« J'ai pleuré en quittant le Racing »

Note
0.0 / 5 (0 note)
Date
Catégorie
Au jour le jour
Lectures
Lu 5.905 fois
Auteur(s)
Par redaction
Commentaires
6 comm.
d-0010.jpg
© denisub90

Invité d'honneur du club à l'occasion du match face à Dijon ce vendredi soir, Martin Djetou nous a accordé quelques minutes pour répondre à nos questions.

Vous arrivez au Racing en 1992, en provenance d'un club de la région parisienne (Créteil). Pourquoi venir à Strasbourg et non pas Bordeaux qui vous demandait également ?
Martin Djetou : J'en parlais justement à Grégory Malicki tout à l'heure (NDLR : le gardien dijonnais) avec qui j'ai passé un essai à Bordeaux. J'avais été pris mais à mon retour à Paris, un billet d'avion m'attendait pour Strasbourg. Et c'est le Stade de la Meinau qui m'attirait : à l'occasion d'un match avec Créteil, on devait affronter le Racing et on s'est retrouvé devant le Stade de la Meinau. Là, je me suis promis de venir y jouer la saison suivante... et ça c'est fait ! Grâce à Max Hild, que je remercie. Ensuite j'ai travaillé dur pour y arriver, avec Schilles...

Votre musculature est restée légendaire...
A l'époque, il y avait encore plus costaud ! Stéphane Pounewatchy, Stephen Keshi...
En 1982, quand je suis arrivé en France, j'étais très maigre et les médecins me conseillaient de faire du sport et de manger équilibré. A Créteil, comme on n'avait pas de sous pour partir en vacances et que la salle de sport était près de chez moi, avec les autres enfants de la cité, on y passait tout notre temps.

Un mot sur la finale de Coupe de France face à Paris en 1995 ?
On s'est fait voler ! Marc Keller marque un but valable qui a été refusé par l'arbitre. Il faut croire qu'on ne voulait pas voir la Coupe de France en Alsace.

Pouvez-vous revenir sur les circonstances de votre départ à Monaco ? Est-il vrai que vous avez pleuré en quittant le Racing ?
Oui, c'est vrai. Parce que cela ne s'est pas passé dans les conditions que j'espérais. Mon agent, qui m'appelait tous les jours avant que je signe avec lui mais ne prenait jamais de nouvelles ensuite, m'a appelé le jeudi pour me dire que l'AS Monaco voulait m'engager mais qu'il cherchait à faire encore monter le prix de vente.
Or nous jouons justement à Monaco le week-end suivant : à la fin du match, le président (NDLR : Roland Weller) vient me voir dans les vestiaires pour me dire que je reste sur place. Moi, j'étais énervé parce qu'on venait de prendre une valise (NDLR : 5-1), j'étais passé à côté de mon match et je m'étais embrouillé avec Enzo Scifo.
Je me retrouve donc face au président monégasque (NDLR : Jean-Louis Campora), le Prince de Monaco et Jean Tigana qui me disent : « si tu ne viens pas, on prend un ami à toi : Florent Laville ». Je me sentais prêt psychologiquement et physiquement - d'ailleurs avec Claude Puel quelques années plus tard j'ai retrouvé les méthodes de travail de Gress – mais j'ai demandé à réfléchir jusqu'au lendemain.
Le président Weller m'a dit que si cela ne tenait qu'à lui, il me garderait à Strasbourg mais que le club avait besoin d'argent. On a pleuré ensemble dans le vestiaire. Le lendemain, j'étais convoqué à 11 heures et je signais à l'AS Monaco.

