9 mai 1937 : RCS-Sochaux 1-2

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Par conan
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La 20e finale de Coupe de France offrit au public de Colombes, venu en masse, un derby de l'est. Cette rencontre très serrée fut l'occasion d'un spectacle de très haute volée.

Il est toujours un peu amusant pour le témoin du XXIe Siècle d'admirer les vieilles photos des joueurs de football des années 30. Les gardiens portaient des casquettes à l'ancienne mode, les maillots, dénués de sponsors disposaient de cols à lacets, les shorts, démesurément longs, arrivaient quasiment au niveau des chaussettes tandis que ce que nos ancêtres portaient au pieds ressemblaient plus à des chaussures de randonnées qu'à des pointes ultramodernes de marque Adidas, Nike ou Puma... Ne parlons pas du ballon, en cuir brun, comportant des lacets et aussi dure que de la pierre. Mais si ces accessoires archaïques peuvent faire sourire, ne nous y trompons pas : Le football pratiqué il y a 70 ans ne différait pas tant que cela du football moderne. Bien sur les tactiques ont évolués et des progrès incroyables ont été effectués au niveau de la préparation physique. Pourtant le football d'entre deux guerre était également un sport dur, souvent violent même, parfois merveilleux de beauté. Il possédait déjà ses compétitions, ses vedettes, certaines équipes déplaçaient les foules. Déjà à l'époque, le football déchaînait les passions et les émotions.

Un an avant l'organisation de la 3e Coupe du Monde sur son sol, la France du football se mettait à rêver du triomphe des siens. Celle ci se passionnait de plus en plus pour son championnat, professionnel depuis 1933. Si Roubaix, Sète, le Racing club de Paris et (déjà) l'Olympique de Marseille étaient cités parmi les traditionnels favoris de la compétition, le club vedette de l'époque était incontestablement le FC Sochaux. Premier club français à adopter le professionnalisme, il était à cette époque le plus structuré et le plus riche financièrement, bien soutenu par le mécénat de l'entreprise automobile Peugeot. C'est bien simple, il n'y avait que des vedettes dans cette équipe dont la plus illustre d'appelait alors Pedro Duhart, un Uruguayen au nom bien français, revenu sur la terre de ses ancêtres apporter son football de rêve. Mais comment ne pas citer également Di Lorto, gardien de l'équipe de France, arrachant à lui tout seul sous le maillot tricolore un 0-0 en Italie face aux redoutables champions du monde transalpins, Abegglen, le meilleur joueur Suisse d'une époque ou le football helvétique était redouté et respecté dans le monde entier, Bradac et ses 37 sélection dans une équipe de Tchécoslovaquie vice championne du monde 3 ans plus tôt, Lauri, ancien capitaine de l'équipe d'Argentine, les internationaux français Courtois, Lehmann et Etienne Mattler, le célèbre défenseur véritable chouchou du public Français...

Quand au Racing, il faisait partie des meilleures équipes françaises d'alors. Strasbourg, qui fut à un souffle du titre de champion de France en 1935, ne présentait certes pas autant de brillantes individualités que Sochaux. Cette équipe constituait en fait un bloc collectif, soudée autour de deux joueurs extraordinaires : Oscar Heisserer, le meilleur joueur alsacien de tous les temps, le seul de la région à avoir porté le brassard de capitaine de l'Equipe de France et Ossi Rohr le fantasque et fabuleux buteur Allemand, aujourd'hui encore détenteur du record de buts marqués sous le maillot bleus.

Ces deux légendes vivantes constituaient les meilleurs atouts pour le Racing pour vaincre des Sochaliens assez logiquement favoris sur le papier de cette 20e finale de Coupe de France, la compétition la plus populaire et la plus suivie en France.

Cette finale battit tous les records d'affluences, puisqu'ils étaient plus de 45 000 présents au stade de Colombes pour suivre ce derby de l'est. Parmi ces spectateurs, on peut compter 5000 Alsaciens qui n'ont pas hésité à effectuer le long et périlleux déplacement en bus. On peut difficilement imaginer ce que fut leur périple, car les voyages n'étaient pas aussi faciles en 1937 qu'aujourd'hui ! On peut par exemple se souvenir que les autoroutes n'existaient alors pas... Le record de recette fut également pulvérisé avec 572 000 francs, somme colossale pour l'époque.

En ce beau dimanche après midi, ce fut Lucien Halter, le capitaine strasbourgeois, qui présenta l'équipe du Racing au Président de la République, Mr Albert Lebrun. Puis comme le veut la tradition, la Marseillaise retentit et la rencontre put débuter. Cette finale restera comme l'une des plus belle de l'histoire de cette compétition centenaire. Pour la première finale de l'histoire du club, les joueurs du Racing, ne furent nullement impressionnés par la qualité de leur adversaire et par l'enjeu. Le forfait de Pedro Duhart ne put que renforcer cette confiance. Enfin, comme un signe du destin, lors du match d'ouverture, Schiltigheim devint champion de France junior au détriment de l'OM. Tous ces signes tendaient à montrer que le Racing ne pouvait pas perdre cette finale.

Les Strasbourgeois se ruèrent magnifiquement à l'attaque obligeant Di Lorto à de multiples parades. Mais ils trouvèrent enfin la récompense de leurs efforts à la 31e , de la plus splendide des manières. Sur un corner tiré par Fritz Keller, l'inévitable Ossi Rohr, d'une fantastique reprise de volée sur retourné acrobatique, trompa un Di Lorto médusé. 1-0 pour le Racing, Colombes était debout !

Mais la réaction de Sochaux fut à la hauteur du haut niveau des débats, l'Argentin Lauri égalisant 7 minutes plus tard. Juste avant la pause, Fritz Keller envoya un boulet de canon qui s'écrasa sur la barre transversale.

Si la seconde période fut moins enlevée, elle n'en resta pas moins passionnante, les deux équipes étant très proche l'une de l'autre. Il semblait inévitable que cette finale allait se jouer sur un coup de dés. C'est ce qui allait se produire, à 3 minutes de la fin, alors que tout le monde attendait l'heure de la prolongation. Suite à un débordement, Lauri centra pour Williams qui, d'une tête plongeante, trompa le gardien strasbourgeois Mayer. Le coup de sifflet final retentit, déclenchant un flot de larmes. Des larmes de joie pour Etienne Mattler, porté en triomphe par la foule, l'idole des foules ayant gagné le droit de soulever la Coupe de France. Des larmes de tristesse pour toute la communauté alsacienne passée si prêt du rêve de ramener la Coupe de France à Strasbourg... L'histoire lui apprendra qu'il faudra encore patienter 14 ans pour emporter le trophée.

Cependant, après une première phase de tristesse et de désespoir, c'est un sentiment de fierté qui habita cette équipe du Racing qui s'était montrée plus que digne de l'événement. Elle méritait autant que Sochaux la victoire, il lui aurait seulement manqué un brin de chance, chance qui a sourit aux Sochaliens en ce beau dimanche après midi de mai 1937...

Finale de la Coupe de France.
9 Mai 1937, Stade Colombes, 45 000 personnes.
Sochaux bat Strasbourg 2-1.
Buts: Rohr (31e) pour Strasbourg. Lauri (38e), Williams (87e) pour Sochaux.

RC Strasbourg: Mayer, Lohr, Schwartz, Halter, Hummenberger, Roessler, Keller, Hoffmann, Rohr, Heisserer, Waechter.

FC Sochaux: Di Lorto, Lalloué, Mattler, Lehmann, Szabo, Hug, Lauri, Bradac, Courtois, Abegglen, Williams.

conan

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