Xavier Gravelaine, mercenaire particulier

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Par manwithnoname
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Gravelaine, forte tête

S'il fallait citer un ancien joueur de Caen et du Racing, le choix se porterait certainement sur Xavier Gravelaine, dont le nom évoque la peu glorieuse pratique du mercenariat. On en oublierait presque qu'il fut un joueur aussi caractériel que talentueu

Xavier Gravelaine appartient à cette catégorie, somme toute assez restreinte, de joueurs dont l'attitude et la personnalité sur et hors du terrain ont fini par occulter et brouiller tout jugement de valeur sur leurs performances strictement sportives. A l'instar d'un Didier Six une décennie auparavant, et avec qui il a bien des points communs, Gravelaine laissera surtout à ceux qui l'ont vu évoluer le souvenir d'un joueur extrêmement talentueux dans le jeu, mais qui sera passé à côté de la carrière que ses qualités, écloses sur le tard, lui promettaient.

Un virage raté, des choix discutables de clubs, un caractère bien trempé n'en faisant qu'à sa tête, une absence totale de vision à long terme et, probablement, un certain manque d'ambition... Xavier Gravelaine a fini, malgré ses débuts prometteurs, par se complaire à endosser le costume de pigiste à la recherche d'un défi qui s'inscrirait toujours dans le court terme, et ayant davantage pour but de prolonger son propre plaisir de jouer que d'étoffer son palmarès. C'est donc d'un poids lourd du football français des années 90 qu'il est question ici. Un poids lourd qui a commencé sa carrière à la fin des années 80, dans une période creuse en France, et qui a connu sa plénitude de footballeur à l'époque de l'arrêt Bosman, et enfin a terminé sa carrière sur le tard en cachetonnant dans des petits clubs ou pour des rôles de simple figurant.

Peut-on, sans injustice, réduire, comme il est de coutume, son parcours et sa figure à une simple caricature alignant des faits d'arme peu reluisants ? Que « pèse » réellement la carrière d'un Gravelaine ? En chiffres, c'est seize ans de carrière, quinze clubs, dix-sept mouvements d'un club à un autre, quatre sélections en Equipe de France en 1992 et 1993, 251 matches de première division, 118 de deuxième division, et 18 à l'étranger, pour 125 buts en championnat.

Pour mieux cerner l'ambivalence du personnage, aussi apprécié pour son talent et pour son franc-parler que détesté pour sa vénalité et son manque de sens collectif, capable de se laisser aller comme de s'investir pour l'équipe, il convient de restituer le fil d'une carrière erratique, de revenir par la même occasion sur une trajectoire heurtée qui, notamment, l'aura conduit de Nantes à Sion (Suisse), et de rappeler les circonstances qui l'auront conduit de son explosion sous les couleurs du Stade Malherbe de Caen (1991-1993) à un prêt mouvementé au Racing Club de Strasbourg lors de la saison 1994-1995, ponctuée par une finale de Coupe de France.

La revanche du banni



Né à Tours le 5 octobre 1968, Xavier Gravelaine, contrairement à l'ancien Nantais et Strasbourgeois Eric Pecout, n'a jamais porté les couleurs bleues et noires du Football Club de Tours. Il rejoint durant sa jeunesse, après un passage à Saint-Pierre des Corps, le renommé centre de formation du Football Club de Nantes, afin d'y parfaire son éducation de footballeur sous la férule de Jean-Claude Suaudeau. Formée au moule du célèbre « jeu à la nantaise », ce qu'il ne reniera d'ailleurs jamais, cette forte tête certes douée, mais râleuse et indisciplinée ne manque pas d'indisposer la traditionnelle placidité de ses formateurs canaris et à agacer en haut lieu. Revenant sur ses vertes années, Gravelaine admet qu'il a joué au petit con : « Quand tu joues en DSR avec Nantes, tu ne te marres pas toujours. En face, il y a de vieux briscards qui voient arriver une bande de gamins. Moi, j'étais du genre à tenter systématiquement un râteau, t'imagines un peu la tête du mec en face. Ca fait quinze ans qu'il joue, et toi tu te permets de le chambrer. Mais quand t'es môme, tu n'as peur de rien. Moi, quand je réussissais un dribble, j'étais du genre à dire à l'adversaire : "Oh ! Tiens, prends mon écharpe, je vais t'enrhumer ". De la même manière, j'allais au mastic. Quand je voyais un gars tacler, par derrière et méchamment, le coup d'après, tu pouvais être sûr que je jouais les vengeurs masqués ... »