Cinq ans plus tard, le départ pour l'Italie. Des regrets d'avoir signé à Parme ?
J'étais en contact avec la Juventus de Turin mais les dirigeants avaient notamment refusé de payer mon déménagement entre Monaco et Turin. Ils me disaient qu'avec le salaire qu'ils me proposaient, je serais un roi en rentrant en Côte d'Ivoire (NDLR : son pays d'origine). J'ai déchiré le pré-contrat devant eux et je suis parti.
Ensuite j'ai eu des contacts avec le Bayern, qui a renoncé à cause des antécédents de mon agent, Barcelone et Parme qui me proposait de remplacer Lilian Thuram, à qui j'avais déjà succédé à Monaco. Le Barça, j'ai eu peur en raison des nombreux français qui avaient échoué là-bas. Et donc en signant à Parme, j'espérais continuer à apprendre mon métier et je ne regrette pas mon choix, que j'assume, d'autant que la première saison nous gagnons la Coupe d'Italie contre... la Juve !

Vous avez été dans la dernière équipe de France aux JO, avec Domenech comme entraîneur, à Atlanta en 1996, quel souvenir en gardez-vous ?
Honnêtement, on avait la plus grosse équipe mais on perd face au Portugal à cause d'un but en or sur penalty. Le juge de touche avait levé son drapeau pour signaler un hors-jeu, M. Collina va discuter avec lui et dit « non, c'est moi qui décide » et siffle penalty ! Je garde un très mauvais souvenir de Collina...

Quel est votre avis sur l'actuel sélectionneur de l'équipe de France ?
Au départ, en équipe de France espoirs, j'étais un des préférés de Domenech. Il me disait qu'il appréciait ma combativité et me faisait jouer à tous les postes. Or le premier à m'avoir fait une réflexion sur ma polyvalence, ce fut lui. Il m'a dit : « si tu veux ta place en Equipe de France, il faut que tu sois le meilleur à un poste, être le numéro 1 à ton poste ». Mais quand il s'agissait de remplacer Bonnissel à gauche, affronter de la tête un joueur en défense centrale ou accompagner Vieira au milieu de terrain, il faisait appel à moi...
Et puis, au-delà de ça, je suis toujours très fâché contre lui, suite à une histoire au moment de la naissance de mon premier fils : nous avions un match en Israël et j'ai tenté de joindre à plusieurs reprises Domenech, sans succès, pour être dispensé du déplacement. Je renonce au voyage de moi-même et il me sanctionne de deux matchs et 4000 francs d'amende. Plus tard, à l'occasion du match qualificatif pour les Jeux Olympiques face à l'Allemagne à Metz, Domenech regarde ma femme et mon fils et me dit : « c'est pour ça que tu n'es pas venu ? »

Revenons sur la fameuse liste de 28 d'Aimé Jacquet et votre départ du groupe à quelques jours du début de la Coupe du Monde 1998.
Jacquet a dû faire un choix, il faut l'accepter. Mais ce qui m'a fait mal, c'est la discussion que j'ai eu avec lui pendant la préparation où il m'expliquait qu'il avait besoin de ma polyvalence dans le groupe : le soir où il nous annonce, à moi et aux cinq autres exclus, que nous ne restons pas, tout ça n'existait plus.
Mais au niveau de l'ambiance dans le groupe, cette inquiétude concernant la liste définitive n'a pas pesé pendant la préparation. On bossait et c'était tout. Bien sûr, on en discutait : j'étais dans la même chambre que Thierry Henry, David Trezeguet et Nicolas Anelka et nos pronostics se sont avérés justes.
Mais je me rappelle de Manu Petit qui n'arrêtait pas de dire que c'est lui qui allait partir : quand j'ai été convoqué dans le bureau de Jacquet, je lui ai serré la main pour lui dire au revoir avant de m'y rendre car je savais que c'était fini pour moi. Suite à cela, j'ai passé une semaine à Paris, à finir bourré tous les soirs en fréquentant tous les bars de la ville.

Vous avez tout de même suivi la compétition ?
Ah oui ! J'ai suivi la finale en Alsace, d'ailleurs ce soir-là on a cassé toute la vaisselle de ma belle-mère... Je crois bien qu'en retournant à l'entraînement, je devais encore puer le champagne.
D'ailleurs on m'avait dit que j'aurais des billets pour les matchs ainsi qu'une prime, mais je n'ai finalement jamais rien eu. C'est du passé, aujourd'hui je m'en fiche.

