Bilan 2010/2011 (1/3)

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J.-C. Plessis et J. Canosi, avant le match face à Cannes © denisub90

Comme anesthésié par le choc de la relégation, le Racing ne s'est pas mis en ordre de marche durant l'inter-saison 2010. Il l'a logiquement payé par un très poussif début de championnat. Le fiasco était pourtant évitable.

De la méthode Coué au grand Couac



« Il n'y a pas de plan B », cette maxime incessamment serinée par Jean-Claude Plessis dès sa prise de fonction se voulait volontariste, la présidence se refusant à envisager l'accident industriel que constituerait une relégation en National. Un optimisme de façade qui se transforme très vite en matrice d'échec une fois séchées les larmes de Châteauroux. Pour ne pas avoir voulu croire que le pire était possible, le Racing se retrouve désarmé et doit demander dès le 19 mai un délai de grâce pour son audition devant la DNCG, initialement prévue le 26. Le plus grand flou règne sur des éléments pourtant essentiels, comme le budget pour la prochaine saison, qui passe de 6 à 9 puis même 10M d'euros selon l'humeur du moment et les échos des différents titres de presse. Une enveloppe reflétant assez fidèlement les dépenses d'une structure encore taillée pour le haut niveau, mais certainement pas les recettes générées par le championnat de National. Aussi, est-il prévu de compenser ce déficit d'exploitation par des ventes de joueurs à foison, Plessis se montrant très affirmatif sur la possibilité de réunir rapidement les millions d'euros nécessaires en cédant les meilleurs éléments d'un effectif sortant pourtant d'une très piètre saison.

Face à ce mur de l'argent, la stratégie des dirigeants du club va être, comme en janvier 2010, de surseoir au maximum aux échéances fixées par l'organisme de contrôle, en espérant que le temps grapillé permettra de faire rentrer des liquidités grâce aux transferts. Le problème c'est que les clubs ne se bousculent pas au portillon pour faire des offres fermes, et que le Racing se permet même de refuser ces dernières quand elles arrivent. On apprend ainsi le 4 juin que le RCS a refusé une offre d'1,8M€ de Birmingham City pour Magaye Gueye et une offre d'1M€ de Bursaspor pour Mamadou Bah. Les deux joueurs seront finalement vendus sensiblement au-dessous de ces montants (1,4M€ pour Gueye, 600.000€ pour Bah). Des enchères à la baisse qui illustrent combien les projections budgétaires des dirigeants étaient irréalistes en ce début de mois de juin 2010. La dernière mouture du budget prévisionnel 2010/2011, qui doit être présentée à la DNCG le 10 juin, prévoit un montant global de 11,5M€ et 10M€ de ventes de joueurs pendant l'été : 3M€ pour équilibrer la saison passée, et 7 pour celle à venir.

On tient dès lors la mesure du piège qui va se refermer sur le Racing : pas dupe, la DNCG met sa décision en délibéré avant d'accorder une semaine plus tard un délai supplémentaire au club pour revoir sa copie. Un mois après sa relégation, le RCS n'a donc toujours pas passé le premier échelon de la procédure concernant sa solidité financière alors que Bastia a été sanctionné en première instance d'une relégation administrative dès le 8 juin. En Corse, ce coup de boutoir initial permet un sursaut et ancre très vite l'idée que la cession de droits sur les joueurs ne permettra pas de couvrir les pertes induites par la relégation. Actionnaires et collectivités décrètent alors, certes avec difficulté, une union sacrée pour sauver le club, qui est finalement réintégré en National le 13 juillet. De leur côté, les dirigeants strasbourgeois préfèrent continuer un dangereux jeu du chat et de la souris, freinant ainsi considérablement la préparation de la saison. Suite au ré-examen du dossier du club, la DNCG finit par notifier une exigence ferme : Alain Fontenla et Jafar Hilali doivent abandonner le compte courant d'actionnaire déjà injecté et rajouter 5 à 6M€ pour couvrir le déficit d'exploitation prévisionnel. Plutôt que d'obtempérer, les actionnaires choisissent une fois de plus l'attente.