Chien fou et caractériel, Gravelaine est loin de correspondre au modèle de joueur qu'entendent promouvoir les formateurs nantais. Agacés par son comportement, alors qu'il est aux portes de l'équipe première, Jean-Claude Suaudeau et l'emblématique directeur sportif Robert Budzinski l'invitent à calmer ses ardeurs en allant se frotter aux terrains obscurs des divisions inférieures. C'est ainsi que le fougueux gaucher est prêté, lors de la saison 1988-1989, à Pau, en troisième division, puis, l'année suivante, à Saint-Seurin (sans Libourne, mais avec, comme partenaire, Jean-Marc Furlan), en deuxième division, pour 10 buts inscrits. Cette bonne performance lui vaut... d'être prêté de nouveau, pour la troisième saison consécutive, à Laval, autre pensionnaire de deuxième division, où il se distingue en inscrivant 12 buts.

Or, de retour à Nantes à l'intersaison 1991, Budzinski lui indique qu'il n'a plus sa place au club et qu'il doit trouver son bonheur ailleurs. Une décision dont le directeur sportif s'est expliqué par la suite, et qui lui fut dictée pour des raisons humaines plutôt que véritablement sportives : « C'était un caractériel, difficile à intégrer dans un groupe, c'est pourquoi nous l'avons prêté trois fois. Avant de décider, en 1991, de ne pas le conserver ...». Gravelaine plie bagage sans jamais avoir enfilé la célèbre tunique canarie en match officiel et part faire ses armes à Caen.

Les belles années caennaises



Au Stade Malherbe de Caen, qui, jusqu'alors, se battait chaque saison pour éviter la relégation, et qui venait de perdre son buteur maison Fabrice Divert, Gravelaine est associé par l'entraîneur suisse Daniel Jeandupeux à Stéphane Paille. La mayonnaise va prendre, le SM Caen vit une saison faste lui permettant de décrocher sa première participation en Coupe de l'UEFA par l'intermédiaire d'une excellente cinquième place - et Gravelaine, encore dans l'ombre de Paille, inscrit six buts.

Sur leur lancée, dès le premier tour de Coupe d'Europe la saison suivante, les Caennais signent un match d'anthologie face au Real Saragosse, dans leur vieux stade Venoix, ce qui leur permet de vaincre les Espagnols sur le score de trois buts à deux. Ce soir-là, Xavier Gravelaine crève littéralement l'écran. L'attaquant caennais, auteur d'un début de saison tonitruant, et enfilant but sur but, est récompensé de ses efforts en octobre 1992 par une première convocation à intégrer l'Equipe de France de Gérard Houiller, pour un match contre l'Autriche comptant pour les qualifications de la Coupe du Monde 1994. Dans la foulée, il fait encore trois apparitions sous le maillot bleu, la dernière en juillet 1993 dans le nouveau stade Michel d'Ornano de Caen, contre la Russie. Ces quatre sélections resteront d'ailleurs les seules de sa carrière. Gravelaine accomplit certainement sa saison la plus pleine, avec vingt buts inscrits en championnat, et il est courtisé par les plus grands clubs français, gagnant ainsi sa revanche contre ceux qui n'avaient pas cru en lui au début de sa carrière.

