L'épopée Furlan (1/2) : le bilan sportif

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Par manwithnoname
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Une sortie tête basse... © marco

En deux saisons à la tête de l'équipe, Jean-Marc Furlan n'aura jamais atteint les objectifs qui lui étaient fixés, ni su justifier la confiance qui lui accordait son président. Etait-il seulement taillé pour un club comme le Racing ? Eléments de r

Quand il arrive de Troyes en juin 2007 pour prendre la succession de Jean-Pierre Papin, Jean-Marc Furlan se voit confier les rênes d'une équipe qui a su conquérir sa remontée en Ligue 1 à la force du poignet, mais qui suscite encore des interrogations sur sa capacité à se maintenir dans l'élite. Jean-Marc, homme de défis s'il en est, accepte avec empressement : « Strasbourg, dans l'esprit des gens, c'est un challenge impossible, une situation ingérable. L'idée m'a plu ». Le président Ginestet, soucieux de ne pas réitérer les mêmes erreurs que celles qui ont été commises sous l'ère Papin, avait décidé de faire de Jean-Marc Furlan une sorte de manager à l'anglaise, un entraîneur "général" aux prérogatives élargies, qui aurait les coudées franches en matière de politique sportive, sans interférer avec les autres secteurs du club. Cette responsabilité accrue, qui justifiait aux yeux du président le choix d'un profil tel que celui de Furlan et le contrat de trois ans qu'il lui avait fait signer, devait lui permettre d'accomplir la triple mission qui lui était confiée : obtenir un maintien confortable, stabiliser le club sur le long terme, produire du beau jeu.

Cette expérience, comme la suite l'a amplement démontré, s'avérera loin d'être concluante, malgré des débuts prometteurs, et la confusion engendrée par une fin de saison 2007-2008 catastrophique incita la présidence à rectifier le tir, en renouvelant, sans doute en partie pour des raisons budgétaires, sa confiance envers Jean-Marc Furlan pour la saison 2008-2009, mais en rognant des prérogatives qu'il n'avait pas su justifier. L'entraîneur général, s'il gardait encore son mot à dire sur le recrutement, serait étroitement encadré et surveillé par une présidence qui ne tolérerait pas un nouvel échec. De même, il a toujours été clair que le maintien de Furlan à son poste à la fin de saison serait conditionné à une remontée immédiate, de l'aveu même de l'entraîneur strasbourgeois.

Las ! Pour qui jette un regard rétrospectif sur les deux pénibles saisons qui viennent de s'écouler, et alors que Jean-Marc Furlan est sous le coup d'une procédure de licenciement qui vient tristement clore le chapitre de son passage au Racing, force est de constater qu'il n'aura pas su, ou seulement par intermittence, justifier la confiance que lui avait accordée le président, ni relever le triple défi qu'il lui avait été assigné. S'il s'est gorgé de belles déclarations d'intention, les faits, parlant d'eux-mêmes, viennent amplement démontrer que Jean-Marc a, en définitive, déçu les espoirs placés en lui, en n'accomplissant certes pas les objectifs qui lui étaient fixés, mais, pire encore, en ne donnant jamais l'impression d'assumer des échecs dans lesquels il a, bien évidemment, sa part de responsabilité.

La départ annoncé de Jean-Marc Furlan est précisément l'occasion de revenir sur les deux saisons qu'il a passées sur le banc du Racing et de dresser le bilan sportif du Racing sous sa direction :

1) Le projet de jeu



L'un des grands argumentaires de Jean-Marc Furlan, et assurément sa « force de vente » principale. Jean-Marc aime le jeu, aime l'offensive et veut que cela se sache : « Le fond de jeu est essentiel. Je crois fondamentalement aux vertus du jeu, déjà pour attirer les gens au stade qu'ils soient fiers de leur équipe. Il n'existe pas une équipe qui peut tenir plus de 24 mois sans fond de jeu ». Et ce quel que soit le résultat, quelles que soient les performances de l'équipe. Que Jean-Marc soit un apôtre du beau jeu est une chose, que cela se soit matérialisé sur le terrain avec le Racing en est une autre. Lors de la première saison, toute la première partie jusqu'au match à domicile contre Saint-Etienne (3-0) a été marqué par un Racing effectivement portée sur l'avant, relativement bon dans tous les secteurs de jeu, et capable de grandes séquences. Ainsi, les spectateurs de la Meinau auront apprécié les prestations de leur équipe lors des victoires contre Auxerre, Lens, Rennes, Saint-Étienne, et même lors de la défaite contre Paris. A l'extérieur, en dépit d'une convaincante victoire à Lille, le parcours sera moins brillant, comme si l'équipe avait plus de difficultés à jouer son jeu en territoire adverse.