L'équipe première reprend l'entraînement le 28 juin avec un nouveau technicien – Laurent Fournier – et tout de même trois recrues : Julien Outrebon, Tristan M'Bongo et Benjamin Genghini. Elle perd en sens inverse l'essentiel de ses joueurs en fin de contrat, en retour de prêt, ainsi que son capitaine Guillaume Lacour, qui rejoint gracieusement Evian Thonon Gaillard, et Emil Gargorov, également libéré. Un autre départ offre un ballon d'air frais financier : transféré à Everton, Magaye Gueye allège quelque peu la facture des actionnaires, qui doivent désormais trouver 4 et non plus 5M€. Une somme que Fontenla et Hilali refusent toujours d'apporter, préférant modifier une énième fois un budget qui passe en un claquement de doigt de 11,5 à 8,5M€ avec un apport en compte courant limité à 600.000€ pour couvrir le seul exercice 2009/2010. Une solution qui ne peut satisfaire la DNCG, laquelle rétrograde administrativement le club en CFA le 2 juillet, soit le même verdict que celui infligé à Bastia trois semaines plus tôt. Un retard irréparable alors que les matches amicaux de pré-saison ont déjà commencé et que les contours définitifs de l'équipe devraient déjà se dessiner. Dès le 7 juillet, l'entraîneur prévient, dans les colonnes des Dernières Nouvelles d'Alsace : « Je sais qu'il y a des obligations financières, qu'il y a les échéances de la DNCG, mais je sais aussi que l'on ne montera pas avec l'effectif que l'on a. »

Seulement informé officiellement de la décision le concernant le 8 juillet, le club décide sans surprise de faire appel, mais seulement cinq jours plus tard - soit la date exacte où Bastia en a déjà fini avec son marathon procédurier. Au même moment, Alain Fontenla annonce son désengagement : il ne mettra plus un centime. Jafar Hilali se trouve désormais seul aux commandes et finit par arracher au forceps le 19 juillet un accord avec la municipalité pour le rachat des bâtiments du centre de formation. La mairie accepte de faire revenir de façon anticipée dans le giron public des murs censés lui revenir gratuitement au terme du bail emphytéotique, moyennant 4M€ versés à l'association support qui, à son tour, va rembourser un emprunt contracté auprès de la section pro à hauteur de 2.5M€, le reliquat d'environ 1,5M€ devant lui revenir. En échange, Carousel finance consent à verser 2.6M€ sur le compte courant du club, pour un budget prévisionnel finalement établi à 9M€. On voit donc bien que le trou d'environ 5M€ nécessaire au fonctionnement du Racing en 2010/2011 aura été couvert presque à parité par de l'argent venu de Londres et de la place de l'Etoile (1). La DNCG valide ce montage le 22 juillet, mais en prenant soin d'assortir son feu vert d'une mesure d'encadrement de la masse salariale. Jafar Hilali a ainsi allégé au maximum sa facture, mais certainement pas grâce aux mirifiques ventes de joueurs promises par le président Plessis. Dans l'histoire, le Racing a perdu un temps très précieux, notamment sur son rival corse. Le championnat de National s'en trouve aussi chamboulé, puisque la décision réintégrant le RCS a été rendue après la date limite garantissant aux clubs leur engagement. Alfortville ayant été initialement inclus parmi la liste provisoire des 20 clubs, il n'est désormais plus possible de l'en retirer. Le championnat comportera donc 21 équipes, Strasbourg étant de facto le surnuméraire. Peu après, la ville renonce à présenter la candidature du stade de la Meinau pour accueillir l'Euro 2016.

A la recherche du temps perdu



En dépit du climat troublé, le Racing réussit une campagne de matches amicaux plutôt convaincante tout en poursuivant un recrutement estampillé National : Francisco Donzelot, Yohan Betsch complètent la première vague d'arrivées, tandis que les jeunes Alexi Peuget et Billy Ketkeophomphone signent leur premier contrat pro. Le club entame également une série d'essais tous azimuths et prolonge deux pros de la saison précédente, Régis Gurtner et Jérémy Abadie. En sens inverse, le quota de départs se fait de façon bien plus heurtée, d'autant plus qu'il répond à deux exigences en partie concurrentes : il faut à la fois faire entrer des liquidités et faire baisser la masse salariale. Encore une fois, la tête du club préfèrera la première option en faisant traîner le transfert des joueurs monnayables et en ne libérant que ceux qui sont clairement invendables : Rodrigo (à Sion) et Marcos (à Troyes). Laurent Fournier prépare donc la saison avec un groupe assez fourni, mais qui n'est pas celui qu'il pourra aligner en championnat et qui, surtout, continue de peser sur les finances du club pendant des semaines.

La sanction tombe : Jérémy Abadie, Yohan Betsch, Benjamin Genghini, Régis Gurtner et Julien Outrebon sont aléatoirement désigné par la DNCG pour représenter l'excédent de masse salariale, et se voient donc refuser l'homologation de leur contrat à la veille du match de coupe de la Ligue face à Evian Thonon Gaillard, que le Racing dispute avec ses seuls 12 pros disponibles sur la feuille de match (2-2, 4-5 tab).

