A la découverte de Max Hild

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Raymond Hild, l'enfant de Weyersheim où le RCS se rend ce dimanche pour la Coupe de France, a connu une carrière bien remplie, notamment au Racing comme recruteur. Portrait d'un Alsacien qui a réussi en Alsace.

L'explorateur
L'histoire de Raymond Hild, c'est l'histoire du football à l'ancienne. Où des hommes qui marchent à l'affectif se mettent au service d'un collectif bâti pour durer. Et avec une petite dose d'idéalisme qui ne les empêche cependant pas de comprendre les évolutions d'un jeu et de son environnement.
« Le foot est devenu plus scientifique, plus rapide. Sur le terrain, le jeu s'est accéléré à une vitesse... Cela dit, le talent est éternel. Un Oscar Heisserer, un Paco Mateo, un Lucien Muller, un Edmond Haan, un Jean Wendling ou un Raymond Kaelbel seraient encore internationaux de nos jours. Ceux qui ont naguère construit les cathédrales seraient aujourd'hui encore des génies bâtisseurs. »
Et ce n'est donc pas un hasard si Max – son surnom qui l'accompagne depuis le service militaire – est considéré comme l'un des meilleurs recruteurs français des années 1980 et 1990 : accompagné de son inséparable carnet griffonné d'innombrables notes et de numéros de téléphone, Raymond Hild n'avait pas son pareil pour détecter, dans n'importe quelle équipe, le joueur au potentiel le plus intéressant.
« Il n'y a pas de secret mais plutôt une méthode. Il faut savoir lire un match globalement et juger un joueur sur son potentiel plus que sur sa performance d'un jour. Je peux même recruter sur une mauvaise prestation. Ce qui compte autant que la technique, c'est la compréhension et sa vitesse de perception du jeu. »

Appelé par Gress
Du football, Hild connait tous les rouages. Comme recruteur bien sûr, mais d'abord comme joueur, puis entraîneur, avant de passer par la case formateur en 1978, à son arrivée au Racing, après avoir répondu positivement à une offre de Gilbert Gress.
A la tête du centre de formation du RCS, il gagne le titre de champion de son groupe en troisième division et aligne pas moins de 32 rencontres sans défaite, avec un effectif composé notamment de Serge Jenner, Jacques Glassmann ou encore Rémi Vogel.
Mais avant cette arrivée dans le monde professionnel, Raymond Hild fut d'abord l'un des principaux animateurs du football amateur régional.

Joueur amateur
D'abord licencié à la Société Sportive de Weyersheim, le club fondé par son père Anselme en 1920 et aujourd'hui présidé par son fils Patrice, Raymond arrive au Racing en 1951 où il joue au niveau amateur pendant cinq saisons. Il y remporte en 1952 la Coupe d'Alsace mais ne parviendra jamais à passer professionnel, principalement en raison de sa petite taille (1,63 m).
Pourtant, une nouvelle chance lui est donnée un an après son départ vers Bischwiller... mais cette fois-ci, c'est lui qui la repousse : « à la fin de cette saison à Bischwiller, le Racing se manifeste à nouveau et me propose un contrat professionnel. Et bien, j'ai refusé. J'avais passé cinq ans avec eux et ils n'en avaient pas profité pour reconnaître mes qualités. Je leur ai répondu : je suis amateur et je le reste ! »
Et il le restera à Wittisheim (entraîné par Paul Frantz) puis Mutzig, où il débute ensuite son parcours d'entraîneur. Parallèlement à son emploi comme ajusteur dans un atelier de mécanique à Strasbourg, Hild conduit son équipe en championnat de France amateur et lance quelques jeunes en qui il croit : Albert Gemmrich, Jean-Noël Huck et Arsène Wenger.

Wenger, le fils spirituel
Max ne tarde pas à confirmer sa flatteuse réputation à son arrivée aux Pierrots Vauban en 1974 - ou plutôt à l'AS Vauban (suite au mariage entre les Pierrots et le Racing) - avec une invincibilité longue de 69 matchs en championnat.
Et après un court passage d'une saison à Haguenau (qui venait d'accéder à la deuxième division), le voilà donc au Racing en 1978 pour vivre enfin de sa passion. « Les arguments de Gress étaient simplissimes : il m'a dit que ma façon de jouer et d'entraîner correspondaient à ce qu'il recherchait. »
Dans ses bagages, Hild emmène Arsène Wenger, l'homme qu'il était allé chercher à Duttlenheim pour Mutzig puis Vauban et avec qui une complicité s'est créée autour de cette même passion : « cela remonte au temps où, illustres inconnus, nous suivions les matches de la Bundesliga autant que nous le pouvions. »

Un métier parfois frustrant
Son flair profite donc désormais au RC Strasbourg... mais c'est précisément à cette période que Raymond Hild va connaître la plus grande déception de sa carrière de recruteur quand un jeune milieu de terrain du Languedoc-Roussillon, repéré lors de la Coupe nationale des cadets disputée à Vichy, lui a tapé dans l'oeil. « Ce jour-là il n'a pas réussi grand chose mais il avait une belle allure sur le terrain et j'ai deviné chez lui un potentiel important. J'étais le seul à l'avoir contacté. Lui était d'accord pour venir et j'ai discuté avec ses parents, mais sa maman a été effrayée de le voir partir aussi loin, à Strasbourg. Deux ans plus tard, il signait à Montpellier. » Et vingt ans plus tard, il devient champion du Monde, Laurent Blanc.