Cependant, dès le déplacement à Caen, et la défaite face à Nice, sans parler de la déroute en Coupe face à Metz, la tendance s'inverse : le jeu du Racing se délite, sauf brèves séquences (la première mi-temps face à Lyon, le dernier match contre Marseille), les gars n'y sont plus mentalement, et le Racing bégaie au point de s'effondrer au classement, dans une spirale cataclysmique qui le précipitera aux Enfers de la Ligue 2, où il croupit toujours. Quoi qu'il en soit, Jean-Marc aura semblé avoir perdu la recette magique et comme incapable de s'adapter à la mauvaise passe de ses joueurs.

La seconde saison sera encore plus frustrante de ce point de vue, parce qu'à de rares exceptions près (Tours, Nîmes à la Meinau), l'impératif de résultat l'emportera systématiquement sur l'impératif du jeu, et parce que le groupe, dans son ensemble, hormis Gargorov et Marcos, ne semblait pas de taille à assurer un jeu porté sur l'offensive. Pourtant, l'entraîneur ne déclarait-il pas à l'entame de la saison : « L'échec de la saison dernière est due à des problèmes contextuels et non pas à des soucis de niveau et de style de jeu. Pendant huit ans, de la CFA2 à la Ligue 1, j'ai gagné grâce à ma marque de fabrique, à savoir un jeu spectaculaire et cela ne changera pas » et n'entendait-il pas « se battre » contre le sentiment « qu'en France, depuis deux décennies, (...) la gagne passe par un jeu de petits bras » ? Assez significativement, Jean-Marc Furlan abandonnera sa rhétorique du « beau jeu », qui ne faisait plus recette, pour se concentrer sur le seul résultat.

De ce point de vue-là, on peut conclure que les déclarations d'intention de Jean-Marc, après un début de réalisation (l'équipe ayant alterné, en deux ans, le meilleur et le pire sans trop de cohérence), se sont effacées devant le nécessaire réalisme dont se doit de faire preuve un club - et un entraîneur - sous pression. L'empreinte Furlan n'aura donc pas durablement imprégné le Racing et, pour quelqu'un qui comptait s'inscrire dans la durée, c'est une sorte d'échec.

2) Discours de la méthode ou méthode du discours ?



Non content d'être un beau parleur, Jean-Marc est aussi un petit cachotier. Au journaliste lui posant la question de savoir en quoi consistait la méthode Furlan, Jean-Marc rétorque : « Il faut beaucoup de temps pour expliquer une méthode ». C'est tout ce que l'on saura de la bouche du maître, qui ne daignera pas s'exprimer davantage sur sa vision des choses, sans doute trop complexe pour le public profane et ignare que nous sommes.

