Un fondateur oublié : Robert Domergue

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Directeur sportif et entraîneur du club au milieu des années 1970, Robert Domergue reste l'un des personnages les plus controversés de l'histoire du Racing. Largement rejeté par l'environnement strasbourgeois, il a néanmoins posé quelques jalons.

Nous sommes le 14 mai 2005, le Racing vient de s'imposer brillamment face à Metz, dans un « derby » qui ne lui réussit pourtant guère d'habitude. Quelques semaines plus tôt, l'équipe a remporté la coupe de la Ligue, la deuxième pour le club et son entraîneur, Jacky Duguépéroux. Car c'est bien le Malouin qui est crédité de ce spectaculaire redressement, lui qui a repris une équipe bonne dernière en octobre de l'année passée. Les honneurs médiatiques accompagnent, comme souvent, ce succès sportif et les micros de Canal + se tendent pour recueillir la parole de l'entraîneur en vogue. Plutôt que d'ergoter sur le résultat à force de platitudes, Duguépéroux choisit alors d'évoquer un technicien oublié depuis des lustres, Robert Domergue qui le repéra en 1965 lors d'un concours du jeune footballeur et le fit venir huit ans plus tard à Strasbourg.

Quatre ans plus tard, le 18 juin 2009. Gilbert Gress fait le spectacle en conférence de presse pour son deuxième retour sur le banc du Racing. Questionné sur son âge, l'emblématique entraîneur ne résiste pas à la tentation de raconter une anecdote déjà évoquée dans son ouvrage de 2005 (1) : alors qu'il était encore joueur, il avait été accusé de prôner un « football de grand-papa » par son entraîneur, Robert Domergue. Or, lesdits préceptes tactiques ont permis cinq ans plus tard au Racing, d'être champion de France, comme chacun sait. Jubilation évidente de Schiless qui veut prouver par là que ses idées sur le football n'ont pas d'âge, ce dont il est permis de douter.

Mais qui est au juste cet homme que deux des plus emblématiques figures du Racing choisissent d'évoquer sans vraiment être sollicités ? Personnage central du football français des années 1960-1970, Robert Domergue n'occupe le plus souvent qu'une place annexe dans les livres contant l'épopée de notre club centenaire. Coincé entre la belle équipe des années Paul Frantz et celle appelée à remporter le titre, le Racing de son époque n'a pas laissé de très grands souvenirs. On comprend au détour des pages que l'homme n'était guère apprécié en Alsace et qu'il a sa part dans les nombreux conflits qui minèrent l'équipe. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille simplement passer son mandat par pertes et profits.

L'apôtre de la rigueur et de la défense en ligne



Auteur d'une carrière de joueur globalement quelconque et gâchée par la seconde guerre mondiale, Robert Domergue est d'abord, et avant tout, l'entraîneur emblématique de l'Union sportive Valenciennes-Anzin (USVA). Il débarque dans le Hainaut en 1953 à seulement 32 ans alors que le club – qui a perdu deux ans plus tôt une finale de coupe de France contre le Racing – se morfond en deuxième division. Accompagné de son fidèle adjoint Léon Desmenez, Domergue va patiemment construire une équipe solide mais joueuse qui atteint pour la première fois l'élite nationale en 1956 et s'y maintient cinq saisons durant. Après un aller-retour express en deuxième division, Valenciennes enchaîne les succès et joue le haut du tableau : neuvième en 1963, sixième en 1964 et même troisième en 1965 et 1966. En ce milieu des années 1960, le petit club du Nord fait la nique aux mastodontes que sont Saint-Etienne, Monaco ou Bordeaux, mais aussi au Racing de Paul Frantz, qui terminera toujours derrière l'USVA au classement.