L'exploit contre Bordeaux
En septembre 1980, quand le Racing s'enfonce dans la crise, c'est logiquement à celui que Gilbert Gress désignait lui-même comme son meilleur successeur qu'on confie la délicate mission de remplacer l'entraîneur champion de France à la tête de l'équipe professionnelle.
Dans un club qui peine alors à tourner une page douloureuse, et avec un effectif affaibli, Hild obtient pourtant des résultats tout à fait honorables.
On retiendra surtout la demi-finale de Coupe de France face à Saint-Etienne en 1981 : devant l'équipe menée par Michel Platini et Johnny Rep, tout juste championne de France, le Racing voit s'échapper la qualification pour la finale à la 88ème minute de jeu, sur une frappe de plus de 40 mètres d'un Stéphanois (1-1).
D'autant plus dommage qu'en quart de finale, le RCS avait réussi l'exploit d'écraser les Girondins de Bordeaux (5-1 à Lescure, 4-0 à la Meinau).

Départ pour Mulhouse
Six mois plus tard, après une défaite face à Laval à la Meinau, le 21 novembre 1981, il est à son tour remplacé par Roger Lemerre et retrouve sa place à la tête du centre de formation strasbourgeois. L'équipe réserve est alors entraînée par son ami Arsène Wenger.
Mais cet épisode, le plus douloureux de sa carrière selon lui, marque bel et bien une rupture : en 1984, quand André Goerig, le président du FC Mulhouse, lui propose de mener la nouvelle politique de formation voulue au FCM, il n'hésite pas et accepte ce nouveau challenge. « Mulhouse m'a tout fait oublier ».
Avec Georges Prost, l'entraîneur de l'équipe réserve, et Raymond Domenech, à la tête de l'équipe professionnelle, il s'occupe du recrutement des pros et de la détection des jeunes talents. C'est lui qui fait venir à Mulhouse Marc Keller, Claude Fichaux ou encore Jean-Michel Peuget (le père d'Alexi Peuget).

Des trouvailles à l'Est
Après le départ tumultueux de Goerig du FCM, Hild rentre à Strasbourg et retrouve le Racing dès 1990, sur l'insistance d'Emile Stahl, Jean Wendling et Jacky Kientz. « Je n'ai jamais couru après un poste. On m'a toujours sollicité. C'est ma fierté. »
Le nouveau directeur sportif repère très vite le jeune Martin Djetou du côté de Créteil et réalise dès son retour au RCS l'un de ses plus beaux transferts en obtenant l'accord d'Ivan Hasek, le capitaine de la sélection Tchécoslovaque, quart de finaliste de la Coupe du Monde en Italie.
L'Europe de l'Est sera d'ailleurs l'un de ses terrains de détection privilégié, puisqu'il y déniche quelques années plus tard Alexander Vencel et Jan Suchoparek, qui signe avant le championnat d'Europe disputé en Angleterre en 1996, dont il sera finaliste.

Une réputation européenne
En 1997, si le Racing remporte la Coupe de la Ligue face à Bordeaux, son premier trophée depuis 1979, c'est en bonne partie à Max Hild qu'il le doit. Vencel, Suchoparek, mais aussi Godwin Okpara, Olivier Dacourt, Gérald Baticle, David Zitelli sont, entre autres joueurs de l'effectif alsacien, tous arrivés à Strasbourg grâce au flair de Hild.
« Quand j'ai un joueur dans l'oeil, à recruter éventuellement, je l'ai aussi dans les oreilles et dans le nez. Je me renseigne sur lui à tous les niveaux, même dans le kop. Je pose aussi des questions aux chauffeurs de taxi. »
Et son savoir-faire fait évidemment rapidement le tour de tous les clubs français et étrangers : désormais, un joueur repéré par Max Hild attire instantanément les recruteurs des autres centres de formation, ce qui ne manque pas de créer quelques désagréments au RCS.
Ainsi, le jeune Danijel Ljuboja, que le Racing achètera au FC Sochaux en 2000, aurait pu venir gratuitement dès l'âge de 16 ans à la Meinau si l'intérêt de l'explorateur strasbourgeois n'avait pas mis la puce à l'oreille des dirigeants francs-comtois.

Conseiller de Keller
Cette méthode, cette expérience et ce carnet d'adresses, la nouvelle direction du Racing va pourtant décider de s'en passer. Évincé, avec beaucoup d'autres, par Bernard Gardon juste après ce succès au Parc des Princes face aux Bordelais, Raymond Hild profite alors de sa retraite et de son temps libre. Chaque jeudi, pendant de nombreuses années, il retrouve ses amis René Hauss, Raymond Kaelbel et Edmond Haan pour pêcher dans la Zorn.
1997 ou le début d'une longue descente aux enfers pour le club, avec quelques rares moments de bonheur, comme la remontée en L1 en 2002 ou la victoire en Coupe de la Ligue en 2005. Est-ce un hasard s'ils correspondent à la période où le directeur général Marc Keller demandait régulièrement les conseils de son ami Max ?

Au stade de Hild
Désormais tombé très bas, et obligé de reconstruire petit à petit, le Racing et ses nouveaux dirigeants seront bien inspirés de suivre l'exemple d'un des rares Alsaciens qui a réussi à faire l'unanimité dans tous les clubs de la région par lesquels il est passé.
Le déplacement ce dimanche des hommes de François Keller au Stade de la Zorn de Weyersheim, là où tout a commencé pour Raymond Hild, est une bonne occasion de le souligner.


Sources et citations


- Francis Braesch, Grandes et petites histoires du football alsacien, LAFA, 1989 ;
- Hervé Bride, Jean-Luc Fournier, Bernard Kuntz, et al., Cent ans de football en Alsace, LAFA, 2001 ;
- DNA, 24 juillet 1997, 1er juillet 1999, 26 juin 2000, 20 février 2008.

filipe

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