Pour autant, il n'est peut-être pas aussi difficile de repérer les axes forts de la pensée furlanesque, qui présente l'avantage de s'exprimer davantage à travers des mots (qui n'engagent que ceux qui les comprennent, et ceux qui comprirent Jean-Marc ont eu bien du mérite) que de se matérialiser sur le terrain. La marotte de Furlan, c'est la préparation mentale. Et le magnétisme. Au début de la saison 2007-2008, alors que le Racing effectue un très bon début de saison, Yacine Abdessadki évoque les méthodes de son entraîneur : « Le coach essaie de nous inculquer des valeurs et des principes de jeu. Il nous apprend autre chose avec des méthodes différentes de celles que j'ai pu connaître. Des conceptions très enrichissantes, axées sur la communication et la pédagogie. Il essaie d'optimiser le potentiel de chacun ». La saison flamboyante que connaîtra ce même Abdé l'atteste d'ailleurs pleinement. Un coach pédagogue qui apprend à ses garçons à être des vainqueurs et qui fait appel pour ce faire à sa compagne, Cécile Traverse. Exemple : à la veille du déplacement à Toulouse, remporté 3-1 par un Racing tout feu, tout flamme, les joueurs furent conviés à une séance de relaxation, avec lumière tamisée et ambiance feutrée. Mais quand la machine se grippera et que les joueurs se mettront à enchaîner défaite sur défaite, la préparation mentale montrera clairement ses limites et la sanction tombera en fin de saison : Cécile Traverse, jusqu'alors rémunérée par le club, sera licenciée, de même qu'Emmanuel Pascal, le statisticien cher à Jean-Marc Furlan, et qu'il paiera sur ses propres deniers pour continuer à profiter de ses lumières.

Des décisions que Jean-Marc, pourtant mal placé pour discuter les décisions du président, semble regretter : à l'entame de la nouvelle saison, il déclare : « Non, aucun travail psychologique n'a été fait, c'est dommage. Comme nous l'avons vu durant l'Euro 2008, les équipes ont de plus en plus recours à des préparateurs mentaux dans les staffs, c'est primordial ». Cela n'empêchera pas l'ancien Bastiais Pierre Maroselli, devenu magnétiseur, de venir, sur demande de l'entraîneur, faire une apparition discrète du côté de la Meinau au printemps 2009, sans incidence notable sur les résultats. En tout cas, moins que les promesses d'augmentation de primes de victoire du préparateur mental Philippe Ginestet, qui aura, semble-t-il, su trouver les mots justes pour motiver ses joueurs.

Il est probable, en effet, que ces interventions des proches de Furlan, et ces méthodes pour le moins hétérodoxes, n'ont pas dû susciter l'unanimité dans l'équipe dirigeante. Et les décisions prises par le club de ne pas prolonger ce type d'expérience montrent assez bien que la pertinence d'avoir recours à de tels services ne s'imposait pas aux yeux de tous et qu'il était peut-être nécessaire d'encourager l'entraîneur à se recentrer sur ses vraies fonctions. Quoi qu'il en soit, la plus-value n'en a jamais été démontrée et les résultats, là encore, ne plaident pas en leur faveur. A moins, après tout, qu'il nous soit démontré que Jean-Guy Wallemme, Philippe Montanier et Rolland Courbis aient eu, les petits veinards, à leur disposition des préparateurs mentaux permanents.

3) La tactique du gendarme



Sur le terrain, la patte Furlan se caractérise par de solides convictions dont l'entraîneur général n'entend pas démordre. D'emblée, l'intéressé annonce la couleur du schéma tactique dans lequel il compte faire évoluer son équipe : « J'aime beaucoup le 4-2-3-1 avec un vrai meneur de jeu, mais il faudra savoir s'adapter et modifier les tactiques car entre la L1 et la L2, c'est la même différence qu'entre le jour et la nuit. » Effectivement, chacun aura pu se convaincre qu'il y avait, chez l'entraîneur strasbourgeois une certaine constance, pour ne pas dire un certain entêtement, dans l'application de ses conceptions tactiques : en deux saisons, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, le Racing de Jean-Marc Furlan ne se sera jamais vraiment départi de son immuable 4-2-3-1. Et rendons justice à son promoteur que ce schéma tel qu'il le concevait était clairement approprié à un jeu porté sur l'offensive... pour peu qu'il eût à disposition les joueurs susceptibles de le soutenir. C'est un des grands mérites de Furlan que d'avoir su, à certaines occasions, bâtir une équipe capable de produire du jeu et il faudrait être d'une particulière mauvaise foi pour ne pas inscrire à son crédit les bons matches vus à la Meinau durant les deux dernières saisons (les statistiques à domicile sont d'ailleurs loin d'être infamantes : 17 victoires, 10 nuls, 11 défaites, en comptant la spirale infernale de la saison 2007-2008).

