, Wenger, Specht, Domenech-,-, Jouve, Duguépéroux (c), -,- ,,Piasecki,, -,- Wagner, Toko, Gemmrich [/equipe]

L'AS Monaco, champion de France en titre, arrive à Strasbourg avec la ferme intention d'obtenir sa revanche après la belle victoire alsacienne au stade Louis II en début de saison. Et cela d'autant plus que, comme le précise sedna, « les derniers résultats du Racing avec la déroute nantaise n'étaient pas très rassurants et en raison du match en retard non joué contre Sochaux, le Racing s'était fait rejoindre en tête du championnat par les visiteurs du jour. »
Après la claque 3 à 0 encaissée face à Nantes, la tension est palpable dans les rangs strasbourgeois qui doit faire sans son libéro Jacky Novi, toujours blessé : « Gress fit appel à Arsène Wenger qui était au club avec un statut amateur pour faire profiter les stagiaires de son expérience en remplacement de Bernard Tischner qui avait déçu à Nantes » nous apprend sedna. Alors quasiment inconnu du grand public, Wenger office généralement comme entraîneur-joueur de l'équipe réserve du Racing : le voici à 29 ans pour la première fois sur une pelouse de première division face à un club dont il croisera à nouveau le chemin quelques années plus tard...

Sur le terrain justement, le RCS met les pendules à l'heure et impose peu à peu son jeu à Bernard Gardon, Roland Courbis et leurs coéquipiers. sedna se rappelle « d'une soirée assez froide et d'un match crispé peinant à démarrer. La première mi-temps fut assez terne, mais nous sentions que l'équipe pouvait réagir et dès l'entame de la deuxième période, ce fut une véritable libération, deux buts de Francis Piasecki vinrent concrétiser la domination des Bleus, Monaco ne réduisant le score qu'en fin de match grâce à un but d'Albert Emon » (2-1).
L'important était de se relancer et les coéquipiers de Jacky Duguépéroux ont su le faire dans une Meinau bien peu remplie malgré cette belle affiche. «Le froid ou les derniers résultats ayant dissuadé le public de venir en nombre, nous étions moins de 20 000 pour voir ce choc entre les deux leaders du championnat (le Racing restant premier à la différence de buts) » analyse sedna. Heureusement «le Racing reprenait sa course solitaire en tête ». L'essentiel est assuré.

Pour l'anecdote, sedna nous apprend également que c'est « lors de ce match que l'on présenta au public les posters grandeur nature de chaque joueur, gadget sans lendemain d'un temps où il n'existait pas de flocage sur les maillots pour supporter l'un ou l'autre joueur en particulier. »


23ème journée : RCS-Reims, dimanche 10 décembre 1978



[equipe] Dropsy-,-Marx, Wenger, Specht, Domenech-,-, Jouve, Duguépéroux (c), -,- ,,Piasecki,, -,- Wagner, Toko, Gemmrich [/equipe]

Quatre jours après la déroute de Duisbourg en Coupe UEFA (voir l'épisode précédent), le RCS accueille la lanterne rouge pour tenter de se rassurer.
« Il n'en fut rien » annonce sedna « usé et fatigué par le déplacement à Duisbourg, le Racing est longtemps mené au score et l'égalisation de Gemmrich est vite oubliée après un deuxième but rémois. »
Revenu au score à la 68ème minute, le second but rémois à la 81ème semble condamner Strasbourg à une première défaite humiliante à domicile. « Nous avions souffert contre cette équipe mal classée » se rappelle dudu et « il faut un dernier sursaut pour que Francis Piasecki obtienne l'égalisation en toute fin de match, pour éviter l'humiliation d'une défaite contre la lanterne rouge et la perte du fauteuil de leader » complète sedna (2-2).
Ce but de Piasecki permet au club de conserver la tête du classement, avec un point d'avance sur Nantes et St-Etienne.

Un résultat décevant et qui met Gilbert Gress dans une sombre colère. Dans l'intimité des vestiaires, ses reproches se concentrent sur Dominique Dropsy et Raymond Domenech, accusés devant tout le groupe « d'avoir volé la prime de match dans la poche de leurs coéquipiers ». Domenech viendra s'expliquer le lendemain dans un tête à tête tendu, Dropsy lui gardera longtemps une rancoeur tenace à l'égard de son entraîneur.
« J'ai perdu deux amis mais gagné deux champions » conclura froidement Gress.