Au-delà de ces résultats plutôt probants, Valenciennes est alors réputé pour son jeu chatoyant et novateur, qui tranche avec le classicisme ambiant. En 1954 et 1958, les Hongrois puis les Brésiliens ont émerveillé les amateurs de football avec leur jeu offensif basé sur un schéma 4-2-4. Pourtant, la grande majorité des formations continentales adoptent encore des tactiques timorées héritées de l'ancestral WM, quand elles ne jouent pas carrément le « béton », version dérivée du catenaccio d'Helenio Herrera - qui s'était lui-même inspiré du verrou suisse des années 1930. Au début des années 1960, il n'y a guère dans l'Europe des clubs que l'Anderlecht du français Pierre Sinibaldi pour s'inspirer ouvertement des maîtres magyars et sud-américains. Mais, dans le courant de la décennie, ces innovations tactiques vont arriver jusque dans l'Hexagone, qui s'offre pour l'occasion une de ces querelles de clochers dont il a le secret. Après le Nantes de José Arribas, Valenciennes est la deuxième capitale de la patrie du jeu indirect, une façon de faire basée sur des passes courtes, l'évitement plutôt que le duel et, surtout, la défense en ligne particulièrement chère à Domergue. Le technicien valenciennois parfait tout au long des années 1960 ce système défensif ayant notamment pour but de prendre le plus possible l'équipe adverse au piège du hors-jeu. En face, on retrouve les adeptes d'un jeu plus athlétique et plus direct qui entendent préserver le rôle du libéro « nettoyeur » positionné derrière sa défense. Parmi ceux-là, il y a notamment l'entraîneur du Racing Paul Frantz - la finale de la coupe 1966 face à Nantes restant comme l'un des exemples les plus fameux de l'opposition de styles de l'époque. Le débat entre les deux écoles prendra un tour particulièrement acrimonieux, à tel point que les organes de presse sont sommés de prendre position au sein de cette querelle presque idéologique. Miroir du Football se rangera ainsi très fermement dans le camp « progressiste » de la défense en ligne face aux partisans « réactionnaires » du béton.

A propos du « laboratoire » valenciennois, Gérard Ernault a écrit : « Il relevait d'un immense paradoxe que ce traité de football le plus moderne et le plus avancé qui soit sur le papier se déploie dans une des régions les plus touchées par le déclin industriel » (2). On est tenté d'ajouter qu'il est tout autant paradoxal qu'une vision si novatrice ait été incarnée par un personnage largement reconnu comme très rigoureux, voire carrément vieux-jeu. Domergue se conçoit en effet comme un « ouvrier du football », n'hésitant pas à comparer son survêtement à un bleu de travail. L'entraîneur de Valenciennes demande beaucoup à ses joueurs et, forcément, cela ne passe pas toujours bien en ce milieu des années 1960 où les mentalités évoluent très vite. A l'époque, pas de problème de casquettes à l'envers mais des cheveux qui poussent, souvent un peu trop pour les esprits les plus conservateurs.

L'inexpugnable primat du résultat



Fin 1965, l'équipe de France sort pour un fugace instant de sa léthargie et parvient à se qualifier pour la World Cup anglaise grâce notamment à une victoire sur le fil face à la Yougoslavie (1-0) – avec Gérard Hausser sur le terrain. Cette nouvelle a priori réjouissante marque pourtant le début des ennuis pour le sélectionneur Henri Guérin. Le débat faisant rage entre les deux écoles tactiques évoquées plus haut, il faut bien trouver une solution et accommoder les uns et les autres. Les hiérarques du football feront alors le pire des choix, celui de ne pas choisir. Guérin de voit flanqué de deux adjoints prônant des convictions radicalement opposées. L'entraineur de Lyon, Lucien Jasseron, est un adepte du béton tandis que Robert Domergue prône la ligne. Dans le même ordre d'idées, l'équipe est scindée entre des joueurs ayant l'habitude du jeu indirect dans leur clubs – les cinq Nantais mais aussi le stéphanois Robert Herbin - et d'autres qui s'en tiennent à des préceptes plus dépouillés – comme le strasbourgeois Gérard Hausser ou le lyonnais Jean Djorkaeff. Au passage, il a bien fallu faire des choix et éliminer certains pour des raisons parfois extra-sportives. Cette forte tête de Gilbert Gress sera ainsi privé de Mondial pour avoir, dit-on, refusé de raccourcir sa toison. Ce sera la source d'une très durable rancune, contre Domergue et d'autres.