Paris, je t'aime... moi non plus



Après deux saisons bien remplies sous les couleurs malherbistes, Gravelaine ressent le besoin de changer d'air et de confirmer son nouveau statut d'international en rejoignant un grand club. Ce grand club, c'est le Paris Saint-Germain, alors demi-finaliste de la Coupe de l'UEFA, second du championnat, et désireux de monter une équipe susceptible de remporter le titre de champion. Or, l'intérêt du club parisien rencontre les envies d'ailleurs de l'ambitieux attaquant caennais : « J'aspire à d'autres horizons que Caen. Pour moi, on ne devrait signer que des contrats d'un an. J'ai toujours eu une âme de voyageur. J'en suis tout de même à mon cinquième club ... ». Il va donc en connaître un sixième, celui qui lui permettra, croit-il, de franchir définitivement un cap.

En arrivant à Paris, Gravelaine rejoint un effectif pléthorique, se fond dans la masse, et devant la concurrence des titulaires indéboulonnables et indiscutés comme David Ginola sur le flanc gauche de l'attaque, il doit se contenter du faible temps de jeu qui lui est octroyé par l'entraîneur portugais Artur Jorge. Ce à quoi s'ajoutent un univers aux antipodes du cocon caennais et des relations notoirement exécrables avec Jorge. Son temps de jeu s'amenuise à vue d'oeil (21 matches, 2 buts) et il perd définitivement son statut d'étoile montante. Il se console néanmoins avec son premier et unique titre, celui de champion de France, décroché en 1994 avec Paris.

En juin 1994, Jorge part, remplacé par Luis Fernandez, et Gravelaine exhale alors sa rancoeur dans leurs journaux. Florilège : « Avec Artur Jorge, la discussion n'était pas possible. Il avait ses idées et il n'en changeait pas, même si on lui démontrait par A + B que telle ou telle chose n'était pas logique. Il avait son schéma dans la tête... », ou encore : « J'ai perdu pas mal de temps à cause de lui, mais le plus grave, ce sont ses leçons de morale et sa manière de casser du jour au lendemain n'importe qui, même un joueur qu'il aime bien. Il faut voir comment il est capable de nous traiter. Il n'avait qu'une idée en tête, gagner, gagner afin de pouvoir dire : "Voilà mes résultats". Il est obsédé. C'est peut-être un bon entraineur pour cette raison, mais en un an, je n'ai rien appris avec lui. Il a apporté beaucoup à d'autres, pas à moi... ». L'histoire d'amour de cette tête de lard avec ses entraîneurs successifs ne fait que commencer. Définitivement barré par Ginola, à Paris, Gravelaine sollicite du temps de jeu ailleurs, et il est alors prêté par le club parisien à un club (très) ambitieux de l'Est de la France : le Racing Club de Strasbourg.

Accords et désaccords : Gravelaine au Racing



Gravelaine au Racing, c'est l'histoire d'une greffe qui n'a pas totalement pris. Entre le fantasque attaquant gaucher et le club alsacien, cela aurait dû être une grande histoire d'amour, mais, en dépit d'une saison tout à fait satisfaisante sur le plan personnel, c'est sans regret que les deux parties se séparent quand Gravelaine retourne à Paris en juin 1995 : divorce par consentement mutuel.

Reprenons le fil des événements. Cette saison 1994-1995, qui voit l'avènement d'une génération talentueuse et de caractère, s'annonce sous les meilleurs auspices pour les Alsaciens, auteurs d'un recrutement ouvertement ambitieux et disposant sur le papier d'un effectif largement capable de jouer au plus haut niveau (Vencel, Sauzée, Mostovoï, Gravelaine, Leboeuf, Garde, Keller, Pouliquen, Djétou, Ismaël, Dacourt...). De plus, le nouveau technicien Daniel Jeandupeux a décidé, en préparant le recrutement, de faire appel à deux des joueurs qu'il a contribué à relancer sous le maillot de Caen : Xavier Gravelaine et Alexander Mostovoï, et à en faire les cadres de l'équipe qu'il entend mettre en place. On connaît la suite...