24ème journée : Metz-RCS, samedi 16 décembre 1978



[equipe] Dropsy-,-Marx, Duguépéroux (c), Specht, Domenech-,-, Ehrlacher, Deutschmann, -,- ,,Piasecki,, -,- Jouve, Toko, Gemmrich [/equipe]

Après un début de saison remarquable, le FC Metz est désormais rentré dans le rang en occupant une modeste 9ème place. Le Racing, impérial pendant 20 journées, va-t-il subir le même sort ? « Le match à Metz était celui de toutes les incertitudes et côté public, on voyait bien que l'équipe était fatiguée et diminuée » confirme sedna. « Il était déjà loin le match aller où les Messins avaient volé en éclat 3-0. C'est avec crainte et peu d'espoir que je suivais ce match à la radio et comme cela se passait un samedi après-midi, il était difficile d'avoir beaucoup d'informations sur le déroulement de la rencontre.
Le Racing parvint à ouvrir le score rapidement et plus le temps passait, plus l'espoir d'un bon résultat grandissait, mais le suspense était insoutenable. Quand le deuxième but de Toko (le seul qu'il ait marqué sous nos couleurs) fut annoncé, Metz revenait déjà au score. Heureusement, il ne restait que quelques secondes à tenir pour obtenir un résultat inespéré à Metz qui permettait de passer la trêve hivernale en tête devant la meute des poursuivants Nantes, Saint-Etienne et Monaco, revenus à un ou deux points au classement. Le soulagement était grand et le moral en hausse. La trêve arrivait à point avec un mois de repos (c'était de vrais trêves à l'époque)
» (1-2).


25ème journée : RCS-Lille, samedi 27 janvier 1979



[equipe] Dropsy-,-Marx, Duguépéroux (c), Specht, Domenech-,-, Jouve, Deutschmann, -,- ,,Piasecki,, -,- Wagner, Toko, Gemmrich [/equipe]

Après une trêve hivernale bienvenue, le Racing reprend la saison en accueillant le LOSC à la Meinau. Les conditions climatiques rigoureuses rendent l'affiche peu attirante pour les supporters strasbourgeois : « en fait, il neigeait abondamment, même à basse altitude et j'étais persuadé que le temps empêcherait la rencontre de se dérouler » précise sedna. C'est donc devant une foule peu nombreuse (à peine 12 000 spectateurs) que le RCS se défait facilement de l'équipe nordiste sur le score de 3-0 grâce à un doublé d'Albert Gemmrich et un but de Roland Wagner.
sedna : « j'ai surtout le souvenir de ne pas être allé au stade ce samedi après-midi là. Je me rappelle avoir préféré une promenade en montagne dans le massif du Donon. Au retour je me suis précipité sur ma radio pour avoir des nouvelles du match. En fait à Strasbourg il était tombé de la pluie mêlée à de la neige fondante et la rencontre avait finalement eu lieu. Une victoire assez facile des Strasbourgeois qui laissait augurer, après plus d'un mois de trêve, d'une bonne reprise du championnat. »


26ème journée : Nîmes-RCS, dimanche 4 février 1979



[equipe] Dropsy-,-Marx, Novi (c), Specht, Domenech-,-, Ehrlacher, Deutschmann, -,- ,,Piasecki,, -,- Jouve, Toko, Gemmrich [/equipe]

Tandis que l'AS Monaco étrille le Paris FC 7 buts à 1 et que Saint-Etienne se défait facilement du Paris SG 4 à 1, le Racing se déplace dans le Gard pour y prendre le point nécessaire à son maintien en tête du classement.
Pour y parvenir, la formation strasbourgeoise peut à nouveau compter sur Jacky Novi, enfin de retour après une longue absence. « A Nîmes, Novi régional de l'étape revenait dans l'équipe et apportait au Racing une assise défensive plus sereine » (sedna).
Face à la virulence des coéquipiers de René Girard, le Racing répond coup pour coup tout au long de la rencontre, comme nous le confirme sedna : « face à des Nîmois aux abois, le Racing tenait bon dans un contexte assez houleux, marqué par l'expulsion d'un Nîmois suivie de celle de Roger Jouve en fin de rencontre. Le score nul 0-0 était en définitive satisfaisant, d'autant que les Bleus allaient avoir l'occasion de creuser l'écart avec les poursuivants en recevant Sochaux pour ce match en retard que nous attendions depuis le mois de novembre. »


14ème journée : RCS-Sochaux, mercredi 14 février 1979 (match en retard)



Equipe


Face aux hommes de René Hauss, Strasbourg a l'occasion au cours de ce match en retard de prendre trois points d'avance sur le second du classement et de marquer durablement les esprits. « Ce match fixé à mon grand soulagement au mercredi 14 février (en semaine, j'allais pouvoir y aller et utiliser le billet que j'avais précieusement conservé) prenait une importance capitale, après une fin d'automne délicate, le Racing reprenait du poil de la bête et ayant récupéré ses blessés, il semblait à nouveau bien armé pour tenir la distance » se rappelle sedna.
Mais Sochaux, solide 6ème du classement, a les armes nécessaires pour déjouer les plans alsaciens. Joël Bats, Bernard Genghini ou encore Yannick Stopyra mettent les locaux sous pression tout au long de la rencontre. « Ce fut un très bon derby très disputé et très indécis » affirme sedna ; « un premier but de Roland Wagner fut vite compensé par Bernard Genghini, l'un des Alsaciens de Sochaux. Il fallut attendre les tous derniers instants pour que "Ypfa" Yves Ehrlacher délivre une Meinau anxieuse. Un dénouement idéal concluant une très belle soirée de football (2-1). »