Prisonnière de ses conflits internes, l'équipe de France fera pâle figure en Angleterre. Incapables de choisir pour de bon un style de jeu au détriment de l'autre, les Bleus ne réussissent à remporter aucun de leur trois matches de poule et son éliminés malgré un beau sursaut d'orgueil face au pays hôte (0-2). L'échec est flagrant, surtout par rapport à la somme des talents que comportait l'équipe. Ce sera même pour un temps la plus sérieuse déconvenue française en coupe du monde avant que survienne la terrible déculottée de 2002. Forcément, un tel épisode pèse sur le CV de Robert Domergue, qui s'est au passage brouillé avec bon nombre de dirigeants et de joueurs.

L'échec anglais n'éclipse cependant pas l'authentique réussite valenciennoise, laquelle permet à Domergue de décrocher un poste au sein de l'ambitieux Olympique de Marseille (OM) du président Marcel Leclerc, tout juste remonté en première division. Dès son arrivée, le nouvel entraîneur range au placard le béton pratiqué par son prédécesseur, Mario Zatelli. Sous la férule de Domergue, l'OM enchaîne deux bonnes saisons puisque le promu finit neuvième puis quatrième l'année suivante. L'équipe ne remporte cependant aucun trophée et, après un début de championnat raté, Robert Domergue fait les frais de l'instabilité légendaire du Racing du Sud en novembre 1968. Limogé, il est remplacé par son prédécesseur après un intérim de Djorkaeff. Zatelli revient au marquage individuel et conduit un beau redressement. Il est l'homme de la coupe de France 1969 et du doublé en 1972. Un bilan prestigieux qui, par ricochet, ternit forcément un peu celui de Domergue. Le constat est dès lors facile mais pas dénué de fondement : le jeu inventif et exigeant prôné par Domergue se heurte à la barrière du résultat. Incapable de transformer ses succès tactiques en trophées métalliques, l'entraîneur se voit condamné aux places d'honneurs. Ce n'est déjà pas si mal ; mais ça marque peu les esprits. C'est tout le drame de Robert Domergue, qui plaça très régulièrement ses équipes dans le haut du classement mais sans jamais ramener une quelconque breloque, à l'exception d'un championnat de D2 conquis en 1972 au dépend d'un Racing privé de Marc Molitor pour cause de sélection.

Domergue au Racing : heurts, malheurs et quelques réussites



En décembre 1972, le président Alfred Wenger démissionne avec fracas suite à l'affaire de la grève des joueurs qui a vu l'équipe première du Racing refuser de jouer un match à Marseille. Après quelques atermoiements, le citoyen d'Imbsheim est remplacé par son ancien vice-président, Philippe Fass. Peu au fait des choses du football, Fass choisit de s'adjoindre un directeur sportif, poste qui était tombé en déshérence depuis le retrait de Paul Frantz quelques mois plus tôt. Sur les conseils du président de la Fédération, Jacques Georges, les dirigeants strasbourgeois portent leur choix sur Robert Domergue, qui débarque sur les bords du Krimmeri en février 1973. Le nouveau directeur technique doit venir épauler l'entraîneur Casimir Novotarski sans empiéter pour autant sur ses prérogatives et il est prévu qu'il ait la haute main sur la politique sportive en matière de formation et surtout de recrutement. Il faut dire que le Racing paye alors très cher un certain amateurisme dans la gestion du cas Reinhard Libuda, recruté alors qu'il était sous la menace d'une suspension internationale ! Plombé par cette affaire, le club évite in extremis un retour immédiat en D2 à la faveur d'un beau redressement lors des quatre dernières journées.

C'est véritablement à l'intersaison 1973 que Domergue peut imprimer sa marque et cela commence par une nouvelle politique de recrutement. Le nouveau directeur sportif choisit en effet de rompre avec la politique des grands noms du président Wenger (Ivica Osim, Gérard Hausser, Reinhard Libuda, Heinz Van Haaren) pour se focaliser sur des joueurs moins côtés ou en devenir. C'est ainsi que trois joueurs de Valenciennes débarquent en Alsace : l'avant-centre Joseph, le jeune gardien Dominique Dropsy et, en bonus, l'arrière gauche Jacky Duguépéroux. Arrivent également deux étrangers moins connus du public que leurs prédécesseurs : le capitaine du Hadjuk Split, Ivan Hlevnjak, et l'international israélien Giora Spiegel. Un autre recrutement sera chaudement suggéré par certains dirigeants alsaciens et bien moins apprécié par Domergue : le charismatique Gilbert Gress revient en effet de Marseille pour finir sa carrière au Racing.