En effet, malgré le potentiel indéniable de cette équipe, potentiel qu'elle confirme par son parcours en Coupe de France, la saison des Strasbourgeois est minée par les dissensions internes qui se font jour et qui pourrissent le quotidien du vestiaire strasbourgeois. Le tout sur fond d'histoires sordides et gravel...euses entre joueurs, voire entre joueurs et entraîneur. Jeandupeux, lâché par une partie du vestiaire (dont ses supposés cadres Gravelaine et Mostovoï...), soutenu par l'autre, est finalement sacrifié par le président Weller « pour le bien du club » et remplacé par Jacky Duguépéroux avec le succès que l'on sait. Gravelaine est même un temps mis à l'écart du groupe par Jeandupeux, peu réputé pour sa souplesse et sa diplomatie, avant de retrouver sa place de titulaire indiscutable.

Pour autant, il signe une saison tout à fait correcte, avec 33 apparitions et 9 buts au compteur (dont un... contre Paris), et quelques matches emblématiques qui nourrissent d'autant plus les regrets des supporters qu'ils ont été de ceux qui ont laissé entrevoir les possibilités de ce groupe, que des égos trop forts et trop irresponsables ont fini par plomber : la victoire face au champion nantais, bien évidemment, mais aussi ce 5-0 infligé à Martigues, avec un Gravelaine déchaîné et un Mostovoï de feu... un match à l'évocation duquel certains ont encore les yeux qui brillent. Xavier Gravelaine quitte le Racing sur une finale perdue au Parc, face... au club qui l'a prêté, après une saison mitigée qui ne lui laisse pas un souvenir impérissable, au regard des critiques qu'il adresse au club par la suite. N'étant guère étouffé par la reconnaissance (ni par la clairvoyance) envers le club qui l'a, malgré tout, relancé sportivement, Gravelaine n'a de cesse de répéter que son passage à Strasbourg a été « une erreur ». Mais peut-être que l'erreur a été de ne pas rester plus longtemps, mon cher Xavier...

D'Est en Ouest, d'Ouest au Sud...



De retour à Paris à l'intersaison 1995, Gravelaine, qui n'entre pas dans les plans de Fernandez, ronge son frein sur sa voie de garage... jusqu'à ce que les dirigeants de Guingamp, alors fraîchement promu en D1, sollicitent son prêt en novembre pour l'associer à Lionel Rouxel et Daniel Moreira. Dix-sept matches et sept buts plus tard, et le maintien du club armoricain obtenu : Gravelaine peut partir avec le sentiment du devoir accompli, d'autant que, son contrat parisien touchant à sa fin, il peut enfin espérer quitter définitivement la capitale. Tout juste vainqueur de la Coupe des Vainqueurs de Coupe, le Paris Saint-Germain a aussi d'autres ambitions que de conserver un Gravelaine qu'ils traînent comme un poids depuis trois saisons, et ils le bradent à l'intersaison 1996... à l'Olympique de Marseille, perpétuant ainsi la tradition instaurée entre les deux clubs depuis 1991 et l'arrivée de Canal + de s'échanger leurs boulets... pardon, leurs joueurs.

