Alexander Mostovoï

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Par conan
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De Moscou à Caen ; de Strasbourg à Vigo, Alexander Mostovoï fait partie de la caste des joueurs inoubliables que l'on évoque le coeur plein de nostalgie.

Voilà 15 ans qu'Aleksandr Vladimirovitch Mostovoï portait le maillot du Racing, ce qui ne nous rajeunit pas. Pourtant, le souvenir laissé par le magicien russe est si fort que c'est comme si c'était hier. Pour les moins de vingt ans qui ne peuvent pas connaitre ce temps dont on parle, fermez les yeux et imaginez qu'un Russe complètement improbable et génial, type Andrei Arshavin, signe à Strasbourg pour mener le jeu du Racing. Et le pire, c'est que j'exagère à peine. Alex Mostovoï, c'était LA classe à l'état pur.

Né sous Brejnev en 1968, c'est au Spartak de Moscou qu'il s'aguerrit dans le championnat de l'empire Soviétique déliquescent. Champion d'URSS en 1987 et 1989. Nuque longue au vent et maillot Adidas CCCP old school, il s'octroie le championnat d'Europe espoir en 1990. Il se fait surtout connaitre sur la scène continentale en Coupe des Champion 1990/91. Les jeunes du Spartak sortent alors le Napoli de Maradona et plantent 3-1 au Real a Bernabeu avant de tomber en demi-finale face à l'OM de Jean-Pierre Papin et Chris Waddle. Le jeune Mostovoï ne sait pas encore qu'en dépit d'une riche carrière, c'est la dernière fois qu'il atteindra ce niveau en Coupe d'Europe.

Le mur s'effondre, ce qui permet à Mostovoï de porter le maillot de trois séléctions nationales différentes - Union soviétique, Communauté des Etats indépendants et Russie - et accessoirement, gouter aux joies de l'occident, ses salaires et son train de vie. Finis les déplacements glauques à Tomsk ou Volgograd, place au soleil portugais et au Benfica Lisbonne où évoluent dejà ses compatriotes Vassili Kulkov et Sergueï Yuran. Au pays du fado, ça ne se passe pas bien, Mosto cire le banc et s'ennuie ferme. Daniel Jeandupeux, alors en poste à Caen, flaire la bonne affaire. Recruté en cours de saison pour pallier la blessure de Stéphane Dedebant, la légende locale, il crève littéralement l'écran et permet au Stade Malherbe de se maintenir, avec en point d'orgue le but de la victoire 1-0 face au grand OM. Le joueur est complètement relancé, il fait même partie du groupe russe lors du Mondial 1994. Aux States, il joue face à la Suède son seul match de phase finale de coupe du monde de sa carrière. Pas suffisant pour convaincre le staff de Benfica, retour à la case banc de touche.

Pendant ce temps, à Strasbourg, Roland Weller accède à la Présidence. L'accueil de la Meinau est plutôt hostile et le fait de ne pas renouveler au poste d'entraîneur Gilbert Gress n'arrange pas les choses. Très vite, Weller fait preuve d'un recrutement ambitieux en faisant venir Franck Sauzée et Xavier Gravelaine, deux internationaux Français. Mais la mayonnaise tarde à prendre et Daniel Jeandupeux, le remplaçant de Schilles, a la judicieuse idée - la seule diront les mauvaises langues - d'aller chercher le n°10 Russe qu'il entraînait à Caen. Le 20 aout 1994, date bénie, le Racing piétine contre Nice. Mostovoï, à court de compétition, rentre en jeu à la 54è minute. A peine vingt minutes plus tard, il marque le but de la victoire. Une légende est née.

Durant deux saisons Mostovoï régale la Meinau et devient le symbole du Racing Weller. Talentueux, parfois génial, mais aussi d'une inconstance affligeante se payant par des places en milieu de tableau du championnat, résultats très décevants vu le potentiel du Racing de cette époque. La mémoire collective retiendra cependant la finale de la Coupe de France 1995 pour laquelle Mostovoï est pour beaucoup. Lors de la demi-finale contre Metz, c'est lui qui envoie le ballon sur le poteau avant qu'il soit reprit victorieusement par Pouliquen. Trois jours plus tard, son coup franc victorieux scelle la seule défaite nantaise en championnat. Le Racing régale, fait parfois rêver, pulvérise Turcs et Autrichiens en Intertoto et s'offre même un match de Coupe d'Europe contre le Milan AC. Et en prime, toujours ce régal de voir jouer Mostovoï.

De bien beaux souvenirs mais aussi un sentiment d'inachevé, l'impression amère que Mostovoï et ce Racing-là auraient pu aller beaucoup plus haut. Malgré cela, Alex Mostovoï est de cette race de joueur qui fait aimer un club pour la vie. Parmi les anciens qui fréquentent aujourd'hui encore les travées de la Meinau, le souvenir d'avoir vu un jour ce joueur sous le maillot bleu explique en partie cette abnégation dans la fidélité.

Eté 96 : arrêt Bosman et mauvaise ambiance dans le groupe obligent, l'effectif du Racing subit un exode de ses talents. Sauzée fera le bonheur de Montpellier, Martin Djetou celui de Monaco. Frank Leboeuf s'exile à Chelsea, Marc Keller à Karlsruhe. L'Italie et Rome font les yeux doux à Mostovoï, mais c'est en Galice, au Celta Vigo qu'il pose ses valises un peu à la surprise générale. Il y reste huit saisons durant la période la plus géniale de l'histoire du club. Vigo monte une équipe de folie avec Penev, Caceres, Salgado, Karpine – son pote du Spartak - Makélélé, Richard Dutruel dans les buts. Mais la star de l'équipe, c'est bien lui, Alexandre Mostovoï, « el Zar de Balaídos ». Fin des années 1990-début 2000, le Celta constitue une des équipes les plus glamour de la Liga Espagnole. Les grands s'y cassent régulièrement les dents et le Real Madrid y encaisse même un mémorable 5-1 avec un Mostovoï impérial à la baguette qui enrhume 4 défenseurs Madrilènes avant de marquer peut être le plus beau but de sa carrière. Mostovoï et ses amis offrent également à Vigo de folles sarabandes Européennes. Liverpool et Aston Villa sont éliminés sèchement, Benfica, le club qui n'avait pas cru au talent de Mostovoï, est pulvérisé 7-0 avec un but et trois passes décisives pour se rappeler au bon souvenir des Portugais. Même la Juventus de Turin de Zidane explose 4-0 à Vigo ! Pourtant, comme en 1991 avec le Spartak, Mostovoï trouve toujours un club français pour lui barrer la route vers les cimes du continent : encore une fois l'OM en 1999 et Lens en 2000, à chaque fois en ¼ de finale.

Le chant du cygne a lieu en 2002/2003. Mostovoï joue sa meilleure saison et, à 35 ans, permet au Celta de se qualifier pour la Ligue des Champions, compétition dont le club passera les poules qualificatives avant de s'effondrer complètement et terminer 19e de la Liga en 2004. C'est la fin, brutale, du Celta Vigo, qui depuis vivote dans le bas du ventre mou de la deuxième division espagnole. C'est aussi la fin de la carrière de Mostovoï qui participe tout de même avec la Russie à l'Euro 2004 avant de jouer 5 matchs à Alavès.

C'est ainsi que s'achève une carrière de 17 ans ponctuée de 67 sélections nationales et de souvenirs inoubliables dans les coeurs de supporters de Moscou, Caen, Strasbourg et Vigo qui n'oublieront jamais Alexandre Mostovoï, celui dont les dribbles ont bercé les nuits.

conan

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