Autre chantier, la formation. Le football français vit alors un véritable marasme marqué par des échecs à répétition de l'équipe nationale et des clubs engagés en coupe d'Europe. Au premières loges face à ce désastre, le directeur technique national Georges Boulogne réagit en insistant fortement sur l'encadrement des jeunes. Au milieu des années 1970, les clubs professionnels sont incités à se doter d'un véritable centre de formation avant d'y être carrément enjoints quelques années plus tard. L'idée sous-jacente est qu'une véritable formation professionnelle peut exister en matière sportive comme c'est le cas dans les autres corps de métier. Dit de cette façon, et dans le contexte actuel, la chose peut sembler relever du truisme. C'est pourtant une révolution non négligeable à l'époque, l'achèvement d'un mouvement qui voit l'acquis primer sur l'inné et, avec lui, l'idée que le football et d'abord un métier basé sur le travail et ensuite seulement un art fondé sur le talent. Il faut donc repérer et encadrer de façon méthodique les jeunes talents dans des structures ad-hoc. Avec Domergue et Jacques Berthommier, le Racing sera aux premières loges de cette révolution, se dotant d'un centre de formation dès 1974. Cinq ans plus tard on dénombre déjà cinq joueurs au moins partiellement formés au club parmi les champions de France. Par la suite c'est en partie grâce à ses talents maison que le Racing évitera, pour un temps, de sombrer.

Domergue s'est donc efforcé de suivre au Racing une politique relativement pragmatique, fondée sur le long terme. Ce qui était évidemment difficile vu la nature volcanique du club, mais aussi parce que les relations humaines furent dès le départ exécrables. Apprenant l'arrivée au club d'un technicien qu'il avait déjà côtoyé en 1966, Gérard Hausser confie d'emblée ses doutes à André Burkhard : « c'est pas vrai, ils ne vont pas prendre ce type ? ». Le directeur sportif ne fait pas plus l'unanimité au sein du comité pro où, rapidement, se forment deux clans. Il y a les « pro-Domergue », autour d'Armand Hassan ou Pierre Koenig, et les « anti-Domergue » comprenant René Maechler, Alain Léopold mais aussi... Philippe Fass qui l'avait pourtant recruté quelques mois plus tôt. Si personne ne conteste l'engagement de ce véritable bourreau de travail, ce sont davantage ses méthodes qui font débat. Domergue n'est pas véritablement un homme de dialogue, et ses relations avec une bonne partie des joueurs sont notoirement difficiles. Il sera même un temps privé de déplacement avec l'équipe, sa présence étant censée « paralyser » les joueurs. Difficile pour un dirigeant soumis à la pression populaire de s'aliéner une vedette de l'équipe pour soutenir un technicien aux idées bien arrêtées, le problème n'est pas neuf et même bien plus ancien que ce que l'on croît souvent. Il est vrai que, de son côté, Domergue était très avare en compromis et que les torts sont donc très certainement partagés sur ce point.

Un autre problème, presque inévitable, réside dans la nature des relations souvent ambiguës entre le directeur sportif et l'entraîneur. Avec le président, ces deux-là forment un triumvirat des plus instables, surtout au Racing. Coincé entre l'homme du banc et celui des salons, le directeur sportif est perpétuellement tenté d'empiéter sur leurs prérogatives respectives, voire même de carrément les remplacer. C'est ce qui finira par arriver avec Robert Domergue, qui succède à Casimir Novotarski en novembre 1973 alors que le Racing est très mal en point en championnat. Y-a-t-il eu intrigue pour évincer un homme notoirement droit, et sans doute trop gentil ? Domergue s'en défend et rejette la faute sur ses dirigeants. A l'entendre, il n'aurait pris la tête de l'équipe que contraint et forcé en vertu d'une clause insérée dans son contrat et alors même que les joueurs avaient voté à la quasi unanimité contre sa nomination. Cette version n'est d'ailleurs pas contestée par les historiens du clubs qui sont d'une rare timidité sur le sujet. Pas de complot donc, mais une situation devenue inextricable qui n'empêchera pas un beau redressement sportif. Le Racing finit huitième en 1974, un classement inespéré au vu du début de saison. Robert Domergue réitère cependant son refus de s'installer comme entraîneur et lance donc la quête d'un successeur. Après avoir vu plusieurs de ses propositions rejetées, le directeur sportif apprendra en vacances la nomination d'Hendrikus Hollink, technicien pourtant contractuellement placé sous son autorité. L'imbroglio laisse des traces et les relations entre les deux hommes ne seront jamais au beau fixe malgré une saison 1974/1975 plutôt correcte.

