Magaye Gueye, la tête froide

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Par strohteam
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© kibitz

Portrait d'un jeune joueur qui met sa casquette à l'endroit.

La légende veut que Thomas Hobbes soit né de façon prématurée lorsque sa mère apprit la nouvelle de l'appareillage de l'Invincible armada. Quatre siècles plus tard, Magaye Gueye naquit à Nogent-sur-Marne alors que l'armée américaine et notre glorieuse division Daguet commençaient leur démonstration de force dans le désert saoudien. Dans son cas, le lien de cause à effet n'a jamais été avancé et la comparaison avec le philosophe britannique semble donc s'arrêter là. Si ce bref retour historique est effectué c'est surtout pour souligner la grande jeunesse de l'espoir strasbourgeois. Bon nombre de lecteurs de cet article doivent se souvenir assez bien de ce qu'ils faisaient en ce début d'été 1990. Personnellement, je venais d'achever mon CE1 et je partais en Grèce avec mes parents, ma soeur et ma cousine Marie pour mes premières grandes vacances à l'étranger. C'était chouette parce qu'on prenait le ferry en Italie et on avait même emprunté la Peugeot 305 bleue de Papy Joseph... Mais enfin, on est pas là pour parler de moi mais pour tirer le portrait d'un joueur né après la chute du mur de Berlin ce qui, avouons-le, file tout de même un méchant coup de vieux. Un club avec un entraîneur né au moment de l'opération Barbarossa et un meneur de jeu tout juste assez vieux pour avoir été contemporain de Desert Storm, ce ne peut être que le Racing.

Bio



D'origine sénégalaise - son père a évolué en espoirs avec les Lions de la Teranga - Magaye Gueye a grandi dans la banlieue est de Paris, à proximité de l'A4, ce qui ressemble fort à un signe du destin. C'est à l'Union sportive de Lognes qu'il a fait ses premières armes. Comme beaucoup d'espoirs strasbourgeois, il a été repéré par Jacky Duguépéroux lorsque ce dernier était recruteur pour le centre de formation. Détecté à l'âge de onze ans, le joueur rejoint le Racing un an plus tard pour intégrer l'équipe des 14 ans fédéraux. S'il a choisi le centre de formation du RCS plutôt que celui d'Auxerre ou de Lens c'est en raison de sa dimension plus humaine : « J'ai décidé d'aller à Strasbourg car j'ai aimé l'ambiance là-bas. Les éducateurs m'ont plu. Il y a un esprit familial et j'ai senti qu'ils ne voulaient pas seulement le joueur mais qu'ils prenaient également l'enfant que j'étais » . Magaye Gueye n'hésite d'ailleurs pas à qualifier le directeur du centre de formation, Jean-Marc Kuentz, de « deuxième père », une déclaration qui fait écho aux propos d'Olivier Dacourt ou Martin Djetou concernant Freddy Zix.

Régulièrement surclassé dans les différentes catégories d'âge, Magaye Gueye s'est affirmé au fil des ans comme l'un des plus sûrs espoirs du centre de formation au poste de milieu offensif. Pour autant, sa progression n'a pas été linéaire. Brièvement convoqué en équipe de France à l'âge de 16 ans, il disparaît ensuite un peu des écrans radars. Lui-même confesse un coup de mou en 2007 lorsqu'un certain vague à l'âme a pesé sur ses performances sportives. Il renouvelle à ce sujet son hommage aux dirigeants du centre de formation qui ont su le « remettre en place ». Le jeune joueur semble donc faire preuve d'une lucidité et d'une maturité appréciables et précieuses pour percer au plus haut niveau et ne pas rejoindre les rangs des grands espoirs déchus type Ludovic Viltard ou Amaury Bischoff.

C'est dans la catégorie des 18 ans que son talent éclate vraiment, notamment lors du beau parcours du RCS en coupe Gambardella conclu par une défaite en demi-finale contre Rennes. Repositionné attaquant, il marque régulièrement dans cette épreuve et attire à nouveau l'attention des sélectionneurs nationaux. Il a en effet disputé l'intégralité de la saison 2008/2009 avec les moins de 19 ans entraînés par Jean Galice (11 sélections, 5 buts) qui ont obtenu la qualification pour le championnat d'Europe de la catégorie. Fin juillet, Magaye Gueye s'envolera donc pour l'Ukraine aux cotés de Sébastien Corchia, Maxime Partouche, Yacine Brahimi ou du colmarien Ryad Boudebouz en espérant imiter Steven Pelé qui avait remporté ce trophée en 2000. Il devrait sans nul doute constituer l'une des principales armes offensives de l'équipe de France, notamment car sa polyvalence lui permet d'évoluer indifféremment comme meneur de jeu ou comme deuxième attaquant.