Vous avez gardé des contacts avec eux ?
(Rires) Quand tu es dans le circuit, tout le monde s'intéresse à toi si tu as des résultats. C'est un peu comme le show-bizz : une fois que c'est terminé, très peu de gens continuent de penser à toi. Il n'y a que mes vrais potes : Dado Prso, Manuel Dos Santos, André Biancarelli, Bruno Irles, David Régis, Alain Goma, Sylvain Legwinski, Salif Diao. Les autres, ceux qui sont encore dans le circuit, les Henry, Abidal, Vieira, quand tu les as au téléphone, ils te disent qu'ils vont te rappeler mais ne le font jamais.

Pensez-vous qu'il vaut mieux pour un sélectionneur d'établir une liste de 23 sélectionnés ou élargir le groupe dans un premier temps comme l'avait fait Jacquet ?
Je préfère qu'il constitue son groupe avec le risque de blessures et la possibilité de rappeler un nouveau joueur plutôt que d'éliminer un gars. C'est cruel. Un joueur ne perd pas sa forme en quelques jours et peut s'intégrer en dernière minute.

Quels sont vos projets aujourd'hui ?
J'ai pas mal d'idées mais il faut que je me bouge. Récemment Aimé Jacquet et Laurent Blanc m'ont dit de profiter d'être encore dans le milieu pour passer mes diplômes parce qu'après il sera trop tard. J'aimerais bien travailler avec les jeunes.

Vous parliez de Claude Puel tout à l'heure et de ses méthodes de travail proches de celles de Gilbert Gress. Le dernier passage de Gress n'a pas été une réussite à Strasbourg...
Il faut dire que Puel est plus jeune, et le respect n'est plus le même. A mon époque, quand on nous demandait de faire quelque chose, on le faisait. Aujourd'hui il y a plus d'argent en jeu, les agents sont très présents et ne discutent même plus avec les entraîneurs mais uniquement avec les dirigeants. On ne peut plus travailler avec les jeunes comme avant, il faut faire avec et s'adapter.
Gress avait été très dur avec moi et les autres jeunes du groupe, je n'étais pas d'accord avec tout ce qu'il se passait mais je respectais les consignes. Avec Frank Leboeuf, combien de fois je suis tombé en hypoglycémie sur le terrain d'entraînement ?

Un mot sur Bernard Gardon, votre ancien agent, qui n'a pas laissé un très bon souvenir à Strasbourg quand il fut manager du Racing...
Je connais son surnom à Strasbourg : le nettoyeur ! Mais avec moi, il a fait du bon boulot. J'ai pu partir à Nice et Bolton, mais au bout d'un moment j'étais lessivé mentalement en raison de mon procès avec Parme qui n'est toujours pas réglé. Le club ne m'a payé que six mois de salaires sur trois ans.
J'ai pourtant toutes les raisons d'espérer gagner mais la mafia est au milieu et personne ne me soutient en France, même pas les plus hautes instances ou les personnes bien placées comme Platini ou Tigana. Il y a eu tout de même l'UNFP qui a tenté de régler le problème mais sans réussite.

Un mot pour les supporters ?
C'est vrai que la saison est difficile mais il faut se serrer les coudes. L'équipe est partie sur de mauvaises bases mais le public doit être derrière les joueurs car c'est seulement comme cela qu'on peut s'en sortir. Tout le monde doit tirer dans le même sens !

http://filipe.racingstub.com/blogs/f/filipe/photos/001/md-a8403.jpg

Retrouvez le portrait de Djetou paru en juillet 2008 en cliquant ici.
Merci à Hervé Seck d'avoir permis cet entretien et merci à Martin Djetou pour sa disponibilité et sa sympathie.

redaction

Commentaires (6)

Flux RSS 6 messages · 1.381 lectures · Premier message par pierre · Dernier message par guigues

Commenter