Les calanques grecques



Il faut garder à l'esprit qu'en 1996, l'Olympique de Marseille, tout juste remonté de Division 2, est encore convalescent des troubles magouillo-sportifs qui ont conduit à son dépôt de bilan. L'effectif bâti par les dirigeants marseillais est loin de pouvoir rivaliser avec les meilleures écuries de première division, et l'amalgame entre les petits jeunes et les vieux briscards passe mal. C'est là que Gravelaine, endossant enfin un costume de leader, va s'épanouir et assumer le statut que son talent lui confère : il connaît ainsi une saison faste sur le plan personnel, en inscrivant quinze buts en championnat, et permet à Marseille de se maintenir sans encombre (11ème). La saison d'après, avec l'arrivée de Rolland Courbis au poste d'entraîneur, de Robert Louis-Dreyfus à la présidence, et de Laurent Blanc et Fabrizio Ravanelli parmi les recrues, Gravelaine, même s'il brille moins, confirme en inscrivant dix buts en championnat, ce qui l'installe de nouveau parmi les valeurs sûres du championnat de France et contribue à placer le club au sommet de la division (4ème). Et pourtant... Marseille restera toujours Marseille. Désireux de passer à la vitesse supérieure, le club phocéen dégage une partie de son effectif pour embaucher de nouvelles perles, et fait ainsi une victime : malgré deux belles années passées sous le maillot ciel et blanc, et alors qu'il n'avait pas l'intention de changer de club, Gravelaine est poussé vers la sortie. A trente ans à peine, et sans le savoir, Gravelaine est sur la pente descendante.

Les ailes brisées de l'oiseau voyageur



Le fantasque gaucher, qui, au fil des années, s'est fixé davantage au poste de milieu offensif, part alors à Montpellier pour la saison 1998-1999. Mais alors qu'il peine à y trouver ses marques, il décide de partir au mercato d'hiver... au Paris Saint-Germain, à l'appel d'Artur Jorge. Etrange décision, d'autant plus difficile à comprendre pour qui se remémore sa première expérience parisienne que les relations entre Gravelaine et Jorge étaient passablement mauvaises (cf. supra)... Mais le natif de Tours a toujours sur le coeur l'amertume de cet échec parisien et il est, de son propre aveu, désireux de démontrer ce dont il est capable au club parisien. Au vrai, cette seconde expérience parisienne s'avère proprement désastreuse, puisqu'il ne dispute, lors de la deuxième partie de saison 1998-1999, que sept matches. Faisant le bilan, plusieurs années après, de son passage à Paris dans une interview rétrospective, Gravelaine avouera, sans amertume, ses regrets de n'avoir pas percé à Paris et, dans un accès de lucidité, estimera : « Peut être que je n'étais pas fait pour le PSG mais plutôt pour l'OM ».

Le reste de sa carrière tient désormais, sauf exception, plus de l'anecdotique que d'autre chose. En septembre 1999, alors qu'il est encore à Paris, il part en exil en D1 anglaise, à Watford, pour une expérience mitigée sur le plan sportif : il joue et marque un peu, mais son équipe, scotchée dans la zone de relégation, n'arrive pas à relever la tête. L'expérience se termine prématurément, après sept rencontres et deux buts, puisqu'il repart en France jouer sous les couleurs du Havre, alors à la peine en première division. De son expérience anglaise, il retient, évidemment, l'incroyable ferveur des stades anglais, l'incroyable descente des joueurs anglais une fois au pub, et l'incroyable capacité de son équipe à encaisser trois buts par match. Au moins sur ce dernier point, il n'est guère dépaysé au Havre, puisqu'il terminera la saison relégué avec son club, sans avoir brillé (onze matches, un but). Il passe avec armes et bagages à Monaco, tout juste champion de France avec Claude Puel, où il dispute quand même huit matches de championnat... et trois matches de Ligue des Champions, restant cantonné la majeure partie de la saison à jouer les utilités dans un effectif ultra-pléthorique (qui n'atteindra qu'une décevante 11ème place). A 32 ans, et au terme d'expériences aussi décevantes les unes que les autres, Gravelaine le pigiste de luxe comprend qu'il doit se mettre en quête d'un ou de derniers défis grâce auxquels il pourrait continuer à prendre du plaisir, tout en se rendant véritablement utile. Il dit alors adieu à la première division et retourne apporter son expérience à l'échelon inférieur.

J'irai revoir ma Normandie...