Pour autant, ce credo initial ne va pas sans souffrir quelques bémols. D'abord, à force d'être reproduit, parfois mécaniquement, sur tous les terrains de France et de Navarre, sans essayer (ou sans être capable, selon le point de vue que l'on adopte) de s'adapter à la tactique de l'adversaire, le schéma tactique finira par en devenir prévisible, et, accessoirement, par inciter certains entraîneurs malins à trouver la parade (qui a dit Pouliquen ?). A de rarissimes exceptions, pourtant, comme à Lille en octobre 2007, par exemple (pour une probante victoire 3-0), Furlan acceptera de déroger à son sacro-saint schéma tactique, soit pour un 4-4-2 destiné en réalité à pallier l'absence de son meneur de jeu du moment (Abdessadki, Johansen, Gargorov...), soit pour un 4-3-1-2 (ou 4-3-2-1), schéma à trois récupérateurs, qui, lui, aboutira à des prestations confinant au mieux à l'insipide, au pire à l'indigent, incitant certainement le technicien à revenir à son schéma fétiche qu'il n'aura jamais vraiment trahi. Aussi, la capacité de Jean-Marc à adapter sa tactique en fonction de l'adversité aura été nettement moins évidente, que ce soit en Ligue 1 comme en Ligue 2. Comme à Troyes, Jean-Marc sera mort avec ses idées, ce qui est louable. Le problème, c'est que ce n'était pas pour cela qu'il était payé.

Ensuite, le positionnement des hommes mis à la disposition de Jean-Marc Furlan au sein de ce 4-2-3-1 est encore plus problématique et a soulevé moult débats passionnés sur la pertinence des choix de l'entraîneur. L'organisation offensive est celle qui, de loin, a laissé le plus sceptique. En effet, on pourra se demander s'il était vraiment judicieux de décaler de purs attaquants axiaux, comme Kevin Gameiro ou Wason Renteria (première saison), ou Simon Zenke et Boubacar Kebe (seconde saison), sur les ailes et les confiner dans un rôle d'ailier qu'ils n'avaient jusqu'alors jamais occupé. De même, était-il vraiment nécessaire de confier les clés du milieu de terrain, lors de certains matches, à Kevin Gameiro ou Marcos Dos Santos, purs attaquants de formation ? Enfin, la question reste posée de savoir pour quelle raison Jean-Marc Furlan s'est obstiné à faire évoluer en pointe des attaquants (successivement, Alvaro Santos, Kevin Gameiro, Marcos Dos Santos, Rudy Carlier, Kandia Traoré) qui n'avaient visiblement pas le profil d'avant-centre pivot/remiseur/buteur introuvable que son système requérait et que seul, d'après lui, un Romulo pouvait remplir. C'est faire preuve de bon sens que de faire remarquer que les postes d'ailier et d'avant-centre ne sont pas nécessairement interchangeables et que les attaquants que Furlan avaient à sa disposition n'avaient probablement pas tous les qualités intrinsèques requises pour évoluer sur les ailes. L'entraîneur avait certainement ses raisons, et peut-être sont-elles respectables, mais c'est précisément un des (nombreux) points sur lesquels il aurait été heureusement inspiré de s'expliquer. Ce qu'il n'a pas fait.

Enfin, cette notion qui lui est chère de « vrai meneur de jeu » suscite quelques interrogations. De tous les joueurs qu'il a eu sous ses ordres, seul Emil Gargorov, tricard devenu du jour au lendemain titulaire indiscutable avait le profil recherché pour occuper ce poste. Dès lors, n'est-on pas en droit de se poser des questions sur la cohérence d'un système qui pousse le meneur de jeu (Gargorov, mais aussi Marcos, des joueurs souvent généreux dans l'effort de surcroît) à venir systématiquement descendre aussi bas sur le terrain pour récupérer le ballon, au détriment de son travail offensif ? Quand on se dit partisan du beau jeu, de l'utilisation d'un vrai numéro dix et d'ailiers à l'ancienne, la moindre des choses n'est-elle pas de décharger au maximum son meneur de jeu des tâches défensives, surtout quand, sur les ailes, sont placés des joueurs qui, hormis James Fanchone ou Eric Mouloungui, n'ont pas le profil d'un ailier-type ? Ce Racing avait indiscutablement des qualités et des bonnes intentions, mais était-il tout entier guidé vers l'efficacité, le fameux « réalisme » chers aux commentateurs ? Qu'il soit permis d'en douter.