Pour l'anecdote, sedna nous apprend également que ce match étant joué en retard et « les places vendues depuis plusieurs mois, il avait été question d'une diffusion télévisée de la rencontre sur Antenne 2. C'était tout à fait exceptionnel à l'époque, le championnat n'ayant jamais droit au direct télévisé. Seuls les matches de coupe d'Europe et la finale de la coupe de France étaient diffusées (je me rappelle cependant avoir vu en différé sur FR3 le match RCS-St Etienne 1-0 en 1979/1980. Une diffusion régionale uniquement. Avec le fameux but de Bianchi arrêté juste derrière la ligne par Curkovic et qui avait fait longtemps polémique). » aragon fait une rapide apparition pour nous préciser « qu'à l'époque, la pensée unique dans le milieu du football était que le foot à la télévision, ça viderait les stades... et donc les caisses, la majorité des recettes des clubs se faisant aux guichets. Quand on pense qu'aujourd'hui c'est la TV qui remplit les caisses des clubs... O tempora, o mores. »
Finalement, conclut sedna, « c'est une grève à la télévision qui eut raison du projet »...


27ème journée : RCS-Paris FC, dimanche 18 février 1979



[equipe] Dropsy-,-Duguépéroux(c), Novi, Specht, Domenech-,-, Jouve, Deutschmann, -,- ,,Piasecki,, -,- Wagner, Toko, Tanter[/equipe]

Alors que Monaco et Saint-Etienne s'affrontent, le Racing dispose d'une magnifique occasion d'accroitre encore son avance en recevant le Paris FC à la Meinau. Le contexte est pourtant un peu particulier. Albert Gemmrich, qui vient d'apprendre qu'il ne figure pas dans la liste des appelés en équipe de France, n'est que remplaçant pour cette rencontre. De plus, la rumeur du recrutement de Johan Neeskens se fait grandissante à Strasbourg. Il se dit aussi, sans doute à tort, que quelques joueurs strasbourgeois verraient d'un mauvais oeil l'arrivée de la star néerlandaise du FC Barcelone, triple vainqueur de la Ligue des Champions avec l'Ajax Amsterdam et double finaliste de la Coupe du Monde.
Le Racing est-il réellement en contact avec Neeskens ? « Demandez-le lui directement, il est dans les tribunes » répond Gilbert Gress aux journalistes qui l'interrogent ce soir-là. Personne ne l'a cru, or Neeskens a bien assisté à la démonstration strasbourgeoise face au club parisien. « Francis Piasecki réussit le match parfait face au Paris FC » se souvient sedna « trois buts pour une victoire 3-0. Sur ces trois buts, il me semble qu'au moins deux d'entre eux ont été marqués sur des coups francs platiniens (comme on disait à l'époque) peut-être même les trois. Il faut dire que Piasecki était l'un des maitres de cet exercice souffrant peu de la comparaison avec le grand Michel Platini. C'était un dimanche après-midi et je me rappelle avoir pu suivre la rencontre dans son intégralité à la radio dans l'émission des sport de Radio France Alsace. »

Avec cette victoire, le RCS conclut une semaine parfaite. En deux matchs, son avance passe de un à quatre points au classement général ! Et à 10 journées de la fin de la saison, ça commence à sentir bon...
Quant à Neeskens, il ne signera jamais au Racing mais partira finalement aux Etats-Unis, se dont ne se plaindra sans doute pas aragon « je me rends compte qu'à juste titre, cette série réveille la piaseckimania, oublié par personne, juste enfoui dans un coin de nos têtes bleues comme un amour de jeunesse. Les plus jeunes se rendront compte à quel point ce fut sans doute, finalement, le plus grand joueur du Racing, en tout cas moderne. Et ils s'en rendront compte sans qu'on ait besoin d'en rajouter, les faits et le terrain parlent d'eux même. Il faudrait demander à Gress ce qu'il en pense, à l'époque il ne devait y avoir qu'Hidalgo avec Platini comme comparaison, car Gress, dans sa carrière, n'a pas dû remettre les clés du terrain à un autre joueur avec autant de confiance.
Albert Gemmrich, qui a fait là sa meilleure saison (pourtant il en a fait d'autres à Bordeaux), Jacky Duguépéroux, qui termine sa carrière d'idéale façon, Raymond Domenech, également au sommet de son art, Roland Wagner sur un nuage, Dominique Dropsy qui sauvait les points qu'il fallait, tout ceux là sont presque en retrait, injustement sans doute
» (pour en savoir plus sur Piasecki, cliquez ici).


A suivre
Le Racing va-t-il résister jusqu'au bout à Nantes, Monaco et Saint-Etienne ? Après ses prestations décevantes, Arsène Wenger va-t-il mettre un terme à son parcours dans le football et reprendre le restaurant familial à Duttlenheim ? sedna va-t-il être le seul stubiste à faire le grand chelem du souvenir ?
Vous le saurez bientôt en suivant les prochains épisodes d'Une saison inoubliable sur racingstub.com.

Merci aux stubistes cités dans l'article pour leur participation. Si vous aussi vous souhaitez faire partager vos souvenirs, n'hésitez pas à contacter redaction.

filipe

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