Sa saison 2008/2009



Les belles performances de Magaye Gueye sous l'autre maillot bleu ont sans doute accéléré son évolution au Racing. Soucieux de se prémunir contre toutes les convoitises, le club l'a en effet fait signer pro de façon anticipée fin octobre 2008, cinq mois après le début de son contrat stagiaire et avec une douzaine de matches de CFA seulement dans les jambes. Quelques jours plus tard, il connaît son baptême du feu contre Lens lorsque Jean-Marc Furlan le lance en remplacement de Marcos. Entré à 10 minutes de la fin, Magaye se signale par quelques déboulés intéressants mais ne parviendra pas à débloquer la situation pour le Racing. Il consacre ensuite l'essentiel de son mois de novembre à l'équipe de France avec qui laquelle dispute le premier tour de qualification pour le championnat d'Europe à Malte. De retour de sélection il enchaîne quelques matches en CFA avant de retrouver le groupe pro contre Dijon, mais sans entrer sur le terrain.

C'est à nouveau contre Lens qu'il connaîtra sa première titularisation lors du match retour à un poste inhabituel pour lui, celui de milieu gauche. Le porteur d'un incongru numéro 4 fait en effet partie des nombreuses solutions plus ou moins heureuses que le staff strasbourgeois a essayé sur ce côté orphelin de Chahir Belghazouani, et régulièrement déserté en raison des blessures et suspension de Yassine Bezzaz. Pour cette première apparition avec temps de jeu substantiel, Magaye Gueye n'a pas démérité mais n'a pas non plus convaincu au sein d'un Racing qui prit l'eau ce soir là. A sa décharge, il faut tout de même souligner qu'on a connu des scenarii plus aisés pour des débuts qu'un match à l'extérieur contre le leader du championnat, à un poste différent de celui pour lequel on a été formé. Sur ce sujet comme sur tant d'autres, Jean-Marc Furlan a fait preuve d'incohérence en bordurant un jeune pour ensuite le lancer brutalement dans ce qui s'apparente à un casse pipe.

Quelques jours plus tard, Magaye Gueye fait sa troisième et dernière apparition de la saison lors de la défaite à Tours avant de rejoindre le banc des remplaçants puis de sortir du groupe pro, l'entraîneur girondin se refusant à l'aligner bien qu'il s'agisse selon son propre aveu du « joueur le plus en forme » ! La forme de Gueye c'est surtout l'équipe de France qui en a profité en ce printemps 2009 puisqu'il a enchaîné les buts en amical avant de participer à l'aventure du tour Elite mi-mai en Normandie.

Bien des joueurs auraient saisi le premier micro venu pour étaler leur mauvaise humeur et leurs envie de départ face à un faible temps de jeu et à des choix douteux de l'entraîneur. Pas Magaye Gueye. Le jeune espoir a en effet à plusieurs reprises eu des déclarations empreintes de patience et de respect pour l'institution Racing. Interrogé l'hiver dernier sur l'arrivée de joueurs comme Boubacar Kébé ou Franck Dja Djedje, il explique ainsi de façon posée : « Bien sûr que ça me barre, mais ça ne me fait pas peur. Je suis là pour progresser. Je n'ai que 18 ans, je ne suis pas pressé ». Questionné sur de possibles velléités de départ, celui qui a changé de téléphone pour ne pas être perturbé par les appels d'agents coupe court : « J'ai signé pour trois ans au Racing, je veux tout donner pour mon club formateur ». Et lorsqu'il fut sommé par ses coéquipiers de s'adonner au rituel de la chanson pour célébrer ses débuts en pros son choix s'est porté sur « Le Virage du Krimmeri », hymne du Racing mark 2005 signé Virginie Schaeffer ! Dans un monde du football pro où les starlettes et leurs caprices abondent dès le plus jeune âge, Magaye Gueye semble au contraire dessiner une personnalité rafraîchissante. On espère de tout coeur qu'il pourra confirmer, sur et en dehors du terrain, en 2009/2010.

Sources



« Gueye, prénom Magaye », article de Barbara Schuster dans les Dernières Nouvelles d'Asace du 12 février 2009

« Gueye prend son envol », article du 27 mars 2009 sur le site de la Ligue d'Alsace.

« Une jeune pousse qui connaît ses classiques », article de Floréal Hernandez dans 20 minutes du 16 avril 2009

Le profil Facebook de l'intéressé (pour vérifier le port de la casquette).

strohteam

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