De même, concernant l'assise défensive, tout le système de Furlan s'articulera autour de la grande recrue, Grégory Paisley, censée stabiliser la défense par son expérience et son talent (« L'un des meilleurs défenseurs centraux de L1 » dixit Furlan, qui l'eut sous ses ordres à Troyes). On sait ce qu'il adviendra de la carrière de Paisley au Racing et de ses états d'âme affichés sur la place publique. L'échec de Grégory Paisley devient, par contrecoup, également celui de Furlan, étant donné les liens très forts existant entre eux, et l'entraîneur n'aura pas été récompensé, pour le moins, de la confiance qu'il aura accordée à Paisley. Que Furlan ait voulu faire de ce dernier l'homme de base de sa défense est légitime, qu'il ait autant tardé à se rendre compte que Paisley n'était pas apte à remplir ce rôle est plus difficile à comprendre, sauf entêtement caractérisé. A l'image de son grand ami, Pierre Ducrocq ne comblera pas non plus les attentes placées en lui, mais, à sa décharge, il fit partie de ces joueurs appelés à jouer, sur les instances de JMF lui-même, à un poste différent du sien, en l'occurrence, celui d'arrière droit, poste pour lequel il a prouvé n'avoir aucune disposition. Là encore, était-ce rendre service à l'équipe, et au joueur, que de le placer à ce poste ?

Enfin, l'esprit offensif de l'équipe explique certainement la faillite défensive qui a fini par coûter sa place en Ligue 1 il y a un an et sa montée au Racing lors de la saison dernière. Force est de le constater : une équipe entraînée par Furlan est une équipe qui inscrit beaucoup de buts, mais également qui en encaisse beaucoup. N'était-ce pas la défense qu'il aurait fallu renforcer et travailler, pour éviter une telle perméabilité ?

Plus que d'administrer une leçon tactique, il s'agit surtout de se demander si Jean-Marc Furlan avait à sa main les hommes susceptibles d'évoluer dans son dispositif et s'il a exploité aux mieux leurs capacités. Les permutations de postes auxquelles il a procédé ont laissé plus d'un observateur perplexe et n'ont pas contribué à rendre le « système Furlan » lisible et compréhensible. Les résultats en auront, malheureusement, apporté la sanction. L'impression demeure, au bout du compte, que Jean-Marc Furlan aura attendu de ses hommes qu'ils évoluent dans le registre que lui leur imposait, plutôt que d'exploiter au mieux leurs qualités propres.

4) Le recrutement



Ces expérimentations tactiques, outre qu'elles n'ont pas toujours été probantes, auront quand même eu le mérite de souligner les carences d'un recrutement orchestré pour l'essentiel par Jean-Marc Furlan lui-même, en sa qualité d'entraîneur général. A quelques exceptions près, et pas forcément les plus décevantes par leur rendement (Renteria, Traoré, Kébé), l'entraîneur général a toujours eu son mot à dire sur le recrutement des joueurs et a pu se permettre de refuser certaines propositions formulées par la cellule de recrutement. Il est donc difficile de souscrire à son argument selon lequel il aurait dû composer pendant deux ans avec des joueurs qu'il n'a pas choisis. Il était le mieux à même de cibler les postes qui nécessitaient un effort de recrutement.

Ainsi, Alvaro Santos, errant sur le terrain comme un âme en peine, n'était-il pas une erreur de recrutement ? Méritait-il davantage les éloges de son entraîneur qu'un Gameiro ou qu'un Renteria, dont le ratio buts/temps de jeu était supérieur ? Lors de la seconde saison, qui pour faire concurrence et titiller un James Fanchone qui en aurait eu, parfois, bien besoin ? Qui pour prendre la relève sur l'aile gauche d'un Chahir Belghazouani parti du club pour raisons extra-sportives ? Simon Zenke méritait-il d'être titularisé contraint et forcé à ce poste inconnu pour lui, jusqu'à l'arrivée de Bezzaz ? Qui en défense pour pallier les pâles prestations des titulaires, surtout après le départ de Weber en janvier 2009 et les nombreuses blessures de Shereni ? Peut-être aura-t-il manqué à ce Racing d'avoir certains de ses postes-clés doublés en cas de besoin. Le recrutement, là aussi, révèle quelques interrogations auxquelles seul Jean-Marc Furlan avait la réponse.