L'été 1975 sera une nouvelle fois marqué par un remue-ménage. Très critiqué, Domergue est pourtant reconduit. L'attelage bancal avec Hollink est donc maintenu, comme un reflet du blocage entre dirigeants favorables à l'un ou à l'autre. Dans le même temps, Gilbert Gress finit lui par refuser le nouveau contrat qui lui proposé. Le lien entre le maintien de l'un et le départ de l'autre n'a jamais été formellement établi mais il est difficile d'imaginer qu'il n'y ait eu aucun rapport, surtout compte tenu de la suite de l'histoire. Le Racing finira par payer cette crise interne en réalisant un très terne championnat 1975/1976. Plombé par le retour des problèmes d'effectif et l'indécision tactique, la saison est d'emblée difficile. Domergue sera le premier à en faire les frais et fait office de bouc émissaire dès décembre 1975. Il précède de peu Hollink, qui quitte le club en janvier. L'échec sportif provoque l'implosion du comité Fass, remplacé par une équipe où dominent les anciens « anti-Domergue ». Ces derniers rappellent d'abord Paul Frantz avant de clamer très vite leur envie de faire revenir Gilbert Gress.

La suite est mieux connue, le Racing rebondit contre toute attente et réalise une incroyable saison 1978/1979. Champion et adulé, Gilbert Gress prend sa revanche sur son nemesis Robert Domergue qui, une nouvelle fois, souffre de la comparaison. Les succès de la fin de la décennie le renvoient inévitablement à un rôle de méchant obtus et rétrograde, ses contemporains et successeurs ne se gênant pas au passage pour charger la barque. Un jugement assez largement partagé mais qui n'en est pas moins sévère, sans doute trop. Si on s'y intéresse de plus près, l'équipe championne en 1979 doit beaucoup à Robert Domergue. Le gardien et le capitaine proviennent directement de la filière valenciennoise. Des cadres comme Yves Ehrlacher, Albert Gemmrich ou Roland Wagner ont fait leurs premières armes avec l'entraîneur mal-aimé. Plus généralement, Domergue a été l'artisan d'une politique consistant à miser sur des jeunes issus des rangs amateurs, à l'image de Jean-Jacques Marx ou Joël Tanter. Une ligne pas forcément très bien acceptée autour de lui mais qui a indéniablement payé quelques années plus tard. L'équipe mythique du titre avait en effet la particularité d'être en grande majorité constituée de joueurs évoluant ensemble depuis plusieurs saisons. C'est très inédit à l'échelle du Racing et ces automatismes ont forcément été précieux. Une force collective qui n'aurait pas été possible s'il n'y avait pas eu un technicien têtu au fichu caractère pour imposer ses choix quelques années auparavant. Robert Domergue a donc lui aussi sa part de la plus belle page de l'histoire du Racing, au-delà des querelles de personnes.

Notes



(1) Gilbert Gress, Je n'avais encore rien dit, conversations avec Eric Genetet, Editions du Boulevard, 2005, 185 p.

(2) « Tableaux d'honneur », France Football du 2 mai 2006

Sources



Armand Zuchner, Le Livre d'or du Racing club de Strasbourg, 1977, pp. 275-310.
Francis Braesch, Christian Daniel, Roland Scheubel, Le Phénomène Racing, Strasbourg au coeur de l'Europe, Gamay International, 1978, pp. 8-14.
Jean-Marc Butterlin, « Le salaire du labeur », L'Equipe du 22 novembre 2004.
Jean-Marc Butterlin, « Duguépéroux, Breton d'Alsace », L'Equipe du 30 avril 2005.
Didier Braun, « La trace d'un ouvrier », L'Equipe du 16 mai 2005.
Julien Sengel, « Gilbert Gress, acte III », dépêche AFP du 18 juin 2009.
« Et on joue comment ? », L'Equipe du 19 novembre 2009.

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