A nouveau, ce n'est qu'une fois acculés que les dirigeants du Racing daignent prendre conscience des réalités du moment. Les départs enfin actés de Franck Dja Djédjé (transféré pour 100.000€ à Arles-Avignon) et Jean-Alain Fanchone (prêté au même club) permettent ainsi d'inscrire Julien Outrebon, Régis Gurtner, Benjamin Genghini et le nouvel arrivant Samir Hadji pour le premier match de championnat mais, entre temps, trois autres joueurs (Marcio, Jocelyn Ahouéya et Anicet Eyenga) se sont encore ajoutés à la liste des candidats à la qualification, qui compte donc toujours cinq éléments. Tous les pros disponibles (16) sont sur le pont face à Cannes pour un match plaisant mais mal maîtrisé par un Racing encore en réglage, qui cède en fin de match face aux expérimentés Lilian Compan et Jan Koller (3-3). C'est avec ce même groupe étriqué que les Bleus enchaînent sur un nul plutôt méritoire au vu des circonstances à Guingamp (0-0) et un autre plus frustrant face à Niort (0-0).

Ce n'est que dans les dernières heures du mercato, et après avoir pas mal tergiversé, que le Racing parvient à alléger sensiblement sa masse salariale grâce aux départs de Mamadou Bah (vendu 600.000€ à Stuttgart) et Quentin Othon (prêté à Châteauroux). Des mouvements qui interviennent cependant trop tard pour pouvoir être versés au dossier d'appel des cinq joueurs en attente. Aucun n'est qualifié au terme de la réunion du 1er septembre de la DNCG, ce qui laisse 14 joueurs pros à Laurent Fournier pour s'en aller défier Bastia. Un match plutôt dominé par des Strasbourgeois dangereux mais en manque de réussite, qui finissent par s'incliner face à une équipe corse pas géniale mais bien plus avancée dans son tableau de marche (1-0). Une défaite qui, au-delà du terrain, symbolise toute la différence entre deux clubs pourtant placés à l'origine dans une position similaire. L'un a su se mettre très vite dans une situation d'urgence finalement salutaire et a pu commencer sa saison véritablement dès le premier match. L'autre a procrastiné comme un étudiant paresseux, et a logiquement fini par le payer.

Autopsie d'un échec



Comme l'année précédente, l'été complètement raté du Racing lui aura finalement coûté très cher en fin de saison. Il n'est pas aisé de délimiter avec certitude quelles ont été les parts des uns et des autres dans ce fiasco mais on peut tout de même impliquer au premier chef les actionnaires majoritaires, qui ont perduré dans leur mode de management distant et coupé des réalités. La passation de pouvoir entre Alain Fontenla et Jafar Hilali s'est faite de façon très subreptice, ce dernier restant très longtemps invisible. Surtout, Hilali n'a consenti à assumer ses responsabilités de propriétaire qu'à contrecoeur, et très tardivement. Il ne fallait pourtant pas être grand clerc pour deviner dès le mois de mai que le Racing ne pourrait pas boucler un exercice équilibré dans une division sans droits TV, et qu'une jointure s'imposait dès lors forcément – au moins pour rassurer les esprits.

Au-delà de l'actionnariat, l'échec le plus patent durant cet été revient au triumvirat qui incarnait alors l'exécutif du club, et qui n'a pas oeuvré efficacement dans le sens de ses intérêts. Souvent absent et perturbé par des problèmes de santé, le président Jean-Claude Plessis a été d'une naïveté confondante en pensant pouvoir rééditer ses performances sochaliennes en matière de transferts. Il a également trop présumé de sa capacité, pourtant maintes fois vantée, à influencer les instances dirigeantes - qui se sont montrées inflexibles. Le directeur sportif Jean-Luc Witzel a failli dans sa mission qui consistait à assurer rapidement le départ monnayé d'une bonne partie de l'effectif de la saison précédente. Witzel a trop tardé, trop joué, lorsque les offres se sont présentées et le Racing a fini par le payer avec des non-qualifications. Enfin, la palme de l'obscénité et de l'incompétence crasse revient sans conteste au directeur général Christophe Cornelie qui, au lendemain du choc à Châteauroux, se trouvait tranquillement en vacances. Il n'a pas jugé utile d'en revenir.

Note



(1) Au final, la facture penche même dans le sens de la mairie, puisque Jafar Hilali reprend 700.000€ dès les ventes de Mamadou Bah et Franck Dja Djédjé conclues et finit par obtenir une rallonge de 300.000€ de l'association support. La balance entre l'argent accordé par les actionnaires et celui venu de l'extérieur s'établit donc à 1,9 contre 2,8M€. Voilà qui relativise très sérieusement le portrait, parfois esquissé, d'un Jafar Hilali mécène qui aurait sauvé le club avec son argent pendant l'été 2010.

strohteam

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