5) Les résultats



Produire du beau jeu, c'est bien, être des gagnants, c'est super, rester fidèle coûte que coûte à ses convictions tactiques, c'est génial, mais se maintenir en Ligue 1 ou y retourner après une année de purgatoire, c'est encore mieux. Au regard des objectifs qui étaient assignés à Jean-Marc et à ses « garçons » en juin 2007 et des attentes suscitées, les résultats auxquels ils sont parvenus, cela n'aura échappé à personne, sont bien évidemment décevants.

Jean-Marc Furlan n'aura réussi ni à atteindre les deux objectifs immédiats et à court terme qui lui avaient été fixés (obtenir un maintien confortable / remontée immédiate en Ligue 1), ni à stabiliser le club dans la longue durée, ce qui était, à l'en croire, sa principale ambition. A son arrivée, il déclarait : "Oui, je pense [qu'un entraîneur peut encore aujourd'hui s'inscrire sur le long terme]. En tout cas, c'est ce que j'aime moi. Ça me permet de créer des liens avec des gens et de leur montrer tout l'intérêt que je porte à leur club. Un entraîneur doit faire deux choses : construire un entraînement et bâtir une équipe pour être efficace dés la première journée. Et il doit aussi travailler au quotidien sur la structure et le projet sportif. Ça permet de s'inscrire sur le long terme. Je veux trouver des solutions pour pérenniser ce club. Mais au-delà de ma venue, l'important est de laisser un club solide." Aujourd'hui, à l'heure où la citation, à la relecture, peut paraître au choix risible ou cruelle, le Racing se retrouve, aujourd'hui, peu ou prou dans la même situation que l'avait trouvé... son prédécesseur Jean-Pierre Papin à son arrivée.

Certes, Jean-Marc Furlan aura dû composer avec des finances encore fragiles et en comptant sur une enveloppe de transfert restreinte. Ce qui signifiait donc une politique des transferts prudente et une confiance accrue accordée aux jeunes (Bellaïd, Gameiro, Othon, Fanchone, Bah), deux points sur lesquels il y a peu de choses à redire. Beaucoup de joueurs sont arrivés en fin de contrat, et les investissements, s'ils n'ont pas toujours été heureux, ont été limités. Quant aux jeunes, ils auront globalement réussi à faire leur trou dans l'effectif, au moins pour ceux d'entre eux qui n'auront pas été en situation d'échec, même si la question de leur utilisation restera l'objet d'un perpétuel débat.

Mais, sportivement, la réalité est là : si l'équipe a échoué dans la course au maintien dans les conditions que l'on sait (à onze matches près, elle se maintenait...), elle a également échoué dans la course à la remontée : à un point près, elle remontait en Ligue 1. Pour la chronologie précise et le bilan "comptable" de l'ère Jean-Marc Furlan, il suffit de se reporter aux bilans pour s'en faire une idée :

Saison 2007-2008 :
- Bilan 1/3
- Bilan 2/3
- Bilan 3/3
- La saison en chiffres

Saison 2008-2009 :
- Bilan 1/3
- Bilan 2/3
- Bilan 3/3
- La saison en chiffres

L'entraîneur girondin, qui quitte le club dans la confusion, et sur un constat d'échec, a évidemment sa part de responsabilité, même s'il est loin d'être le seul. Mais la responsabilité de l'entraîneur, c'est trop facile, et ce n'est pas du tout la philosophie de Jean-Marc : « Je dis toujours que lorsque le foot semble beau et simple, c'est qu'il y a beaucoup de travail derrière. Lorsqu'il paraît compliqué et confus, c'est que les mecs ne branlent rien. »


(Article rédigé avec la complicité de zottel)

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