A l'aube de la saison 2001-2002, le Stade Malherbe de Caen, son « club de coeur », qui vient juste d'échapper de justesse à une relégation en National, et qui vivote difficilement en deuxième division, fait appel à lui pour redresser la barre et encadrer un effectif relativement jeune et inexpérimenté (Seube, Hengbart, Bodmer, Deroin, Mazure). Avec Cyril Watier, Gravelaine reforme une doublette d'attaque, comme à l'époque du duo Paille-Gravelaine, qui va s'avérer particulièrement efficace (15 buts pour Gravelaine, 13 pour Watier). A la fin de la saison, alors que le Stade Malherbe affiche de nouveau des ambitions pour monter en première division, tout le monde s'attend à voir Gravelaine rester à d'Ornano finir sa carrière. C'est bien mal connaître le personnage. Au bout d'une saison seulement, il quitte le club, et, après une tentative vite avortée à Ajaccio, se retrouve sans contrat, prêt à monnayer ses services au premier qui se manifeste.

Rédemp... Sion




Ce club, c'est Istres. Fin 2002, le club des Bouches-du-Rhône, à peine remonté en Ligue 2, est à la peine et se traîne en queue de classement. L'arrivée de Xavier Gravelaine va provoquer un électrochoc inattendu. En compagnie de Jacques Rémy, autre ancien Caennais et Strasbourgeois, et autre globe-trotter bien connu, il va contribuer à redresser le club provençal au point que celui-ci se propulse en Ligue 1 la saison, les Istréens ayant dominé une bonne partie du championnat de Ligue 2. Xavier Gravelaine, désormais utilisé au poste de milieu offensif, signe une excellente saison saluée par tous, et semble prêt à rempiler pour une dernière saison sous le maillot istréen. Mais peu avare en contrepieds durant sa carrière, Gravelaine ressent une dernière fois la bougeotte et prend la tangente.

L'appel du grand large l'envoie... à Sion, dans le Valais. Le FC Sion, club dirigé d'une poigne de fer par le charismatique et mégalomane Christian Constantin (une vieille connaissance de Gilbert Gress, qui plus est), accueille donc Xavier pour sa seconde et dernière expérience étrangère. Las, bien qu'il soit l'auteur d'un bon début de saison (9 matches, 3 buts), Gravelaine, fatigué par les conflits qui traversent le club valaisan, décide de raccrocher les crampons au bout de quatre mois et de tirer un trait définitif sur sa carrière professionnelle à tout juste 36 ans.

Au petit bonheur la France



A l'image du joueur qu'il fut et de la carrière qu'il a menée, l'après-carrière de Xavier Gravelaine est marquée par la même instabilité chronique : son incapacité à s'inscrire dans la durée explique aisément qu'il se soit dispersé dans de multiples activités avec plus ou moins de bonheur.

Entraîneur



Quelques mois après avoir raccroché, au courant de la saison 2004-2005, Gravelaine devient entraîneur du club d'Istres, en tandem avec Jean-Louis Gasset, alors en Ligue 1, en remplacement de Mécha Bazdarevic, son ancien entraîneur et ami de longue date. Malgré leurs efforts, le club provençal finit par être relégué, et Gravelaine quitte le club sur cet échec.

Consultant



A défaut d'en faire un expert en considérations tactiques, son franc-parler et son curriculum impressionnant en matière de clubs en ont vite fait un bon client pour les journalistes. C'est pour cette raison qu'il s'est rapidement tourné vers le métier de consultant, en l'occurrence pour France Télévisions, et pour les matches retransmis dans le cadre de la Coupe de la Ligue. On peut donc considérer ceci comme une double peine : pour Gravelaine, qui doit se faire les dents sur des matches ingrats dans des stades déserts, et pour les téléspectateurs, qui doivent supporter ses commentaires dont le manque de pertinence n'a d'égal que la pauvreté de style.

Dirigeant



A la suite de la relégation du FC Nantes en Ligue 2 à l'orée de la saison 2006-2007, Xavier Gravelaine, ancien du club, faut-il le rappeler, est nommé conseiller sportif du président Luc Dayan, en charge de désigner l'entraîneur, de recruter l'effectif et de trouver un éventuel repreneur. A peine deux mois plus tard, l'arrivée de Waldemar Kita à la tête du club entraîne l'éviction de Gravelaine, qui s'en va avec l'indemnité de départ de 100.000 € qui était stipulée dans son contrat. Il a retrouvé cette saison du travail à Guingamp, encore un de ses anciens clubs, en qualité de manager sportif, chargé de coiffer la cellule de recrutement et l'entraîneur, Victor Zvunka, avec lequel – cela étonne-t-il encore quelqu'un ? - il n'entretient pas les meilleurs rapports du monde.

Le tour du monde en 80 clubs...



... ou presque.

En définitive, quelle image garder de Xavier Gravelaine ? Celle du mercenaire cynique prêt à vendre ses talents au plus offrant, celle de l'enfant gâté et caractériel, un peu instable émotionnellement, qui part de ses clubs en claquant la porte, celle de l'homme du défi permanent qui ne trouve sa raison d'être que dans la remise en cause incessante et dans le bouleversement perpétuel, celle d'un type incontestablement doué, mais beaucoup trop rebelle et indépendant pour s'accommoder de la discipline de groupe et des ordres d'autrui ? Bref, Gravelaine, fils putatif d'un Didier Six, écorché vif aux nerfs à fleur de peau, ou père spirituel d'un Stéphane Dalmat, qui préfère saborder délibérément sa carrière pour assurer ses fins de mois et qui préfère remplir son portefeuille et garder sa tête vide ?

La carrière de Xavier Gravelaine l'atteste amplement : son foutu caractère aura été en grande partie le facteur explicatif de nombre de choix que d'aucuns s'accorderaient à trouver peu judicieux, voire critiquables, conduisant le joueur à changer d'air dès que possibilité lui en était offerte, pour voir ailleurs si l'herbe (des terrains) était plus verte. Il est évident que cette instabilité correspond chez lui à un trait de caractère profond, qu'il préfère assumer crânement plutôt que de brider, et lui-même le confirmait dès 1993 : « J'ai été fou, je le suis encore un peu. Oui, barjot. C'est ma nature. C'est aussi ce qui fait ma force et ma qualité ... » C'est probablement cette absence de calcul, en plus d'un talent incontesté, qui contribue à sauver quelque peu Xavier Gravelaine de l'opprobre que son attitude parfois irréfléchie et intéressée mériterait.

S'il est peut-être, du fait d'un facteur générationnel évident, plus proche d'un Didier Six par l'attitude et les choix de carrière, il n'en reste pas moins que le cas Gravelaine aura servi de précédent fâcheux pour nombres de footballeurs infiniment moins doués et moins roués que lui, et qui, mal conseillés, ont trouvé plus amusant de se planter dans le mur que de prendre les bons virages aux bons moments. En somme, il aura fait jurisprudence, en donnant à la jeune génération le « mauvais exemple », au moment où l'arrêt Bosman et tout ce qui s'en est ensuivi ont levé bien des freins juridiques et financiers aux appétits les plus vils des joueurs, des clubs et des agents. Il est bien loin d'être le premier, et bien loin d'être le seul, mais c'est lui que l'Histoire, avec une certaine injustice, aura retenu.

Sans, bien évidemment, en être directement responsable, ni même en être conscient, mais apparaissant, plus ou moins à raison, comme un symbole de cet état de fait, Gravelaine a ouvert la voie à la démocratisation d'un archétype jusque là réservé à quelques joueurs perdus de réputation, et qui n'a cessé de proliférer parmi les jeunes générations : le mercenaire, individualiste, vénal, capricieux, amoral, plus ou moins surcoté et qui ne loue ses services qu'au plus offrant. Le footballeur à gages, en quelque sorte.




Sources :
- Foot-Nostalgie pour les principales citations.
- Ce site sur le Stade Malherbe pour l'époque caennaise.
- PSG 70 pour l'interview.
- After Foot pour l'après-carrière.

manwithnoname

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